18.05.2012

M83 - Hurry up, we're dreaming

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M83 a récemment apporté du sang neuf au monde de la pop music. Si cette formation made in France n'en est plus à son premier coup d'essai, leur remarquable percée est néanmoins comparable au boum retentissant provoqué par le premier album de MGMT en 2008.
 

Hurry up we're dreaming remet au goût du jour l'âme de la pop champagne des années 80, période où ce genre populaire, adressé aux foules de 7 à 77 ans, était au sommet de sa gloire. Avec ses mélodies aussi bonnes que synthétiques, sortes de soda conditionnés en ondes, ses harmonies vocales entêtantes et chargées d'écho, et surtout ses riffs cruellement addictifs, le style M83 a le potentiel pour séduire un large public, allant des mélomanes nostalgiques de l'époque des musicassettes aux padawan d'aujourd'hui, ceux pour qui les noms de Freur, Tears for Fears, ou Living in a box ne signifient rien.

 

Comme l'annonce le paradoxe de son titre, l'album alterne les rythmes et distille les émotions. D'une haletante introduction, partagée avec la douce et froide Zola Jesus, le disque passe à "Midnight City", ritournelle pour insomniaques qui colle aux tympans, et incontournable tube de ce début d'année. Après l'envolé "Reunion", sans doute la plage la plus pop du registre, une courte pause fait place au profond "Wait", où M83 revisite le concept de slow, extirpant tout excès de sentimentalisme aigu de cette sirupeuse figure de style. Les plages se succèdent ainsi, partageant une identique aura lévitante, sorte de rêve intense et éveillé, sans jamais s'extirper d'une déconcertante simplicité musicale. Certains loueront le talent innovatif émanant de cet album, et d'autres affirmeront avoir déjà tout entendu. Difficile, cependant, de rester indifférent.

 

 

M83

Hurry up, we’re dreaming

Tarif: 7/10

 


Ecoutez:

Midnight City

Wait

 

 

 

10.05.2012

Blood Red Shoes - In Time To Voices

blood red shoes, rock, garage

 

 

Les Blood Red Shoes reviennent avec l’album de la maturité. Troisième du nom, In Time To Voices se veut plus réfléchi que ses prédécesseurs. Dans une atmosphère aussi embrumée que la pochette du disque, Ansell et Carter distillent un rock toujours aussi gras, mais légèrement plus sombre. Le duo affine le caractère de sa musique, bien trempée, puissante et lourde, au rythme mesuré, se retenant de tomber dans une espèce de rock trop speedé, dont l’écoute dans les maisons du 3e âge augmenterait la mortalité bien plus qu’une vague de canicule. Si ce n’est le défoulant « Je me perds », en français dans le texte, ne se trouve sur cette nouvelle galette aucun hymne réellement purgatif, tels qu’étaient « Don’t ask » ou « Heartsink » sur la précédente. Le calme (relatif) est même de mise sur des titres comme « Two Dead Minutes », « Silence and the drones » ou le surprenant « Night Light », pour lequel la frétillante Laura Mary se fait aussi douce que son minois, troquant sa massive huit cordes contre une guitare acoustique au son presqu’impur.

 

De tout cela, il résulte un album rock certes terne, mais écoutable par tous, au long duquel aucune plage ne préjudicie l’ensemble. Bien sûr, puisqu’on ne peut demander à un duo d’étaler une orchestration large et variée, In Time To Voices est desservi par un léger aspect répétitif, mais qui se dissipera si l’on prête bien attention à la suite des plages qui défilent sur la platine.


Blood Red Shoes

In Time To Voices

Tarif: 6.5/10


Ecoutez:

Cold
Stop Kicking


07.05.2012

Patrick Watson - Adventures In Your Own Backyard

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Né en 1979, le Québécois Patrick Watson se plonge dans la musique à l’âge de sept ans. Tout en apprenant le piano classique, il fait profiter la chorale du coin de sa voix angélique. A l’adolescence, il monte son premier groupe dans une mouture ska-jazz. Aujourd’hui, artiste accompli, il est leader du groupe qui porte son nom, lequel sort ce printemps son 4e album.

 

Adventures In Your Own Backyard est un registre de rock folk d’une douceur exquise, nappé d’une délectable candeur. Au long des douze plages qui le composent, la voix de Patrick, fluette et attendrissante, nous emmène dans un monde mêlant classique et modernité, comme si elle nous tenait la main. La musicalité tourne autour du piano, dont aucune note ne paraît anodine, même lorsqu’il se fait plus discret. Les cordes sont très présentes, et les cuivres débarquent toujours avec surprise, créant une plus-value émotionnelle caractérisée. Cet ensemble orchestral, parfaitement dosé, complet et varié, permet de bannir la mièvrerie ou la monotonie. Certains moments plus forts évitent quant à eux de voir cet album se greffer d’une connotation plaintive, qui lui serait préjudiciable à plus d’un titre. Ailleurs, lors de certains moments plus intimistes, on se prend à rêver. C’est un disque profond et confortable, où l'on retrouve, parmi d'autres, du Fleet Foxes, du Serge Gainsbourg période Mélody Nelson, ou du Tom Mc Rae, en moins meurtri et d’une dimension plus large encore. Quarante-huit minutes de musique intemporelle, capable de nous faire évader du quotidien électrique, à condition que l’on y prête une oreille suffisamment attentive. Et c’est là le seul défaut de cet album, l’égoïsme, qui ne nous contentera parfaitement que si l’on supprime toute forme de distraction aux alentours.

 

 

Patrick Watson

Adventures In Your Own Backyard

Tarif : 7.5/10

 

 

Ecoutez:

Lighthouse

Into Giants

Adventures In Your Own Backyard (live session)

 

 

03.05.2012

The Dandy Warhols @ Atelier, lundi 30 avril 2012

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Sur scène, les Dandy Warhols se donnent une image de Black Eyed Peas du rock. Je parle, bien sûr, du visuel. Et ils ne le font sans doute pas exprès. Une fille et trois garçons, disposés de front comme pour un concours d’avatars virtuels.

 

A l’extrême gauche, Zia Mc Cabe, laffriolante claviériste, sosie de Rose Mc Gowan millésime « Scream », certes en plus menue, et dont les bras sont parsemés de tatouages. Espiègle, elle se dandine allègrement, parfois en dehors de ses instruments, fesses tournées vers la foule. Elle transpire, ça la fait rire, et culotée, se prend une pause pipi en plein milieu de concert ; son mentor Double Taylor meuble bien mieux que mal, interprétant seul à la guitare une version épurée de « Everyday should be a holiday ». Plus tard, Zia admet être née en 1991 ; elle aurait ainsi trois ans le jour où déboule dans les bacs le premier LP des Dandies. Le public, trahi par les éclairages qui se reflètent sur son visage mutin, pourrait y croire. Archifaux, en vérité la « demoiselle » a 36 ans accomplis, et est déjà mère de famille. De quoi briser les espérances des plus valeureux célibataires dans les premiers rangs. Assis à la droite de la belle, le batteur Brent Deboer porte cravate noire sur chemise blanche, et des rouflaquettes à faire pâlir de jalousie Dick Rivers. Sa coiffure longue et ébouriffée, sa barbe de quelques jours et son teint morne, lui donnent des airs de Gustave de Kervern, après cure d’amaigrissement. A l’autre extrémité de la scène, Peter Holmstrom gratte sa guitare de ses ongles noirs. Cheveux pétrole, yeux ténébreux, son style gothique fait de lui un ersatz de Chris Corner, chapeau compris. Ou d’Alice Cooper, après visite chez le coiffeur. Il dispose, comme ses congénères, d’un micro, dont il ne se sert pas. Enfin, Courtney Taylor-Taylor est le grunge de la bande. Longs cheveux attachés, t-shirt délavé, yeux dans le brouillard, le chanteur des Dandys est, par excellence, le papa rockeur, celui qui n’a jamais renié ses naïves années.

 

Ce lundi, les vieux garçons de l’Oregon offrent à l’Atelier un concert très sobre, qui sentait un peu l’aftershave brut. Un minimum de bla bla, pour un maximum de rock bien gras, bien carré et bien en place. Dans l’ensemble, la musicalité est punchy et rauque, et décharge une lente explosivité, à l’image de « This Machine », leur huitième album studio, sorti cette année. Ils n’en font pas des tonnes pour plaire, Taylor n’étant pas de ces leaders à qui un roodie apporte une guitare différente pour chaque chanson. Ce qui titille l’oreille, d’un bout à l’autre du concert, ce sont toutes ces perles qui s’enfilent l’une derrière l’autre. On l’oublierait presque, mais les Dandy Warhols possèdent une sacrée collection de tubes, de « We used to be Friends » à « You were the last high », en passant par le très attendu « Bohemian like you » qui déclenche quelque mouvement de foule. Les moins fans peuvent ainsi se rendre compte de leur influence sur ces quinze dernières années. La discographie s’allonge, tandis que s’accumulent les années de carrière, mais pas un gramme de rouille ne vient recouvrir la performance. Ils restent frais dans la tête, soit là où il faut, et aucun spectateur ne prédirait qu’il s’agit là de leur dernier passage entre ces murs qui leur conviennent si bien.

 

 

The Dandy Warhols, Atelier Luxembourg, lundi 30 avril 2012.

 

23.04.2012

Roscoe - Cracks

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A l’heure où leur premier single se faufile sur l’antenne de l’un ou l’autre radio de bon goût, je peux me vanter d’avoir découvert Roscoe bien avant ce début de succès. Fin 2010, ils assuraient la première partie des Anglais de Birdpen sur la scène du Tipi, crypte musicale située en plein cœur du vieux Liège. L’étonnante facilité avec laquelle ces jeunots maniaient le rock alternatif m’avait alors scotché, et si je ne vous en avais pas parlé sur ce blog à l’époque, je regrette aujourd’hui ce manquement. Voici donc de quoi me rattraper, puisqu’ils en valent réellement la peine.

 


Formation d’origine liégeoise, Roscoe a tout ce qu’il faut pour se faire une place confortable au sein du mouvement indé. Il est fort à parier que leur parcours serait déjà bien plus avancé s’ils venaient d’outre-manche, mais peu importe, puisqu’ils nous rendent fiers à être ainsi basés à quelques sorties d’autoroute à peine. Ce premier album dessine un univers aéré, nuageux, orageux par moments, puisqu’il alterne les éclaircies posées et les averses fortes et vivifiantes. Mais surtout, il installe une intensité mesurée au poil, et démontre une griffe d’une impressionnante maturité. Sans aucun doute, ces gars-là jouent ensemble depuis un moment, et ils savent où ils veulent aller. On pourrait les comparer à The National, avec en plus une petite touche organique, comme une pincée de Mogwai ou un soupçon de Sigur Ros. Globalement, Cracks n’est préjudicié que par une monotonie latente certes, mais non ankylosante, et par une sorte d’impalpable retenue. On sent que, par respect pour certaines conventions, ou de peur d’aller trop vite, trop loin, ils se retiennent de se lâcher complètement. Leur histoire ne fait que commencer, et ils sont à suivre avec beaucoup d’attention. Car pour un premier album, c’est plus qu’encourageant !



Roscoe

Cracks

Tarif: 7.5/10



Ecoutez:

Enemies

 

07.04.2012

Therapy? @ Ancienne Belgique, mardi 3 avril 2012

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Les concerts de Therapy? sont-ils devenus des moments de détente ? C'est la question qu'on peut se poser ce mardi soir, durant les dix premières minutes de l'énième prestation bruxelloise du trio d'Ulster. Le leader Andy Cairns paraît bien sobre, veston noir sur les épaules et chant étonnamment pondéré. Quant au public, il se contente de hocher la tête en rythme, sans plus de mouvement.

 

Cette paisible entrée en matière ne dure que trois chansons. Ensuite, les premiers accords de Stories suffisent à déclencher l'hystérie. En un instant, un pogo général se forme, et les inconditionnels du crowd surfing se promènent au dessus de nos têtes. L'ampleur de la bousculade est telle qu'il faut reculer pour atteindre une place sans risque. Impossible, par contre, d'échapper à cette infâme odeur de poney, mélange de tabac froid et de transpiration, hélas inhérente à ce genre de contexte. Fans de Metal qui me lisez, je vous en conjure : avant un concert, merci de mettre du déo et de laver vos t-shirts. Face à cette déferlante, Cairns reste imperturbable. Très cool, il laisse ses fans monter sur scène, l'approcher, et permet même à l'un d'eux de s'emparer du micro pour chanter à sa place l'entêtant refrain de Potato Junkie : "James Joyce is fucking my sister".

 

Le déroulement du concert peut sembler inégal, la set list alternant les classiques du groupe avec les titres du dernier album, certes taillés dans la même écorce néo punk, mais moins endiablés. Comme toujours, la part belle est faite à leur pépite de 1993, l'album Troublegum, dont chaque extrait relance le chahut général. Un désordre qui atteint son paroxysme après 40 minutes, lorsque s'enchaînent les fulgurants Nowhere et Screamager. Puis le trio sort déjà de scène, avant de revenir avec les excuses du chef : "I thought we played longer, off course we have more stuff for you!". Suivront d'autres instants de grâce nostalgique, comme le succulent Die Laughing ou une version épurée de Diane, sans violons. Mais également quelques minutes de clame stupéfiant, qui accompagnent Ecclesiastes, chanson de clôture du dernier album dans un style trip hop, aux antipodes de l'image qu'on se fait de Therapy. Mais globalement, ces références du rock irlandais auront rempli leur rôle sans fioriture, en mettant à sac une Ancienne Belgique entièrement dévouée à leur cause.

 

 

 

Therapy?

Ancienne Belgique, Bruxelles

Mardi 3 avril 2012

 

04.04.2012

Florence + the Machine @ Ancienne Belgique, samedi 31 mars 2012

ancienne belgique,ab,florence and the machine

 

Lors de leur premier passage à l'Ancienne Belgique, Florence and the Machine assuraient le support des fringants MGMT. Depuis, la Londonienne a fait son chemin. Un parcours remarqué qui lui valait, ce samedi, de revenir en ces murs pour son propre compte, et d'assurer un spectacle à la hauteur de ses intentions musicales. Sur une scène fondue pour l'occasion dans un décor de cathédrale post-moderne, Florence et sa machine ont déroulé une performance aussi majestueuse que millimétrée.

 

La cérémonie débute sur les coups de 21 heures, quand sur les premières notes de Only if for a night, la chanteuse fait son entrée sur scène d'un pas processionnel, vêtue d'une longue robe noire de prêtresse. Sa présence suffit à ravir l'assemblée de fans, qui n'auront de cesse de lui crier leur admiration. Au moindre geste de leur idole, aussi infime soit-il, c'est un vent de clameurs qui se lève. Et lorsqu'elle s'approche du bord de scène, une impressionnante lame de bras se dresse pour la suivre. Impressionnant, le spectacle l'est à point. Rodé à souhait, du set aux lumières, et musicalement très intense. Le terme de cérémonie n'est réellement pas surfait.

 

Mais par delà budget, rayons et fanfreluches, Florence Welch est avant tout une voix dont le talent se passe de tout commentaire. Soulevant les mélodies, maniant parfaitement douceur et puissance. Rien de moins que subjuguante. Et puisque les musiciens suivent la cadence, la prestation en devient délectable. On regrettera, peut-être, que l'imposante ligne directrice réduise au minimum toute forme de spontanéité musicale. Mais lorsqu'elle s'adresse à son public, racontant l'une ou l'autre anecdote, ou se confondant en remerciements, Florence montre qu'elle a gardé visage humain, et que le succès n'a fait pas d'elle une machine.

 

Comme on pouvait s'y attendre, la playlist s'axe sur le dernier album, sans toutefois oublier les hymnes du précédent. Impossible de passer à côté du jubilatoire Dog days are over, ou de You've got the love, dont on suppose que peu de fans connaissent la version originale de The Source, sortie du fond du placard à années 90 par Florence et les siens. La qualité de leur répertoire leur permet de les placer en milieu de concert, gardant pour la fin un Spectrum réellement captivant. En rappel, ils gratifient le public d'un émouvant Never let me go, avant de clôturer la soirée par un explosif No lights no lights. On applaudit une dernière fois avant de quitter les lieux, non sans le sentiment, gratifiant, d'avoir été privilégié.

 

 

Florence + the Machine

Ancienne Belgique

Samedi 31 mars 2012.