16/03/2011

Sisters of Mercy @ Rockhal, vendredi 4 mars 2011

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Les Sisters of Mercy  font partie de ces groupes dont il nous semble avoir toujours entendu le nom. Paradoxalement, ils n'ont jamais tiré vers eux la couverture médiatique. C'est dans l'ombre, fidèles à leur image sombre et mystérieuse, qu'ils sont restés tapis à travers les époques. Vous ne les entendiez pas, et pourtant, ils étaient là quand vous avez vu le jour. Pour vos premiers pas, votre première fessée, votre premier jour d'école, votre premier baiser volé dans la cour de récré, votre premier boulot... Durant tout ce temps, tels des spectres, ils n'ont jamais cessé de hanter les rayons des disquaires. Passant d'un support à l'autre, vinyle, bande ou laser, toujours avec la même fraîcheur, comme dans une de ces innombrables Bandes Dessinées dont le héros ne vieillit jamais d'un cheveu.

 

Pourtant, il existe bel et bien une époque où le nom des Sisters of Mercy n'était pas encore ... d'actualité. Il faut remonter plus de 30 ans en arrière, puisque c'est à l'aurore des années 80 qu'ils gravirent la scène internationale. S'il ne jouit pas d'une renommée populaire, leur nom est cependant reconnu comme celui de pionniers du rock gothique. Ils sont, en quelque sorte, les Kraftwerk du genre. Une volée de groupes punk actuels s'inspirent de leur style, il suffit pour s'en apercevoir d'assister à l'un de leurs concerts. Ce que j'ai fait, le vendredi 4 mars dernier, lors de leur passage à la Rockhal d'Esch-sur-Alzette.

 

Dans cette salle, avant même que le groupe ne monte sur scène, on est saisi par l'aspect typé du public. Dressé en portrait, le fan moyen a entre 40 et 50 ans, s'habille entièrement de noir, pour un look global plus ou moins dissipé selon, comme on le devine, les obligations professionnelles et familiales de chacun. Malgré la reconnaissance dont les Sisters bénéficient, l'ignorance dont ils souffrent de la part des médias d'aujourd'hui n'attire pas à eux les tranches de population plus jeunes - au contraire d'autres groupes tout aussi anciens, mais nettement moins bons, qui n'ont rien inventé et n'ont de cesse de se calquer sur les modes actuelles pour survivre (toute allusion à un célèbre groupe français serait purement ... pas fortuite). Malgré les stéréotypes dont on la chambre, cette véritable niche d'or de fans peut se vanter d'être des plus fidèles, puisque la Rockhal affiche comble.

 

Le concert débute par une salve de fumigènes, formant rapidement un brouillard qui jamais ne se tarira. Si visuellement, ce nuage permanent fait l'impression d'un rassemblement de motards sur le départ, l'odeur de guimauve rappelle plutôt les bals de village. Quoi qu'il en soit, on ne perçoit que des silhouettes au sein de ce halo, traversé de toute part par des rayons de lumière allant du vert au pourpre. Les mouvements que l'on distingue sont essentiellement ceux des fans déchainés du premier rang. Car sur scène, le show reste très statique, et ce malgré l'absence de batterie qui, théoriquement, devrait laisser au trio la place nécessaire à leurs inspirations scéniques. Sachez-le, les Sisters n'ont jamais connu de batteur, les percussions sortant tout droit d'une boîte à rythme. Fait regrettable pour les fans de vrai live, car cette solution apporte beaucoup de synthétique pour peu de spontanéité. Même la guitare sonne parfois "fausse", programmée d'avance. Le voilà, le principal défaut d'un concert des Sisters ; cette forme standardisée, diffusant l'idée que leurs shows n'auront guère évolué depuis leurs débuts.

 

Le plus, c'est cette dimension intemporelle dans laquelle les loiners nous entrainent, vers les prémices du rock post punk dont ils ont écrit les premières portées. Le rythme est efficace, distillé avec soin, emballé sans être effréné. S'ils communiquent peu, ils ne perdent pas de temps entre les chansons, étalant leur large répertoire durant plus de deux heures. Les hymnes qui ont parsemé leur carrière sont au rendez-vous, de Lucretia my reflection à Vision Thing, en passant par un Temple of Love légèrement raccourci et totalement "dés-Ofra-Haza-isé".

 

Certes concoctée comme un examen, la prestation est délectable à souhait. S'ils n'essayent plus de prouver quoi que ce soit, ils assurent néanmoins leur statut de groupe mythique, sans âge, et immortel.

 

 

Sisters of Mercy

Rockhal, Esch-sur-Alzette

Vendredi 4 mars 2011

 

 

Ecoutez:


Temple of Love

Lucretia my Reflection

Vision Thing

 

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