17/03/2011

The Streets - Computer and Blues

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"Les deux survivants ont fait deux groupes de un, et ils sont morts tous les deux". L'humoriste Jean-Marie Bigard terminait ainsi son sketch dédié aux films d'horreur, à quelques vulgarités près dont je vous dispense ici. Cette notion du "groupe de un" prête en effet à rire... pourtant, le concept est plus qu'envisageable : il existe. Mike Skinner nous le démontre depuis dix bonnes années, lui qui se cache derrière le nom évocateur de The Streets.

 

La carrière du rappeur anglais s'étale principalement sur cinq albums studio. Son premier, "Original Pirate Material", était une bombe, à placer parmi les perles de la décennie. Les mélodies dénotaient, d'une part simplistes et répétives, de l'autre enjôleuses et irrésistibles. Nappée d'un authentique et délicieux accent british, la voix de Mike s'y posait tout naturellement. Au diable les paroles chargées de frustration et d'onomatopées simiennes, cet album nous réconciliait avec le rap. Dans la même lignée, "A Grand don't come for free" était un album concept, racontant sur 11 titres une histoire mêlant sentiments et vie quotidienne. Musicalement tout aussi accrocheur que son prédécesseur, et lui aussi encensé par la critique. Ensuite, la bicyclette de Mike battit de l'aile... son flow s'était-il accroché dans la chaîne ? Quoi qu'il en soit, le troisième album fut d'une carrure nettement plus ordinaire. Quant au quatrième, "Everything's borrowed", il était tout simplement ... ennuyeux.

 

Sur Computer and Blues, Skinner ne retrouve pas son niveau d'antan. Les ingrédients du début sont toujours là, à savoir le flow flegmatique et la musique minimaliste, mais même si certains titres ne manquent pas de charme, cette fois encore, le résultat global est trop fade. Certes enjouées, les mélodies n'ont pas grand chose d'excitant, ni d'attendrissant. Au contraire, leur structure trop carrée, et les sons binaires qui les parsèment, les rendent par moments bien agaçantes. Ainsi dépourvus de magie, les titres s'enchainent aussi indifféremment que des clients à la caisse d'un supermarché.

 

Ce qu'on soupçonnait depuis quelques années se confirme : Skinner a perdu sa recette, il ne parvient plus à nous émouvoir. Et c'est bien là le seul aspect dramatique de cet album. S'il arrête la musique après celui-ci, comme il l'a annoncé, il est vraisemblable qu'on ne retienne de lui que deux albums admirablement accomplis. Tout ce qui a suivi ne l'aurait sans doute jamais propulsé aussi loin.

 

 

The Streets

Computer and Blues

Tarif : 4/10

 

Ecoutez:

Going through hell

Roof of your car

 

Redécouvrez:

Turn the page

It's too late

Fit but you know it

Blinded by the lights

 

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