28/03/2011

White Lies @ Ancienne Belgique, mercredi 23 mars 2011

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Ils sont jeunes, débordent de fraîcheur, et conquièrent une foule de plus en plus large. Si j'ajoute qu'ils sont très doués, et s'affirment comme une des références du rock actuel, vous devinerez qu'il ne s'agit pas des Jonas Brothers. Il est toutefois possible de se méprendre, car de façon surprenante, une partie non négligeable du public des White Lies se compose de jeunes demoiselles dans la fleur de l'âge, qu'aucun stéréotype ne rattache à ce genre de rock sombre et froid. Plutôt qu'une erreur, voyons-y une lueur d'espoir auprès de cette branche où le paraître règne habituellement sur le talent.

 

De paraître, il n'en est nullement question au moment d'évoquer le trio londonien. Dominé par le noir, leur look très classieux ne fait que refléter leur univers musical. Au delà de cet aspect, ces gamins transpirent l'humilité, voire davantage. Derrière son micro, Harry Mc Veigh semble très intimidé. Lorsqu'il chante, son regard se perd devant lui, dans le vide. Sa posture statique, mains derrière le dos et droit comme un "i", fait penser à celle d'un élève de primaire récitant une déclamation devant sa classe. On sent que le stand up, ça n'est pas son truc. Mais il n'a guère besoin d'en faire des tonnes pour invectiver son public, et s'impose surtout par sa voix puissante et très basse, à la manière d'un Ian Curtis, en moins dépressif et légèrement plus mielleux.

 

Si on peut leur reprocher un léger manque de présence sur scène, dû à leur jeunesse et sans doute propre à leur caractère, l'aspect musical tient néanmoins la route. En deux albums à peine, il se sont déjà concocté un répertoire de rêve. Aucun titre ne vient ternir leur prestation, vigoureuse d'un bout à l'autre. Si chaque chanson est acclamée dès les premières notes, le public attend particulièrement les trois tubes phare du groupe, stratégiquement disposés au sein de la playlist : To lose my life en début de set, Death avant les rappels et Bigger than us en apothéose, avant de quitter la scène sous une ovation unanime, après une heure quart de concert. A peine, a-t-on envie de dire, l'intensité du show ayant accéléré la rotation des aiguilles, on en aurait bien repris une fournée, d'autant qu'il leur restait encore quelques titres sous la main. Au vu de leur énorme potentiel, on peut espérer qu'il ne tarderont pas à revenir !

 

 

White Lies

Ancienne Belgique, Bruxelles

Mercredi 23 mars 2011

 

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17/03/2011

The Streets - Computer and Blues

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"Les deux survivants ont fait deux groupes de un, et ils sont morts tous les deux". L'humoriste Jean-Marie Bigard terminait ainsi son sketch dédié aux films d'horreur, à quelques vulgarités près dont je vous dispense ici. Cette notion du "groupe de un" prête en effet à rire... pourtant, le concept est plus qu'envisageable : il existe. Mike Skinner nous le démontre depuis dix bonnes années, lui qui se cache derrière le nom évocateur de The Streets.

 

La carrière du rappeur anglais s'étale principalement sur cinq albums studio. Son premier, "Original Pirate Material", était une bombe, à placer parmi les perles de la décennie. Les mélodies dénotaient, d'une part simplistes et répétives, de l'autre enjôleuses et irrésistibles. Nappée d'un authentique et délicieux accent british, la voix de Mike s'y posait tout naturellement. Au diable les paroles chargées de frustration et d'onomatopées simiennes, cet album nous réconciliait avec le rap. Dans la même lignée, "A Grand don't come for free" était un album concept, racontant sur 11 titres une histoire mêlant sentiments et vie quotidienne. Musicalement tout aussi accrocheur que son prédécesseur, et lui aussi encensé par la critique. Ensuite, la bicyclette de Mike battit de l'aile... son flow s'était-il accroché dans la chaîne ? Quoi qu'il en soit, le troisième album fut d'une carrure nettement plus ordinaire. Quant au quatrième, "Everything's borrowed", il était tout simplement ... ennuyeux.

 

Sur Computer and Blues, Skinner ne retrouve pas son niveau d'antan. Les ingrédients du début sont toujours là, à savoir le flow flegmatique et la musique minimaliste, mais même si certains titres ne manquent pas de charme, cette fois encore, le résultat global est trop fade. Certes enjouées, les mélodies n'ont pas grand chose d'excitant, ni d'attendrissant. Au contraire, leur structure trop carrée, et les sons binaires qui les parsèment, les rendent par moments bien agaçantes. Ainsi dépourvus de magie, les titres s'enchainent aussi indifféremment que des clients à la caisse d'un supermarché.

 

Ce qu'on soupçonnait depuis quelques années se confirme : Skinner a perdu sa recette, il ne parvient plus à nous émouvoir. Et c'est bien là le seul aspect dramatique de cet album. S'il arrête la musique après celui-ci, comme il l'a annoncé, il est vraisemblable qu'on ne retienne de lui que deux albums admirablement accomplis. Tout ce qui a suivi ne l'aurait sans doute jamais propulsé aussi loin.

 

 

The Streets

Computer and Blues

Tarif : 4/10

 

Ecoutez:

Going through hell

Roof of your car

 

Redécouvrez:

Turn the page

It's too late

Fit but you know it

Blinded by the lights

 

16/03/2011

Sisters of Mercy @ Rockhal, vendredi 4 mars 2011

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Les Sisters of Mercy  font partie de ces groupes dont il nous semble avoir toujours entendu le nom. Paradoxalement, ils n'ont jamais tiré vers eux la couverture médiatique. C'est dans l'ombre, fidèles à leur image sombre et mystérieuse, qu'ils sont restés tapis à travers les époques. Vous ne les entendiez pas, et pourtant, ils étaient là quand vous avez vu le jour. Pour vos premiers pas, votre première fessée, votre premier jour d'école, votre premier baiser volé dans la cour de récré, votre premier boulot... Durant tout ce temps, tels des spectres, ils n'ont jamais cessé de hanter les rayons des disquaires. Passant d'un support à l'autre, vinyle, bande ou laser, toujours avec la même fraîcheur, comme dans une de ces innombrables Bandes Dessinées dont le héros ne vieillit jamais d'un cheveu.

 

Pourtant, il existe bel et bien une époque où le nom des Sisters of Mercy n'était pas encore ... d'actualité. Il faut remonter plus de 30 ans en arrière, puisque c'est à l'aurore des années 80 qu'ils gravirent la scène internationale. S'il ne jouit pas d'une renommée populaire, leur nom est cependant reconnu comme celui de pionniers du rock gothique. Ils sont, en quelque sorte, les Kraftwerk du genre. Une volée de groupes punk actuels s'inspirent de leur style, il suffit pour s'en apercevoir d'assister à l'un de leurs concerts. Ce que j'ai fait, le vendredi 4 mars dernier, lors de leur passage à la Rockhal d'Esch-sur-Alzette.

 

Dans cette salle, avant même que le groupe ne monte sur scène, on est saisi par l'aspect typé du public. Dressé en portrait, le fan moyen a entre 40 et 50 ans, s'habille entièrement de noir, pour un look global plus ou moins dissipé selon, comme on le devine, les obligations professionnelles et familiales de chacun. Malgré la reconnaissance dont les Sisters bénéficient, l'ignorance dont ils souffrent de la part des médias d'aujourd'hui n'attire pas à eux les tranches de population plus jeunes - au contraire d'autres groupes tout aussi anciens, mais nettement moins bons, qui n'ont rien inventé et n'ont de cesse de se calquer sur les modes actuelles pour survivre (toute allusion à un célèbre groupe français serait purement ... pas fortuite). Malgré les stéréotypes dont on la chambre, cette véritable niche d'or de fans peut se vanter d'être des plus fidèles, puisque la Rockhal affiche comble.

 

Le concert débute par une salve de fumigènes, formant rapidement un brouillard qui jamais ne se tarira. Si visuellement, ce nuage permanent fait l'impression d'un rassemblement de motards sur le départ, l'odeur de guimauve rappelle plutôt les bals de village. Quoi qu'il en soit, on ne perçoit que des silhouettes au sein de ce halo, traversé de toute part par des rayons de lumière allant du vert au pourpre. Les mouvements que l'on distingue sont essentiellement ceux des fans déchainés du premier rang. Car sur scène, le show reste très statique, et ce malgré l'absence de batterie qui, théoriquement, devrait laisser au trio la place nécessaire à leurs inspirations scéniques. Sachez-le, les Sisters n'ont jamais connu de batteur, les percussions sortant tout droit d'une boîte à rythme. Fait regrettable pour les fans de vrai live, car cette solution apporte beaucoup de synthétique pour peu de spontanéité. Même la guitare sonne parfois "fausse", programmée d'avance. Le voilà, le principal défaut d'un concert des Sisters ; cette forme standardisée, diffusant l'idée que leurs shows n'auront guère évolué depuis leurs débuts.

 

Le plus, c'est cette dimension intemporelle dans laquelle les loiners nous entrainent, vers les prémices du rock post punk dont ils ont écrit les premières portées. Le rythme est efficace, distillé avec soin, emballé sans être effréné. S'ils communiquent peu, ils ne perdent pas de temps entre les chansons, étalant leur large répertoire durant plus de deux heures. Les hymnes qui ont parsemé leur carrière sont au rendez-vous, de Lucretia my reflection à Vision Thing, en passant par un Temple of Love légèrement raccourci et totalement "dés-Ofra-Haza-isé".

 

Certes concoctée comme un examen, la prestation est délectable à souhait. S'ils n'essayent plus de prouver quoi que ce soit, ils assurent néanmoins leur statut de groupe mythique, sans âge, et immortel.

 

 

Sisters of Mercy

Rockhal, Esch-sur-Alzette

Vendredi 4 mars 2011

 

 

Ecoutez:


Temple of Love

Lucretia my Reflection

Vision Thing

 

07/03/2011

Mogwai - Hardcore will never die, but you will

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Groupe influent du post-rock depuis plus de dix ans, et référence du genre s'il en est, Mogwai est à classer dans la catégorie vaste et subjective des groupes "qu'on aime ou qu'on n'aime pas". Des ingrédients classiques que sont la batterie carrée, la pesante ligne de basse et les guitares plus ou moins distordues, naissent des mélodies profondes, au rythme souvent mesuré, dont le côté ingénieux et imprévisible affriole les amateurs de rock alternatif.

 

Certes des plus intenses, leur musique reste relativement introvertie. De l'inamovibilité du noyau instrumental découle la rateré de réels sons éclatants. Les envolées lyriques sont donc rares, même si ce dernier opus se veut sensiblement plus abrupt que ses prédécesseurs. Si l'absence de voix renforce la profondeur des compositions, elle apparaîtra peut-être comme une carence, auprès des oreilles lissées par le rock contemporain habituel. Ainsi, cet album s'adresse à un public patient, curieux, mais avant tout assez mélomane que pour pouvoir en capturer la brillance.

 

Mogwai

Hardcore will never die, but you will

Tarif : 6.5/10

 

Ecoutez:

White Noise

Rano Pano