30/04/2011

The Subs - Decontrol

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Il n'a fallu qu'un album aux Subs pour devenir un des bands les plus plébiscités du mouvement electropunk. Pour ce trio déjanté, originaire du nord de la Belgique, est venue l'heure de la confirmation.

 

Sur scène, les Subs offrent une prestation explosive, où cris et basses déclenchent un orage d'adrénaline au dessus des têtes. Figure peinturlurée, vêtu de façon excentrique, le leader "vocaliste" Papillon invective le public, grimpe sur les baffles, escalade les balcons, et marche sur ce même public comme Criss Angel sur l'eau. Ce type est un frappadingue hypéractif. Cette intarissable énergie, déployée pour faire de chaque concert une liesse, est peu évidente à retranscrire sur support laser. De ce côté, si le premier album ne lissait paraître de décalage manifeste, Decontrol dégage une atmosphère bien moins ardente qu'un live.

 

Il s'ouvre sur un single bien conventionnel pour de l'électro rock, duquel émanent des relents de Simian Mobile Disco. La suite, c'est une succession de titres dans un pur style House, où le groupe fait montre de beaucoup d'imagination, en alternant les rythmes et les sons. A certains moments, ce nouvel opus nous parachute en plein festival, et on en sentirait presque la typique humidité ambiante sur le front. A d'autres, il ricoche près du sol, s'assimilant dangereusement à une compil Serious Beats perdue quelque part dans les années 90/2000. Dans l'ensemble, on regrette l'absence de l'un ou l'autre titre véritablement purgatif, de ceux qui, comme sur leur première galette, nous donnaient l'impression d'être secoué de haut en bas comme une boule de flipper - cette allusion à Corinne Charby étant totalement impromptue, puisqu'aucunement contextuelle.

 

A propos de contexte, celui qui glisse un CD des Subs sur sa platine sait très bien ce qu'il attend... et ce qui l'attend. Une séance d'éclate pure et simple, à l'ouest du quotidien et de son frigo à remplir, ses pneus été à chausser et son prix du tabac qui augmente. C'est pourquoi, avant toute chose, Decontrol s'écoute sans réfléchir. Et là, on peut dire que c'est carrément bon, quitte à décrédibiliser la présente chronique.

 

The Subs

Decontrol

Tarif: 6.5/10

 

Ecoutez:

The face of the planet

The hype

 

21/04/2011

The Human League - Credo

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Il y a de ces groupes qu'on croyait inactifs depuis 25 ans, ou tout simplement dissous. Des noms indécrottables de leur époque lointaine. Puis un beau jour, tout en flânant parmi les étals du disquaire, on les aperçoit sur une pochette, dans le rayon des nouveautés. Une première question bondit tel un réflexe : "Est-ce le même groupe ?". Affirmatif. "Alors ils ne sont pas morts avant l'invention du CD ??". Négatif.

 

Human League a connu son heure de gloire au début des années 80, lorsque leur tube "Don't you want me" perça le plafond des charts. Trente ans plus tard, le groupe marche toujours, même s'il ne court plus après cet ancestral succès populaire. Et pour cause, leur statut de référence de la scène synthpop, et la reconnaissance dont bénéficie chaque nouvel album, suffit à leur bonheur.

 

Dès les premières notes de Credo, la griffe Human League saute aux oreilles. C'est un son électropop plaisant, formant des mélodies robotiques, à la structure relativement peu complexe. Un tableau bien typique de la période New Wave, même si ici, l'ensemble parait étonnamment frais. En modelant de la musique digitale facile et inamovible, la formation de Sheffield parvient à lui donner un aspect intemporel.  Toutefois, et ceci est un avis personnel, lorsqu'il est trainé en longueur, le style Human League se voit limité par sa partie vocale. Malgré certains arrangements, le timbre de Philip Oakey varie à peine d'un titre à l'autre, et sa tonalité solennelle constrate avec la légèreté des mélodies. Les deux ne collent pas à tout instant, et ce paradoxe peut parfois déteindre sur l'harmonie d'ensemble. On est encore très loin d'un discours de Martin Luther King sur un fond de Patrick Sébastien, mais tout de même.

 

Si Credo s'orne de l'une ou l'autre chanson très chouette, comme "Egomaniac", certaines ("Single Minded") sont légèrement plus blafardes, et d'autres ("Night People") carrément énervantes. Le disque comblera néanmoins les fans du groupe, et plaira également à l'ensemble des amateurs de synthpop.

 

 

The Human League

Credo

Tarif: 6.5/10

 

Ecoutez:

Never let me go

Egomaniac

 

Redécouvrez:

Don't you want me (1982)

Human (1986)

Tell me when (1995)


16/04/2011

Peter, Bjorn and John - Gimme Some

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J'aurais souhaité être présent le jour où Peter Morén, Björn Yttling et John Eriksson se sont réunis pour baptiser leur groupe. J'imagine un débat où chacun y va de son idée personnelle, sa petite anecdote privée résultant sur un nom original ou farfelu, pour finalement se résumer à leurs trois prénoms. Toute l'originalité du concept réside dans son extrême simplicité, et hormis les visionnaires David & Jonathan, personne n'y avait encore songé ! La face du monde aurait peut-être changé si les Beatles s'étaient appelés John, Paul, George and Ringo. Quant aux Gypsy Kings, au nombre de 15 ou 20 selon la taille des plateaux télé, ils auraient fait le bonheur des fabricants de pochettes CD dépliantes.

 

Revenons à l'essentiel, à savoir le retour de notre trio suédois préféré, mondialement connu depuis 2006 grâce à leur gigantesque tube Young Folks. Injustement, j'ai envie de dire, car au vu de la richesse de leur répertoire, ce titre aura de la concurrence le jour où ils sortiront une compil best of. Gimme Some, leur sixième album fraîchement sorti, pourra à lui seul remplir la moitié de la play list. Produit en low-fi dans un pur style rock n'roll, il ne contient, du début à la fin, que des titres enjôleurs. Chaque chanson s'incruste facilement dans l'oreille, et actionne allègrement les neurones de l'entrain. Aucun titre ne ressemble au précédent, si bien qu'il est de ces albums qu'on écoute en boucle avec toujours autant de plaisir. La plage d'ouverture "Tomorrow has to wait" est carrée et motivante. Plus remuantes,"Dig a little deeper"  et "Eyes"  se fondent sur un rock plutôt groovy, rappelant au passage Vampire Weekend, sans les cuivres. Par leur légèreté et leur rythme soutenu, "Second Chance" et "Breaker Breaker" évoque la période 70's du rock anglais à la sauce "The Clash". Quant à "May Seem Macabre", elle s'oriente davantage du côté des "Smiths".

 

A partir de moyens réduits (guitare - basse - batterie), et d'une base de composition très statique, Peter Björn and John réussissent à nous envoyer dans mille et une directions. De l'écoute cet album, on ressort euphorique, et l'envie nous démange de rappuyer sur play. Gimme Some  est, déjà, un des albums de 2011, et je vous conseille vivement de l'apprivoiser.

 

 

Peter, Björn and John

Gimme Some

Tarif: 8/10

 

 

Ecoutez:

Tomorrow has to wait

Breaker Breaker

14/04/2011

Stornoway @ Rockhal, jeudi 7 avril 2011

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Comme bon nombre de groupes signés sous label indépendant, la renommée de Stornoway n'est pas à la hauteur de leur talent. Ce jeudi 7 avril, la Rockhal censée les accueillir est, à l'heure du concert, bien loin de l'effervescence provoquée par la venue de Jamiroquai en ces mêmes locaux, deux jours auparavant. La poignée de braves qui attend l'ouverture des portes ne dépasse pas en nombre les âmes installées en terrasse du café d'à côté. Débarquant au compte-gouttes, l'audience ne dépassera jamais la centaine.

Cela n'empêche pas les jeunes Anglais de gâter leur public, dans ce délicieux style assaisonné de pop, de folk, et d'instruments multiples. Le groupe ne compte en effet que des musiciens aguerris. Le bassiste tâte de la contre-basse, le batteur use de divers objets musicaux plutôt originaux, dont la dénomination dépasse mes connaissances en la matière, et aussi bien le chanteur que le claviériste jouent de la guitare. En outre, certains titres du répertoire voient l'apparition en fond de scène d'une violoniste et d'un trompettiste.

Apparaissant très naturels, débordant de sympathie, ce petit monde n'en fait pas des tonnes pour séduire. Seul le chanteur Brian Briggs s'exprime au micro, racontant l'histoire de chaque chanson en fignolant son parler d'un humour typiquement british. il se perd parfois dans son badinage, même si son flegme donne à ses discours un aspect peu confus. Lorsqu'il chante, sa voix au timbre particulier vient farfouiller notre esprit, déclenchant quelque corde sensible déjà bien troublée par l'harmonie musicale.

Puisque la foule n'est pas venue en masse, ils en profitent pour agrémenter leur prestation de quelque session acoustique. Tout câble débranché, y compris celui du micro, leur musique devient vivante, et encore plus émotionnelle. On oublie les murs de la Rockhal, et on se laisse volontiers transporter jusqu'au coeur de l'Angleterre. Le public est conquis, puisqu'on n'entend pas une mouche voler. Terriblement frais, tantôt gai, tantôt mélancolique, le concert s'orne d'une touche naturelle qui peaufine le charme ambiant. Stornoway nous offre un irrésistible moment musical, en toute simplicité.

 

 

Stornoway

Rockhal, Esch-sur-Alzette

Jeudi 7 avril 2011


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06/04/2011

Jamiroquai @ Rockhal, Mardi 5 avril 2011

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La recette à succès de Jamiroquai, c'est un style propre mélangeant soul, funk et jazz, le tout fondu dans un moulage "pop" indispensable pour viser les charts. Cible atteinte,puisque ses chansons ont bercé les plus belles années d'une génération entière. C'est en terrain conquis qu'il se présentait ce mardi à la Rockhal, des milliers de fans venant simplement applaudir, et écouter les chansons qu'ils aiment. Et Jay Kay ne leur ne donnera guère plus.

 

Entouré de trois cuivres, trois choristes, un batteur, un bassiste, un guitariste et un claviériste, Jay ne prend pas de risque. Lui-même ne s'occupe que du micro, de furtifs pas de danse et des mimiques d'usage. Il interagit très peu avec ses musiciens, remuant devant eux comme s'ils faisaient partie intégrante du décor. Le décor, c'est une large scène surmontée de faisceaux laser multicolores, derrière laquelle trône un imposant écran géant. Mais c'est surtout une dizaine de planètes colossales, suspendues en l'air, aux couleurs et à la position modulables. Certes somptueux, le tableau n'en est pas moins parfait pour accueillir un colloque des frères Bogdanov. Et avec une telle mise en scène, Jay n'a pas besoin de forcer sur son look, se contentant d'un poncho ligné et d'un chapeau blanc en forme de sommet de gâteau de mariage, à faire pâmer d'envie la reine Fabiola.

 

Quant à l'aspect purement musical, il prend d'emblée une tournure relativement plate. La basse, instrument de prédilection du groove, est inaudible, et le rythme imposé par la batterie est bien trop carré, identique d'une mesure à l'autre. On a l'impression que c'est la même chanson qui recommence à chaque fois. La voix de Jay, trop faible, ne porte en rien cette musicalité bien morne. Au contraire, le manque d'envol dont elle souffre fait planter une légère odeur de playback... Faute de peps et de spontanéité, l'ensemble se déroule comme un long papier à musique, fade et terriblement ennuyeux.

 

Il faut attendre une heure pour qu'enfin, le concert prenne vie. Love Foolosophy se ficèle d'une langoureuse intro à la guitare. Space Cowboy et Travelling without moving s'allongent de riffs et d'improvisations diablement enjoués. Et surtout, le show prend la dimension d'un vrai live, avec du groove et des enchaînements dignes de ce nom. Quel dommage d'avoir dû patienter tout ce temps, d'autant que Jay et sa troupe quittent déjà la scène après un délicieux Allright. En rappel, ils se contenteront d'une seule et unique chanson, issue du dernier album, oubliant au passage une certaine Virtual Insanity. Les milliers de fans sont malgré tout conquis, mais à vaincre sans péril ...

 

 

Jamiroquai

Rockhal, Esch-sur-Alzette

Mardi 5 avril 2011.

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04/04/2011

Patrick Wolf @ Botanique, vendredi 1e avril 2011

 

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Patrick Wolf est un artiste hors norme.

 

Tout d'abord dans sa présentation. Ses oreilles décollées, sa longue et mince silhouette, sa démarche lunaire et précieuse, l'affublent d'une dégaine digne du président du Groland. Quant à son look, il est à géométrie variable. Ce vendredi, il avait opté pour un costume très carré, bien en place. Pourpre de la tête aux pieds, cheveux compris.

 

Son caractère est également incertain. Lors de son dernier passage au Botanique, en 2009, il n'en pouvait plus de blablater, à propos d'histoires folichonnes, ou d'anecdotes parfois très personnelles. Mais cette fois, Patrick a l'humeur maussade. Peu loquace, il enchaîne les titres sans un mot, si ce n'est le conventionnel "Thank you" collé à la dernière note de chaque chanson, précédant la salve d'applaudissements censée justifier cette locution, si toutefois elle est sincère. Il faut attendre trois bons quarts d'heure pour qu'enfin, il esquisse un premier sourire, en direction de sa claviériste. Il ne s'adressera directement à son public qu'une seule fois, peu après, simplement pour annoncer une nouvelle chanson. Le même public qui, plus tard, attendra vainement un second rappel durant quelques longues minutes, avant que la lumière ne se rallume définitivement, et qu'on ne le convie à quitter la Rotonde.

 

Mais avant tout, Patrick est un vrai artiste. L'un de ceux qui vous emmènent dans bien plus d'endroits que l'unique lieu renseigné sur le ticket de concert. S'il s'entoure de musiciens, c'est tout simplement parce qu'il n'a que deux mains. L'ubiquité lui permettrait d'assurer tout seul ses représentations, tant il touche à tous les instruments présents sur scène ; le piano, la harpe, la guitare, le violon, le yukulélé, se succèdent entre ses doigts, sans jamais laisser paraître dans son jeu une quelconque forme d'amateurisme. Du haut de ses 27 ans, il est déjà musicien chevronné. Cette richesse instrumentale permet, en une heure trente, d'explorer une kyrielle de directions, tant musicales qu'émotionnelles.

 

Le début du concert est relativement conventionnel. Avec sa voix sanglotante, Patrick créé une atmosphère touchante. On n'entend guère de chuchotements lorsqu'il reste seul, assis derrière son piano. Et puis, en seconde partie de concert, la mélancolie explose en catharsis. L'ambiance tourne à l'électro pop, Patrick se décoiffe, arrache son col et le noue autour de sa tête. Il se lache enfin, sans que son attitude ne dépasse les réserves imposées par son humeur du soir. Cela suffit à embraser la rotonde, qui ne cesse de l'acclamer à son départ de scène. Mais il ne reviendra qu'une seule et courte fois, laissant ses fans se débrouiller avec leur faim.

 

Peu vivant par sa présence, Patrick Wolf aura néanmoins assuré une prestation musicale vivifiante, riche en émotions. Est-ce là le strict minimum à attendre de la part d'un virtuose capricieux, la question mérite d'être posée. C'est en tout cas un artiste à découvrir sur scène, absolument.

 

 

Patrick Wolf

Rotonde du Botanique, Bruxelles

Vendredi 1er avril 2011

 

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