23/11/2011

James Blake @ Ancienne Belgique, lundi 21 novembre 2011.

james blake, ancienne belgique

 

Révélation de l'hiver dernier, James Blake posait ses synthés sur la scène de l'AB ce lundi, avec l'intention de faire profiter la salle de son électro intense et minimaliste. Un style qui, pour se faire apprécier à sa juste valeur, nécessite que l'audience respecte un certain silence, ce qui n'est pas toujours le cas en ces murs bruxellois. Et on peut craindre le pire lors de la première partie, à subir le véritable brouhaha qui couvre le violon et la voix soul de Marques Toliver. Mais plus tard, lorsque Blake vient s'asseoir derrière ses claviers, le ton baisse, et les quelques jacasseurs restants se voient rabroués par une salve de "chuut !" venus de part et d'autre de la foule. Le jeune Londonien bénéficie alors des meilleures conditions pour étaler son set.

 

Avec sa coupe en pétard, son gilet morne et son minois d'ange glacé, Blake a l'allure d'un Robert Smith époque "Boys don't cry". Comme ses deux musiciens, il reste assis, concentré sur ses instruments, durant l'entièreté du concert. Si ce ne sont quelques paroles, gage d'une sympathie certaine, Blake n'en fait pas des tonnes pour plaire. Se dispenser d'un quelconque jeu de scène, il peut se le permettre, car la profondeur de sa musique suffit à capter les attentions.

 

Mélange harmonique entre Trip Hop et Dub Step, le style de Blake fait mouche. Une mouche qu'on entendrait voler entre les reprises, quand il se contente de quelques notes de piano judicieuses, sur lesquelles il pose sa voix, onctueuse et plaintive à la fois. Mais l'univers de James Blake n'est pas uniquement fait de minimalisme. Lorsque les mélodies tournent à l'orage, les basses font vibrer les structures métalliques de la salle entière. A d'autres moments, le rythme s'extirpe hors de sa pesanteur hypnotique, et s'aventure vers de la pure house music. C'est un concert fascinant si on se donne la peine d'y entrer, tantôt gonflé d'énergie, tantôt d'un calme retentissant.

 

 

 

James Blake

Ancienne Belgique, Bruxelles

Lundi 21 novembre 2011.

 

Camille @ Cirque Royal, Bruxelles, vendredi 18 novembre 2011

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Camille joue un réel spectacle. Débarquant sur scène en robe blanche chiffonnée, avec comme seul éclairage une ampoule suspendue à un fil. L'entourant dans un premier temps de ses longues manches de soie, comme pour symboliser la lumière de la vie qui a récemment grandi en elle, et lui a inspiré son dernier album studio. Ensuite, elle la fait balancer comme un pendule, créant un jeu d'ombre sur l'immense drap de lin qui recouvre le fond de la scène. Elle danse aussi, tantôt à pas furtifs, tantôt par des mouvements frénétiques et saccadés. La représentation très théâtrale convient parfaitement au cadre du Cirque Royal

 

Camille joue avec les émotions. Une première partie globalement intimiste, entièrement dédiée à son dernier né "Ilo Veyou", précède une entracte qui débouche sur un répertoire plus joyeux. Notamment, pour reprendre, le fameux fil et "Ta douleur". Elle emballe l'assistance pour qu'elle se lève, et lui prie clairement de rester debout. Elle se fait loquace, adopte une attitude burlesque et un humour quelque peu bourgeois, qui fait rire aux éclats cette partie de l'audience. Car comme toute artiste conceptuelle, elle draine une poignée de fans dont la présence se justifie avant tout par l'image qu'ils souhaitent se donner au sein de la société.

 

Camille joue avec son public. Pour interpréter "La France", une valse décalée parodiant le strass musical parisien des années 50, elle demande à un volontaire de chaque sexe de monter sur scène, où le couple se forme le temps d'une danse à ses côtés. Plus tard, c'est une dizaine de spectateurs qui, derrière le rideau transparent, pastichent des chiens et des chats, sur le bien nommé "Cats and dogs". Aux salves d'applaudissements, elle répond par plusieurs rappels, terminant seule sur scène avec sa voix, alors que les lumières se rallument, et qu'une partie du public quitte déjà l'enceinte.

 

Camille joue avec sa voix. Dans un même souffle, elle chuchote puis s'envole, descend au plus bas et grimpe au plus haut. Elle alterne les teintes cocasses, enfantines et bouleversantes, accompagnant les mots de percussions naturelles ; ses mains l'une contre l'autre, ou frappant son sternum, ses pieds nus tapant le sol. Derrière elle, fondus dans le décor, guitariste, pianiste et violoncelliste ne l'accompagnent pas systématiquement. La playlist s'orne de plusieurs chansons a capella, les variances de sa voix palliant la fine consistance musicale de ces instants. Ces quelques chansons épurées peuvent à force lasser, tout comme d'autres titres enjoués, mais simplistes, peuvent laisser perplexe. Par contre, les réels moments musicaux ont quelque chose de magique. Pour preuve en fin de concert, un très émouvant "Mon petit vieux" en tête à tête avec son piano. Finalement, c'est dans ces instants de pureté que Camille est la plus touchante.

 

 

 

Camille

Cirque Royal, Bruxelles

Vendredi 18 novembre 2011.

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16/11/2011

Florence + The Machine - Ceremonials

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En 2009, l'anglaise Florence Welsh se faisait connaître grâce à "lungs", un premier album réussi, et caractérisé par une forte vitalité musicale. Dans la même lignée, le second opus "Ceremonials" porte on ne peut mieux son nom.


On y retrouve cette orchestration pop rock complète et chatoyante, menée par cette voix solennelle, gonflée de motivation et gage d'une personnalité charismatique. Comme vecteur d'émotions, la musique proposée correspond véritablement à ce que serait une comédie musicale de bon goût (si toutefois ce concept est envisageable). A la manière d'un Patrick Wolf, Florence donne à ses chansons une prestance de poids, et si l'uniformité du style peut faire craindre une certaine lassitude, la puissance de chaque titre fait qu'il n'en est rien. Pas encore tout du moins ; la demoiselle a trouvé son chemin, espérons que celui-ci ne devienne pas un simple filon. Mais en attendant la suite de ses aventures, on réécoutera "Ceremonials" avec beaucoup de plaisir.



Florence and The Machine

Ceremonials

Tarif : 7/10



Ecoutez:

Only if for a night

Shake it out


Feist - Metals

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Quatre ans après le fringuant "The Reminder", Leslie Feist revient avec un album plus meurtri. Sur "Metals", les chansons s'éloignent radicalement de la tendresse de "1 2 3 4" et de la fougue amoureuse de "My moon my man".


Il est peu aisé de faire du triste sans sombrer dans le dépressif, et à ce titre, la Canadienne mérite bien l'ovation des critiques à son égard. Les ingrédients musicaux sont des classiques du style indie : guitares, piano et violons, dont on perçoit parfois le pincement des cordes. Ajoutons des percussions multiples, parfaitement dosées sur chaque titre, afin de ne pas dissiper la brume. Et par dessus l'ensemble, une voix toujours si éclatante, qui s'adapte aussi bien à la gaité qu'à la mélancolie. Le rythme carré et alangui, parfois pesant, contribue à lui greffer cette ambiance sombre et intimiste. Le résultat est un album qui baigne dans une délicieuse morosité. "Metals" est un disque accompli, qui touche par la beauté de son contenu.


Feist

Metals

Tarif : 7.5/10

 

 

Ecoutez:

Caught a long wind.

How come you never go there.

09/11/2011

Dum Dum Girls @ Rotonde du Botanique, dimanche 6 novembre 2011

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Il est rare de voir aussi peu de monde au Botanique, et pourtant, le groupe qui se produit ce dimanche dans la Rotonde a de quoi attiser toutes les curiosités. Avec leur look sombre et leur attitude snob, les Dum Dum Girls semblent tout droit sorties du clip de Robert Palmer "Addicted to love". Robert Palmer ou un quelconque ersatz en moins, puisqu'il s'agit d'un groupe 100% féminin.

 

A l'heure de monter sur scène, ces filles de l'ouest préparent leur apparence dans les moindres détails, et ne laissent absolument rien paraître de naturel. Dee Dee, la chanteuse ou "meneuse de troupe", s'orne le visage d'un masque de maquillage très pâle, au milieu duquel le rouge de ses lèvres donne le tournis. Il est impossible de se prononcer quant à la beauté de ses traits, et de toute façon, les regards les plus vicieux n'insisteront pas à dénicher la couleur de ses yeux. Pour cause, un top noir de jais au décolleté lacé, et une jupe en cuir si courte qu'elle flirte avec les limites du politiquement correct. A sa droite, une guitariste androgyne, tout aussi sophistiquée, qui pourrait se présenter comme la soeur jumelle de Brian Molko sans que cela ne choque. Et à sa gauche, une sulfureuse bassiste rousse, qui de par son regard hautain et sa bouche plus figée qu'une ligne d'horizon, remporte la palme de l'antipathie apparente. Ce tableau "porno chic" est certainement calculé au millimètre, tout comme le sont leur délectable déhanché en rythme, et l'absence de contact avec le public. A croire qu'au pays des dum dum, le sourire enrhume et a sympathie constipe. Ah oui, j'oublie une dernière fille derrière la batterie, mais en regard des trois autres, sa discrétion la fait littéralement disparaître.

 

Le public n'est pas venu en masse, il est donc aisé de se faufiler aux devants de la scène. A cet endroit, fourmille un parterre de photographes, dont la taille est inversément proportionnelle à l'envergure du concert. Sans doute ces paparazzi d'occasion sont-ils venus fournir en images de futurs articles détaillés sur ces nouvelles égéries du rock, tellement prometteuses qu'elles ne remplissent pas une des salles les plus confinées de Bruxelles. Ou alors, ces petits filous usent de leur carte de presse pour venir se rincer l'oeil ; un dimanche soir, ça vaut toujours mieux qu'un souper tartines-filet américain dans la belle famille. Malgré toutes ces considérations visuelles, Dee Dee et ses copines n'ont rien d'un girls band classique, pour la simple et bonne raison que leur oeuvre présente un aspect musical consistant. Le reste n'est là que pour étoffer l'emballage. D'accord, ne trempons pas dans l'hypocrisie, le fait qu'elles soient plus agréables à regarder qu'un groupe de rappeurs banlieusards agrémente le spectacle. Mais guitare en main, elles ont bien d'autres arguments à proposer.

 

N'étant précédées d'aucune première partie, les dum dum débarquent sur scène avec vingt bonnes minutes de retard. Sans doute le temps nécessaire pour parfaire les grimages et ajuster les corsets. Avare de paroles, Dee Dee se limite à une présentation très succinte du groupe : "We are Dum Dum Girls". Juste au cas où on ne l'aurait pas lu sur le ticket d'entrée, ou sur la peau de la grosse caisse. Ensuite, si ce ne sont de rares et furtifs remerciements, elle n'ouvrira plus la bouche que pour chanter. C'est donc derrière une sorte de barrière invisible qu'elles alignent les chansons, alternant les extraits du premier album avec ceux du second, sans que cela ne brouille le fil conducteur. Sur platine, les deux opus sont en effet fort semblables. Certes tonique, leur rock a dans la durée quelque chose de frustrant. Les titres sont formatés pour ne pas dépasser les 4 minutes. Et comme les filles n'ont aucune envie de combler les breaks, le concert ne dépasse pas les 60 minutes, rappel compris. Musicalement, leur style est accrocheur, même si quelque peu répétitif. Leur rock sonne parfaitement, et la mise en place est impeccable. On souhaiterait simplement qu'elles sortent de leur bulle, et dégagent plus de chaleur. L'indifférence affichée fait peut-être partie de leur image, mais elle est tellement pesante que le spectateur a lui-même parfois l'impression de les déranger.

 

 

 

Dum Dum Girls

Rotonde du Botanique, Bruxelles

Dimanche 6 novembre 2011.

03/11/2011

Suivez le fil

Sur la - longue - liste d'albums qu'il me reste à écouter cette année, j'en ai retirés trois. Les deux premiers sont sortis le mois dernier, le troisième il y a un peu plus longtemps... so what, je n'ai que deux oreilles, et 24h par jour, comme tout le monde.


Dum Dum Girls - Only in dreams

dum dum girls,noel gallagher,foster the people,only in dreams,high flying birds,torchesOn ne change pas une recette qui marche, et ces Californiennes l'ont bien compris. Second album du quatuor à courte jupe, "Only in dreams" ne contient rien d'autre que du rock pur, au rythme lourd et inamovible, tellement inamovible qu'il n'a pas bougé d'un poil depuis le premier album. Ce qui change, c'est la clarté du son ; exit le low-fi qui faisait le charme du premier opus I Will Be. La voix de Dee Dee prend de l'envergure, et son timbre donne à ce 2e album un petit parfum de Pretenders. Le spectre de Chryssie Hynde est d'ailleurs présent tout au long du disque. Plus globalement, les chansons se suivent et se ressemblent, mais les mélodies ont ce petit quelque chose d'addictif qui nous secoue la nuque et nous font volontiers taper du pied. Le son des guitares est authentique, et nous ramène tout droit vers le 20e siècle. Pour la révolution, on repassera, mais pour passer un bon moment de rock, "Only in dreams" répond présent.

 

Tarif: 6.5/10

Ecoutez : Coming down



Noel Gallagher's High Flying Birds

dum dum girls,noel gallagher,foster the people,only in dreams,high flying birds,torchesIl y a un peu plus d'un an, l'ainé de la fratrie Gallagher se faisait jeter comme un malpropre du groupe qui l'avait fait connaître. Après qu'Oasis sans lui soit devenu Beady Eye, Noel lance son premier opus solo, et reste dans la lignée de ce qu'il a toujours fait de mieux. Les mélodies britpop et les paroles faciles témoignent que les High Flying Birds n'ont pas migré depuis la séparation, à un point tel que cet album pourrait passer pour une compilation de morceaux cachés d'Oasis. Mais qu'il soit nostalgique ou fainéant, que son sens de la créativité soit plus ou limité, Noel est très doué dans ce qu'il fait. Et ceci dit, en toute objectivité, ou pas, sa voix claire est bien plus digeste que celle de son nasillard de frère. Cet album manque d'inventivité, mais ne sonne pourtant pas comme la fin d'un souffle, et si l'on a l'impression d'avoir déjà tout entendu, on l'écoute tout de même avec plaisir. Jusqu'au bout. Et plusieurs fois.


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : If I had a gun



Foster the People - Torches

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Groupe masculin dont la voix peut faire porter un doute, Foster the People se place dans la lignée des MGMT et autres Empire of the Sun. Leur electro pop enjouée est construite sur une multitude de sons balancés entre mysticisme, organique et jovialité. Le style possède son charme, mais ne parvient pas à se détacher de ce qui existe déjà dans le genre. Au contraire, les pistes sont souvent préjudiciées par cette voix de transformiste, qui rappellera aux fans de compils "années 80" déstockées des noms comme Big Fun ou Brothers Johnson. Cet aspect vocal ralentit l'élan, fait pâlir la puissance instrumentale, et n'est réellement appréciable que sur les refrains... où les harmonies semblent véritablement calquées sur Oracular Spectacular. Musicalement, on évolue dans un registre très gai, et à écouter le réussi Pumped Up Kids, on regrette que le trio n'ait pas persévéré dans la profondeur. Car hormis celui-là, peu de titres sortent du lot.


Tarif : 4/10

Ecoutez : Pumped up kids


01/11/2011

Justice - Audio Video Disco

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Les Français de Justice nous avaient laissé sur un premier album coup de poing. Nous étaient aussi parvenus les échos de leur tournée mondiale, relatée sur un DVD en forme de documentaire vivant et non censuré. Leur périple n'avait vraiment rien de pieux, et face à tant de jouissance et de décibels, on pouvait se demander si ces ambassadeurs de la french touch pourraient relever le défi du second album sans se casser les dents.



Plus profond qu'il n'y parait, ce second opus révèle les premières influences des pensionnaires d'Ed Banger : un bon vieux Hard Rock old school, pas forcément agressif, avec des basses persuasives, des guitares très présentes, des breaks au charleston, et quelques parties vocales hautes. Ce n'est pas pour rien si le duo tire en réalité son nom d'un album de Metallica : "And Justice for all". Et ici, cette recette revival est électronisée à la moulinette de ces robots junkies. Comme sur "Cross" , l'ensemble respecte une palette de sons bien définie, de façon à explorer un style plutôt que de partir dans plusieurs directions.



Audio Video Disco est pourtant très différent de son prédécesseur. On passe d'un electro rock excentrique à du rock electro plus calme. Diffusé il y a peu sur les ondes, le premier extrait homonyme laissait présager un résultat plus explosif. Le petit nouveau alterne bien les rythmes, arpente quelques montées en puissance, mais il semble se retenir d'atteindre une forme d'apothéose avant la plage titulaire, qui termine l'écoute. C'est un autre style, dans lequel beaucoup de fans d'électro pur et dur ne se retrouveront pas. Mais reconnaissons à cet album d'éclatantes qualités. Certes plus lisse, il semble également plus personnel, sorte de matérialisation de la griffe du groupe. Si l'un ou l'autre titre sont empreints de mélodies peut-être trop élémentaires et répétitives, l'ensemble reste difficilement prévisible. La dominance rock peut parfois pencher vers le pop, voire se teinter de funk. Bref, cette nouvelle tournure est surprenante, mais tout à fait digeste. Audio Video Disco est un disque musicalement relevé et original.



Justice

Audio Video Disco

Tarif: 7/10



Ecoutez:

Civilization

On'n'On

Audio Video Disco