24/12/2011

Suivez le fil

Si à l'heure de lire ces lignes, il vous manque un cadeau sous le sapin, si vous disposez d'un disquaire non loin de chez vous, et s'il est encore ouvert, alors peut-être qu'un des cinq albums suivants raviront l'un de vos proches. Ils ne m'ont quant à moi pas laissé indifférent. 

 

 

Digitalism - I Love You Dude

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En 2008, le premier album de ce duo électro marquait les esprits par la puissance de ses titres. Là où d'autres resteraient rivés sur leurs platines, les Allemands élargissent leur horizon, en incluant cette fois une instrumentation complète. I Love You Dude est une création hybride de pop rock et d'électronique, où chant et guitares s'allient aux machines. Si l'électro reste prédominant, ce mélange ouvre les portes d'une nouvelle dimension très subtile, pour un résultat tout aussi cathartique. Un des meilleurs albums électro de l'année, pour un group à voir absolument en live.

 

 

 

Tarif:  7/10

Ecoutez : 2 hearts

 

 

 

Peter Gabriel - New Blood

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Le mythique chanteur anglais a bel et bien craqué pour le philarmonique. Après un premier album de reprises, Peter Gabriel insuffle cette fois une nouvelle vie orchestrale à ses propres compositions, triées sur le volet. Ainsi, nulle trace de Sledgehammer ou Games Without Frontiers. Par contre, l'exercice s'applique à merveille sur In Your Eyes et Solsburry Hill. Si le sang est neuf, les artères restent âgées. New Blood s'adresse donc principalement aux fans. L'absence de réelle surprise, et l'affaiblissement du concept, en sont d'autres bémols. Un troisième album dans la même veine serait très risqué, même si celui-ci est à nouveau réussi.

 

 

 

Tarif:  6.5/10

Ecoutez : Solsburry Hill




Bon Iver - Bon Iver

boniver_boniver.jpgDès les premières mesures, cet album éponyme s'avère bouleversant. La tristesse des mélodies folk, mêlée à la détresse de la voix de Justin Vernon, nous plonge dans une intense mélancolie. Cette magie est hélas à double tranchant, car si son effet est immédiat, sa longueur peut faire baigner cet opus dans une sorte de marasme cafardeux, de sorte que l'écoute en devient gênante. Pour ce qui est de créer de fortes et impalpables émotions, Vernon est indéniablement doué. Mais il doit encore peaufiner son effet de surprise.




 

 

Tarif:  6.5/10

Ecoutez : Perth




Elbow - Build a rocket boys!

elbow-build-a-rocket-boys-front-cover-66499.jpgSur ce cinquième album, les Anglais d'Elbow proposent un rock que l'on pourrait qualifier de platonique. En attestent de longues introductions, une musicalité claire, malicieusement innocente, ou des mélodies langoureuses et répétitives, sur laquelle Guy Garvey verse sa voix de gros nounous comme un coulis de chocolat sur une dame blanche. Et surtout, une absence totale de réelle explosivité. Build a rocket boys! s'absout de toute prise de tête, par une pureté et une simplicité digne de l'âge de la candeur. C'est beau, mais par moments c'est un peu chiant.

 

 

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : With Love

 

 

 

The Black Box Revelation - My perception

the-black-box-revelation-my-perception.jpgOn connait le style tranchant des Black Box Revelation, qui n'a pas changé d'un poil depuis leur Set You Head On Fire de 2007. Ou coimment harmoniser des sons gras produits d'une guitare et d'une batterie, pour en obtenir un rock garage brut et percutant. La voix de Jan Paternoster, qui semble naturellement low fi, est on ne peut plus conceptuelle. Ce troisième album témoigne que le duo de Dilbeek n'a pas perdu sa pêche. Le disque défile rapidement, et les transitions d'un titre à l'autre sont ambigües. Mais l'énergie balancée demeure lourde et opérante.

 

 

 

 

Tarif : 6.5/10

Ecoutez : My Perception

 

 

Toute l'équipe du Fil Musical (c'est-à-dire moi-même) vous souhaite un excellent réveillon de Noël ! Si en cette sainte soirée, le potage télévisuel vous ennuie, éteignez donc le petit écran et faites chauffer la platine ! Un bon CD en mangeant la bûche, y a que ça de vrai.

21/12/2011

Suivez le fil - Kurt Vile, Bombay Bicycle Club, Evaline

La fin de l'année approche, et avec elle l'écoute, certes un peu tardive, d'albums à côté desquels je ne pouvais passer cette année. En voici trois, dont j'estime qu'ils valaient la peine de s'y intéresser un peu, beaucoup.



Kurt Vile - Smoke ring for my halo

 

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"Smoke ring for my halo" a tout d'un album ennuyeux. Une voix flegmatique, une orchestration peu variée, un rythme qui ne décolle pas. C'est l'exemple typique du disque à raser le peuple, mais qui ravit les puristes incompris, dont beaucoup ne comprennent pas pourquoi ils aiment. Peut-être parce que les créations de Kurt Vile diffusent comme une odeur sacrée, celle de Bob Dylan, dont le jeune guitariste à longue chevelure ne cache pas s'inspirer. Si ce rock franc et sans artifice nous caresse doucement sans toujours nous atteindre en profondeur, il en émane aussi un certain charme, comme d'une oeuvre où son auteur se met à nu. Le quatrième album de ce natif de Philadelphie sera d'autant plus agréable à écouter dans un contexte de silence absolu, sans aucune interférence.

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : Jesus Fever

 

 

 

Bombay Bicycle Club - A Different Kind of Fix

 

kurt vile,bombay bicycle club,evaline,rock,indie,alternatifFidèles à l'indie rock depuis leurs débuts, les Londoniens de Bombay Bicycle Club n'en sont pas les représentants les plus renommés. A suivre leur évolution, ils ne déméritent pourtant pas. Musicalement plus fourni que le précédent, ce troisième album allie la sobriété à l'efficacité, dans un style rock folk grisant et aéré. Tout en respectant une atmosphère d'ensemble, les chansons qui le composent ne sont pas de celles qui se répètent. Que le rythme soit vif ou pondéré, avec plus ou moins de présence guitaristique, chaque titre possède son potentiel de séduction. Ce qui ne change pas, c'est la voix, sincère et affective, de Jack Steadman, qui distille des émotions sans toutefois en faire de trop. A different kind of fix est un album entêtant comme on les aime. Nul besoin de se le repasser dix fois pour l'apprivoiser ; les mélodies trottent en tête, et les refrains vous accrochent, dès la première écoute.

 

Tarif : 7.5/10

Ecoutez : Lights Out, Words Gone

 

 

 

 

Evaline - Woven Material

 

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Ne vous fiez pas à ce nom digne d'un bracelet entourant le poignet d'un nourrisson. Si les Californiens d'Evaline ont bien la fraicheur du nouveau né, leur style se tourne davantage vers le rock alternatif. Dont acte, Woven Material n'a rien d'un recueil de berceuses. Envolé, orageux, parfois poussif mais sans pour autant se révéler agressif, il est de ces disques dont l'écoute dépoussière les tympans. Le genre qui, en concert, dégage une puissance incomparable, hélas quelque peu limitée sur CD. D'un titre à l'autre, les sons de guitares se diversifient, mais restent omniprésents. La batterie inflige un rythme rapide mais agile, qu'il soit carré, en frisé, avec ou sans contretemps. Des structures imprévisibles, accompagnées d'efficaces changements de rythme, qui ne sont pas sans rappeler Muse à ses débuts. La puissance de cet album, calculée adéquatement pour ne jamais nous taper sur les nerfs, ne s'affaisse pas du début à la fin, à l'image d'une voix incisive et prenante qui s'impose sans avoir besoin de hurler. Woven Material est sans conteste une des excellentes surprise de l'année.

 

Tarif : 7.5/10

Ecoutez : Picking it up

 

15/12/2011

Selah Sue @ Rockhal, mercredi 14 décembre 2011

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2011 restera comme l'année de Selah Sue. Sa Flandre natale, qui l'adulait déjà bien avant nous, était bien trop étroite pour la retenir. Toute l'année, de part et d'autre des frontières, la Louvaniste a accumulé les louanges, jusqu'à crouler dessous et risquer l'asphyxie. C'est une constatation : où qu'elle passe, elle laisse derrière elle une trainée de salutations, et personne ne se risque à parler d'elle en mal, ou ne fut-ce qu'émettre une simple réserve à son égard.

 

Sanne Putseys n'usurpe pas ce succès, et le doit bien plus à son véritable talent qu'à une quelconque campagne de communication. Il suffit d'aller la voir pour s'en rendre compte. Derrière un micro, ce petit bout de femme au visage mutin n'a vraiment rien de chétif. Elle chante, joue, bouge comme si elle faisait ça depuis 40 ans, elle qui en a 22 à peine. Son charisme et sa présence impressionnent, et si le concept de destinée est plus que subjectif, cette pile à chevelure électrique semble bien née pour faire de la scène.

 

Ce jeudi, la Rockhal accueille la dernière représentation de sa tournée. Selah débarque à l'heure, seule avec sa guitare, et débute le show par deux chansons relativement douces. Déjà, sa voix si particulière envahit les lieux. Après avoir pris la température de la foule, elle est rejointe par ses musiciens, et le concert gagne en consistance. Le groove s'empare de la salle, de quoi secouer les morals les plus moroses. Mais le public luxembourgeois, fidèle à ses habitudes, reste relativement statique. Par dessus une basse, une guitare, et un clavier qui tient le rôle des cuivres et pianos, la voix de Selah s'adapte à tous les rythmes. Son grain, ses envolées, et sa saveur espiègle, contribuent à la rendre unique, et difficilement imitable.

 

Il faut peu de temps pour comprendre que les propos dithyrambiques dont tous la gratifient ne sont pas dénués de sens. Avec ou sans guitare, Selah nous accroche, même si ce soir, son enthousiasme semble légèrement retenu. Sans doute souffre-t-elle d'un mal de dos, puisque de temps à autre, elle se cambre en grimaçant. Malgré cela, elle montre une énergie dont beaucoup d'artistes devraient s'inspirer. Le déroulement du show alterne les moments intimistes, et d'autres plus intenses. Jusqu'à ce qu'arrive "Raggamuphin", qui met tout le monde d'accord. Ensuite, les tubes se succèdent, emballants, de "Peace of mind" à "Crazy vibes", en terminant sur un "Crazy suffering style" jouissif et ensoleillé. Selah reviendra pour un unique rappel, qu'elle termine sur un titre inédit, à consonance dubstep. Peut-être un avant-goût de la suite de ses aventures ? Quoi qu'il en soit, Selah Sue a décidément tout d'une grande, et il est très difficile de ne pas être conquis.

 

 

Selah Sue @ Rockhal,

Mercredi 14 décembre 2011.

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08/12/2011

The Drums - Portamento

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Il faut battre le fer tant qu'il est chaud. Cet adage, les Drums l'ont parfaitement compris, en sortant un second album studio à peine plus d'un an après le premier. Bonne politique, puisque malgré leur fougue, le fer de ces fringants New-Yorkais risque de se refroidir très rapidement.

 

Ceux qui auront été conquis par leur premier album éponyme retrouveront sur Portamento un style identique de rock rétro et insouciant, qui prend cette fois une tournure un tantinet plus grise. Musicalement, la recette ne change pas d'un poil ; la batterie distille un rythme vif, d'ailleurs on s'interroge sur les raisons de sa présence, car pour abattre un boulot aussi carré, une boîte à rythme conviendrait parfaitement. Par dessus les percussions, la basse est discrète, et les guitares taquinent toujours autant. Là où ce disque évolue, si ce verbe peut être appliqué, c'est au niveau vocal. Le chanteur Jonathan Pierce ne se contente plus de simplement "poser" sa voix sur les mélodies... et c'est bien dommage. A présent, on peine à distinguer les réels instants de chant des tirades plaintives, parfois dignes de gémissements d'un chipmunk en pleine puberté.

 

La constance musicale qui existe d'un album à l'autre reste valable pour l'entièreté de ce nouvel opus. De la plage d'ouverture, certes non dénuée de charme, à celle de clôture, nul besoin d'avoir l'oreille musicale pour s'apercevoir que d'un titre à l'autre, rien ne change réellement. Il y a bien l'une ou l'autre nuance, légère, mais il ne suffit pas de mettre une rondelle de carotte dans une marmite de bouillon pour en faire un velouté aux légumes. Et donc, la lassitude s'installe bien avant la douzième assiette.

 

D'accord, tout n'est pas fade sur cet album. Et ne crachons pas dans la ... soupe, on avait adoré découvrir les Drums avec "Let's go surfing", il y a deux ans. Mais Portamento est bien plus nuageux que cet unique tube-là, que ce soit dans ce style inaltérable, ce chant corrompu par tant de jérémiades, ou ce déroulement digne du programme TV du dimanche après-midi. Ce second album ressemble déjà à un début de fin pour une formation qui, au-delà de sa jeunesse et ses qualités intrinsèques, semble aujoud'hui plus que jamais devoir son succès au fait de s'être trouvé au bon endroit, au bon moment. Et qui, en se contentant de réciter sa leçon par coeur, ne nous émeut plus. Dans tous les cas, il restera "Let's go surfing".

 

 

The Drums

Portamento

Tarif : 4/10

 

 

Ecoutez:

Book of Revelation

Money

01/12/2011

Death Cab for Cutie - Codes and Keys

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Plus allusif qu'il n'y paraît, ce gros plan de hashtag dissimule le 7e album du quatuor américain Death Cab for Cutie. Le bien nommé Codes and Keys porte à sept le nombre d'albums studio de la bande à Ben Gibbard, ce qui représente une moyenne plus qu'honorable d'un album tous les deux ans, depuis leurs débuts en 1998. Bien nommé parce que, confectionné à partir d'instruments typiques du rock alternatif, il respecte bien les codes de ce style. Utilisées avec une certaine parcimonie, les guitares apportent toutefois la force nécessaire aux mélodies qu'elles accompagnent. Pour le reste, nous avons du violon, du piano, et bien sûr, une voix et des percussions. Tout ce qu'il y a de plus classique.



La recette est connue, et pourtant, le résultat est très abouti. De "Home is a fire" au single "You are a tourist", les cinq premières places sont sacrément addictives. Les mélodies sont fraîches, réjouissantes, et même si les rythmes s'alternent, elles ne se délogent pas de l'oreille, titillant parfois plus en profondeur. La voix douce et affective de Gibbard peaufine ce sentiment de gaité, plus mesuré par moments, mais stimulant du début à la fin. Au bout du compte, l'album prend la forme d'un répertoire de chansons évocatrices d'une certaine nostalgie. Une légère impression de déjà-entendu, qui ne fait pas le poids face à la puissance émotionnelle dégagée. A priori peu singulier, "Codes and keys" est en fait une très agréable surprise.

 

 

 

Death Cab for Cutie

Codes and Keys

Tarif: 7.5/10



Ecoutez:

You are a tourist

Stay young, go dancing