28/05/2012

Netsky @ Ancienne Belgique

 

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L’Anversois Boris Daenen tire son nom de scène d’un ver informatique baptisé « Netsky.AB. ». Coïncidence plutôt cocasse, c’est sur la scène de l’AB que Netsky posait ses platines ce vendredi soir. Ce jeune prodigue s’est spécialisé dans l’art de la drum n’bass. Son truc, c’est de brasser des beats rapides et souples, avec des mélodies simples de nature, mais extrêmement emphatiques. Iron Heart, le titre qui l’a fait connaître en 2010, condensait des sonorités acid, tout droit sorties des années 90… époque où, on l’imagine, le petit Boris gambadait encore dans son parc, au son des premières ritournelles de Samson en Gert. Give & Take, single annonçant l’arrivée d’un second album, est plus conventionnel mais non moins surprenant. Les machines y font place à des instruments plus classiques, piano et guitare électrique, formant avec les beats un riche mélange de styles.

 

Peu renommé au sud de la forêt de Soignes, Netsky trouve l’essentiel de sa popularité au sein du public flamand. De fait, on n’entend guère parler français entre les murs de l’AB ce vendredi. Parmi la foule, beaucoup de survoltés, quelques-uns bien imbibés, et l’une ou l’autre coiffure qui montrent que le passage de la Tektonic dans nos cultures a laissé des traces. Un public juvénile des plus motivés, qui se presse aux devants de la scène ; l’espace disponible à l’arrière de la salle ferait mentir le box office du soir, lequel affiche pourtant un cinglant sold out depuis plusieurs semaines.

 

Non content du succès populaire de ses compositions, le petit chef en herbe sait aussi comment embraser une foule, en s’entourant de vrais professionnels. Outre un percussionniste et un claviériste, il s’accompagne d’un maître de cérémonie qui, micro bien en main, ne chante ni ne rappe. Sous sa casquette, arborant un t-shirt aux couleurs de son leader, le bougre se contente de poser un flow de paroles sobre et suffisant pour colorer les alliages musicaux. Plusieurs fois, il charrie gentiment les quelques spectateurs assis dans les fauteuils rouges, sur la mezzanine d’en face, précisément parce qu’ils restent assis. Quant à Netsky, qui n’ouvrira jamais la bouche, il trône au centre de la scène et des attentions, derrière son ordinateur frappé d’une pomme. Une vraie frimousse d’enfant modèle, au sourire éclatant de pureté, sorte de « ying » physique de Bryan Molko, avec ses cheveux noir de geai.

 

Dès les premières minutes, le groupe place la barre très haute. Quelques notes à peine, et l’ambiance atteint déjà son paroxysme. Assaillie par la houle électronique, l’Ancienne Belgique se voit plongée dans une dimension intemporelle où ses occupants oublient l’heure qu’il est, le temps qu’il fait, et le cours actuel du pétrole. L’énergie balancée a de quoi décoiffer un chauve, et si le soleil a dominé Bruxelles toute cette journée de mai, la chaleur qui règne dans la salle à cet instant n’a rien à lui envier. Parmi ce public remué apparaissent déjà les premiers torses nus, bientôt suivis des chevelures trempées.

 

Cette intensité ne diminue pas de tout le concert, durant lequel Netsky décoche une drum n’bass aux multiples parfums. La plupart du temps chargée de distorsion, à la sauce Prodigy, elle est par moments nappée de soul, et à d’autres gonflée de ragga, voire même d’un groove emprunté au disco (ce qui n’est pas surprenant, lorsqu’on s’appelle Boris…). Mais elle contient aussi de vraies mélodies de piano, pures et planantes. Le tout porté par des basses percutantes, dont les vibrations viennent souvent chatouiller les oreilles. Grâce à ce mélange de styles, Netsky libéralise la drum n’bass, l’extirpe des caves poisseuses où elle réside habituellement, ne filtre que les ondes positives. De la sorte, il parvient à la rendre accessible à un public de masse, qui adore et qui, après une heure de show, en redemande avec insistance. Le groupe remontera sur scène pour un court rappel de deux chansons, avant de laisser la sauce redescendre, à la grande frustration des nombreux spectateurs galvanisés qui en auraient bien repris jusqu’au bout de la nuit.



Netsky

Ancienne Belgique, Bruxelles,

Vendredi 25 mai 2012

18/05/2012

M83 - Hurry up, we're dreaming

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M83 a récemment apporté du sang neuf au monde de la pop music. Si cette formation made in France n'en est plus à son premier coup d'essai, leur remarquable percée est néanmoins comparable au boum retentissant provoqué par le premier album de MGMT en 2008.
 

Hurry up we're dreaming remet au goût du jour l'âme de la pop champagne des années 80, période où ce genre populaire, adressé aux foules de 7 à 77 ans, était au sommet de sa gloire. Avec ses mélodies aussi bonnes que synthétiques, sortes de soda conditionnés en ondes, ses harmonies vocales entêtantes et chargées d'écho, et surtout ses riffs cruellement addictifs, le style M83 a le potentiel pour séduire un large public, allant des mélomanes nostalgiques de l'époque des musicassettes aux padawan d'aujourd'hui, ceux pour qui les noms de Freur, Tears for Fears, ou Living in a box ne signifient rien.

 

Comme l'annonce le paradoxe de son titre, l'album alterne les rythmes et distille les émotions. D'une haletante introduction, partagée avec la douce et froide Zola Jesus, le disque passe à "Midnight City", ritournelle pour insomniaques qui colle aux tympans, et incontournable tube de ce début d'année. Après l'envolé "Reunion", sans doute la plage la plus pop du registre, une courte pause fait place au profond "Wait", où M83 revisite le concept de slow, extirpant tout excès de sentimentalisme aigu de cette sirupeuse figure de style. Les plages se succèdent ainsi, partageant une identique aura lévitante, sorte de rêve intense et éveillé, sans jamais s'extirper d'une déconcertante simplicité musicale. Certains loueront le talent innovatif émanant de cet album, et d'autres affirmeront avoir déjà tout entendu. Difficile, cependant, de rester indifférent.

 

 

M83

Hurry up, we’re dreaming

Tarif: 7/10

 


Ecoutez:

Midnight City

Wait

 

 

 

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10/05/2012

Blood Red Shoes - In Time To Voices

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Les Blood Red Shoes reviennent avec l’album de la maturité. Troisième du nom, In Time To Voices se veut plus réfléchi que ses prédécesseurs. Dans une atmosphère aussi embrumée que la pochette du disque, Ansell et Carter distillent un rock toujours aussi gras, mais légèrement plus sombre. Le duo affine le caractère de sa musique, bien trempée, puissante et lourde, au rythme mesuré, se retenant de tomber dans une espèce de rock trop speedé, dont l’écoute dans les maisons du 3e âge augmenterait la mortalité bien plus qu’une vague de canicule. Si ce n’est le défoulant « Je me perds », en français dans le texte, ne se trouve sur cette nouvelle galette aucun hymne réellement purgatif, tels qu’étaient « Don’t ask » ou « Heartsink » sur la précédente. Le calme (relatif) est même de mise sur des titres comme « Two Dead Minutes », « Silence and the drones » ou le surprenant « Night Light », pour lequel la frétillante Laura Mary se fait aussi douce que son minois, troquant sa massive huit cordes contre une guitare acoustique au son presqu’impur.

 

De tout cela, il résulte un album rock certes terne, mais écoutable par tous, au long duquel aucune plage ne préjudicie l’ensemble. Bien sûr, puisqu’on ne peut demander à un duo d’étaler une orchestration large et variée, In Time To Voices est desservi par un léger aspect répétitif, mais qui se dissipera si l’on prête bien attention à la suite des plages qui défilent sur la platine.


Blood Red Shoes

In Time To Voices

Tarif: 6.5/10


Ecoutez:

Cold
Stop Kicking


07/05/2012

Patrick Watson - Adventures In Your Own Backyard

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Né en 1979, le Québécois Patrick Watson se plonge dans la musique à l’âge de sept ans. Tout en apprenant le piano classique, il fait profiter la chorale du coin de sa voix angélique. A l’adolescence, il monte son premier groupe dans une mouture ska-jazz. Aujourd’hui, artiste accompli, il est leader du groupe qui porte son nom, lequel sort ce printemps son 4e album.

 

Adventures In Your Own Backyard est un registre de rock folk d’une douceur exquise, nappé d’une délectable candeur. Au long des douze plages qui le composent, la voix de Patrick, fluette et attendrissante, nous emmène dans un monde mêlant classique et modernité, comme si elle nous tenait la main. La musicalité tourne autour du piano, dont aucune note ne paraît anodine, même lorsqu’il se fait plus discret. Les cordes sont très présentes, et les cuivres débarquent toujours avec surprise, créant une plus-value émotionnelle caractérisée. Cet ensemble orchestral, parfaitement dosé, complet et varié, permet de bannir la mièvrerie ou la monotonie. Certains moments plus forts évitent quant à eux de voir cet album se greffer d’une connotation plaintive, qui lui serait préjudiciable à plus d’un titre. Ailleurs, lors de certains moments plus intimistes, on se prend à rêver. C’est un disque profond et confortable, où l'on retrouve, parmi d'autres, du Fleet Foxes, du Serge Gainsbourg période Mélody Nelson, ou du Tom Mc Rae, en moins meurtri et d’une dimension plus large encore. Quarante-huit minutes de musique intemporelle, capable de nous faire évader du quotidien électrique, à condition que l’on y prête une oreille suffisamment attentive. Et c’est là le seul défaut de cet album, l’égoïsme, qui ne nous contentera parfaitement que si l’on supprime toute forme de distraction aux alentours.

 

 

Patrick Watson

Adventures In Your Own Backyard

Tarif : 7.5/10

 

 

Ecoutez:

Lighthouse

Into Giants

Adventures In Your Own Backyard (live session)

 

 

03/05/2012

The Dandy Warhols @ Atelier, lundi 30 avril 2012

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Sur scène, les Dandy Warhols se donnent une image de Black Eyed Peas du rock. Je parle, bien sûr, du visuel. Et ils ne le font sans doute pas exprès. Une fille et trois garçons, disposés de front comme pour un concours d’avatars virtuels.

 

A l’extrême gauche, Zia Mc Cabe, laffriolante claviériste, sosie de Rose Mc Gowan millésime « Scream », certes en plus menue, et dont les bras sont parsemés de tatouages. Espiègle, elle se dandine allègrement, parfois en dehors de ses instruments, fesses tournées vers la foule. Elle transpire, ça la fait rire, et culotée, se prend une pause pipi en plein milieu de concert ; son mentor Double Taylor meuble bien mieux que mal, interprétant seul à la guitare une version épurée de « Everyday should be a holiday ». Plus tard, Zia admet être née en 1991 ; elle aurait ainsi trois ans le jour où déboule dans les bacs le premier LP des Dandies. Le public, trahi par les éclairages qui se reflètent sur son visage mutin, pourrait y croire. Archifaux, en vérité la « demoiselle » a 36 ans accomplis, et est déjà mère de famille. De quoi briser les espérances des plus valeureux célibataires dans les premiers rangs. Assis à la droite de la belle, le batteur Brent Deboer porte cravate noire sur chemise blanche, et des rouflaquettes à faire pâlir de jalousie Dick Rivers. Sa coiffure longue et ébouriffée, sa barbe de quelques jours et son teint morne, lui donnent des airs de Gustave de Kervern, après cure d’amaigrissement. A l’autre extrémité de la scène, Peter Holmstrom gratte sa guitare de ses ongles noirs. Cheveux pétrole, yeux ténébreux, son style gothique fait de lui un ersatz de Chris Corner, chapeau compris. Ou d’Alice Cooper, après visite chez le coiffeur. Il dispose, comme ses congénères, d’un micro, dont il ne se sert pas. Enfin, Courtney Taylor-Taylor est le grunge de la bande. Longs cheveux attachés, t-shirt délavé, yeux dans le brouillard, le chanteur des Dandys est, par excellence, le papa rockeur, celui qui n’a jamais renié ses naïves années.

 

Ce lundi, les vieux garçons de l’Oregon offrent à l’Atelier un concert très sobre, qui sentait un peu l’aftershave brut. Un minimum de bla bla, pour un maximum de rock bien gras, bien carré et bien en place. Dans l’ensemble, la musicalité est punchy et rauque, et décharge une lente explosivité, à l’image de « This Machine », leur huitième album studio, sorti cette année. Ils n’en font pas des tonnes pour plaire, Taylor n’étant pas de ces leaders à qui un roodie apporte une guitare différente pour chaque chanson. Ce qui titille l’oreille, d’un bout à l’autre du concert, ce sont toutes ces perles qui s’enfilent l’une derrière l’autre. On l’oublierait presque, mais les Dandy Warhols possèdent une sacrée collection de tubes, de « We used to be Friends » à « You were the last high », en passant par le très attendu « Bohemian like you » qui déclenche quelque mouvement de foule. Les moins fans peuvent ainsi se rendre compte de leur influence sur ces quinze dernières années. La discographie s’allonge, tandis que s’accumulent les années de carrière, mais pas un gramme de rouille ne vient recouvrir la performance. Ils restent frais dans la tête, soit là où il faut, et aucun spectateur ne prédirait qu’il s’agit là de leur dernier passage entre ces murs qui leur conviennent si bien.

 

 

The Dandy Warhols, Atelier Luxembourg, lundi 30 avril 2012.