26/07/2012

Hot Chip - In Our Heads

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Cela fera bientôt dix ans que la troupe d'Alexis Taylor et Joe Goddard nous gratifie de son électro pop rythmée et insouciante. Une carrière parsemée de singles accrocheurs, dont les sons peuvent radicalement différer de l'un à l'autre. Tout en conservant une structure pop conventionnelle, Hot Chip explore de nouvelles facettes sonores, et ne se contente pas de servir les mêmes plats d'album en album, en remplaçant les carottes râpées par des choux de Bruxelles.

 

Parlons-en, de Bruxelles. Leur dernier passage entre les murs de l'Ancienne Belgique leur a permis de démontrer un talent de scène peu commun. Ces mêmes chansons, aux versions studio simplement gaies, sont sublimées sur scène, et emportent la foule dans une liesse qu'on n'imagine que trop peu en les écoutant chez soi, sur platine. Très attendu, leur retour est prévu pour novembre prochain. Et pour patienter, il y a de la matière à se mettre sous les écouteurs.

 

Avec In Our Heads, les Londoniens ne trahissent pas leurs bonnes habitudes. Dans la lignée des précédents opus, ce petit dernier distille une atmosphère de fête, pétillante et enjouée. Les bases musicales ne s’éloignent pas de la pop postmoderne, mais la qualité en est une touche électro-funk colorée, qui rappelle les belles années d’un groupe vaguement apparent, Basement Jaxx. On note qu’il s’agit de la principale touche de créativité de cet album qui, dans sa composition, ne surprendra pas les fans. Une chanson d’introduction, aérée et légèrement haletante, puis un ou deux singles, ensuite un slow très pop, et on répète la chaîne jusqu’à la dernière plage. Les titres sont de qualité, la production est au poil, et pour une griffe qui s’accroche à un style bien précis, la musicalité est très variée. L’album compte ainsi quelques tubes qui ne manqueront pas de remuer l’assistance lors de leur prochaine tournée.

 

Si l’on peut se permettre d’être un tantinet difficile, alors peut-être manque-t-il simplement « la » surprise. Le mélange, subjectif et indéfini, entre le « waaaw !! » et le « yeaaah !! », que le groupe parvient à provoquer sans mal, lorsqu’il se trouve sur scène. Comme si le lapin ne sortait entièrement du chapeau qu’une fois tous les projecteurs allumés.



Hot Chip

In Our Heads

Tarif: 7/10



Ecoutez:

How Do You Do?

Night & Day


19/07/2012

Bon Iver @ Abbaye de Neumunster, Luxembourg

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C’est l’histoire d’un homme meurtri, au bout de sa vie, qui s’isole dans une cabane et en ressort trois mois plus tard avec un disque qui va changer son existence. Un homme très décontracté, taquin avec son public, qui de loin et vu sur scène, a de petits airs de Biff Tannen. Un homme naturel et reconnaissant, qui se perd en remerciements au fil des applaudissements dont il fait l’objet. Un homme qui, pour beaucoup, porte le flambeau du mouvement indé.

 

C’est une scène esquissant une représentation de la mélancolie. De mornes rideaux, déchirés, suspendus en l’air, sur lesquelles défilent ombres et aurores. Une rangée de lampes à huile, dressées sur de longs et fins chandeliers de fortune, complètent l’ambiance automnale. C’est un groupe éclectique, quatre vents, trois cordes et deux percussionnistes, qui entourent Justin Vernon, mieux connu sous le nom de Bon Iver.

 

C’est un spectacle au climat paisible, une intimité renforcée par le décor de l’Abbaye de Neumunster, en plein cœur du vieux Luxembourg. Un concert musicalement relevé, pas aussi dépressif qu’on pourrait le penser, mais qui pince dès la première seconde, et les accords magiques de la chanson Perth, qui ouvre le second album de Bon Iver. Un concert à la musicalité pure, à peu près vierge de toute électronique, où s’enchainent les mélodies troublantes. Elles ne tiennent parfois que sur un fil de guitare, une pincée de violon, ou un souffle de saxophone, avant d’amorcer leur envol, soulevées alors par la rangée de cuivres. Avant d’applaudir, le public attend studieusement que s’éteigne le dernier soupçon de note, s’offrant par là même de scintillants et délectables instants de silence.

 

L’ambiance intimiste atteint son paroxysme lorsque Vernon s’offre un solo poignant, seul face au public, sa Gypson en main. Il n’en oublie pas pour autant de nous emmener dans ses valises, au cours de voyage vers la campagne de son Wisconsin natal, et cette fameuse cabane où tout a commencé. En rappel, il ose puiser dans le répertoire de Bjork, fendant la brumaille par une teinte plus jazzy, avant de s’en aller sous une acclamation vibrante et méritée, non sans répéter pour la énième fois : « Thanks so much for listening ».

 

 

Bon Iver @ Abbaye de Neumunster, Luxembourg

Mardi 17 juillet 2012

 

14/07/2012

M83 @ Rockhal

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« On était venus ici il y a trois ou quatre ans, et la salle était beaucoup moins remplie ! Nous sommes donc ravis de revenir jouer pour vous ! ». Ces quelques mots sont, à peu près, les seuls prononcés par Anthony Gonzalez, le leader de la formation française M83, qui s’échoue dans la box de la Rockhal en ce jeudi 12 juillet. L’éclatante sincérité qui les accompagne tend à montrer que malgré le succès récemment grappillé, le melon n’est pas encore à l’ordre du jour.


Le concert débute par l’apparition sur scène d’un étrange humanoïde à peau terne, trompe nasale et yeux globuleux. De ses doigts flottant dans l’air jaillissent des rayons laser qui se perdent dans la foule. La visite de ce messager venu d’ailleurs précède de peu l’arrivée du groupe, à composition très éclectique. Gonzalez s’accompagne d’un batteur entre deux âges et discret, comme le sont la plupart des percussionnistes, d’une musicienne vocaliste à longue chevelure ondulée aussi noire que sa robe du soir, et d’un jeunot survolté qui ne reste jamais en place.


La troupe évolue dans un décor de science fiction. Devant un fond de scène entièrement étoilé, trois immenses carrés digitaux posés sur leur coin diffusent une myriade d’effets lumineux. A chaque tube sa propre atmosphère visuelle, avant que la salle ne plonge dans le noir entre chaque chanson. Ce showlight effervescent ferait passer celui de Lady Ga Ga pour un jeu d’allumettes mouillées ; le groupe essaye d’en mettre plein la vue, mais aussi plein les oreilles. Si le visuel subjugue, la playlist proposée en fait de même.


Le son M83 est intemporel. Entêtantes et séductrices, les mélodies donnent au concert une allure de bande originale de songe. Le groupe alterne les couplets au schéma pop rock classique, les gimmicks qui s’enracinent en tête, et les longues montées instrumentales qui regorgent de tension. A certains moments, on frôle le post rock lancinant, au rythme fracturé. Cette plongée dans le rêve éveillé est renforcée par un chant groupé, souvent chuchoté, et hautement sophistiqué. Les guitares se noient dans une houle d’arrangements électroniques, et on ne distingue pas toujours le son des cordes dans cette tempête de décibels. Le concert s’accompagne également d’une bonne dose de sampling, qu’on pourrait leur reprocher pour des raisons de spontanéité. Mais les effets préenregistrés restent minimes, c’est même un vrai saxophoniste qui débarque sur le terrible et attendu Midnight City. Le concert n’est terni que par le statisme du public de la Rockhal, décidément bien mou en cet été pluvieux. Mais qu’importe, les membres surmotivés de M83 auront ravi leurs vrais fans avant tout.



M83 @ Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg

Jeudi 12 juillet 2012

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05/07/2012

Gossip @ Rockhal

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On l'oublie souvent, mais un bon concert dépend beaucoup du public. Si la foule affiche le même entrain qu’un plateau de fruits de mer, le groupe qui joue sur scène aura beau titiller l’excellence, la prestation n’en aura pas moins un arrière goût amer de DVD soldé. Les membres de Gossip peuvent en témoigner, après leur passage ce mardi entre les murs d’une Rockhal sans grande âme, où les spectateurs se sont contentés d’apprécier les principaux tubes du trio américain.


La soirée ne commence pas sous les meilleurs auspices, à cause une première partie chaotique, assurée par un groupe de rock garage qui empeste l’amateurisme. Avec sa voix sèche, criarde et décousue, la chanteuse se fait moins remarquer par son talent que par sa tenue plus décharnée que réellement affriolante, et son comportement favorisant l’ouverture à tout style de proposition. De quoi spéculer sur les raisons réelles de sa présence sur cette scène, bien trop grande pour son envergure. On attend déjà la troupe de Beth Ditto avec impatience.


Celle-ci arrive sur les coups de 21h. Respectant son image de Diva crue et sans complexe, Beth a revêtu une courte robe léopard dont l’absence de manches met en valeur ses tatouages « Made in Jail » sur les bras. La petite bombe vocale affiche sa bonne humeur, se dandinant de gauche à droite de la scène, transpirant mais ne manquant jamais de souffle grâce à son coffre impressionnant. Entre les chansons, elle sirote un apéritif, rote en accusant son bassiste, et s’offre même le luxe de fumer une cigarette sur scène. Elle avoue, aussi, son amour pour Patti Smith, qui occupe la salle d’à côté en cette même soirée


La playlist se base principalement sur le généreux « Music for men », sorti en 2009. Les rythmes pop rock, très emballants, s’accompagnent d’un léger arôme de funk, et les guitares restent fort présentes. La tournure « synthpop » du dernier album ne se ressent pas, et c’est tant mieux, puisque les titres qui en sont extraits sont saucés rock. Beth et ses ouailles lancent également des reprises ; on reconnait « Psycho killer » des Talking Heads ou, plus loin, les paroles de « Smells like teen spirit » mixées sur l’explosif et inévitable « Standing in the way of control ».


Tous les ingrédients sont donc réunis pour passer une excellente soirée. Tous ? Non, car une audience irréductiblement flegmatique résiste encore et toujours aux bonnes ondes. Là où d’autres publics exultent, celui de la Rockhal se contente d’osciller de la tête et d’applaudir mollement. Il en va de même pour les premiers rangs, noyaux habituels de clameurs et mouvements, qui en ces lieux font figure de piquets de grève contre la joie. Beth s’en étonne ouvertement, qualifiant ce concert de « Quietest show ever », ironisant sur le fait qu’elle risque bientôt de s’asseoir sur le côté et profiter du silence pour ouvrir un bouquin. Sur des coups improvisés de basse et grosse caisse, elle invective la foule à taper dans les mains, mais ses tentatives échouent au bout d’une bonne minute trente. Alors, à quelques chansons de la fin, Beth se lasse. Adieu rots, papotages et humeur frivole, à présent la plantureuse chanteuse se contente de faire son boulot, comme une chanteuse d’opéra. Ce public mollasson se réveille pour « Perfect world », le dernier tube radiodiffusé, et se revigore en début de rappel, lorsque Beth n'apparait pas sur scène en même temps que son groupe, mais surgit directement au milieu des gens. Avant de partir, un dernier « Heavy Cross » provoque une légère ferveur, loin d'atteindre la chaleur reçue par le groupe au Rock Werchter 2012, où il se produisait le samedi précédent.


Le show proposé par Gossip fut spontané, excitant, et musicalement au point. Mais l'exploit du public, à savoir rester de marbre devant un tel défoulement, fut encore plus grand... A croire que ce mardi, beaucoup de spectateurs seront simplement venus voir « le groupe de rock avec la grosse qui chante (sic) », sans l'intention d'en profiter comme il se doit. Ils n'auront qu'à s'en prendre à eux-mêmes si Beth et les siens décident de ne jamais revenir au Luxembourg, ce qui au vu de l'accueil reçu, serait bien légitime.



Gossip @ Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg.

Mardi 3 juillet 2012

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