27/11/2012

Bretón - Other People's Problems

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Hé non, il ne s’agit pas du nouvel album de Nolwenn Leroy ! Bretón est un groupe bien anglais, comme son nom ne l’indique pas, dont le style à mille et une facettes a de quoi surprendre. Que ceux qui aiment coller des étiquettes préparent leur tipp-ex !

 

La première partie d’Other people’s problems est clairement orientée vers le Hip Hop - sans toutefois suivre les traces de Manau, au contraire de la chanteuse précitée. Les percussions sèches et samplées, la rythmique carrée et emballante, donnent à la musicalité une tournure bien urbaine.  Les riffs de harpe et de violons apportent quant à eux une touche émotive non fournie par un chant fort brouillé, mais non brouillon, puisque cet effet vient peaufiner le style. A partir de la quatrième plage, l’album prend un virage pop rock assez inattendu. La batterie reprend forme et les guitares gagnent les premiers rangs. La base électronique demeure, ainsi que son niveau de saturation, et les petites notes lyriques qui l’accompagnent. L’album se resitue alors dans le registre, riche et varié, d’un groupe comme We Have Band. Il va même plus loin puisque sur la huitième plage, la dubstep fait son apparition, sur un beat rythmé par des congas. Jusqu’au dernier, les titres suivants ont tous leur propre style, si bien qu’on a davantage l’impression d’avoir affaire à une compilation, plutôt qu’à l’album d’un seul groupe.

 

Other people’s problems adopte un concept musical de poupées russes, où chaque chanson qui arrive réserve sa propre surprise. Mais l’originalité amène le défaut qu’à vouloir toucher à tout, les Londoniens de Bretón n’excellent réellement dans rien. C’est donc un album qui remue la tête et les pieds, sans se révéler révolutionnaire.

 


Bretón

Other People's Problems

Tarif : 6,5/10



Ecoutez:

Edward The Confessor


26/11/2012

Alabama Shakes - Boys & Girls

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Je suis parfois lassé des radios qui ne diffusent que des chansons du siècle dernier, des titres usés, estampillés « AAD », auxquels il ne manque que le bruit du sillon. Des chansons qui m’ont fait découvrir la musique, mais qui tels des promenades d’enfant maintes et maintes fois parcourues, ne m’émeuvent plus davantage aujourd’hui. Ce ne sont pas ces chansons que je ne supporte pas, loin de là. C’est surtout la pensée, implicitement partagée par certains, que l’histoire de la musique s’est arrêtée en 1994, voire en 1980 pour certains. Et que rien de ce qui s’est fait depuis ne peut avoir d’intérêt. Malgré cela, aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai apprécié le premier album d’Alabama Shakes.

 

Avec Boys & Girls, ces sudistes nous extirpent du 3e millénaire, pour nous replonger en pleine période seventies. Leur rock, à la limite du low-fi et aussi ensoleillé qu’une plaine de festival, se compose d’un rythme entre retenue et jovialité, de guitares mordantes et mélodiques, et d’une voix féminine étrangement peu éloignée de Robert Plant ou Jack White. Et surtout, leur musique s’absout de toute trace de fioriture ou d’artifice. Ce n’est pas un style bien arrêté qui empêche cet album de varier les humeurs, si bien qu’on y plonge entièrement même si l’on pense déjà avoir tout entendu. Les membres d'Alabama Shakes n’ont certes pas inventé ce style, mais ils le revisitent avec brio.



Alabama Shakes

Boys & Girls

Tarif : 7/10

 


Ecoutez:

Hold on

24/11/2012

The xx @ Rockhal

 

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A les écouter sur album, on peut craindre qu'un concert de The xx nous plonge dans un état semi-comateux. Les vingt premières minutes de la soirée sont en effet très calmes ; c'est le retard pris par les Londoniens avant que les lumières de la Rockhal ne s'éteignent enfin. Au commencement, un grand rideau bleu terne dissimule la scène ; on ne devine la présence du groupe derrière cette immense toile qu'aux premières notes de Angels, plage qui ouvre leur second album Coexist. Bientôt la douce voix de Romy Croft retentit dans les enceintes, et couvre les acclamations des premiers rangs, remplis de fans. Le volume des micros est au maximum, permettant à Romy de se faire entendre sans devoir crier - heureusement car on l'imagine mal hausser la voix. Sa silhouette s'esquisse derrière l'immense toile, avant que celle-ci ne tombe, dévoilant entièrement un trio à son habitude sombrement vêtu. Basse en main, Olivier Sim emmène son instrument dans une danse aquatique, tandis que Jamie Smith manie ses percussions synthétiques de son seul doigté.

 

A l'image d'une musique où aucun son n'est superflu, le lightshow s'avère très efficace. Distillant les couleurs de façon mesurée, il consiste principalement en une série de spots se mouvant tantôt vers le public, tantôt vers les artistes. L'intensité des lumières accompagne également celle du son, celles-ci se faisant plus confidentielles durant les chansons intimistes. C'est notamment le cas sur Fiction, lorsqu'Olivier dépose sa basse et s'empare des lead vocals. Sexy et chaleureuse, sa voix émoustille la partie féminine du public, qui ne se prive pas pour manifester son contentement.

 

A ceux qui leur reprochent une mollesse manifeste et permanente, le trio donne une bonne leçon. Alternant les chansons du premier et du second album, ils greffent leur set de passages profonds mais animés, faisant claquer des percussions électroniques claires, sans jamais tomber dans l'ambiance club discothèque. En accompagnement, la guitare amplifiée de Romy peaufine cette mutation de la griffe xx en un brasero décoloré, et unique en son genre. L'enchainement d'un titre à l'autre, souvent instantané, permet à cette envoutante atmosphère de ne jamais retomber. Les chansons ne sont pas interprétées telles que sur album, ce qui apporte une valeur ajoutée. Le groupe propose ainsi, parmi la setlist, un Missing très érotique, une surprenante version dance de Crystalised, et un VCR chargé d'émotion. L'apothéose survient avec la montée qui accomplit Infinity, chargée d'électricité, et que le groupe fait durer interminablement. Tandis que le rideau de fond de scène se relève, dévoilant un immense "X" en trois dimensions, qui finira par briller sur toute la salle.

 

On pense alors que le groupe a usé toutes ses cartouches. C'était oublier l'ouverture du premier album, une entêtante intro instrumentale, qui surgit comme une évidence, en début de rappel. Le concert se termine sur Tides et Stars, après qu'Olivier remercie le public à sa manière, peu chaleureuse en apparence, mais gravement sincère. Les xx ont réussi à emmener le public de la Rockhal au sein de leur univers, conservant une tension certaine et suffisante durant une heure vingt d'un concert aussi captivant que surprenant.

 

 

The xx @ Rockhal, Esch-sur-Alzette

Vendredi 23 novembre 2012

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19/11/2012

Birdpen - Global Lows

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Dave Penney est un artiste à la carrière atypique. Chanteur d’Archive, collectif référence du rock progressif anglais depuis plus de dix ans, il est aussi le leader de la formation Birdpen, dont la renommée est bien plus timide. Dans les faits, Dave « Pen » fonde Birdpen en 2003 avec son compère Mike Bird - « Bird » et « Pen » qui fondent « Birdpen », admirez la subtilité. Ce n’est qu’un an plus tard qu’il est invité à devenir membre perpétuel d’Archive. Aujourd’hui, il alterne les tournées avec l’un puis l’autre, pouvant ainsi jouer un soir au « Belvédère » de Namur devant une petite centaine de personnes, et deux mois plus tard, assurer la tête d’affiche de « Rock en Seine » devant des milliers de festivaliers.

 

Si on ne présente plus Archive, il est toujours utile de parler de Birdpen, tant ces derniers taquinent qualitativement les premiers. A l’oreille, les similitudes sont flagrantes ; la voix est bien sûr identique, mais les deux formations occupent également la même case musicale, celle d’un rock alternatif intense et surprenant, influencé par Pink Floyd et Massive Attack. Birdpen se distingue néanmoins par une moindre présence de sons et effets électroniques, mais globalement, il n’y a aucune raison d’apprécier l’un et pas l’autre. Il est même fort probable que sous un label plus imposant, le groupe fondé par Penney remplirait les mêmes salles que celui dont il n’est « que » l’invité permanent. Mais est-ce réellement le but recherché ? On peut en douter.

 

Avec Global Lows, Penney et son groupe « shadow » confirment les excellentes impressions laissées il y a trois ans par le très encourageant « On Off Safety Danger ». Intense et tourmenté, ce second opus se pose entre rock et post rock, gardant l’accessibilité du premier, et gagnant la profondeur du second. Les mélodies sont poignantes et accrocheuses, et de légères doses de minimalisme y sont efficacement distillées. Et dans ce contexte où le risque est grand de plonger dans l’excès de sanglots ou d’hurlements, la voix de Dave Pen se pose divinement sur sa musique. Il y a de ces chansons dont le trouble nous attache véritablement au fauteuil, comme « Saver Destroyer », ou le splendide « Nature Regulate ». D’autres comme « Sorrow », et son intro aux violons, ont davantage une saveur de pop rock mélo. Mais quelque soit son genre, chaque titre s’accroche aux tympans, et ne s’en détache que très difficilement.


On a rarement vu un deuxième album aussi bon, succéder à un premier qui déjà, atteignait un certain niveau. On a rarement vu un groupe aussi talentueux se contenter d’une popularité si légère. Ils seront de passage chez nous en cette fin d’année, à Bruxelles le 20/12 et à Liège (Chênée) le 21/12. Je ne saurais vraiment trop vous conseiller d’aller les voir.  

 


Birdpen

Global lows

Tarif : 8.5/10


 

Ecoutez :

Nature Regulate

Saver Destroyer

Sorrow


14/11/2012

Vitalic @ Rockhal

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Vitalic en live, c'est du pile ou face. Dans un grand soir, le Bordelais est capable d’envoyer un set des plus explosifs. La fois suivante, il pourra se montrer mal inspiré, ou mis à mal par une technique de piètre qualité. Le concert de ce vendredi, dans une Rockhal Box démeublée de son habituel bar, tenait heureusement plus des soirées de liesse.

 

Précédé par un DJ aussi sobre qu’efficace, mais dont j’ai oublié le nom (il ne m’en voudra pas), le Français a offert un concert à bonne température, mais qui sentait plus le set que le réel direct. Il ne suffit pas de poser maladroitement quelques bandes de scotch noir sur la pomme d’un ordinateur, pour donner à un show toute la ferveur d’une vraie prestation live... pas plus que de monter une batterie sur scène. Pour le visuel, ça marche, puisque l’instrument est bien plus volumineux qu’un mac book. Mais à compter les coups de bras du batteur, on se rendait bien compte que ce dernier n’était pas la seule origine de la myriade de percussions distillées au sein de la musique, bien électronique pour sa part. So what ? Certes aidé par un show lumineux assez inhabituel pour l’endroit, Vitalic a tout de même réussi à sublimer un public luxembourgeois généralement bien calme (voire amorphe, ce n’est pas Beth Ditto qui le démentira), en imprimant un set continu, mélange de ses trois albums studio, qui alternait à la perfection montées et descentes mesurées. Et dont l’apothéose, hélas assez pressée, fut digne de son statut de référence de l’électro internationale. On a apprécié retrouver ces hits qui ont tant fait chauffer notre ipod, de Pony part I à My Friend Dario, en passant par un Seven Lives comme toujours purgatif. Pour ma part, il ne manquait à cette set list qu’un Fanfares original, qui aurait sans doute dénoté avec le reste, mais qui m’aurait sans doute poussé à finir ma bière et à me jeter dans les premiers rangs.

 


Vitalic @ Rockhal, Luxembourg

Vendredi 9 novembre 2012


Publié dans Concerts | Commentaires (0) | 19:26 |  Facebook | | Tags : vitalic, rockhal, electro | Lien permanent

05/11/2012

LIARS @ Orangerie du Botanique

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Liars sont connus pour leur sens aigu de l’expérimentation, qui s’étend bien au-delà du simple concept de musique alternative. Ce vendredi, sur base de leur dernier né Wixiw, le trio de Brooklyn offre au public de l’Orangerie une prestation en plusieurs dimensions simultanées. Le premier niveau, basique, s’arrête à la simple perception visuelle et auditive. Nous avons face à nous trois artistes dont la pilosité dilettante contraste avec la classe vestimentaire. Affairés sur leurs instruments, plongés en pleine transe tribale comme le serait un conducteur de train sous LSD. Armé de bourdons à répétition, le tableau musical, de type électro rock, nous semble gentiment bordélique. Pour ce qui est du chant, il est à la limite de la justesse. Pour sûr, Angus Andrew n’est pas le genre d’artiste à chanter pour la communion de sa petite cousine, sur insistance de la famille.

 

Mais Liars, c’est bien, éminemment plus que cet apparent fatras. En vérité, le trio nous emmène là où yeux et oreilles s’aventurent rarement : à l’intérieur de l’œuvre. Au fur et à mesure que le concert défile, ce qu’on a sous les yeux se transforme en un tableau d’art contemporain, que l’on voit en 3D sans avoir besoin de porter des lunettes. Un tapis épais et poussiéreux, sur lequel la crasse s’amoncèle depuis la période punk, mais qu’un artiste expressionniste a gratifié de trois coups de pinceau magistraux. Avant de nous en apercevoir, nous sommes aspirés dans cette cuve d’eau de vie parfumée au tournesol.

 

Ce potentiel énorme, ils parviennent à le dompter sans mal. Le fauve s’aventure bien au bord de l’arène, parfois à la limite de leur portée, mais s’arrête avant d’être en mesure de semer le trouble. Ils nous semblent toutefois, à de minces reprises, contrôlés eux-mêmes par leur musique. Une musique en plusieurs dimensions, qui s’introduit en nous comme un clou rentre dans un mur, bien au-delà de l’effet provoqué par leurs enregistrements studio.

 


Liars @ Orangerie du Botanique, Bruxelles

Vendredi 2 novembre 2012.


01/11/2012

Suivez le fil : Disappears, Alt-J, Isbells


Disappears – Pre Language

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Quatuor formé à Chicago en 2008, Disappears propose un rock en noir et blanc proche du punk de la grande époque. Clairement influencé par l’œuvre de Sonic Youth, leur dernier album Pre Language balance un rock des plus purs, sans artifice et chargé de tension. Tous les ingrédients du style sont présents, du rythme carré aux guitares saturées qui s’affolent sur les refrains, en passant par un chant caverneux, par moments proche de celui d’Iggy Pop. Alors certes, tout cela n’est pas neuf, et manque même cruellement d’originalité. Mais ça ne manque pas d’adrénaline et, bordel, qu’est-ce que ça fait du bien parfois !


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Replicate




Alt-J – An Awesome Wave

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Nous sommes en 2012 et nous croyons avoir tout entendu. C’est sans compter sur ce premier album d’Alt-J, groupe formé à Leeds qui a méritoirement gagné son rang parmi les révélations de l’année, grâce à son style hybride très original. Quand on y prête une première oreille, le son Alt-J paraît poussiéreux, avec ses percussions industrielles et son clavier résonnant, digne d’un vieux piano bar. La surprise vient d’un chant et d’harmonies de voix élevées, tendant vers le blues folks américain, et dont les passages a capella sont savoureux. Ajoutez une basse et une guitare, et quelques sonorités électroniques tantôt claires, tantôt saturées, et vous obtenez un mélange unique en son genre.  An Awesome Wave, l’album qui illustre ce style détonnant, est une très bonne surprise, voire une petite bombe, qui ne trempe ni dans la monotonie, ni dans le « déjà entendu ».


Tarif : 7/10

Ecoutez : Breezeblocks



Isbells – Stoalin’

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A l’écoute de cet album, on se sent transporté vers certaines contrées d’outre-Atlantique, comme si le mouvement folk indé était propre au Wisconsin ou à l’état de Washington. Leader de la formation Isbells, Gaëtan Vandewoude provient de notre plat-pays. Son groupe et lui nous offrent un second album poignant et intriguant à la fois, d’une patte mélo-acoustique flottant quelque part entre Bon Iver et les Fleet Foxes. Stoalin’ n’a d’ailleurs pas grand-chose à envier à ces grandes références. Son éclatante quiétude, sa variété instrumentale, ses entêtantes harmonies vocales, et ses quelques mesures d’arpèges intimistes qui imposent le silence, font de ce disque une véritable pépite. Allez Gaëtan, enfile une chemise à carreaux trop grande et laisse-toi pousser la barbe davantage, tu n’es qu’à quelques centimètres d’une carrière internationale !


Tarif : 8/10

Ecoutez : Heading For The New Born