24/03/2013

David Bowie - The Next Day

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Avec ce nouvel album studio, sorti 46 ans après le premier, David Bowie signe un exploit impensable. La prouesse n’est pas l’album en lui-même ; même s’il approche la septantaine, force est de constater que le mythique Ziggy Stardust a encore de l’énergie à revendre. Le fait est que ce retour aurait pu être le plus attendu de l’année, si toutefois quelqu’un l’avait attendu … car à l’époque de la turbocommunication, Bowie est parvenu à surprendre son monde. Les dizaines de médias spécialisés, les centaines de médias moins spécialisés, les milliers de twittos dans le monde … personne n’était au courant que cette légende vivante du rock allait sortir un nouvel album, dix ans après ses derniers faits d’armes. Et pas un best of, ni une compil de faces B ; un album bien original, et bien vivant. Notons, pour la parenthèse, que la taille de l’exploit va de pair avec la popularité de l’artiste. Si personne n’a parlé du dernier album de Didier Barbelivien, sorti il y a deux semaines, c’est parce que tout le monde s’en fout (et c’est bien légitime).

 

Revenons à la musique, avec The Next Day, qui rien que par sa condition, mérite déjà sa nomination au titre d’OVNI de l’année. Bien qu’il n’ait plus rien à prouver depuis longtemps, le Major Tom n’a pas pris les choses par-dessus la jambe. Tout d’abord, ce disque ne contient ni plus ni moins que 17 titres ; hormis Philippe Katerine et ce pour des raisons propres à son style, qui, aujourd’hui, sort encore des albums avec 17 chansons ? On préférera bien souvent maquiller l’œuvre en « double album » avec 9 chansons sur un CD et 8 sur l’autre (avec pour compléter, une version symphonique, ou simplement instrumentale). Bowie, lui, ose mettre 17 titres sur un seul CD, et ce alors qu’on ne lui demande même pas un single.

 

A force d’étonnement, on oublierait presque de parler contenu. Sur The Next Day, Bowie nous revient avec un rock brut et énergique. Ne cherchez pas l’expérimentation, ce n’est pas à ce vieux singe qu’on va demander de nouvelles grimaces. C’est dans sa propre cour qu’il se refait une jeunesse, et ce qui saute aux oreilles, c’est qu’il se fait rudement plaisir. Et lorsqu’un artiste de cette trempe se lâche, l’effet est automatiquement contagieux. Alors certes, les 17 chansons sont cantonnées à un style pop rock devant beaucoup aux 70s (on ne va tout de même pas le lui reprocher, au vu de son énorme contribution à la musique de cette époque, il ne fait que reprendre ce qui lui appartient). Mais elles se suivent sans forcément se ressembler, ce qui greffe à l’ensemble du disque un large panorama. Mieux : une éloquente richesse.

 

The Next Day est une représentation fraîche d’un style musical mur, mais immortel. On l’écoute une première fois parce que c’est Bowie. On le réécoute tout simplement parce qu’il est bon.

 


David Bowie

The Next Day

Note :



Ecoutez:

Where Are We Now


19/03/2013

Stornoway - Tales From Terra Firma

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Stornoway, une bande de jeunes et joyeux troubadours, au nom choisi en référence à une ville uniquement connue pour apparaître sur tous les bulletins météo de Grande-Bretagne. « Ainsi, témoignent-ils, ça nous fait de la pub gratuite tous les jours ». C’est d’autant plus cocasse qu’ils n’en sont pas originaires, et n’y ont probablement jamais mis les pieds. Cinq multi-instrumentalistes inspirés, dont le talent est inversement proportionnel à l’égo (comme beaucoup d’artistes de hip hop, mais dans le bon sens). Dans son style très folk et typiquement british, ce groupe était l’un de mes coups de cœur de l’année 2010. Quelques mois plus tard, leur prestation tellement sincère, au sein d’une Rockhal Box désespérément vide, les ancrait définitivement parmi mes groupes préférés de la nouvelle décennie. Inutile de préciser que j’attendais particulièrement ce second album, disponible depuis une paire de semaines.

 

Et là, sans mettre en cause de trop grandes attentes, cette écoute me laisse perplexe. Tout d’abord, là où son grand frère« Beachcomber’s windowswill » se distinguait par un fond très vivant, le tout frais Tales From Terra Firma met davantage l’accent sur la forme, avec une musicalité riche et très chargée. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter la confuse plage d’ouverture, qui ne parvient à nous atteindre que dans les instants où ne demeurent qu’une voix et une guitare. Une autre démonstration de cette variété instrumentale est la mise en avant, aux dépends de la simple guitare, d’une sorte de bouzouki aux cordes qui ricochent plus qu’elles ne charment.  On parlait de la voix, celle de Brian Briggs. Jadis l’atout de la griffe Stornoway, accompagnant les envolées mélodiques, elle semble ici réservée, comme écrasée par le reste.

 

De tout cela, il résulte que Tales From Terra Firma est un recueil de balades légères, mais pas réellement appuyées, et ternies par une structure trop uniforme. Cet album n’est pas intrinsèquement mauvais, mais il ne pétille pas assez. A vouloir se démarquer de ce qu’ils avaient pourtant très bien fait à leurs débuts, Stornoway perd là une partie de son identité, et passe hélas à côté de l’essentiel.



Stornoway

Tales from Terra Firma

Note :



Ecoutez :

Knock me on the head


Redécouvrez:

Zorbing

I Saw You Blink

Boats and Trains


15/03/2013

Albin de la Simone - Un Homme

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Aussi discret que véritable artiste, Albin de la Simone a longtemps travaillé dans l’ombre de grosses cylindrées telles Aubert, Souchon, Chamfort ou Paradis. Sa musique à lui se cantonne à un succès d’estime, bien loin des enfoirés et de Radio Nostalgie, et laisse transparaître une simplicité qui se garde bien de tout contact avec strass et gros cigares. Il y a dix ans, j’avais été touché par l’heureuse naïveté des textes et mélodies de son album éponyme. Un peu plus tard, je trouvai l’album « Bungalow ! » trop oisif, frôlant presque le pastiche.

 

Sorti après cinq ans de silence solo, son nouvel album s’intitule « Un Homme », un titre aussi simple et sincère que la musique qu’il porte. D’emblée, la plage d’ouverture, l’attendrissant « Mes épaules », annonce la couleur : si son timbre de voix légèrement fluet n’a pas évolué, la musique d’Albin semble quant à elle avoir muri. Toujours aussi légère que ses textes, elle porte toutefois une dimension affective plus adulte, dans laquelle les Pokemon Raphaël et Renan Luce verraient un aperçu de leur évolution. Albin sait également s’entourer à point, et on est ravi de découvrir un duo avec Emiliana Torrini, qui récite son chant dans un méprenant français sur la plage « Moi moi ». L’album se prolonge ensuite, naviguant au creux d’une musicalité posée, parfois trop, où les cordes (piano, violon et guitares) sont reines à leur tour. Absous de toute torture, « Un Homme » est un album serein, où Albin de la Simone ajoute à son style candide une touche d’émotion véritable. Il raconte sans excès de métaphores des histoires de fragilité humaine, dans lesquelles on peut tous retrouver l’un ou l’autre moment de notre vie.

 


Albin de la Simone

Un Homme

Note :


 

Ecoutez :

Mes épaules

Foals - Holy Fire

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Pour les avoir découverts en live, un peu par hasard, lors du Pukkelpop 2009, et pour les avoir revus deux ans plus tard en salle, j’affirme que Foals est l’un des meilleurs groupes rock de sa génération. Et ce n’est pas ce troisième album qui me fera changer d’avis. Parmi les dizaines, que dis-je, les centaines de groupes étiquetés « alternatifs » que ces dernières années ont vu éclore, ils ont ce truc bien à eux, électrique, tonifiant, et purement sincère, que d’autres tentent en vain d’attraper durant toute leur carrière. Au contraire de ces gars d’Oxford, dont on croirait qu’ils sont nés avec.

 

Holy Fire débute par un intriguant prélude à trois notes d’un son de guitare doux et tranchant à la fois. Une des deux signatures du groupe, avec la voix relevée de Yannis Philippakis. C’est au bout d’une trentaine de secondes de teasing que le rythme survient, et là, le remède commence déjà à agir. Dès les premières notes, alors que pas un mot n’a encore été dit, on est déjà emportés par un riff entêtant, sorte de hard rock mesuré, enrobé d’une moelleuse couche de groove. Les  titres se succèdent sans ralentir la cadence, on passe par un « My Number » au swing ensoleillé, et à la carrure de single. Plus loin, c’est « Latenight », et sa lente envolée, qui nous fait planer, tandis qu’ « Out of the woods » nous rend léger, et nous donne envie de danser. Pour les autres titres, y compris les plus calmes, les superlatifs ne manquent pas.

 

La griffe Foals réunit le meilleur de groupes tels The Temper Trap (parfois trop tendres) et Two Door Cinema Club (parfois trop lisses). Par moments, on peut également sentir l’influence des –déjà cultes- Alt-J. Avec en plus, je me répète, un son qui leur appartient, vivant, gonflé. Jouissif. Longue vie à eux.

 


Foals

Holy Fire

Note : ♪♪


 

Ecoutez :

My Number

 

11/03/2013

Portishead @ Rockhal

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Ce dimanche à la Rockhal, c’est une foule des grands soirs qui attend patiemment l’arrivée d’un groupe à l’aura encore teintée de mystère, malgré un parcours de près de vingt ans. Deux décennies au cours desquelles il n’a fallu que trois albums à Portishead pour marquer son style et son époque, sans jamais complètement sortir d’une pénombre qui leur sied à merveille.


Armés d’un show qui n’a guère évolué depuis la dernière tournée, les natifs de Bristol ont rempli leur rôle, sans grande surprise. Leur post rock atypique, parfois minimaliste et chargé d’une forte dose de stress, suffit à faire son effet. Nul besoin d’un show décoiffant, de décors de science-fiction ou de lumières kaléidoscopiques. L’écran géant, diffusant des séries d’images altérées, suffit à plonger l’audience dans cette singulière ambiance froide et angoissante, puisque sur scène, le groupe reste statique.


En live comme sur album, la valeur ajoutée de Portishead reste la voix claire et plaintive de Beth Gibbons, que ses mimiques accompagnent à merveille. Yeux fermés, posture voûtée, mains jointes autour du micro comme dans une prière, la blonde semble plongée en permanence dans une transe au ralenti. Bien plus que le style, elle possède aussi la classe ; son chant est techniquement parfait – si ce n’est un couac en milieu de concert, dont les raisons m’échappent encore, mais qui oblige le groupe à reprendre un titre depuis son début… ça arrive aussi aux plus rodés. Dans l’ensemble, l’interprétation est perfectionnée, mais s’éloigne rarement des versions studio, et donc, se dispense de toute prise de risque. La playlist s’oriente autour de « Third », leur dernier album en date, aussi tourmenté que succulent. Mais le groupe n’oublie pas les quelques titres jadis diffusés en radio, « Glorybox » ou « Sour times », qui permettent aux moindres fans parmi la foule de pousser la chansonnette. Une foule venue en nombre, fait étonnant lorsqu’on connait le faible intérêt du public luxembourgeois pour les groupes alternatifs. Comme une lueur d’espoir en ces lieux parfois peu éclairés.


 

Portishead @ Rockhal,

Dimanche 10 mars 2013

Note :  ♪♪


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01/03/2013

Sigur Rós @ Forest National

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Références absolues du post rock, génies pour les uns, véritables dieux pour d’autres, Sigur Rós étaient de retour ce mardi dans cette salle de Forest National qu’ils avaient éblouie lors de leur dernier passage, en novembre 2008. Entre ces deux soirs, seul un album a vu le jour, assez discret et pas réellement innovant. Il ne faut donc pas s’étonner si la playlist se concentre autour des titres phare de leur répertoire.


Au commencement, lorsque les lumières s’éteignent, le groupe preste prisonnier derrière une serre de toile, sur laquelle défilent ombres et images diverses. A l’intérieur de cet immense cube, on ne distingue que Jonsí, leader charismatique du groupe pour ceux qui l’ignorent encore. Déjà, on est emporté par des mélodies qui inspirent la quiétude, et nous expédient à des années-lumière du quotidien. Trois chansons plus tard, alors que l’orage gronde sur Ny Batteri, tombe l’immense voile qui, jusque là, dissimulait la scène. On découvre alors une plaine parsemées d’ampoules en forme de bougies, et un groupe accompagné en amont de cuivres féminins. En fond trône un écran géant semi circulaire, aussi large que la précédente toile. Les hymnes se déroulent, du merveilleux Saeglopur à l’envolé Glosoli et sa fantastique apogée, en passant par le mélodramatique Hoppipolla. Chaque titre dispose de son propre set d’effets lumineux, où spots et écran géant créent de parfaits décors organiques. Perdu en pleine forêt, noyé dans une eau tumultueuse, puis réveillé par une divine éclaircie, le public accompagne ainsi les Islandais au cœur de leur périple, qui en plus des chansons bien connues des fans, propose deux nouveautés davantage formatées et chargées de basses – fort heureusement, on est encore très loin du dubstep à la sauce Muse.


Après un peu plus d’une heure dix et un tonnerre d’applaudissements, le groupe revient sur scène, Jonsí en tête, pour un long rappel où sont mis à l’honneur les chansons les plus longues de leur répertoire, notamment le paisible Svefn G Englar, qui avait ouvert la soirée lors de la tournée de 2008. Un rappel qui aura ainsi droit à sa petite demi-heure, avant que le glas ne sonne définitivement, et qu’on ne retombe à pieds joints sur le sol, en pleine réalité.


On peut se demander pourquoi la playlist n’a pas laissé plus de place à l’avant dernier album studio. On se souvient, en 2008, d’un tonitruant Gobbledigook se terminant sous une myriade de confettis. Ou d’un Festival au final très singulier, que le groupe avait pourtant joué lors de leur concert au festival Rock en Seine de Paris, en août dernier. Du côté du « show », si l’on peut greffer une dénomination aussi populaire à cet événement hors norme, on peut regretter l’absence d’une véritable surprise en forme de coup de fouet, même si l’ambiance mise en place accompagnait la musique à merveille. On peut aussi bien se taire et éviter de se plaindre, car quelle que soit sa forme, chaque concert de Sigur Rós reste comme une croix au fer blanc dans la mémoire de chacun.



Sigur Rós @ Forest National, Bruxelles

Mardi 26 février 2013

Note :  ♪♪♪♪