01/05/2013

The Knife - Shaking the Habitual

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En musique, le mystère et le silence sont bien souvent les raisons du succès. L’exemple le plus parlant est celui d’une certaine chanteuse française des années 80, rousse, chez qui le sexe tourne à l’obsession morbide. Si cette dame d’un certain âge a su maintenir pour elle l’idolâtrie de ses fans, c’est avant tout en cessant de s’adresser aux médias, et en s’emmitouflant dans un lourd manteau de cachotterie. Sans cela, elle aussi prendrait la route de la tournée RFM 80, à l’instar de tous ses compères d’alors, qui n’ont eux pas cédé à l’attrait du marketing de la personnalité pour prolonger leur douteuse carrière. Parce qu’il faut bien reconnaître que musicalement, d’un côté comme de l’autre, ça ne vole pas très haut.

 

Cette notion du culte énigmatique, The Knife la manie tout aussi bien, que ce soit en duo comme au sein de leur carrière solo respective. Leur dernier album, l’éblouissant « Silent Shout » dont je vous ai déjà fait l’éloge, datait de 2006. Si bien que lorsque la fratrie prodige a annoncé qu’un heureux événement aurait lieu ce printemps, c’est toute une sphère d’adorateurs de musique électronique qui a donné l’impression de se réveiller après une longue léthargie.

 

Au cours de leur carrière atypique, Karin et Olof Dreijer nous avait habitués à un certain sens du mystère et de l’exubérance. Mais alors que leurs précédents opus s’arrêtaient tout de même aux confins des conventions usuelles, « Shaking the Habitual » s’aventure bien au-delà de cette limite, tel un Event Horizon partant explorer les régions vierges de toute consensualité. Exit l’académisme séant au confort de l’oreille humaine, et ce sacro-saint enchaînement couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain variant entre trois et cinq minutes pour la bonne forme.

 

C’est un euphémisme de dire que cet album porte son nom à merveille. Il propose une suite de titres absouts de toute structure, au cours desquels montées et apogées se confondent durant de très longues minutes. Et en certains endroits, il n’en est même plus question. Si les deux premières plages ; « A tooth for an eye » et « Full of Fire », respectent le format musical, la suite s’en éloigne dangereusement. Survient alors une oppressante tension, ténébreusement suave, comme la bande sonore d’une âme torturée. On retrouve cette impression tout au long des huit minutes quarante-trois du titre « A cherry on top », mais aussi plus loin, durant les dix-neuf minutes (!!!) de « Old dreams waiting to be realized » et les neuf minutes cinquante-cinq de « Fracking Fluid Injection », avant-dernière plage de l’album, aussi angoissante que son titre ne pouvait l’augurer. Entre celles-là, les sentiments se multiplient. Par exemple, « Without you my life would be boring » nous emmène dans une gigue ensorcelante, et « Wrap your arms around me » nous plonge dans une New Wave porno soft aux percussions froides.

 

Considérant la musique en tant qu’art, il faut reconnaître « Shaking the Habitual » est une œuvre créative et riche en émotions. Hélas, d’un point de vue simplement cathartique, l’ensemble se trouve hors de portée d’une quelconque addiction saine (car il faudrait vraiment avoir un problème, de drogues ou de psychisme, pour écouter cet album en boucle). Seuls les titres « Raging Lung » et « Stay out here » tentent de ramener le vaisseau égaré à bon port, précisément parce qu’ils rappellent certains extraits de « Silent Shout ». Mais cette tendance reste bien faible par rapport à la possession dont ce disque est victime. Peut-être est-ce juste une question de temps, et de patience nécessaire avant d’être capable de l’apprivoiser. En attendant, il perd un peu trop sa musique que pour devenir un must absolu.

 


The Knife

Shaking the Habitual

Note : 


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