16/05/2013

James Blake - Overgrown

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Gastronomie musicale, titre pompeux pour certains, thèse infondée pour d’autres. Pourtant, les notions de raffinement, de saveur par la mesure, sont régulièrement démontrées sur la scène alternative. James Blake en est l’exemple premier, lui qui fut révélé il y a deux ans grâce à un debut album troublant, marquant par ses silences, ses légères superpositions de sons, et son interprétation impressionnante de vérité. Aujourd’hui sort Overgrown, sur lequel Blake reste fidèle à ce minimalisme électronique dont il a fait sa griffe, sans pour autant s’y enterrer.

 


Plus haletant par endroits, ce nouvel opus est aussi plus chaleureux, s’accordant moins de respirations et tout autant de gimmicks accrocheurs. La légèreté instrumentale n’empêche pas l’album d’être varié, puisqu’il alterne les chansons douces et celles qui auraient presque leur place sur une piste, le tout enrobé dans une aura qui déborde de sensualité. La voix de Blake est plus présente, et colle à son naturel. Elle emporte les mélodies davantage que leur rythme, et y greffe une touche soul à la manière d’un Jamie Woon. On peut être réfractaire au style, mais ce timbre si particulier, haut, coulant, affirmé et pas réellement plaintif, est imparable. D’ailleurs, le seul bémol du disque se situe vers « Take a Fall for me », plage durant laquelle Blake laisse lelead vocal à un slammeur pas forcément emballant. Mais globalement, le plaisir est différent, et certainement pas atténué ; c’est ce qui s’appelle une confirmation réussie.

 


James Blake

Overgrown

Note :

 

 

Ecoutez:

Overgrown

Retrograde

 

13/05/2013

Sexy Sushi @ Nuits Botanique

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Sexy Sushi, c'est l'alternatif de l'alternatif. On peut aussi les considérer comme l’art du grand n’importe quoi, ou l’art par le grand n’importe quoi. Difficile de savoir si ces deux énergumènes cherchent à choquer, contester, ou simplement prendre du bon temps sans se soucier du « pour toi, public ». Difficile de décrire leurs shows par une série de tableaux, tellement le tout paraît surréaliste.

 

Sur scène, il n’est question d’aucune prouesse musicale. Les sons sortent tous du laptop de Mitch Silver, et on en a fustigés d’autres pour moins que ça, pas plus tard que la semaine dernière. Mais le duo se démarque, et comment, par une prestation complètement anarchique. Personne ici ne vous demandera de taper dans les mains, ou de sauter au compte de trois. Par contre, on vous propose un tatouage en direct, et on vous traite de "pédale" si vous refusez. Aguicheuses demoiselles au bonnet rempli d'arguments, on vous invite à rejoindre la scène, en laissant votre soutien-gorge faire du crowdsurfing sans vous. Et au public agglutiné, on jette gros sel par poignées, et miches de pain fraîches du jour. Ne cherchez là ni sens ni raison, il n’y en a aucun, et c’est bien ça qu’on aime. Ce spectacle déjanté colle parfaitement à leur musique au rythme effréné, soulevée par la voix chargée d’écho de Rebeka Warrior. Cette année, celle qui a participé au dernier album de Vitalic a troqué ses lunettes noires et son épaisse choucroute factice pour un masque d’un bleu très épais, ne laissant rien deviner de plus de son éventuelle beauté. A force de vouloir se cacher, on va finir par croire qu’elle est plus « sushi » que réellement « sexy ».

 

Alors que la chafouine persiste à dissimuler son vrai visage, celui du groupe semble se révéler … le message Sexy Sushi est aujourd’hui plus engagé, supporté par de nouveaux textes et quelques scénettes fustigeant la société, et plus clairement l’oppression religieuse. On pense à cette introduction de concert où les protagonistes, à genoux, miment des prières devant une grande croix de frigolite. Laquelle croix finira en morceaux, après avoir été lancée en pâture dans les premiers rangs. Voilà une touche de gravité inattendue, qui certes, reste impalpable au milieu du déluge de décibels. Le problème, c’est qu’elle ajoute un quota de prise de tête à un show qui en est généralement dépourvu. L’ambiance s’alourdit, et en fin de compte, nuit au défoulement par l’absurde, qui reste la marque de fabrique numéro un des Nantais. On n’en est pas encore au point de quitter le chapiteau en fredonnant la ritournelle du « c’était mieux avant », mais il ne faudrait pas que ces deux-là commencent à se prendre trop au sérieux. En attendant et cette fois encore, ils nous ont bien éclatés, merci à eux.



Sexy Sushi,

Nuits Botanique, samedi 11 mai 2013

Note: 



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12/05/2013

IAMX - The Unified Field

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A l’heure où la télé multiplie les émissions où l’on recherche, hum hum, de nouveaux talents et voix exceptionnelles, à l’heure où certains groupes étiquetés « mélo gothique »  remplissent des stades en trempant dans la niaiserie et la facilité, Chris Corner, vrai artiste de son état, reste quant à lui scandaleusement méconnu. Il est vrai qu’en musique, il faut généralement faire un choix entre publicité et intégrité.

 

Heureusement, des solutions existent. Prenez lepledging,qui tel un rayon de soleil dissipant un ciel maussade, se répand de plus en plus sur la toile. Ce principe consiste à proposer aux internautes, dans une période définie et moyennant un certain prix, une liste d’articles relatifs à leur groupe préféré. Le but étant de rassembler des fonds, qui permettront la production d’une œuvre personnelle de qualité, sans devoir succomber aux désidératas des marchés musicaux. Le catalogue peut partir du CD dédicacé à 20 euro, passer par des instruments ou tenues de scène à plusieurs centaines d’euro, et se terminer en apothéose, par une invitation VIP avec accès en backstage pour un concert, suivi d’un dîner en compagnie de l’artiste dans un restaurant chic de la ville, au prix de 1000 euro la soirée. C’est ainsi que Chris Corner a financé le cinquième et nouvel album de son projet IAMX. Une fois son appel de fonds mis en ligne, il ne lui a fallu qu’une heure pour atteindre 100% de son objectif, le ratio final dépassant même les 800%. Cela se passe de tout commentaire sur le lien qui l’unit à ses fans.

 

Après avoir remercié ses loyaux « beautiful people » comme il aime les appeler, Corner a injecté cet argent dans un album finalement intitulé « The Unified Field », mais aussi dans un clip vidéo très pro, pour accompagner la diffusion du single du même nom. Un titre électro, lisse et au refrain entêtant, assez accessible que pour lui permettre d’élargir son public. Un titre qui n’annonce pourtant pas la couleur de ce nouvel opus, où demeure cette typique aura ténébreuse, malgré un léger virage vers une douceur permanente. Seule la plage d’ouverture, « I Come With Knives », rappelle le versant torturé de son ancien répertoire. Après celui-là et la plage titulaire, défilent une série de balades mélo mais très personnelles, parfois plus folk que réellement électroniques. Sur ces balades, la voix de Corner soulève les mélodies, et parfois même le cœur de celui qui écoute. D’autres titres comme « Walk with the noise » sont plus décisifs, exaltants, sans pour autant déborder d’adrénaline. Tout cela confirme l’assagissement remarqué sur « Volatile Times », le précédent disque sorti il y a deux ans.

 

Loin du strass qui ne manquerait pas de lui ouvrir les bras s’il vendait son âme, Corner poursuit sa route et son histoire de très belle façon. Puisse-t-il ne jamais renoncer à cette liberté !

 


IAMX

The Unified Field

Note : 



Ecoutez:

I Come With Knives

The Unified Field


07/05/2013

The Knife @ Ancienne Belgique

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Considérant The Knife comme un des groupes les plus influents du mouvement électro, c'est avec une certaine impatience que j'attendais de découvrir sur scène ce duo avant-gardiste. Que ressentir, au moment de quitter la salle, sinon la désagréable sensation de s'être fait berner sur la marchandise?


 
Tout d'abord, il ne fut jamais vraiment question d'une performance "live". Quelques instruments se comptaient bien sur scène, mais les protagonistes ne s'en approchaient que trop rarement. A
u lieu de ça, l'estrade comptait une douzaine d'acteurs encapuchonnés dans de longues toges, le visage peinturluré et couvert de paillettes. Nageant au creux des vagues de lumières, cette troupe dessinait des esquisses de chorégraphies rythmées par des airs provenant donc, forcément, de pistes préenregistrées. Dans le lot, on reconnaissait Karin Dreijer, madame Fever Ray, qui semblait pour sa part chanter en direct. Mais peut-on parler d'un plus, puisqu'il s'agit du strict minimum à attendre d'un concert ? A moins qu'il ne faille pas considérer cette représentation comme telle, mais plutôt comme un spectacle son et lumière. Pour sûr, les lumières étaient très belles. Mais dans ce cas, merci de prévenir la prochaine fois...

 

A partir du moment où l'interprétation n'est pas du direct, le contenu de la playlist devient secondaire. Mais critiquons-la tout de même, puisqu'elle avait le bon goût d'être essentiellement centrée sur le dernier album du groupe. Dénigrant les hymnes tant attendus que sont, entre autres, "Heartbeats" ou "We share our mother's health". On a du se contenter, en clôture, d'une version revisitée de "Silent Shout", sur laquelle toute la troupe de charlatans sautillait allègrement et sans aucune coordination. Parce que oui, même les chorégraphies faisaient amateur.

 

Alors oui, les attentes étaient très élevées. Mais quitte à sortir déçu, j'aurais au moins souhaité assister à un concert, et pas à un spectacle juste digne d'une fancy fair à gros budget, voire d'un début d'après-midi au festival Esperanzah. C'est peu dire que cette infâme mascarade aura ruiné le mythe...

 


The Knife, Ancienne Belgique

Dimanche 5 mai 2013

Note : Ǿ

01/05/2013

The Knife - Shaking the Habitual

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En musique, le mystère et le silence sont bien souvent les raisons du succès. L’exemple le plus parlant est celui d’une certaine chanteuse française des années 80, rousse, chez qui le sexe tourne à l’obsession morbide. Si cette dame d’un certain âge a su maintenir pour elle l’idolâtrie de ses fans, c’est avant tout en cessant de s’adresser aux médias, et en s’emmitouflant dans un lourd manteau de cachotterie. Sans cela, elle aussi prendrait la route de la tournée RFM 80, à l’instar de tous ses compères d’alors, qui n’ont eux pas cédé à l’attrait du marketing de la personnalité pour prolonger leur douteuse carrière. Parce qu’il faut bien reconnaître que musicalement, d’un côté comme de l’autre, ça ne vole pas très haut.

 

Cette notion du culte énigmatique, The Knife la manie tout aussi bien, que ce soit en duo comme au sein de leur carrière solo respective. Leur dernier album, l’éblouissant « Silent Shout » dont je vous ai déjà fait l’éloge, datait de 2006. Si bien que lorsque la fratrie prodige a annoncé qu’un heureux événement aurait lieu ce printemps, c’est toute une sphère d’adorateurs de musique électronique qui a donné l’impression de se réveiller après une longue léthargie.

 

Au cours de leur carrière atypique, Karin et Olof Dreijer nous avait habitués à un certain sens du mystère et de l’exubérance. Mais alors que leurs précédents opus s’arrêtaient tout de même aux confins des conventions usuelles, « Shaking the Habitual » s’aventure bien au-delà de cette limite, tel un Event Horizon partant explorer les régions vierges de toute consensualité. Exit l’académisme séant au confort de l’oreille humaine, et ce sacro-saint enchaînement couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain variant entre trois et cinq minutes pour la bonne forme.

 

C’est un euphémisme de dire que cet album porte son nom à merveille. Il propose une suite de titres absouts de toute structure, au cours desquels montées et apogées se confondent durant de très longues minutes. Et en certains endroits, il n’en est même plus question. Si les deux premières plages ; « A tooth for an eye » et « Full of Fire », respectent le format musical, la suite s’en éloigne dangereusement. Survient alors une oppressante tension, ténébreusement suave, comme la bande sonore d’une âme torturée. On retrouve cette impression tout au long des huit minutes quarante-trois du titre « A cherry on top », mais aussi plus loin, durant les dix-neuf minutes (!!!) de « Old dreams waiting to be realized » et les neuf minutes cinquante-cinq de « Fracking Fluid Injection », avant-dernière plage de l’album, aussi angoissante que son titre ne pouvait l’augurer. Entre celles-là, les sentiments se multiplient. Par exemple, « Without you my life would be boring » nous emmène dans une gigue ensorcelante, et « Wrap your arms around me » nous plonge dans une New Wave porno soft aux percussions froides.

 

Considérant la musique en tant qu’art, il faut reconnaître « Shaking the Habitual » est une œuvre créative et riche en émotions. Hélas, d’un point de vue simplement cathartique, l’ensemble se trouve hors de portée d’une quelconque addiction saine (car il faudrait vraiment avoir un problème, de drogues ou de psychisme, pour écouter cet album en boucle). Seuls les titres « Raging Lung » et « Stay out here » tentent de ramener le vaisseau égaré à bon port, précisément parce qu’ils rappellent certains extraits de « Silent Shout ». Mais cette tendance reste bien faible par rapport à la possession dont ce disque est victime. Peut-être est-ce juste une question de temps, et de patience nécessaire avant d’être capable de l’apprivoiser. En attendant, il perd un peu trop sa musique que pour devenir un must absolu.

 


The Knife

Shaking the Habitual

Note : 


Lescop @ L'entrepôt

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Calé entre les mois d’avril et de mai, le festival des Aralunaires propose une programmation alternative, destinée à un public curieux qui souhaite découvrir des artistes références de demain. Un statut qui colle bien à Lescop, lequel tenait l’affiche du lundi soir dans une salle de l’ « entrepôt » entièrement rénovée. A 34 ans, ce castelroussin relance une scène cold rock à la française, que l’on aurait pu croire enterrée suite à la disparition de Daniel Darc. Que nenni, après le concert de ce lundi, on peut affirmer qu’elle a encore de beaux jours devant elle. Il est même fort probable que l’avènement de ce vrai artiste créera d’autres vocations.

 

Un vrai artiste, car doté d’un imposant charisme scénique. Au milieu de ses musiciens, Lescop impose une forte présence du début à la fin. Il ne se contente pas de réciter ses textes, mais les mime et les revit, à travers ses postures et son regard électrique. Il ne cligne pour ainsi dire pas des yeux, tient son micro comme Ian Curtis, et entre les couplets, ondule des hanches comme un serpent qui danse. Dans l’ensemble, la prestation affiche un niveau professionnel époustouflant pour un style musical d’apparence insouciante, qui rappelle que l’ancien leader du groupe Asyl n’est plus un amateur depuis de longues années. Ce degré technique élevé lui permet de détailler les moindres recoins de son univers, et d’aider l’audience à s’y jeter tête première.

 

La set list apparaît comme finement calculée, distillant parfaitement les passages remuants, à tendance orageuse, et d’autres mélos et plus envoûtants. Au vu du grand succès rencontré par « La Forêt », on peut s’attendre à ce qu’il la garde pour les rappels. Mais Lescop n’aspire pas à être l’homme d’un seul single, et surprend son monde en plaçant ce titre en milieu de set, parmi une suite de titres survoltés. Ses autres compositions n’ont de toute façon rien à envier à celle qui l’a fait connaître, que ce soit sa tournée des villes ; « Ljubljana », « Los Angeles », « Tokyo la nuit » et sa langoureuse introduction, ou ses personnages féminins ; Sandra qui s’endort dans la « Nuit américaine », mais aussi l’ensorcelante « Marlène », extraite de son EP de 2011.

 

Lescop a beau être dans le vent, il ne se laisse pas pour autant porter. Maitrisant parfaitement son jeu et son intriguant personnage, il réussit à captiver l’audience, et à l’aspirer dans son monde rempli de promesses. A la fin du concert, on ne peut que se dire qu’il n’a pas fini de grimper, et que la prochaine fois, il faudra faire quelques kilomètres de plus pour aller le voir.



Lescop @ L’entrepôt,

Festival « Les Aralunaires », Arlon

Lundi 29 avril 2013


Note: