28/06/2013

The National - Trouble Will Find Me

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Rien de neuf du côté de The National, qui propose cette année un sixième album empli de cette merveilleuse morosité, qui fait leur réputation depuis la fin du siècle dernier. On le savait déjà, la bande à Matt Berninger possède le talent de produire une musique d’une tristesse riche et passionnée, sans jamais la rendre accablante ou épouvantable. Une musique naturelle, construite sur une base pop rock usuelle et parfaitement dosée, garnie d’un chant aggravant cette cinglante émotion. C’est ce qu’on appelle vulgairement une « marque de fabrique », qu’ils appuient d’autant plus que les retours sont rentables et positifs, et que personne ne leur a demandé de prendre des risques. Ce succès, d’abord d’estime, gagne aujourd’hui leurs finances. Le groupe de Cincinnati remplit les salles, et vend beaucoup d’albums de par le monde. De quoi redéfinir la notion de musique « indé », parfois utilisée à tort et à travers par certains nantis autoproclamés, ceux-là mêmes qui ne la distillent que lorsqu’ils le veulent bien. Car concrètement, il est tout à fait possible d’être à la fois populaire et indépendant, vous pourriez poser la question à Cloclo s’il n’avait pas pris ce malheureux bain de trop. De là à voir en The National les nouveaux Bee Gees, il y a bien sûr un pas de géant. Admirons plutôt l’unanimité de louanges dont ils bénéficient, des claviers sous vide aux plumes les plus acerbes.


Et ce dernier album, me demanderez-vous ? Brut, touchant, placide, venteux à doses éparses et efficaces. Rien de bien neuf, comme je vous le disais.

 


The National

Trouble will find me

Note :

 


Ecoutez :

Demons

 

26/06/2013

Junip (éponyme)

Junip-Junip.jpg

 

 

Dans les années 2000, José Gonzalez s’est fait un nom grâce à ses reprises acoustiques personnelles de titres références. Son plus grand succès reste sa plus qu’étonnante version de Heartbeats. De ce tube électro de ses compatriotes de The Knife, Gonzalez a fait une balade désenchantée à vous paralyser les membres et vous exploser les glandes lacrymales. Quelques années plus tard, soit aujourd’hui, cet artiste à la sensibilité peu commune sort le second volet de ses aventures en bande, un album qui porte le nom de son trio : Junip.

 

Ce disque ne fait que confirmer que José a trouvé sa voie dans la musique acoustique. Difficile cependant de greffer sa griffe d’une étiquette bien précise. Il emprunte un peu du folk, un peu du psyché, relève la sauce de sa voix très particulière, levée et placide, pour concocter une musique un peu nomade et apatride. Ni Elias Araya, ni Tobias Winterkorn, ses deux partenaires dans l’aventure Junip, n’ont tenté de lui coudre une autre veste, si bien que ce nouvel opus ne fait que prolonger une ligne déjà bien tracée. Peut-être trop bien tracée ; si le son, simple et naturel, est plaisant, il est également un peu passe-partout, légèrement tendu mais pas réellement scotchant. On pourrait leur reprocher de ne pas avoir osé se lâcher davantage. Mais après tout, si c'est ça qui leur plait …



Junip (éponyme)

Note :



Ecoutez :

Line of Fire


20/06/2013

Alt-J @ Pinkpop & Rockhal

 

 

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Pour remplir des salles de concert, il n’y a pas 36 solutions. La plus directe est l’omniprésence médiatique ; choisir un bon manager qui convaincra les radios de diffuser votre musique, ou un bon conseiller en communication, qui vous expliquera comment réussir un buzz. Les Anglais d’Alt-J ont choisi une autre option, plus fine mais également moins accessible : la vraie qualité musicale ;  mélange d’accroche, de surprise et d’innovation. Sorti l’an passé, leur premier album a véritablement enflammé les critiques, et bien que leur notoriété reste toute relative, cette grande réussite leur permet de bien garnir les lieux de concert qu’ils visitent au cours de leur tournée.

 

En parlant de critiques, toutes ne sont pas avisées. Ainsi, j’avoue moi-même avoir mal jugé ce premier opus – ceci est le second « mea culpa » de l’année. « An awesome Wave » n’est pas simplement bon ; c’est un extra-terrestre, dangereusement addictif.  Depuis le temps qu’il squatte mes écouteurs, je suis impatient de découvrir ce qu’il vaut en live. Aujourd’hui, ma curiosité est doublement satisfaite, puisque j’ai eu l’occasion de les voir deux fois en quatre jours. Dimanche dernier au Pinkpop Festival de Landgraaf, et ce mercredi à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette.

 

Sur scène, on retrouve bien cette grande qualité musicale. Le quatuor déroule sa « vague géniale » en usant seulement d’un soupçon de sampling, lors de moments épars. Commençant par l’introduction et terminant par la fin, ils mélangent cependant les titres au milieu. C’est, hélas, un des seuls points sur lequel leur prestation se démarque d’une simple écoute sur platine. On sait d’eux qu’ils sont très minutieux, puisqu’ils avouent avoir passé près de 7 ans à préparer ce premier opus. En live, ils le jouent sans filet, et c’est tout à leur honneur. Mais cette envie de trop bien faire les rend statiques et prévisibles. Aucune spontanéité, peu d’explosivité, si ce n’est pendant « Fitzpleasure », « Breezeblocks » et « Taro ». Au final, le concert entier se déroule comme du papier à musique. L’écoute reste plaisante, mais le show manque cruellement de surprise, et d’une réelle apogée. Et nous laisse sur notre faim, au moment où les lumières se rallument.

 

Si la scène leur permet de démontrer leur énorme potentiel, il leur reste encore à exprimer leur passion. Ou alors, Alt-J ne sera jamais un groupe de scène ; on en a malheureusement vu d’autres.

 

Alt-J

Pinkpop Festival, dimanche 16 juin 2013

Rockhal, mercredi 19 juin 2013


Note : 


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18/06/2013

Passenger @ Pinkpop 2013

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Habituellement, les concerts folk acoustiques nécessitent un contexte très intimiste. Scène étroite, petite audience, de préférence après le coucher de soleil. On imagine mal un soliste captiver une foule de plusieurs milliers de personnes avec ses seules voix et guitare, qui plus est sur la scène principale d’un grand festival. D’autant qu’il paraît, l’avez-vous lu aussi, que les festivaliers attachent moins d’intérêt aux concerts qu’au sexe et à l’alcool. Ce qui est totalement faux, ou alors expliquez-moi si tous les mordus qui plantent au devant de la scène dès l’ouverture du site pensent réellement que pour leur peine, on va leur fournir bières et turluttes à volonté. Refermons cette courte parenthèse, pour constater qu’en ce samedi après-midi, alors qu’un concert est sur le point de débuter, la main stage du Pinkpop est totalement vide. En ces lieux surélevés, pas d’instruments, de décors, ou de canons prêts à cracher flammes, fumée ou confettis. Rien, si ce n’est un micro et son pied. Cela augure un défi particulièrement relevé pour l’artiste qui va s’y produire d’un instant à l’autre.

 

Si les rues de la terre comptent autant de musiciens que de pavés et excréments canins réunis, peu de ces ménestrels urbains ont le potentiel pour se hisser au-dessus du lot. Ce talent, Mike Rosenberg le possède indéniablement. Durant près de dix ans, il fut cantonné à ce rôle d’artiste méconnu et incompris, s’agrippant à sa passion malgré des coups de blues à répétition et une cruelle absence d’intérêt. Il y a quelques mois, un diffuseur prit le risque de passer en radio l’un de ses titres, intituléLet her go.Cette chanson devint un tube international, et enfin, la consécration récompensa la patience.

 

A l’heure pile, celui qui à l’affiche porte le nom de Passenger grimpe sur cette immense et désertique estrade, sa guitare à la main. Dans ses premiers mots, il avoue être « fucking scared » par ce qui s’annonce comme le plus grand concert de sa carrière.« Les groupes qui se produisent en festival jouent de la musique entraînante, et moi j’arrive avec mes chansons dépressives. Je tenais à vous avertir que la prochaine heure va vous paraître terriblement misérable, veuillez par avance m’en excuser ». Par cette touche d’humour, légère, il se met déjà le public en poche, avant même de commencer à gratter ses cordes.

 

Quelques couplets lui suffisent à démontrer qu’il ne vole pas sa place sur cette scène. Maniant sa guitare comme si elle était venue au monde avec lui, il alterne accords et arpèges pour produire de mélodieuses envolées, qui nous embarquent dans son univers folk. Sa voix particulière, ornée d’un grain très léger, accompagne les ritournelles à merveille. Alors certes, la recette est simple, mais les ingrédients sont de choix, et l’ensemble se révèle être terriblement accrocheur. En plus, le garçon a de la présence, et n’a nul besoin de fioritures pour remplir la scène. Il s’adresse beaucoup à son public, son humour ne laisse pas indifférent, et il n’hésite pas à improviser quelque boutade durant ses chansons, en réaction à ce qu’il entend ou observe en provenance du public. Cette attitude, simple et spontanée, donne vie à l’instant et gonfle son capital sympathie. On finit par croire que son stress, tout comme son inexpérience des grandes scènes, sont eux aussi de vastes blagues.

 

La set list regroupe diverses créations personnelles ; certaines joyeuses, sur lesquelles  public est invité à participer, et d’autres plus mélancoliques. Il ose aussi s’adonner au jeu des reprises, dont une version personnelle du « Sound of Silence » deSimon & Garfunkel, qui scotche l’audience à un point tel qu’on entend plus une mouche voler. Ou, peu après, un surprenant « Eye of the tiger » dont il se sert pour introduire son désormais succès « Let her go ». Et plus tard encore, avant de conclure, il se fend d’une mystifiante cover de « Dancing in the dark » deBruce Springsteen.


Difficile de trouver un défaut à ce concert. Avec sa joie, son talent et sa motivation, Passenger nous aura emmenés là où, une heure auparavant, on espérait à peine se rendre. C’est pour ces moments uniques, au nombre d’une poignée sur l’été, que je me rendrai en festivals aussi longtemps que mes jambes me porteront.



Passenger, Pinkpop Festival (Main Stage)

Samedi 15 Juin 2013

Note : 

Regardez


 

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