30/09/2013

Sexy Sushi - Vous n'allez pas repartir les mains vides ?

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Après la cuite vient la gueule de bois, et l’euphorie fait place aux questions existentielles. Sexy Sushi évolue, abordant les sujets de société avec une certaine prise de conscience, aux dépends de cet aspect punko-n’importequoi-esque qui leur réussit pourtant très bien. Si l’orchestration électronique, aussi légère qu’énergique, ne varie pas, rarement les textes de Rebecca Warrior ont été aussi proches du premier degré. Au placard name-dropping et franche vulgarité, et même l’absurde voit son quota se réduire drastiquement. «  Mendiante », « J’aime mon pays », « La bombe » ; autant de titres qui stigmatisent les taches au  tableau de la France postmoderne. « Retour de bâton », charmante et maladroite chanson sur la fragilité amoureuse, flirte carrément avec le consensuel. Autre nouveauté, qui va dans le même sens : la demoiselle au torse nu chante bien plus qu’elle ne parle ou crie. On peut la penser influencée par une naissante sagesse, ou simplement par son travail au sein de son autre duo Mansfield TYA.

 

Le duo electrotrash nantais se fait plus sérieux, sans pour autant atteindre un niveau de sobriété parfaitement indigeste. Il se donne toutefois les moyens de faire de la musique à la fois conceptuelle et tangible, ici plus noire qu’à l’habitude, mais à laquelle manque cruellement son habituel décalage jouissif. A noter l’excellent « mystère des pommes volantes », contant les malheurs d’une famille victime d’un Polthergeist, et directement inspiré d’un épisode de l’émission « Mystères » diffusée sur TF1 au début des années 90. Qui s’en souvient encore trouvera ce morceau génial.

 


Sexy Sushi

Vous n’allez pas repartir les mains vides ?

Note :


 

Ecoutez :

J’aime mon pays

Retour de bâton

Le mystère des pommes volantes

 

28/09/2013

Placebo - Loud Like Love

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Si Placebo a marqué la vie de beaucoup d’ados au siècle dernier, la question de la durée allait tôt ou tard se poser. Au-delà d’une musique rock alternant déchirements et mélancolie, la principale marque de fabrique du groupe est la voix si particulière de son leader, reconnaissable parmi mille imitations. Or, ce timbre varie peu d’un album à l’autre, voire pas du tout, et puisque l’aspect instrumental ne connait pas de réelle révolution… on peut avoir l’impression que c’est un peu toujours la même rengaine. Et ce n’est pas tout. Avec ses traits juvéniles, son physique androgyne et ses angoisses existentielles, le personnage Brian Molko ne touchait quant à lui qu’une tranche très fine de la population. Seulement voilà, le temps passe, ainsi fait le peuple, d’une tranche d’âge à l’autre. L’artiste doit alors choisir entre, soit s’adapter aux changements de son public, soit le renouveler. Mais Molko ne donne pas vraiment l’impression d’être branché marketing.

 

L’un dans l’autre, il résulte que chaque nouvel album de Placebo fait l’objet d’un véritable examen éliminatoire. Ce fut le cas de Battle For The Sun en 2009, auquel les critiques répondirent par une moue très décontenancée, mais pas si surprise que ça. Une grimace en forme de salutation prévisible, bon allez, c’était très sympa, mais il est temps de rentrer maintenant. L’an dernier, la sortie l’ep B3, aussi inachevé qu’inaperçu, confirmait cette hypothétique poussée vers le bas. Pourtant, l’un comme l’autre marquaient une évolution dans la carrière du trio, qui se confirme sur ce septième album tout frais. Album qui n’est pas mauvais du tout, pour un groupe que beaucoup prétendent fini depuis quelques années.

 

A sa première écoute, on dirait que Molko a tenté de contenter un maximum de personnes, entre  ses premiers fans, trentenaires d’aujourd’hui,  et les plus jeunes qui ont pris le bus en cours de route. Loud Like Love mélange en effet l’aspect égratigné du Placebo des débuts, et celui plus lisse des dernières compositions. Fait nouveau, il en ressort un certain enthousiasme, traduit on ne peut mieux par la plage titulaire d’ouverture, motivante et entêtante, malgré son format très pop rock. La suite ne tarit pas de peps, d’idées, et de sons variés, entre tendresse (« A million little pieces »), dynamite (« Rob the bank »), pugnacité (« Exit Wounds »), et mélancolie (« Bosco »). Chacun des dix titres de l’album possède sa propre patte, et aucun ne provoque l’ennui. Sur Loud Like Love, Placebo trouve l’équilibre presque parfait entre le rock laqué et le gothisme dépressif, sans jamais sombrer ni dans l’un, ni dans l’autre. Le tout en restant fidèle à son identité. Honnêtement, on ne pouvait que s’attendre à pire.

 


Placebo

Loud Like Love

Note :

 


Ecoutez:

Loud Like Love

Too Many Friends

17/09/2013

White Lies - Big TV

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En 2009, les White Lies explosaient à la face du monde grâce à « To lose my life », un album au rock sombre et juste, dépeignant parfaitement un univers fait à la fois de trouble et d’euphorie. Suite à cet impeccable premier essai (probablement l’un des meilleurs albums du siècle présent), ils furent catalogués dans le registre « Indie rock », dossier « cold wave », parmi des références du style comme Interpol ou Editors. Aujourd’hui, au contraire des premiers (qui campent sur leurs positions), et des seconds (qui s’en éloignent dangereusement), le trio emmené par Harry Mc Veigh réussit parfaitement son évolution.


Sur ce troisième volet de leur jeune et brillante carrière, les Londoniens sortent la tête des limbes. Sujet récurrent de leurs deux premiers opus, la mort rentre dans l’ombre, au profit de l’amour dans ce qu’il a de plus exact. Au-delà des textes, cette embellie se traduit par des mélodies plus riches, et des envolées bien vivantes. On sent même poindre par moments une once de romantisme, merci au violon, et au piano (sublime sur la plage "Change"). Ces instants de plénitude feront taire l’intelligencia indé voyant en eux des héritiers deJoy Division. Mc Veigh admet lui-même ne pas être influencé par l’œuvre deJoy Division, préférant leurs contemporains deTalking Heads. Et ici, cette inspiration avérée est plus claire que sur les deux premiers opus. Mais voilà, on ne changera jamais le fait que certains crient à la résurrection deIan Curtis dès qu’ils entendent une voix grave sur une ligne de basse. D’ailleurs si vous voulez mon avis (et vous le voulez, car vous êtes sur mon blog), c’est àMarian Gold, leader d’Alphaville que le chant deMc Veigh me fait le plus penser, parmi la grande famille des 80s. Une époque que lesWhite Lies parviennent à se réapproprier, pour alimenter leur rock fougueux et, au-delà de toute influence, de plus en plus authentique.


Big TV démontre une envie de se renouveler, sans pour autant trahir leur son d’origine. Un pari relevé, mais plus que réussi, là où certains de leurs éminents collègues se sont dernièrement cassés les dents.



White Lies

Big TV

Note :   

 


Ecoutez:

There goes our love again

Getting Even

Change

 


Redécouvrez:

Death

Bigger Than Us

03/09/2013

Stromae - Racine carrée

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Quelques mois après cette cuite publique qui s’avéra être un foooormida-ble exercice de communication, ce petit Belge expérimente aujourd’hui auprès des disquaires la technique de livraison « just in time ». A peine dans les bacs, les exemplaires de son second album en disparaissent aussitôt. Mais Stromae n’est pas qu’un communicateur, il a aussi beaucoup de talent. Sur Racine carrée, les mélodies sont plus riches, oscillent entre influences afro et énergie électro. Quant aux textes, pas vraiment positifs, ils sont aisés et touchent à des sujets de société qui nous concernent tous. Le cocktail de ces deux opposés est d’ailleurs à noter comme une remarquable marque de fabrique.

 

 

Bien bien bien… Doit-on, pour autant, supporter et légitimer les mille-et-unes comparaisons bancales avec un autre Artiste, de même nationalité mais d’une autre époque qui lui, méritait davantage un statut d'intouchable ? Peut-on porter aux nues une musique certes enrichie, mais trop lourde ou trop légère selon les moments, et qui n’a vraiment d’originalité que dans sa mixité ? Doit-on se mettre à réfléchir à l’écoute de ces textes qui, globalement, enfoncent autant de portes ouvertes qu’ils n’en déverrouillent de cadenassées ? Parvient-on, en toute honnêteté, à trembler au son de cette voix qui perd en naturel lorsqu’elle force sur le vibrato, sans jamais parvenir à provoquer le trouble ? En vérité, le talent c’est ce qu’on attribue à quelqu’un en un lieu et en un moment donné. Le génie se moque du temps et de l’espace. Il traverse. Jacques Brel avait du Génie. Stromae du talent.

 

 

 

 

Stromae

Racine Carrée

Note : 

 

 

 

Suivez le fil

 

Vampire Weekend – Modern Vampires of the city

 

vw.jpgMême si leur son afropop ensoleillé reste séduisant, ce nouvel opus des New-Yorkais apporte peu de fraicheur en regard du précédent. Certains titres comme Ya Hey incitent à la jigue, mais auraient déjà eu leur place sur l’excellent Contra. Pour les autres, le peps n’est pas vraiment permanent. Il manque à Modern Vampires of the cities une réelle authenticité pour atteindre le même niveau. Trois albums et ils ne prennent déjà plus de risque ?

 

 

 

Note : 

 

 

Yeah Yeah Yeahs – Mosquito

 

yyy.jpgCe n’est pas qu’on trouvait le temps long, mais on commençait à se demander où ils étaient passés… Quatre ans après le très convaincant « It’s blitz », Karen O et ses potes reviennent avec, comme de coutume, un OVNI alternatif. Mosquito reste fidèle à leur griffe, cocktail Punk-pop insouciant et explosif, enrobé d’une couche d’électro et remarquable par sa spontanéité – on ne sait réellement pas à quoi s’attendre d’un titre à l’autre. Seul bémol : quelques tranches de douceur, un poil trop longues à mon goût.

 

 

Note : 

 

 

Allah-Las (éponyme)

 

AllahLas.jpgDans la série « On avait déjà entendu ça… mais ça faisait longtemps », le premier album des Californiens d’Allah-Las trempe dans le bon vieux rock rétro. Voix, guitares et production low fi nous replongent quarante ans en arrière, à l’époque de l’apogée de la pilosité masculine. Ce disque éponyme évite la lourdeur de la nostalgie, en proposant de nouvelles compositions colorées, d’un style rock plus dépaysant que réellement poussiéreux. C’est si réussi qu’on pourrait confondre avec un vieil album des Kinks ou des Animals.

 

Note : 

 

 

Miles Kane - Don’t Forget Who You Are

 

Miles-Kane.jpgDeux ans après un debut album mené par deux singles, le fringant Miles Kane revient avec une copie plus relevée. Sur Don’t Forget Who You Are, l’ancien leader des Rascals ne laisse aucune seconde de répit, assumant l’héritage de ses aïeuls grâce à un britrock pétillant. Parmi les 11 titres au format de poche se trouvent quelques tubes imparables, tels « Taking Over », plage d’ouverture irrésistiblement convaincante, ou la plage titulaire qui suit. Tellement frais, british et jubilatoire, ce disque donne au pote d’Alex Turner une carrure plus imposante encore. Ce jeunot, risque fort de marquer les prochaines années de son empreinte.

 

Note :