28/10/2013

Girls in Hawaii - Everest

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Il y a un peu plus de trois ans, les Girls in Hawaii perdaient leur batteur, d’une façon aussi tragique que prématurée. Après une période de silence, bien légitime, ainsi qu’un remaniement d’effectif, ils trouvaient la force de revenir vers ce qu’ils font de mieux. Et plus encore, tant ce troisième album fait office de majestueuse résurrection.

 

Ce qui aurait pu servir d’exutoire dramatique révèle en fait une intense plénitude, à l’image de sa plage d’ouverture, qui ressemble à une naissance du point de vue du nouveau-né. Everest dévoile une musique rock à la fois douce et gonflée de vie. Troublant par son calme, sa profondeur et sa richesse, dissimulée derrière une apparente simplicité. Tellement vivant qu’à certaines compositions, il ne manque que la voix de Jonsí pour en faire le nouvel opus de Sigur Ros, les maîtres du genre. Les mélodies semblent s’évader des grillages de leur partition, pour s’envoler vers ce toit du monde, où rien n’a d’importance ni de gravité.

 

Pour faire simple, les Girls in Hawaii en 2013, c’est encore mieux qu’avant. On pourrait chercher une raison à cette évolution, mais cela pourrait amener à de douteux rapports de cause à conséquence. Contentons-nous donc de cet album, pour autant que « contenter » soit le verbe adéquat, tant Everest touche à la perfection.

 

 

Girls in Hawaii

Everest

Note :

 


Ecoutez:

Misses

Not Dead

 

17/10/2013

Biffy Clyro - Opposites

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Si l’on rechigne à creuser, on pourrait de prime abord classer Biffy Clyro dans la catégorie « tatouages désordonnés et autres cheveux négligemment crasseux ». En tendant l’oreille, on remarquera un point de différence non négligeable, qui consiste en une touche très affectueuse. Derrière une batterie agitée et des guitares assassines, se glisse dans leur rock une candeur certaine, nappée par la voix inhabituellement mielleuse de leur chanteur Simon Neil. Ainsi, la musique de ces Ecossais fait l’effet d’une séance de crowd surfing couché sur un transat de plage. Deux choix s’offrent alors à vous, entre crier à l’exception ou soupirer de frustration. Les amateurs de rock mélodique apprécieront peut-être, tandis que les fans d’adrénaline pure resteront sur leur faim, attendant vainement « la » déflagration.

 


Bien qu’il commence plutôt mal (la plage d’ouverture « Different People » fait l’effet d’une fusion entre les One Direction et Blink 182), ce sixième album de Biffy Clyro dispose de quelques chouettes cartes musicales, telles « Opposite », l’affriolant « The joke’s on us », ou encore « Victory over the sun », qui alterne nostalgie et allégresse. Globalement, ils ont tout de même un rôle à jouer, malgré l’étiquette à moitié bien méritée de « déjà tout entendu ». Le lissage trop net ne permet hélas pas à l'ensemble de réellement prendre aux tripes.

 



Biffy Clyro

Opposites

Note :

 


Ecoutez :

Opposite


16/10/2013

Suivez le fil

 

Dans Dans – I/II


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L’OVNI de l’année vient peut-être bien de se poser dans la campagne flamande. I/II du trio Dans Dans voyage au sein d’un blues instrumental, mené par une guitare au son brûlant qui s’empare du rôle des vocalises. Alternant les humeurs féline et diabolique, elle mène une orchestration basse-batterie classique et suffisante, et emmène l’auditeur dans la spirale de l’inattendu. Car le principe du blues, ici à tendance rock et psyché, c’est qu’on ne sait véritablement pas à quoi s’attendre d’une mesure à l’autre. Il y a de la sorcellerie dans ces plages interminables et leurs surprenants changements de cadence. Dans les instants les plus intimes, on imagine parfois que surgisse la voix de Chris Isaak… avant de se dire qu’au final, elle n’est même pas nécessaire. A d’autres instants, le rythme s’emporte, se fait plus diffus, mais s’accroche au fil de la construction musicale. Cet album nous transporte, à la manière d’un Melody Nelson, mais sans forcément raconter une histoire. Sans conteste un des « must » de 2013.

 

Note :

 

 

Au Revoir Simone – Move in Spectrums

 

Au-Revoir-Simone-Move-In-Spectrums.jpgLes trois petites bourgeoises new-yorkaises d’Au Revoir Simone ajoutent quelques Beaufort à leur brise électronique, pour un résultat au départ surprenant. Sons plus profonds, percussions plus … percutantes, pour des voix qui restent aussi lisses et sensuelles. La mutation est réussie, puisque la plage d’ouverture « More Than » nous fait imaginer une association peu probable entre The Do et les Chemical Brothers. La seconde, « The Lead is Galloping », esquisse un pendant féminin de The Big Pink. Quant à la troisième, « Crazy », elle et sa basse virevoltante diffusent un jubilatoire parfum de « New Order ». Mais chassez le digital, il revient au galop. Par la suite, les binaires reprennent le pouvoir sur les compositions, qui n’en restent pas moins charmantes, mais avec beaucoup moins d’impact. L’album s’allège ainsi jusqu’à « Love You Don’t Know Me », plage minimaliste qui semble inspirée du « Eye in the sky » d’Alan Parson. Au final, la sulfureuse métamorphose n’aura duré que trois chansons, et Move in Spectrums nous laisse un goût de trop peu. Dommage, car le début était bigrement alléchant.

 

Note : 

Ecoutez : Crazy




Bonobo – The North Borders

 

bonobo.jpgBonobo fait partie de ces artistes dont la découverte fait surgir la question : « et merde, pourquoi est-ce que je ne l’ai jamais écouté avant ? ». Simon Green, de son vrai nom, est un pro du downtempo, un style mêlant chillout, groove, ambient et trip hop. Concrètement, c’est de l’électro hybride, faite à la fois de sons synthétiques et de vrais instruments (violon ou saxophone, selon l’inspiration de l’artiste), sur laquelle ricochent des beats courts et désynchronisés. The North Borders, le cinquième album du producteur et DJ de Brighton, en est une parfaite représentation. Les sons séduisent, et les samples vocaux envoutent comme chants de sirène. Mais ce qui donne à cet album tout son côté sexy, ce sont les percussions. Multiples et vicieusement feutrées, elles s’assimilent à des bruits connus ; on imagine des coups de cuillers sur des verres en cristal, des boules de billard qui s’entrechoquent, ou des doigts ornés de bagues rythmant le tempo sur des bouteilles vides. L’ensemble nous rince les tympans mieux que des brumisateurs. L’effet enivrant et dépaysant est immédiat. En tendant l’oreille, on perçoit presque le bruit des vagues venant lécher le sable. Addictif, irrésistible, et terriblement frais.

 

Note :

Ecoutez : Cirrus


12/10/2013

Kings of Leon - Mechanical Bull

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Ce sixième album de la famille Followill marque un retour aux sources, vers un genre « roots » à la fois moderne et bien américain. Exit les tubes formatés pour les stades, et autres balades à reprendre parmi des centaines de milliers de chœurs. Mechanical Bull présente 11 titres (13 sur l’édition Deluxe) taillés dans un rock aux influences country, tantôt décapants (« Don’t Matter »), tantôt mélancoliques (« Tonight »). Menées par des guitares incisives, les mélodies montrent un sens de l’accroche des plus efficaces ;  ni le rythme, ni l’intensité ne s’essoufflent, malgré un style riche mais relativement uniforme.

 

On imagine cet album comme le fruit du mal du pays qui les ronge lorsqu’ils sont en tournée, à des millions de miles de leur cher Tennessee. Sauf que cette fois, les Kings of Leon parviennent à nous transporter jusqu’à eux. Il s’assimile davantage aux deux premiers du groupe, Youth & Young Manhood et Aha Shake Heartbreak, sortis à l’époque déjà lointaine où leur popularité était encore à l’état de fœtus. A cette exception près, que le capital engrangé depuis vient gonfler la production. Mais dans le fond, ils s’offrent un réel plaisir, ainsi qu’à leurs premiers fans, et un peu moins à ceux de « Use somebody ». Le virage est donc couronné de réussite, et ce ne sera pas le dernier ; on pourrait l’oublier, mais ils ont à peine la trentaine.

 


Kings of Leon

Mechanical Bull

Note :

 


Ecoutez:

Supersoaker

Wait for me

Don't Matter


09/10/2013

Johnny Marr - The Messenger

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A presque 50 ans (il les aura le 31 octobre prochain), Johnny Marr a bringuebalé sa guitare au sein de nombreuses formations. Tout d’abord The Smiths, groupe référence du mouvement rock anglais, dont il fut un membre permanent du début à la fin de leur courte histoire. Ensuite, Marr a navigué d’un groupe à l’autre ; citons The The, Electronic, Modest Mouse et plus récemment The Cribs. Il a pu aussi partager quelque scène avec des noms parmi les plus ronflants, de Paul Mc Cartney à Oasis. De l’ombre à la lumière, ce musicien influent lance cette année son tout premier projet solo.

 

Le résultat, pour un vieux briscard comme lui, est étonnement frais. Un pop rock insouciant, bien vivant, qu’on situe facilement outre-manche, armé d’une myriade d’accroches, et qui pénètre l’oreille avec une facilité déconcertante. Absoutes de toute forme de ride ou de nostalgie, les compositions de Johnny Marr n’envient ni fougue ni jeunesse à celles de ses descendants actuels. De « The Right Thing Right » à la plage titulaire « The Messenger », en passant par le mordant « I want the heartbeat », le potentiel addictif et radiophonique est énorme. Seule manque « la » prise de risque, la chanson profonde ou psyché qui à la fois dénoterait mais prodiguerait davantage de puissance à ce disque. Une sorte de « How soon is now » du 21e siècle. Mais soit, pour le premier album solo d’une éternelle main forte, The Messenger titille la hauteur des attentes les plus intransigeantes. L’ancien compère de Morrissey ne réinvente pas ce style séculaire, mais il y apporte son énième touche, la plus personnelle, et peut-être aussi la plus percutante.

 

 

Johnny Marr

The Messenger

Note :

 



Ecoutez:

The Messenger

New Town Velocity