18/12/2013

Pet Shop Boys - Electric

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Parmi les groupes qui ont fait les beaux jours de l’electro pop des années 80. peu ont pu s’adapter aux changements imposés par les décennies suivantes. Si des formations comme OMD, Human League ou Pet Shop Boys existent toujours, elles se sont trop peu renouvelées depuis, en tout cas pas assez que pour marquer les esprits, et ainsi parvenir à extraire leur image de la décennie aux boucles d’oreille losangiques.


Les Pet Shop Boys disposent pourtant d’un fameux palmarès. Premier single… pardon, « 45tours » intitulé West End Girls, et premier gros carton international. C’était en 1985. D’autres numéros 1 suivront, It’s a sin, Always on my mind, Heart jusqu’à Go West en 1993, tube dont l’accent kitsch dépareille déjà, à l’époque où la techno et le grunge prennent les rennes du marché. A titre de comparaison, aucune chanson de Depeche Mode n’a jamais atteint le top des charts anglais. Mais en 2013, ceux sont eux qui remplissent des stades. Quant aux Pet Shop Boys, ils sont passés dans l’ombre, parce qu’ils n’ont pu, ou voulu, se renouveler, prendre des risques, ou qui sait, décevoir leurs premiers fans. Sorti cette année, leur dernier album n’est toutefois pas dénué d’intérêt. On y trouve des sons différents, certes pas innovateurs, mais qui témoignent d’une légère modernisation de leur patte.


Ces instants qui tiltent doivent se mériter. On passe d’abord par Axis, plage d’ouverture dont la fraicheur tient plus de la trance des années nonante que du dubstep actuel – on imagine mal Neil Tennant quitter son costume trois pièces pour un look à la Skrillex, cela dit. Suivent Bolshy, aussi lassante que du Kraftwerk contrefait, période « Pocket Calculator », et Love is a Bourgeois Construct, air léger, typiquement tamponné « PSB », dodelinant, mais vite agaçant.


La suite, bigrement plus intéressante, ne laisse plus rien transparaître de cette légendaire allégresse.  Basses et percus abandonnent leur usuelle gentillesse, sans pour autant exploser. Fluorescent intrigue comme du Visage et marque comme du Hot Chip. Le rythmé Inside a Dream, armé de sa sauce club, dégourdit comme du Simian et s’invite volontiers en tête. Quant au punchy Shouting in the evening, il se libère de l’éternelle emprise du groupe. C’est peut-être bien la première fois qu’on ne reconnait plus les Pet Shop Boys sur une de leurs chansons. Jusque la fin de l’album, seul Thursday brise la mouvance, ramenant cette impression de « déjà entendu » qui nous hante à chaque album du duo londonien -  ce titre étant, comme un pied de nez, produit avec Example, un de leurs descendants sur la scène anglaise.


A l’écoute d’Electric, on peut, légitimement ou pas, percevoir un message de Tennant et Lowe, nous disant que oui, ils sont capables de suivre le rythme, et de moderniser leurs compositions. Mais qu’ils n’en ont, peut-être, pas envie, préférant toujours le léger au profond, le festif à la conscience. Qu’ils s’en foutent pas mal de passer pour des ringards auprès du grand public, pour ceux qui savent encore qui ils sont, tandis que Depeche Mode rameute de nouvelles générations, et que New Order fait déjà partie de l’histoire de la musique. Ou bien s’agit-il simplement d’un album de musique électronique, venant d’un groupe qui, soit-dit en passant, s’apprête à fêter ses trente ans d’existence, sans que cela n’y transparaisse fatalement.

 

Pet Shop Boys

Electric

Note :



Ecoutez:

Fluorescent

Inside a dream


11/12/2013

Suivez le fil

 

MGMT (éponyme)

MGMT_MGMT.jpgTrois ans après le très décevant « Congratulations », les MGMT prennent leur revanche avec un album éponyme, largement orienté vers l’électro-rock psychédélique. Ce nouvel opus nous plonge dans une ambiance tempérée, en forme de rêve éveillé, au cœur de laquelle zénitude et mélancolie se confondent en écho et dans le calme. Parmi ces dix nouveaux titres, il ne faut espérer trouver une pépite addictive et populaire, tels que furent jadis Kids ou Time to pretend. A défaut, le sextet américain réussit à greffer à ce disque une identité propre, en y dressant une atmosphère profonde et consistante. Ils prouvent de cette façon que leur talent ne s’était pas entièrement évaporé après leur premier album. Pas imparable donc, mais non moins dénué d’intérêt, ce troisième album de MGMT est au final une bonne surprise.

Note :

Ecoutez : Your Life is a Lie

 



Mount Kimbie - Cold Spring Fault Less Youth

Mount_Kimbie.jpgDuo très influent, Mount Kimbie sort un remarquable second album dans un style electro chill minimaliste, mais pas tant que ça. Les Anglais y usent et abusent de mélodies planantes et hypnotiques, sur lesquelles perlent de multiples percussions, fines et choisies sur le volet. La basse joue un rôle secondaire, mais elle sublime les titres sur lesquels elle intervient. Quant au saxophone, très discret, il ajoute à l’ensemble un gramme de sensualité. On peut regretter les pauses « Hip Hop », qui gênent davantage qu’elles n’étendent les variations de style, ainsi que l’imperfection de la production, sans doute désirée, mais qui n’apporte pas de réelle valeur ajoutée. Un son peaufiné à la perfection aurait sans doute eu le mérite d’exister… mais nous ne le saurons jamais.

Note :

Ecoutez : Home Recording

 


Anna Calvi – One Breath

anna_calvi_one_breath.jpgOn ne sait quelle mouche a piqué Anna Calvi, qui semble prendre son rôle de diva du rock au pied de la lettre. En témoigne ce nouvel album blues rock paré d’un style très 20e siècle, à l'orchestration légère mais à l'atmosphère pesante. Certains titres feraient d’ailleurs de parfaites BO pour de prochains films de James Bond. La blonde nous livre une interprétation tendue, très théâtrale, et saupoudrée d'un peu de folie, qui rompt avec la lisseur de son premier et précédent opus. Qu'elle se tasse ou s'envole, elle garde une parfaite maîtrise de sa voix, sans ressentir le besoin d'en rajouter des caisses. Globalement… car à la longue, les complaintes, gémissements ou longues tirades litaniques (lisez : de nombreux« haaaan » et « Haaa ha ha haaa ») peuvent lasser. Le paradoxe gênant de One Breath se situe dans l’opposition entre, à certains instants ses surprises, et à d’autres, son manque de sincérité. Anna n’est pas encore la nouvelle PJ Harvey, bien qu’elle y travaille.

Note:

Ecoutez : Sing to me

07/12/2013

The Naked and Famous - In Rolling Waves

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Contrairement à ce qu’inspire ce nom, The Naked and Famous n’est pas un nouveau groupe de Miley Cyrus. Il s’agit d’un quintet néo-zélandais, ayant fait grand bruit sur les ondes il y a deux ans avec Young Blood, un single smashy dont le gimmick vous perfore la boîte crânienne et vous ricoche en mémoire pendant des heures. Par rapports à d’autres groupes d’electro-rock, comme MGMT ou M83, le son « N&F » se caractérise par un chant féminin maniant le doux, la grâce et la puissance. Musicalement, on reste dans l’electro-rock émotionnellement haut-perché.


Sans surprise, In Rolling Waves déroule le même son haut et incisif. Nappé d’une larme d’écho, il mêle le rock à l’électro, le long de mélodies et  refrains construits pour s’incruster en tête. Certains titres sont des « follow-up », au format calqué sur les hymnes du premier album. Une stratégie de composition peu originale… mais tant que le succès est au rendez-vous,  il arrive que des  groupes durent 30 ans de cette façon (et on en connait !). Par ailleurs, c’est en grande partie grâce à ces chansons-là que cet album prend du relief. Autre part, les tentatives mélancoliques, certes honorables mais un peu plates, se solderont par des trous de mémoire. Au final, ce second album de The Naked and Famous s’apparente à une exploitation riche et profonde d’une griffe maison, percutante et alternative, qui taille sa route en profitant du chemin débroussaillé par le répertoire existant. Plaisant donc, mais guère surprenant.



The Naked and Famous

In Rolling Waves

Note : 


 

Ecoutez :

Hearts Like Ours

I Kill Giants

 

04/12/2013

Manic Street Preachers - Rewind the film

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De l’histoire extra-musicale des Manic Street Preachers, on retient surtout la disparition de Richard James Edward en 1995. Les deux semaines précédant une tournée promotionnelle aux States, Edward vide son compte en banque, retrait après retrait. Et du jour du départ, il ne donnera plus jamais signe de vie.  Une enquête permet de retracer son itinéraire ; son appartement de Cardiff, un hôtel de Newport, un bus, un taxi et enfin, une station service près du Severn Bridge, au nord de Bristol. D’autres témoignages existent, mais les conclusions sont que c’est de ce pont qu’il a mis fin à ses jours. Quand on évoque sa disparition, c’est au sens propre, car son corps n’a jamais été retrouvé. Edward ne sera déclaré mort « présumé » qu’en 2008.

 

Quant aux autres, ils ont continué à jouer sans lui. Sortant la bagatelle de cinq albums dans cette dernière décennie séculaire, et cinq autres dans la suivante. Toujours dans un style propre, un rock pop, propre, mais légèrement écorché. Avec leur longévité, et leur répertoire garni de tubes (« Motorcycle Emptiness », « A desire for a life », « La tristesse durera » en français dans le texte, « If you tolerate this your children will be next », ou ma préférée « There by the grace of God »), les Gallois sont sans doute l’un des groupes les plus sous-estimés de sa génération.

 

Rewind the film sort du cadre habituel. Moins spontané, et plus cérémonial, pour offrir au final autant de profondeur. Il multiplie les featuring (Lucy Rose, Richard Hawley, Cate Le Bon) et les orchestrations (cordes et cuivres, percussions variées), dans une atmosphère mêlant gaité et mélancolie, qui tient parfois du conte, bien influencée par le rock opéra des 70s. Les mélodies accrochent rapidement, apaisent et captivent sans créer de tension. Ne souffrant que de l’absence d’une explosion qui le rendrait presque parfait, le onzième bébé des Manic’s affiche une grande maturité. Aussi surprenant que ravissant.

 


Manic Street Preachers

Rewind the film

Note : 

 

 

Ecoutez:

Show me the wonder

Rewind the film

 

02/12/2013

Suivez le fil

Dirty Beaches – Drifter / Love is the devil

 

dirty-beaches-drifters-love-is-the-devil.jpgLa musique du Canadien Alex Hungtai ne respire pas la joie de vivre. Un son shoegaze et low-fi, bricolé sur du matériel tout collé de bière renversée, et dépressif à en sentir des cafards ramper sous les vêtements. Le genre à vous imprimer en tête migraine et idées noires. Pourquoi dès lors, ne pas éjecter cet album crasseux de sa platine après le premier morceau, le second pour les plus conciliants d’entre nous ? A cause de son atmosphère lourde, entêtante et envahissante. Peut-être aussi parce qu’il rappelle quelque soirée passée, aussi mystique qu’embuée.

 

Note :

Ecoutez : Casino Lisboa

 

 

Mikal Cronin - MCII

 

Mikal-Cronin-MCII.jpgBien qu’il officie au sein de plusieurs formations, Mikal Cronin, compositeur aux cheveux longs, trouve le temps de faire des albums en solo. MCII, le second, libère un rock zen, naturel et intemporel. A vrai dire, tellement aéré qu’il ne fait que passer en coup de vent. Rempli de béatitude, inspirant la détente, ce disque manque toutefois d’une vraie personnalité, d’un caractère propre, apte à marquer les esprits. D’un point de vue ambiance, c’est gai comme une plaine de festival ensoleillée. Mais musicalement, ce n’est pas vraiment authentique, ni hors du commun. On se retourne une fois ou deux, avant de passer à autre chose.

Note : 

Ecoutez : Change


 

Karl Hyde – Edgeland

 

Karl_Hyde_-_Edgeland_2013.jpgQuand le chanteur d’Underworld taille la route seul, il emprunte les départementales fleuries. Suffit les beats ravageurs de Born Slippy ou Push Upstairs. Sur son album solo, Karl Hyde (dont les traits rappellent autant Eric Zemour que Christophe Hondelatte) batifole gaiment dans un champ de pâquerettes, en caressant des petits lapins aux yeux de manga. Edgeland comprend neuf chansons, longues même quand elles ne le sont pas. De sa voix coulante et monotone, il nappe des mélodies platoniques et répétitives, gentillettes mais pas vraiment tendres ni intenses. Sympatoche, mais pas vraiment indispensable.

 

Note : 

Ecoutez : Cut Cloud

 

White Lies @ Ancienne Belgique

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Sur scène, les White Lies me laissaient le souvenir de dernières prestations un cran en dessous de mes attentes. La faute à une apparente fragilité qui, sans les paralyser, empêchait ces trois gamins de s’éclater réellement sous plusieurs milliers de regards simultanés. En conséquence de cette motivation plafonnée, il leur arrivait de ne pas pouvoir tenir un rythme, et pire, à Harry McVeigh de perdre la justesse de son chant. Mais après leurs passage et repassage de ce week-end à l’Ancienne Belgique, on peut affirmer qu’ils assument de mieux en mieux leur notoriété.

 

On sent que malgré leur succès, les anglais désirent rester simples, entiers et accessibles. En témoigne leur look négligé, t-shirt au rabais contre barbe de plusieurs semaines, ainsi que leur immobilité relative. Alors puisqu’ils ne vont pas vers le « show », c’est ce dernier qui les rejoint sur scène. Résultat : la performance s’accompagne d’aveuglants jets de laser, partie d’un show lumineux nébuleusement riche, à rendre Jean-Michel Jarre malade de jalousie. Un attirail si exubérant que par moments, on pouvait réellement croire qu’une soucoupe volante était entrain de se poser sur scène. Ce plumage du 3e type ne s’accordait absolument pas avec le ramage musical proposé, qui était lui de très bonne facture. Avec la richesse de leurs trois albums, les Londoniens ne peuvent que dérouler une set list qui a de la gueule, qui commence d’entrée par deux gros tubes, se clôture par autant, et qui en garde encore pour le trou normand. A noter, peu avant les rappels, une pause dans cette démonstration de puissance, avec une reprise minimaliste de « I would die 4 U » de Prince – peut-être une piste sur l’évolution future de leur carrière ? Quant à la qualité du set, on aura déjà vu pire. McVeigh affirme ses épaules de chanteur, et les quelques cassures de rythme semblent cette fois bien contrôlées, comme pour mieux rebalancer la sauce dès la prochaine mesure.

 

Sans jamais se donner un genre, les White Lies apprennent à murir avec leur succès. Une heure et demie après leur montée sur scène, ils terminent leur unique et court rappel par un explosif « Bigger than Us », qui encore plus que le reste, laisse un goût de trop peu ; si on avait pu, on leur en aurait encore demandées quelques-unes.

 


White Lies

Ancienne Belgique , Bruxelles

Samedi 30 novembre 2013

Note :


01/12/2013

CocoRosie - Tales of a GrassWidow

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Les premières plages de Tales of a GrassWidow dépeignent un style moderne et étonnamment orthodoxe. Mélodies et tapis de percussion y perdent en détachement, le duo misant davantage sur des boucles vocales accrocheuses pour marquer les mémoires. Reste une ambiance « mélocaline », moins adorable qu’à l’accoutumée, plus véhémente et parfois chargée d’un soupçon de gravité. Après trois plages et une première pause atmosphérique, les sœurs enclenchent enfin la 3D, et nous parachutent dans leur monde fait de profondeur et d’espièglerie. On revit les instants magiques des albums d’antan, où l’on se sentait dorlotés comme des bébés. Les douces comptines prennent des accents World et Hip Hop, tantôt l’un, tantôt l’autre. Voire les deux en même temps, comme sur le titre « End of Time », qui pourrait marquer le retour de One T et Cool T en ballade sur la Cordillère des Andes. Hélas, à peine le temps d’en profiter, que ces instants de grâce s’éparpillent dans de nouveaux titres à l’âme moins prononcée. Ainsi se termine ce cinquième album de CocoRosie, comme il a commencé : avec un goût de trop peu.



CocoRosie

Tales of a GrassWidow

Note :



Ecoutez:

End of Time