12/03/2014

Bruce Springsteen - Nebraska (1982)

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Sixième album du boss, Nebraska sort le 30 septembre 1982.  Il ne connait pas le succès populaire de « The River » ou « Born in the USA », mais reste à ce jour l’un des plus influents et plus encensés par la critique.

 

Ce que cet album a de remarquable tient dans sa conception. Au départ, Springsteen réalise des démos sur un enregistreur à quatre pistes, seul chez lui avec ses guitares, tambourin et harmonica. Par la suite, il enregistre bien ces chansons en studio avec son E Street Band, mais en accord avec ses producteurs, ce sont les démos qu’il décide de publier, car imprégnées d’une fascinante empreinte folk, mélo et personnelle. Cette décision entraine des difficultés techniques, car il faut réduire le bruit des bandes originales. Les techniciens de Columbia Records parviennent à améliorer suffisamment la pureté du son, maximisant le confort d’écoute tout en conservant son esprit « fait maison ». C’est ce qu’on appelle communément du « low fi ».

 

L’aura brut de ce disque se complète par ses textes. Des histoires d’hommes ordinaires confrontés au crime, ou sans  trop d’espoir en leur avenir. Des écrits sombres qui trahissent le mal-être duboss à cette période. Sur la plage titulaire qui ouvre le disque, il raconte à la première personne l’histoire cruellement vraie de Charles Starkweather. Un adolescent banal et fan de James Dean, qui en janvier 1958, à l’aube de sa vie d’adulte, se transforme en tueur de masse. Lors d’une virée de plusieurs jours entre le Nebraska et le Wyoming, il laisse dix victimes sur ses traces. Condamné à la chaise électrique, il est exécuté un an plus tard. Sa petite amie de 14 ans, qui l’accompagnait, écope quant à elle d’une longue peine de prison. Un doute plane d’ailleurs toujours sur son implication, de simple otage à participante active, doute tranché par Springsteen parlant pour « Charlie » dans sa chanson, lorsqu’il prononce « Sheriff when the man pulls that switch sir and snaps my poor head back, You make sure my pretty baby is sittin' right there on my lap ». On peut penser qu’à l’instar de toute l’Amérique de cette époque, cette histoire l’avait très affecté.

Ce sentiment d’impuissance se retrouve sur « Atlantic City », une chanson à la mélodie triste et captivante, qui raconte l’histoire d’un couple partant s’installer dans cette ville du New Jersey. Leurs espoirs s’effondrent rapidement, quand le narrateur se voit confronté à la mafia. Titre le moins minimaliste de l’album, on peut le retrouver sur la plupart des compilations « Best of » de Springsteen. Un clip vidéo fut produit à l’époque de sa sortie, montrant des images en noir et blanc de la ville avant son évolution économique. Quelques plages plus loin, le narrateur de « Highway Patrolman » est un représentant de la loi qui laisse son frère s’enfuir après avoir abattu quelqu’un. Sean Penn s’en inspirera pour son film de 1991 « The Indian Runner ». L’espoir, le positivisme, sont globalement absents du disque, si ce n’est sur « Reason to Believe », plage de clôture très imagée.

Contextuellement, Springsteen prenait un risque en proposant un album aussi écru au sommet de sa gloire. Au final, Nebraska permit au boss de franchir un palier supplémentaire, celui menant de la notoriété à la reconnaissance. De nombreux critiques affutés, de Picthfork à Rolling Stone magazine, le placent parmi les cent meilleurs albums de tous les temps. Souvent discutée et longtemps attendue par les fans, une version « électrique »  n’a pas encore vu le jour. Le large succès d’estime de l’originale, enregistrée chez lui en moins d’un mois, en est sans doute la raison.

 

Bruce Springsteen

Nebraska

1982

 

 

Ecoutez:

Nebraska 

Atlantic City

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