25/07/2014

The Strypes - Snapshot

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On en a connu, des groupes de rock aussi doués qu’énergiques, capables de nous faire sautiller toute la nuit avec leur son pur et revival. Et parce qu’il est rare que les membres d’une telle formation aient moins de 45 ans, le cas des Strypes est d’autant plus exceptionnel.

Quatuor venu du fin fond de l’Irlande, les Strypes sont si jeunes qu’ils pourraient être les arrière-petits-enfants des Rolling Stones. A bas les clichés, ce sont des monstres de talent, que la prime jeunesse transforme en véritables extra-terrestres. Sorti fin 2013 en Europe, leur premier album Snapshot donne un gros coup de pied aux fesses d’un style brut qui, ces derniers temps, avait tendance à prendre la poussière.

Leur musique se résume facilement, par une évolution de la locution « déjà entendu » en « mais jamais de cette manière-là ». Elle possède cette rare qualité d’en revenir à l’essentiel, tout en restant fraiche, naturelle, et fourrée d’adrénaline. La structure chant - basse – batterie – guitare a vécu, mais ces gamins lui redonnent vie de la plus belle façon : la batterie danse, la guitare virevolte, et le rythme soutenu ne s’affaisse jamais. C’est diablement énergique, terriblement efficace, et beaucoup moins simple qu’il n’y paraît ; il faut les voir sur scène, et observer avec quelle facilité ils jonglent avec la technique, tout en restant concentrés sur le public.

C’est ce qu’on appelle plus communément « la relève ». S’ils ne se perdent pas en chemin, les Strypes sont amenés à devenir des piliers, des main-eventers, déjà capables à 17 ans de donner de vraies leçons à quelques formations confirmées qui aujourd’hui semblent blasées, ou en manque d’imagination (suivez mon doigt pointé vers Alex Turner).

 

The Strypes

Snapshot

Note : ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez

Blue Collar Jane

Hometown Girls

What a Shame

 

22/07/2014

La Roux - Trouble In Paradise

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La Roux, gros phénomène de l’année 2009, a pris le soin de ne pas hâter son retour. Au risque de perdre de sa célébrité, car dans ce milieu on passe vite à autre chose. A présent seule à la barre du projet, la chanteuse-compositrice Elly Jackson a privilégié la profondeur à la précipitation, avec pour but de composer un second album avec autant de gueule que le premier, plutôt que de sortir une galette bâclée en surfant sur sa notoriété. Ça, c’est pour ce qu’elle en dit, et mon avis est substantiellement différent.

Tout d’abord, constatons que La Roux n’a pas vraiment tourné casaque. Parmi ces nouveaux titres, on reconnait très bien quelques structures du premier album. Je prends comme exemple Tropical Chancer, qui musicalement s’apparente à une version reggae bon marché d’In For The Kill – et je pourrais en chercher d’autres.

Concernant ce qui a réellement évolué, passer d’une patte exclusivement électro à un style davantage pop, avec de vrais instruments dedans, nécessite une certaine maîtrise. Celle de la demoiselle montre ses limites. Prenez, par exemple, la plage d’ouverture Uptight Downtown, principale manifestation de dynamique que l’on trouve sur Trouble in Paradise (et passons les légers relents de Let's Dance de David Bowie). Si les gens ont aimé le Get Lucky des Daft Punk, alors ils apprécieront forcément cette ariette funky, répétitive et entrainante. Mais hélas pour elle, Elly Jackson ne porte pas de chouette casque sur la tête – car oui, les chouettes casques c’est très important pour le grand public, même s’il ne s’agit que de musique. Alors quoi ?

Plus objectivement, ce nouvel opus est plus ensoleillé, mais manque de niaque. Guillerettes et enjouées, les mélodies sont bien sympa, mais pas vraiment efficaces. Et parallèlement, la voix d’Elly est beaucoup moins affirmée. Ajoutons qu’entre influence et calquage, la frontière est parfois infime. Qui fut bercé par le son des années 80 aura l’impression d’avoir déjà tout entendu, car la miss emprunte beaucoup à cette décennie, dans le sens « tout et n’importe quoi » (*). Et pour le reste, elle plagie vaguement son premier disque. Le réchauffé est à la mode ces dernières années, mais la moindre touche d’originalité serait appréciable, et ici, elle se fait attendre. Mais bien sûr, si tu es né(e) après 1994, ce que je raconte n’a aucun sens pour toi ; d’ailleurs il est très bien cet album.

 

La Roux

Trouble In Paradise

Note : 

 

Ecoutez :

Uptight Downtown

 

(*) Si vous en voulez du bon disque influencé 80’s, mais avec de vraies tranches d’originalité à l’intérieur, je vous conseille vivement Darkdancer des Rythmes Digitales, sorti en 1999.

21/07/2014

Marc Desse - Nuit Noire

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Même si n’a que 26 ans, on sent bien en Marc Desse le grand amateur de rock français à la Aubert et Capdevielle, quand il parfume son chant des intonations du premier et de la nonchalance du second. On situe tout aussi clairement d’où, ou plutôt de quand, il puise ses influences musicales, soit d’une période où punk et Gaullisme s’essoufflaient à leur tour. Bref, Nuit Noire a tout de l’album bien à point pour certaines critiques anti-variété, qui seront d’autant plus emballées en apprenant que ce personnage à la veste de cuir écrit ses textes entre une et quatre heures du matin.

 

Hélas, de ce style musical exclusivement hexagonal, peu exportable et rarement exporté, ce frenchy  a aussi emprunté le principal défaut. A savoir, l’intention, inconsciente, de porter des chaussures trop grandes pour soi. Ainsi, bien que ses mélodies crues et tranchées ne manquent pas d’intérêt (« Ma Fiancée », « Henri et Elsa », pour ne citer que celles-là), sa voix pincée de Philippe Katerine dépressif, ni pure ni affinée, ne colle absolument pas à ce style de pop rock noir et poussif. Dommage, car si cet album n’avait comme défaut que son manque d’originalité, il pourrait encore passer pour une bonne découverte.

 

Marc Desse

Nuit Noire

Note : 

 

 

Ecoutez

Ma Fiancée

Nuit Noire

 

20/07/2014

Keaton Henson - Romantic Works

 

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Né il y a 26 ans de l’union entre une danseuse de ballet et un acteur multimédia (théâtre, télé, ciné), Keaton Henson est lui-même un artiste multifonctions, à la fois illustrateur, poète et musicien. Cette dernière casquette légitimant d’ailleurs la présente publication, car ce jeune prodige au look de hippie érudit vient de sortir son troisième album. Difficile toutefois d’esquisser une évolution de son répertoire en comparant celui-là aux deux premiers, lorsque comme moi, on ne les a pas écoutés. Pour cette raison, je me contenterai de parler de ce dernier recueil, quitte à fournir une chronique incomplète que je compenserai, comme à chaque fois, par de fins traits d’humour garnis d’une pointe de cynisme.

 

Disque entièrement instrumental, Romantic Works se situe dans un registre très intimiste et tout autant épuré. Il débute d’ailleurs sur une recette infaillible du genre : un tapis de bruit, quelques pas qui résonnent, et deux notes au piano qui tournent dans un décor vide et paisible, posé par une réverb’ accentuée. Histoire que dès les premières secondes, on soit bien certain d’où on met les pieds, parce qu’il y a fort à parier que jamais aucun album de Matt Pokora ou Patrick Sébastien ne débutera de la sorte - encore faudrait-il les écouter pour s’en assurer, vous voyez, je vous avais prévenu que je compenserais par de l’humour cynique.

Le décor est donc planté, même si à se les rediffuser, ces deux notes d’introduction ressemblent à une version triste de jingle d’annonce de gare. Surgissent ensuite les cordes, violons et violoncelles, sans fanfare mais de façon légèrement sournoise. Et avec eux, une certaine tristesse qui nous prend déjà la gorge, alors que l’écoute n’a commencé que depuis quarante-deux secondes. Les compositions suivantes, sobrement charpentées sur cette association piano – cello, ne dérogent pas à ce style classique et mélo.

Avant d’être un chef-d’œuvre, c’est avant tout un disque d’ambiance, qui sent bon le parquet verni du veuf septuagénaire et ses lourdes bibliothèques en chêne massif garnis d’inamovibles bouquins sans titre. Certes, l’émotion qu’il dégage est aussi intense qu’envahissante. Mais au-delà de ce premier effet « waw qu’est-ce que c’est beau », des craquelures apparaissent dans cette grandiloquence de sentiments, précisément provoquées par la pauvreté des mélodies et de l’orchestration. L’appréciation de cet album est aussi question de contexte temporel. Venant d’un « gamin » de 26 ans en 2014, il peut, auprès des non-initiés, prendre des allures de révélation. Mais il y a quelques siècles, des JohannWolfgang ou Ludwig auraient peut-être bien rigolé. Romantic Works est en épilogue une parfaite illustration de l’expression populaire « ça ne casse pas trois pattes à un canard ».

 

Keaton Henson

Romantic Works

Note : 

 

 

Ecoutez

 

16/07/2014

Klaxons - Love Frequency

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Qu’est-il arrivé aux Klaxons ? Eux dont chaque single faisait l’effet d’un souffle en pleine face d’un ventilateur sous ecstasy ? Eux dont les deux premiers albums, les excellents « Myth of the Near Future» et « Surfing The Void » débordaient de saine adrénaline ? Eux pour qui la presse musicale, incapable de catégoriser leur son hybride et explosif, avait expressément créé le terme de New Rave ? Eux dont l’écoute de ce troisième et nouvel opus soulève une question existentielle : souffriraient-ils de daft-punkite aigüe ?

 

 

A l’écoute de Love Frequency, on soupçonnerait presque qu’il s’agisse d’un groupe homonyme, tant on ne retrouve que trop peu leur griffe si particulière, cette fougue délurée, insouciante, et parfaitement maîtrisée. Ici, on vogue gentiment entre dance, pop, funk et pseudo-psyché, sur des eaux électroniques qui dans l’âme comme dans l’allure, n’ont plus rien de rock n’roll. Les jadis fringants Londoniens jonglent entre des ersatz de MGMTFoster The PeopleImagine Dragons, voire même... One Republic, ou carrément Jean-Michel Jarre lors d’une plage exclusivement instrumentale, et ennuyante à souhait. Ajoutez-y des intonations vocales calquées (volontairement ou non) sur Justin Timberlake, et vous obtenez un disque aussi dissipé que gominé, forniquant sans honte ni orgueil avec le son étiqueté « indé » que tout le monde se tape depuis des mois. Bref, une belle déception.

 

Klaxons

Love Frequency

Note : 

 

 

Ecoutez:

There Is No Other Time

15/07/2014

Dum Dum Girls - Too True

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On se souvient, en 2010, d’un premier album low-fi, qui montrait à quel point les Dum Dum Girls étaient aussi sexy qu’inspirées. A l’époque, il fallait encore faire l’effort (et le terme est mal choisi) de les découvrir sur scène pour apprécier tout cet aspect visuel. Ce qui n’est plus réellement le cas aujourd’hui ; la suggestive pochette de ce nouvel opus se passe en effet de tout commentaire.

 

Troisième album des émoustillantes rockeuses, Too True diffuse une ambiance goth’pop parfumée d’un soupçon de mystère et de beaucoup de séduction. Mais en plus d’être court (30 minutes, on a connu des EP aussi longs), c’est un brin répétitif, et pas vraiment original. Pour commencer, la troupe de la chanteuseDee Dee ne parvient pas à s’extraire (le désire-t-elle seulement ?) de l’influence de Siouxie and the Banshees, pour ne citer que celles-là. Ensuite, le style antipathique qu’elles se donnent sur scène se ressent de plus en plus dans leurs compositions. Des titres travaillés, légèrement rythmés et envolés, mais où les bonnes trouvailles sont expédiées au bout de deux mesures. Et tellement formatés, qu’ils en défilent sans aucune chaleur, comme sur un tapis roulant de caisse de supermarché. Ce ne sont pas les épars moments où l’on devine une pointe de tendresse (« Are You Okay ? ») qui font basculer la tendance. Album tiède et psalmodique, Too True est une tranche de glamour blasé, bien à l’image de sa compositrice.

 

Dum Dum Girls

Too True

Note : 

 

 

Ecoutez l'album ou regardez Are You Okay ? (le film)