20/11/2014

Foo Fighters - Sonic Highways

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Dave Grohl est au rock ce que le Colisée est à Rome : un monument.

 

Pour commencer, le mec a joué dans un groupe avec Kurt Cobain. Une légende connue de tous, fans de rap, ou adeptes de bals musette, ou simples non-initiés. Kurt Cobain, une référence de son époque, qui en posant la crasse sur les longs cheveux, a révolutionné la fin du 20e siècle. Kurt Cobain, dont les épaules sans doute trop frêles n’ont pas supporté le poids de cette gloire, et qui a préféré exploser en plein vol plutôt que de s’écraser. Alors oui, statut de légende et décès anticipé peuvent être liés, mais dans le monde de la musique, disparition ne rime pas toujours avec panthéon. Ou alors, on nous a menti : Filip Nikolic et Patrick Topaloff sont toujours de ce monde.

 

Ensuite, le mec aurait pu se lamenter sur son sort, vivre sur son passé de petit batteur inconnu. Mais non, il est devenu leader de son propre groupe, moins d’un an après la fin du précédent. Un groupe qui dès ses premières galettes, a trouvé la bonne recette pour se loger dans une lucarne qu’il n’a toujours pas quittée presque vingt ans et un bouc plus tard.

 

Enfin, le mec possède une personnalité hors norme, mêlant charisme naturel et spontanéité déroutante. Quand il se fâche, on ne sait trop s’il plaisante, mais dans le doute, on préfère l’écouter. S’il interrompt son concert pour sortir un spectateur violent, le seul son de sa voix suffit à convaincre le trublion de s’en aller. Ce n’est pas le genre à se cacher derrière un service d’ordre personnel, lui - messieurs les gangsters en basket Vuiton, prenez-en de la graine. Plus généralement, qu’il soit drôle ou sérieux, le moindre de ses apartés a du sens. Celui prononcé au Pukkelpop 2012, à propos de la catastrophe qui avait touché l’édition précédente, me donne encore la chair de poule lorsque j’y repense. Bref, réjouissons-nous que ce personnage, ce mythe vivant, soit encore des nôtres, et nous offre encore, une fois tous les quatre ans en moyenne, un album issu de son inspiration personnelle.

 

D’inspiration, il en est précisément question sur Sonic Highways. Des autoroutes, disent-ils, en provenance de l’époque où le rock classique était roi. La période du vinyle que l’on croquait à pleines dents, des balades où la guitare faisait office de seconde voix, des chansons de vingt minutes jouées lors de concerts de douze heures, et des morceaux à deux titres séparés par un « slash ». C’est ainsi, structurellement, que se présente ce disque tout frais, armé de ses huit plages à rallonge. Témoin de cette influence, un emprunt découpé sur « All you Need is Love », oui, l’un des 372 titres phares des Beatles, et puisque je suis d’humeur taquine, je vous laisse le chercher vous-même. Globalement, nul besoin de renifler pour sentir tout le travail déployé par Grohl et sa bande sur cette œuvre voulue alternative. Un désir dont hélas, la concrétisation me semble mitigée.

 

Tout d’abord, la « bonne recette » précédemment citée est bien modifiée, mais pas vraiment améliorée. Certains souligneront à quel point il est encore difficile de se renouveler après vingt ans, et on ne peut pas leur donner tort. Soit, le problème ici est qu’à trop vouloir s’appliquer, le Dave en a oublié de rester lui-même. Certes remarquable, la sophistication écrase la spontanéité qui colle au caractère de Grohl. Résultat, Sonic Highways sent un peu le cirage, si bien qu’il glisse dans l’oreille sans réellement l’accrocher. Un poil trop lisse, ce dernier album des Foo Fighters manque cruellement de ces moments énervés, déjantés, de ces hymnes qu’on se passe en boucle et qui, des années plus tard, n’ont pas pris plus de rides que leur auteur. Il n’est pas mauvais, mais ce n’est pas celui-là qu’on retiendra.

 

 

Foo Fighters

Sonic Highways

Note: ♪ 

 

 

Ecoutez:

Something From Nothing

 

16/11/2014

Royal Blood (éponyme)

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Royal Blood, c’est la nouvelle sensation du rock anglais. Deux gamins de Brighton qui ont mangé leurs céréales en écoutant Jack White, Soundgarden et Led Zeppelin. Deux potes au style dépotant qui se trouvent les yeux fermés, et dont les Arctic Monkeys étaient déjà fans avant qu’ils ne sortent quoi que ce soit.

 

Royal Blood, c’est du « drum and bass » au sens littéral, 100% musclé avec  0% de six cordes. Du blues-rock juteux, sans pépin, pelure ni fioriture, qui en revient à l’essentiel : l’adrénaline pure. Un style aussi condensé que leur album, une galette de 32 minutes à peine mais qui ne contient que du single. Pas d’intro interminable, ni de pause langoureuse, non, que du fuel pour sauter en l’air et agiter ses membres et ses cheveux (pour ceux qui en ont).

 

Royal Blood, c’est sans doute ce qui se fait de mieux cette année en termes d’association simplicité-efficacité. A voir s’ils pourront s’embraser sur la durée, ou si le feu s’éteindra aussi vite qu’il s’est propagé.

 

 

Royal Blood (éponyme)

Note :  ♪ 

 

 

Ecoutez :

Figure It Out

Little Monster

Out Of The Black

Come On Over

 

12/11/2014

Xiu Xiu - Angel Guts : Red Classroom

 

 

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Difficile de faire plus torturé que Jamie Stewart, un artiste qui véritablement, est à la dépression ce que Patrick Sébastien est à la farandole. Avec son projet Xiu Xiu, dont les membres se succèdent presque autant qu’ils se suicident, Stewart empile les albums, dans une moyenne d’un tous les deux ans. Sur « Always », sorti en 2012, le cafard était déjà bien présent, mais il subsistait bien une vague lueur d’espoir. Une flamme bien fragile, dont la bougie est réduite en poussière sur ce nouvel album.

 

Stewart a le don de pouvoir vider la tristesse de toute trace d’espoir et de mélancolie. Ne reste plus que des larmes sèches et acides, et une envie malsaine de se jeter au fond d’un puits grouillant de sauterelles mangeuses de chair. J’exagère à peine. Sur « Angel Guts : Red Classroom », on se demande si c’est bien de la musique que Stewart tente de créer. Ou s’il a juste cherché à expier dans son coin son anxiété morbide, et que le résultat, fatras de déclamations agitées et de sonorités nerveuses,  a fini sur CD, aussi miraculeusement qu’hasardeusement. On parlera davantage de « performance artistique » réservée à un public d’initiés avertis. Pour les autres, petits curieux qui souhaitent découvrir ce groupe malgré tout fascinant : ce n’est pas par ce disque-là qu’il faut commencer.

 

Xiu Xiu

Angel Guts : Red Classroom

Note :   

 

Ecoutez:

Stupid In The Dark

11/11/2014

SBTRKT - Wonder Where We Land

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SBTRKT (prononcez “Substract”) est le projet musical d’Aaron Jerome. Précédemment connu pour ses remixes d’artistes comme Radiohead, Basement Jaxx ou MIA, ce DJ sort son premier album en 2011. Un disque éponyme mélangeant les genres, et salué par la critique. Jerome aime brouiller les pistes, et le démontre à nouveau sur son second opus, le bien nommé « Wonder where we land ». Bien nommé car effectivement, d’un titre à l’autre, on ignore où il va nous faire atterrir.

 

Tel un félin, aguichante et difficile à saisir, la musique de Jerome se veut multidimensionnelle. Elle vogue dans un climat généralement soul ou jazzy, sur lequel l’auteur pose des sonorités rétro-futuristes et de multiples percussions. Surprenant mais inégal, ce disque visite une multitude d’endroits de prime abord charmants, mais par contrainte de temps, il ne se donne pas l’occasion de les explorer en profondeur. Au final, on a l’impression d’assister à une séance de speed dating musical ; l’ambiance est feutrée, les filles sont jolies, mais on a à peine le temps de se dire bonjour.  

A noter que derrière son masque, l’animal possède un joli carnet d’adresses. Posent leur voix sur cet album, entre autres, Caroline Polachek du groupe Chairlift, Emily Kokal des influentes Warpaint, mais aussi Ezra Koenig de Vampire Weekend, sur la gigue urbaine “New Dorp, New York”.

 

SBTRKT

Wonder Where We Land

Note :   

 

Ecoutez :

New Dorp. New York

Higher

10/11/2014

Caribou - Our Love

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Dan Snaith aurait pu être prof de math, et la musique aurait perdu un fier représentant. C’est d’autant plus étrange que la sienne n’a pas grand-chose de cartésien. Béni soit le jour où il décida de troquer classeurs et tableaux noirs contre machines et synthétiseurs. En 2010, ce Canadien inspiré collectionnait les éloges avec Swim, un album déjà remarquable de profondeur et de subtilité. Les fans de Radiohead le connaissent, car il remplissait le rôle ingrat de première partie sur la dernière tournée du groupe de Thom Yorke. Les fans du jeu vidéo FIFA le connaissent car sa chanson Odessa parfumait la playlist de l’édition 2011.

Aujourd’hui, Snaith et son projet « Caribou » nous offrent quelque chose d’encore plus personnel. Le bien nommé Our Love nous entraîne dans un tourbillon savonneux où l’on éprouve une certaine peine à rattraper nos sens. La faute à une électro psychédélique, fondée sur des mélodies entêtantes, organiques et sensuelles, et des sons qui sentent bon le narguilé. Tantôt entraînant, tantôt délassant, illuminé de son envoûtante plage titulaire, et seulement préjudicié d’une agaçante sixième plage intitulée « Second Chance », cet album est un véritable délice. Les ondes qu’il diffuse semblent en tout cas bien palpables, et feraient presque pousser des papilles sur nos tympans.

 

Caribou

Our Love

Note :  ♪  

 

Ecoutez :

Our Love

Can't Do Without You