24/11/2012

The xx @ Rockhal

 

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A les écouter sur album, on peut craindre qu'un concert de The xx nous plonge dans un état semi-comateux. Les vingt premières minutes de la soirée sont en effet très calmes ; c'est le retard pris par les Londoniens avant que les lumières de la Rockhal ne s'éteignent enfin. Au commencement, un grand rideau bleu terne dissimule la scène ; on ne devine la présence du groupe derrière cette immense toile qu'aux premières notes de Angels, plage qui ouvre leur second album Coexist. Bientôt la douce voix de Romy Croft retentit dans les enceintes, et couvre les acclamations des premiers rangs, remplis de fans. Le volume des micros est au maximum, permettant à Romy de se faire entendre sans devoir crier - heureusement car on l'imagine mal hausser la voix. Sa silhouette s'esquisse derrière l'immense toile, avant que celle-ci ne tombe, dévoilant entièrement un trio à son habitude sombrement vêtu. Basse en main, Olivier Sim emmène son instrument dans une danse aquatique, tandis que Jamie Smith manie ses percussions synthétiques de son seul doigté.

 

A l'image d'une musique où aucun son n'est superflu, le lightshow s'avère très efficace. Distillant les couleurs de façon mesurée, il consiste principalement en une série de spots se mouvant tantôt vers le public, tantôt vers les artistes. L'intensité des lumières accompagne également celle du son, celles-ci se faisant plus confidentielles durant les chansons intimistes. C'est notamment le cas sur Fiction, lorsqu'Olivier dépose sa basse et s'empare des lead vocals. Sexy et chaleureuse, sa voix émoustille la partie féminine du public, qui ne se prive pas pour manifester son contentement.

 

A ceux qui leur reprochent une mollesse manifeste et permanente, le trio donne une bonne leçon. Alternant les chansons du premier et du second album, ils greffent leur set de passages profonds mais animés, faisant claquer des percussions électroniques claires, sans jamais tomber dans l'ambiance club discothèque. En accompagnement, la guitare amplifiée de Romy peaufine cette mutation de la griffe xx en un brasero décoloré, et unique en son genre. L'enchainement d'un titre à l'autre, souvent instantané, permet à cette envoutante atmosphère de ne jamais retomber. Les chansons ne sont pas interprétées telles que sur album, ce qui apporte une valeur ajoutée. Le groupe propose ainsi, parmi la setlist, un Missing très érotique, une surprenante version dance de Crystalised, et un VCR chargé d'émotion. L'apothéose survient avec la montée qui accomplit Infinity, chargée d'électricité, et que le groupe fait durer interminablement. Tandis que le rideau de fond de scène se relève, dévoilant un immense "X" en trois dimensions, qui finira par briller sur toute la salle.

 

On pense alors que le groupe a usé toutes ses cartouches. C'était oublier l'ouverture du premier album, une entêtante intro instrumentale, qui surgit comme une évidence, en début de rappel. Le concert se termine sur Tides et Stars, après qu'Olivier remercie le public à sa manière, peu chaleureuse en apparence, mais gravement sincère. Les xx ont réussi à emmener le public de la Rockhal au sein de leur univers, conservant une tension certaine et suffisante durant une heure vingt d'un concert aussi captivant que surprenant.

 

 

The xx @ Rockhal, Esch-sur-Alzette

Vendredi 23 novembre 2012

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14/11/2012

Vitalic @ Rockhal

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Vitalic en live, c'est du pile ou face. Dans un grand soir, le Bordelais est capable d’envoyer un set des plus explosifs. La fois suivante, il pourra se montrer mal inspiré, ou mis à mal par une technique de piètre qualité. Le concert de ce vendredi, dans une Rockhal Box démeublée de son habituel bar, tenait heureusement plus des soirées de liesse.

 

Précédé par un DJ aussi sobre qu’efficace, mais dont j’ai oublié le nom (il ne m’en voudra pas), le Français a offert un concert à bonne température, mais qui sentait plus le set que le réel direct. Il ne suffit pas de poser maladroitement quelques bandes de scotch noir sur la pomme d’un ordinateur, pour donner à un show toute la ferveur d’une vraie prestation live... pas plus que de monter une batterie sur scène. Pour le visuel, ça marche, puisque l’instrument est bien plus volumineux qu’un mac book. Mais à compter les coups de bras du batteur, on se rendait bien compte que ce dernier n’était pas la seule origine de la myriade de percussions distillées au sein de la musique, bien électronique pour sa part. So what ? Certes aidé par un show lumineux assez inhabituel pour l’endroit, Vitalic a tout de même réussi à sublimer un public luxembourgeois généralement bien calme (voire amorphe, ce n’est pas Beth Ditto qui le démentira), en imprimant un set continu, mélange de ses trois albums studio, qui alternait à la perfection montées et descentes mesurées. Et dont l’apothéose, hélas assez pressée, fut digne de son statut de référence de l’électro internationale. On a apprécié retrouver ces hits qui ont tant fait chauffer notre ipod, de Pony part I à My Friend Dario, en passant par un Seven Lives comme toujours purgatif. Pour ma part, il ne manquait à cette set list qu’un Fanfares original, qui aurait sans doute dénoté avec le reste, mais qui m’aurait sans doute poussé à finir ma bière et à me jeter dans les premiers rangs.

 


Vitalic @ Rockhal, Luxembourg

Vendredi 9 novembre 2012


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05/11/2012

LIARS @ Orangerie du Botanique

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Liars sont connus pour leur sens aigu de l’expérimentation, qui s’étend bien au-delà du simple concept de musique alternative. Ce vendredi, sur base de leur dernier né Wixiw, le trio de Brooklyn offre au public de l’Orangerie une prestation en plusieurs dimensions simultanées. Le premier niveau, basique, s’arrête à la simple perception visuelle et auditive. Nous avons face à nous trois artistes dont la pilosité dilettante contraste avec la classe vestimentaire. Affairés sur leurs instruments, plongés en pleine transe tribale comme le serait un conducteur de train sous LSD. Armé de bourdons à répétition, le tableau musical, de type électro rock, nous semble gentiment bordélique. Pour ce qui est du chant, il est à la limite de la justesse. Pour sûr, Angus Andrew n’est pas le genre d’artiste à chanter pour la communion de sa petite cousine, sur insistance de la famille.

 

Mais Liars, c’est bien, éminemment plus que cet apparent fatras. En vérité, le trio nous emmène là où yeux et oreilles s’aventurent rarement : à l’intérieur de l’œuvre. Au fur et à mesure que le concert défile, ce qu’on a sous les yeux se transforme en un tableau d’art contemporain, que l’on voit en 3D sans avoir besoin de porter des lunettes. Un tapis épais et poussiéreux, sur lequel la crasse s’amoncèle depuis la période punk, mais qu’un artiste expressionniste a gratifié de trois coups de pinceau magistraux. Avant de nous en apercevoir, nous sommes aspirés dans cette cuve d’eau de vie parfumée au tournesol.

 

Ce potentiel énorme, ils parviennent à le dompter sans mal. Le fauve s’aventure bien au bord de l’arène, parfois à la limite de leur portée, mais s’arrête avant d’être en mesure de semer le trouble. Ils nous semblent toutefois, à de minces reprises, contrôlés eux-mêmes par leur musique. Une musique en plusieurs dimensions, qui s’introduit en nous comme un clou rentre dans un mur, bien au-delà de l’effet provoqué par leurs enregistrements studio.

 


Liars @ Orangerie du Botanique, Bruxelles

Vendredi 2 novembre 2012.


27/10/2012

Roscoe @ Orangerie du Botanique

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Ce qui frappe chez Roscoe, c’est cette distance entre leur assurance d’une part, et de l’autre leur grande simplicité. Si ce n’est l’ordre de la playlist, rien dans le déroulement du set ne semble calculé ; ils en oublient même d’apporter leur merchandising, ou d’annoncer des invités sur scène. Ils prennent en tout cas beaucoup de plaisir à y être. Et musicalement, tout est rodé, au poil, et c’est bien là le principal.


Devant un public venu en nombre, le quintet liégeois ne peut dissimuler sa motivation. Ils livrent à l’Orangerie un concert bien trempé, empreint d’une puissance parfaitement maîtrisée. Leur prestation revisite leur album « Cracks », et s’agrémente de l’une ou l’autre nouvelle ou ancienne composition. Les rythmes s’alternent sans cesse ; le public est bringuebalé entre des orages énergiques, et d’autres passages plus paisibles, voire quelque peu intimistes, que seul le sempiternel « brouhaha du fond », typique de cette Orangerie, vient en partie gâcher. Ainsi, leur style s’approche d’un post rock contrôlé, tout en restant accessible aux oreilles moins sourcilleuses.


Musicalement, professionnellement, cette révélation belge de l’année s’aguerrit, et semble bien prêt à franchir un palier supplémentaire. Ils ont en tout cas le potentiel pour remplir de plus grandes salles. On se demande même comment ça n’est pas encore le cas.



Roscoe, Orangerie du Botanique

Vendredi 26 septembre 2012.

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Blood Red Shoes @ Soulkitchen, mardi 23 octobre 2012

 

 

blood red shoes,rock,garage,soulkitchenDiscrètement jouxté à l’Atelier, le Soulkitchen est une salle de « café-concert » guère plus large qu’une remorque de camion. L’endroit tamisé n’accueille pas plus de 150 personnes, et si les premiers rangs tendent le bras, ils peuvent presque toucher les musiciens sur scène. Ce contexte intimiste réduit à zéro la distance entre artistes et public, et maximalise le partage des premiers envers les seconds.blood red shoes,rock,garage,soulkitchen

 

Si les Blood Red Shoes peuvent de prime abord se sentir « punis » de ne pouvoir jouer dans la salle principale, ils doivent au contraire s’en sentir privilégiés. Ils offrent ainsi une prestation à nu, une esquisse de ce que devaient être leurs premiers concerts, voire leurs premières répétitions. Lui, baguettes en main et rage

blood red shoes,rock,garage,soulkitchen à la gorge, le visage entièrement recouvert de transpiration. Elle, comme à son habitude introvertie, concentrée sur sa guitare et ses paroles, son seul jeu de scène consistant à se retourner vers son comparse. Quelques mots glissés entre chaque titre, entre eux ou à l’attention des spectateurs, peaufine cette impression d’avoir face à nous deux de nos meilleurs potes. Cette représentation crue et carabinée révise le meilleur de leurs troisblood red shoes,rock,garage,soulkitchen albums studio. Une occasion de montrer leur efficacité ; les Blood Red Shoes ne sont pas de ces groupes dont le public attend « la » chanson, puisque chaque titre dispose de sa propre attraction. Et juste après, ils se baladent dans le café, au milieu de tous. Lui n’est pas avare de discuter avec ses « fans », prenant alors aussi peu de distance que celle offerte par la scène du soir. Une scène qui leur convenait donc au mieux, sans doute plus qu’à quiconque. Photos © Jérémy Monin

 


Blood Red Shoes, Soulkitchen, Luxembourg

Mardi 23 octobre 2012

21/10/2012

Radiohead @ Sportpaleis, Anvers.

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En vingt ans d'existence, Radiohead s'est taillé le statut de référence absolue du rock alternatif. Les quelques albums plus conceptuels de ces dernières années n'ont pas diminué cette portée, puisque le temps que met Usain Bolt à courir un 200m leur suffit pour remplir trois salles de 15,000 personnes. Soit la preuve, en chair et en os, que le grand public est capable apprécier la musique d'exigence. Encore faut-il tendre une carotte au bout du bâton, et à ce titre, reconnaître que Radiohead est avant tout connu pour une poignée de singles, datant de leur début de carrière. Sur ces 15,000 personnes, je serais curieux de savoir combien quitteront la salle déçus de ne pas avoir entendu Creep, celle-là même qui permit au groupe de squatter les radios et télés il y a deux décennies. Celle-là même qu'ils ne jouent plus en live depuis longtemps. Ainsi se divise le public de Radiohead, entre d'une part, les nostalgiques de souvenirs anciens, qui n'ignorent pas que le groupe du soir continue de sortir des albums, sans pour autant être curieux de les découvrir, puisqu'ils ne passent pas en radio. Et puisque écouter les trois mêmes chansons depuis quinze ans ne les dérange pas trop. Et d'autre part, dirais-je même aux antipodes, les fans purs et durs, ceux dont la fidélité tient plus de la dévotion, pouvant dans le cas de certains groupuscules atteindre le sectarisme. Entre ces deux extrêmes naviguent toute une palette de genres, au sein desquels tous sont prêts à se battre, connexion wifi aux dents, à la seconde où débute la vente de billets en ligne.


 

Radiohead ne fait pas partie de ces groupes qui ressassent inlassablement la même playlist de soir en soir. La taille de leur répertoire leur permet d'enchaîner des concerts au contenu totalement différent, et ils ne s'en privent pas. A Anvers, le quintet fait la part belle aux deux derniers albums, The King Of Limbs et In Rainbows. Parmi les rares constantes, Karma Police est, sur deux heures trente, la seule occasion d’entendre les chœurs du public, lorsqu’il reprend le fameux "This is what you get...". Au cours de la soirée, le groupe gratifie aussi le public de deux nouveaux titres, de l’aveu de Thom Yorke « pas si nouveaux que cela, puisqu’ils sont déjà disponibles sur youtube ».

 


Le show lumineux mis en place a de quoi impressionner. Le fond de scène distille des couleurs différentes pour chaque titre, en phase avec la pochette de l’album dont il est issu ; rouge pour les extraits de Kid A, orange et noir pour ceux de King of Limbs, etc. Au dessus du groupe sont suspendus une douzaine d’écrans plats et carrés, que les techniciens hauts perchés utilisent comme des marionnettes, pour en modifier hauteur et orientation, afin d’offrir un univers propre à chaque chanson. Derrière son micro, Thom Yorke paraît plongé en transe permanente, se mouvant de façon harmonique ou saccadée. Ce jeu de scène très particulier ne semble pas être calculé, on sait à quel point cet artiste écorché se plonge dans son œuvre pour la faire vivre. Il n’est toutefois pas question d’un « trip » perso ; ses diverses interventions parlées lui permettant de ne pas s’éloigner de son public.

 

 

Orné de trois rappels, le concert se déroule sur plus de deux heures trente. Une durée conséquente, où le groupe déjà culte étale son histoire et son talent, dans son style difficile à définir concrètement… et pour cause, il n’y a pas « une » griffe Radiohead. Dans ses compositions, Thom Yorke mélange rock et électro à doses diverses, et toujours millimétrées. Basse et guitare inversent souvent leurs rôles de leader et de soutien. Vaporisés à bon escient, les sons synthétiques sont toujours pertinents, même s’ils peuvent parfois dénoter. Plutôt que d’un style, on parlera d’une gamme infiniment large. C’est ce macrocosme musical qu’on calfeutre habituellement, et avec une certaine nonchalance, sous le terme simpliste de « rock expérimental ». A une première heure de concert assez light succède un passage très électrique, juste avant la première salve d’encores. On en a déjà eu pour son argent, mais on va en reprendre pour une bonne heure. Les Anglais terminent leur prestation sur un certain rythme, avec deux titres phare de leur histoire : Everything In Its Right Place, et le très attendu Idioteque. Ainsi s’achèvent deux heures trente d’un concert qui m’aura transporté dans plusieurs endroits, par moments inattendus. Un concert très attendu qui, loin de toute fatalité, ne m’aura pas déçu.

 

 

Radiohead @ Sportpaleis, Anvers.

Jeudi 18 octobre 2012.

19/07/2012

Bon Iver @ Abbaye de Neumunster, Luxembourg

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C’est l’histoire d’un homme meurtri, au bout de sa vie, qui s’isole dans une cabane et en ressort trois mois plus tard avec un disque qui va changer son existence. Un homme très décontracté, taquin avec son public, qui de loin et vu sur scène, a de petits airs de Biff Tannen. Un homme naturel et reconnaissant, qui se perd en remerciements au fil des applaudissements dont il fait l’objet. Un homme qui, pour beaucoup, porte le flambeau du mouvement indé.

 

C’est une scène esquissant une représentation de la mélancolie. De mornes rideaux, déchirés, suspendus en l’air, sur lesquelles défilent ombres et aurores. Une rangée de lampes à huile, dressées sur de longs et fins chandeliers de fortune, complètent l’ambiance automnale. C’est un groupe éclectique, quatre vents, trois cordes et deux percussionnistes, qui entourent Justin Vernon, mieux connu sous le nom de Bon Iver.

 

C’est un spectacle au climat paisible, une intimité renforcée par le décor de l’Abbaye de Neumunster, en plein cœur du vieux Luxembourg. Un concert musicalement relevé, pas aussi dépressif qu’on pourrait le penser, mais qui pince dès la première seconde, et les accords magiques de la chanson Perth, qui ouvre le second album de Bon Iver. Un concert à la musicalité pure, à peu près vierge de toute électronique, où s’enchainent les mélodies troublantes. Elles ne tiennent parfois que sur un fil de guitare, une pincée de violon, ou un souffle de saxophone, avant d’amorcer leur envol, soulevées alors par la rangée de cuivres. Avant d’applaudir, le public attend studieusement que s’éteigne le dernier soupçon de note, s’offrant par là même de scintillants et délectables instants de silence.

 

L’ambiance intimiste atteint son paroxysme lorsque Vernon s’offre un solo poignant, seul face au public, sa Gypson en main. Il n’en oublie pas pour autant de nous emmener dans ses valises, au cours de voyage vers la campagne de son Wisconsin natal, et cette fameuse cabane où tout a commencé. En rappel, il ose puiser dans le répertoire de Bjork, fendant la brumaille par une teinte plus jazzy, avant de s’en aller sous une acclamation vibrante et méritée, non sans répéter pour la énième fois : « Thanks so much for listening ».

 

 

Bon Iver @ Abbaye de Neumunster, Luxembourg

Mardi 17 juillet 2012