02/02/2012

Lamb @ Atelier, lundi 30 Janvier 2012

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A l'heure où l'electro rock remplit les play lists d'I-pod et les line-up de festivals, alors que les représentants de ce style se multiplient, et titillent les critiques avisés, ou les autres, qui veulent simplement paraître dans le vent ... il n'est pas trop tard pour se tourner vers les artistes qui furent la source d'inspiration de ce mouvement. Lamb fut un des premiers bands à adoucir la drum n'base industrielle, et à gommer le rap du trip hop, pour lui greffer une voix féminine, douce et sensuelle. A leur sauce, les mancuniens faisaient déjà du dub step, quinze ans avant la généralisation de ce terme.

 

En ce lundi glacial, l'Atelier n'affiche pas complet. Mais la foule présente ne masque pas son enthousiasme. A se demander si la présence de deux groupes en première partie esst vraiment nécessaire pour chauffer le public. Peu avant 22 heures, les lumières s'éteignent. Andy Barlow débarque le premier sur scène, excité comme un puceron. Une certaine adrénaline émane de son regard, son poing serré, et sa gueule revancharde. Son attitude emprunte celle d'un joueur de foot fêtant le but de la victoire. Arrive alors la pâle et chaleureuse Lou Rhodes, dos nu, vêtue d'une longue robe éclatante, à la manière de la "dame blanche" décrite dans les légendes urbaines. Ce qui sur papier, reste un simple duo, devient trio une fois sur scène, avec la présence d'un troisième larron entre deux âges, qui ne fait qu'effleurer les cordes de sa contrebasse électrique en se dandinant discrètement.

 

Avec Barlow aux machines, le concert prend une dimension peu commune. L'orchestration s'en trouve minimisée, mais le résultat en vaut la peine. Les premiers titres suffisent à nous faire quitter l'Atelier, happés par un vortex de basses et d'électronique, à la poursuite de la voix sulfureuse de l'ange Rhodes. Les basses soulèvent, les beats percutent, et la voix envoûte. En quinze années de carrière, la griffe Lamb n'a rien perdu de son tranchant. Les titres d'hier restent frais, sonnent terriblement actuels. Alternant les anciens et les nouveaux (le groupe a sorti son 5e album l'an dernier, dans une certaine indifférence), le set file à une vitesse folle, et déjà, ils quittent la scène après un somptueux "Gorecki". Pas le temps de laisser la clameur se tasser que les revoilà, armés d'une guitare acoustique pour un détonnant "What sound". Le rappel se poursuite dans la même ferveur, le public ne tempérant son ardeur qu'en début de chaque morceau, comme pour mieux s'en imprégner.

 

Lamb fait partie de ces groupes qui traversent les années sans faire de bruit, mais sans s'amenuiser, et toujours avec autant de classe.

 

 

Lamb, Atelier - Luxembourg,

Lundi 30 janvier 2012

15/12/2011

Selah Sue @ Rockhal, mercredi 14 décembre 2011

selah sue,rockhal

 

2011 restera comme l'année de Selah Sue. Sa Flandre natale, qui l'adulait déjà bien avant nous, était bien trop étroite pour la retenir. Toute l'année, de part et d'autre des frontières, la Louvaniste a accumulé les louanges, jusqu'à crouler dessous et risquer l'asphyxie. C'est une constatation : où qu'elle passe, elle laisse derrière elle une trainée de salutations, et personne ne se risque à parler d'elle en mal, ou ne fut-ce qu'émettre une simple réserve à son égard.

 

Sanne Putseys n'usurpe pas ce succès, et le doit bien plus à son véritable talent qu'à une quelconque campagne de communication. Il suffit d'aller la voir pour s'en rendre compte. Derrière un micro, ce petit bout de femme au visage mutin n'a vraiment rien de chétif. Elle chante, joue, bouge comme si elle faisait ça depuis 40 ans, elle qui en a 22 à peine. Son charisme et sa présence impressionnent, et si le concept de destinée est plus que subjectif, cette pile à chevelure électrique semble bien née pour faire de la scène.

 

Ce jeudi, la Rockhal accueille la dernière représentation de sa tournée. Selah débarque à l'heure, seule avec sa guitare, et débute le show par deux chansons relativement douces. Déjà, sa voix si particulière envahit les lieux. Après avoir pris la température de la foule, elle est rejointe par ses musiciens, et le concert gagne en consistance. Le groove s'empare de la salle, de quoi secouer les morals les plus moroses. Mais le public luxembourgeois, fidèle à ses habitudes, reste relativement statique. Par dessus une basse, une guitare, et un clavier qui tient le rôle des cuivres et pianos, la voix de Selah s'adapte à tous les rythmes. Son grain, ses envolées, et sa saveur espiègle, contribuent à la rendre unique, et difficilement imitable.

 

Il faut peu de temps pour comprendre que les propos dithyrambiques dont tous la gratifient ne sont pas dénués de sens. Avec ou sans guitare, Selah nous accroche, même si ce soir, son enthousiasme semble légèrement retenu. Sans doute souffre-t-elle d'un mal de dos, puisque de temps à autre, elle se cambre en grimaçant. Malgré cela, elle montre une énergie dont beaucoup d'artistes devraient s'inspirer. Le déroulement du show alterne les moments intimistes, et d'autres plus intenses. Jusqu'à ce qu'arrive "Raggamuphin", qui met tout le monde d'accord. Ensuite, les tubes se succèdent, emballants, de "Peace of mind" à "Crazy vibes", en terminant sur un "Crazy suffering style" jouissif et ensoleillé. Selah reviendra pour un unique rappel, qu'elle termine sur un titre inédit, à consonance dubstep. Peut-être un avant-goût de la suite de ses aventures ? Quoi qu'il en soit, Selah Sue a décidément tout d'une grande, et il est très difficile de ne pas être conquis.

 

 

Selah Sue @ Rockhal,

Mercredi 14 décembre 2011.

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23/11/2011

James Blake @ Ancienne Belgique, lundi 21 novembre 2011.

james blake, ancienne belgique

 

Révélation de l'hiver dernier, James Blake posait ses synthés sur la scène de l'AB ce lundi, avec l'intention de faire profiter la salle de son électro intense et minimaliste. Un style qui, pour se faire apprécier à sa juste valeur, nécessite que l'audience respecte un certain silence, ce qui n'est pas toujours le cas en ces murs bruxellois. Et on peut craindre le pire lors de la première partie, à subir le véritable brouhaha qui couvre le violon et la voix soul de Marques Toliver. Mais plus tard, lorsque Blake vient s'asseoir derrière ses claviers, le ton baisse, et les quelques jacasseurs restants se voient rabroués par une salve de "chuut !" venus de part et d'autre de la foule. Le jeune Londonien bénéficie alors des meilleures conditions pour étaler son set.

 

Avec sa coupe en pétard, son gilet morne et son minois d'ange glacé, Blake a l'allure d'un Robert Smith époque "Boys don't cry". Comme ses deux musiciens, il reste assis, concentré sur ses instruments, durant l'entièreté du concert. Si ce ne sont quelques paroles, gage d'une sympathie certaine, Blake n'en fait pas des tonnes pour plaire. Se dispenser d'un quelconque jeu de scène, il peut se le permettre, car la profondeur de sa musique suffit à capter les attentions.

 

Mélange harmonique entre Trip Hop et Dub Step, le style de Blake fait mouche. Une mouche qu'on entendrait voler entre les reprises, quand il se contente de quelques notes de piano judicieuses, sur lesquelles il pose sa voix, onctueuse et plaintive à la fois. Mais l'univers de James Blake n'est pas uniquement fait de minimalisme. Lorsque les mélodies tournent à l'orage, les basses font vibrer les structures métalliques de la salle entière. A d'autres moments, le rythme s'extirpe hors de sa pesanteur hypnotique, et s'aventure vers de la pure house music. C'est un concert fascinant si on se donne la peine d'y entrer, tantôt gonflé d'énergie, tantôt d'un calme retentissant.

 

 

 

James Blake

Ancienne Belgique, Bruxelles

Lundi 21 novembre 2011.

 

Camille @ Cirque Royal, Bruxelles, vendredi 18 novembre 2011

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Camille joue un réel spectacle. Débarquant sur scène en robe blanche chiffonnée, avec comme seul éclairage une ampoule suspendue à un fil. L'entourant dans un premier temps de ses longues manches de soie, comme pour symboliser la lumière de la vie qui a récemment grandi en elle, et lui a inspiré son dernier album studio. Ensuite, elle la fait balancer comme un pendule, créant un jeu d'ombre sur l'immense drap de lin qui recouvre le fond de la scène. Elle danse aussi, tantôt à pas furtifs, tantôt par des mouvements frénétiques et saccadés. La représentation très théâtrale convient parfaitement au cadre du Cirque Royal

 

Camille joue avec les émotions. Une première partie globalement intimiste, entièrement dédiée à son dernier né "Ilo Veyou", précède une entracte qui débouche sur un répertoire plus joyeux. Notamment, pour reprendre, le fameux fil et "Ta douleur". Elle emballe l'assistance pour qu'elle se lève, et lui prie clairement de rester debout. Elle se fait loquace, adopte une attitude burlesque et un humour quelque peu bourgeois, qui fait rire aux éclats cette partie de l'audience. Car comme toute artiste conceptuelle, elle draine une poignée de fans dont la présence se justifie avant tout par l'image qu'ils souhaitent se donner au sein de la société.

 

Camille joue avec son public. Pour interpréter "La France", une valse décalée parodiant le strass musical parisien des années 50, elle demande à un volontaire de chaque sexe de monter sur scène, où le couple se forme le temps d'une danse à ses côtés. Plus tard, c'est une dizaine de spectateurs qui, derrière le rideau transparent, pastichent des chiens et des chats, sur le bien nommé "Cats and dogs". Aux salves d'applaudissements, elle répond par plusieurs rappels, terminant seule sur scène avec sa voix, alors que les lumières se rallument, et qu'une partie du public quitte déjà l'enceinte.

 

Camille joue avec sa voix. Dans un même souffle, elle chuchote puis s'envole, descend au plus bas et grimpe au plus haut. Elle alterne les teintes cocasses, enfantines et bouleversantes, accompagnant les mots de percussions naturelles ; ses mains l'une contre l'autre, ou frappant son sternum, ses pieds nus tapant le sol. Derrière elle, fondus dans le décor, guitariste, pianiste et violoncelliste ne l'accompagnent pas systématiquement. La playlist s'orne de plusieurs chansons a capella, les variances de sa voix palliant la fine consistance musicale de ces instants. Ces quelques chansons épurées peuvent à force lasser, tout comme d'autres titres enjoués, mais simplistes, peuvent laisser perplexe. Par contre, les réels moments musicaux ont quelque chose de magique. Pour preuve en fin de concert, un très émouvant "Mon petit vieux" en tête à tête avec son piano. Finalement, c'est dans ces instants de pureté que Camille est la plus touchante.

 

 

 

Camille

Cirque Royal, Bruxelles

Vendredi 18 novembre 2011.

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09/11/2011

Dum Dum Girls @ Rotonde du Botanique, dimanche 6 novembre 2011

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Il est rare de voir aussi peu de monde au Botanique, et pourtant, le groupe qui se produit ce dimanche dans la Rotonde a de quoi attiser toutes les curiosités. Avec leur look sombre et leur attitude snob, les Dum Dum Girls semblent tout droit sorties du clip de Robert Palmer "Addicted to love". Robert Palmer ou un quelconque ersatz en moins, puisqu'il s'agit d'un groupe 100% féminin.

 

A l'heure de monter sur scène, ces filles de l'ouest préparent leur apparence dans les moindres détails, et ne laissent absolument rien paraître de naturel. Dee Dee, la chanteuse ou "meneuse de troupe", s'orne le visage d'un masque de maquillage très pâle, au milieu duquel le rouge de ses lèvres donne le tournis. Il est impossible de se prononcer quant à la beauté de ses traits, et de toute façon, les regards les plus vicieux n'insisteront pas à dénicher la couleur de ses yeux. Pour cause, un top noir de jais au décolleté lacé, et une jupe en cuir si courte qu'elle flirte avec les limites du politiquement correct. A sa droite, une guitariste androgyne, tout aussi sophistiquée, qui pourrait se présenter comme la soeur jumelle de Brian Molko sans que cela ne choque. Et à sa gauche, une sulfureuse bassiste rousse, qui de par son regard hautain et sa bouche plus figée qu'une ligne d'horizon, remporte la palme de l'antipathie apparente. Ce tableau "porno chic" est certainement calculé au millimètre, tout comme le sont leur délectable déhanché en rythme, et l'absence de contact avec le public. A croire qu'au pays des dum dum, le sourire enrhume et a sympathie constipe. Ah oui, j'oublie une dernière fille derrière la batterie, mais en regard des trois autres, sa discrétion la fait littéralement disparaître.

 

Le public n'est pas venu en masse, il est donc aisé de se faufiler aux devants de la scène. A cet endroit, fourmille un parterre de photographes, dont la taille est inversément proportionnelle à l'envergure du concert. Sans doute ces paparazzi d'occasion sont-ils venus fournir en images de futurs articles détaillés sur ces nouvelles égéries du rock, tellement prometteuses qu'elles ne remplissent pas une des salles les plus confinées de Bruxelles. Ou alors, ces petits filous usent de leur carte de presse pour venir se rincer l'oeil ; un dimanche soir, ça vaut toujours mieux qu'un souper tartines-filet américain dans la belle famille. Malgré toutes ces considérations visuelles, Dee Dee et ses copines n'ont rien d'un girls band classique, pour la simple et bonne raison que leur oeuvre présente un aspect musical consistant. Le reste n'est là que pour étoffer l'emballage. D'accord, ne trempons pas dans l'hypocrisie, le fait qu'elles soient plus agréables à regarder qu'un groupe de rappeurs banlieusards agrémente le spectacle. Mais guitare en main, elles ont bien d'autres arguments à proposer.

 

N'étant précédées d'aucune première partie, les dum dum débarquent sur scène avec vingt bonnes minutes de retard. Sans doute le temps nécessaire pour parfaire les grimages et ajuster les corsets. Avare de paroles, Dee Dee se limite à une présentation très succinte du groupe : "We are Dum Dum Girls". Juste au cas où on ne l'aurait pas lu sur le ticket d'entrée, ou sur la peau de la grosse caisse. Ensuite, si ce ne sont de rares et furtifs remerciements, elle n'ouvrira plus la bouche que pour chanter. C'est donc derrière une sorte de barrière invisible qu'elles alignent les chansons, alternant les extraits du premier album avec ceux du second, sans que cela ne brouille le fil conducteur. Sur platine, les deux opus sont en effet fort semblables. Certes tonique, leur rock a dans la durée quelque chose de frustrant. Les titres sont formatés pour ne pas dépasser les 4 minutes. Et comme les filles n'ont aucune envie de combler les breaks, le concert ne dépasse pas les 60 minutes, rappel compris. Musicalement, leur style est accrocheur, même si quelque peu répétitif. Leur rock sonne parfaitement, et la mise en place est impeccable. On souhaiterait simplement qu'elles sortent de leur bulle, et dégagent plus de chaleur. L'indifférence affichée fait peut-être partie de leur image, mais elle est tellement pesante que le spectateur a lui-même parfois l'impression de les déranger.

 

 

 

Dum Dum Girls

Rotonde du Botanique, Bruxelles

Dimanche 6 novembre 2011.

18/10/2011

New Order @ Ancienne Belgique, lundi 17 octobre 2011

ab,ancienne belgique,new order

 

 

A chaque époque musicale son héros aux ailes brûlées. Les années 90 ont Cobain, les seventies Mike Brant... non je déconne.. Jim Morison, et quant aux sixties, elles offrent un choix luxurieux entre Brian Jones et Jimi Hendrix. Je vous laisse le soin de placer vous-même John Lennon dans la bonne case temporelle. La décennie 80 possède aussi sa légende, mais elle semble souffrir d'un manque de reconnaissance populaire vis-à-vis des précédents. Plus de trente ans après son décès tragique, l'oeuvre de Ian Curtis continue pourtant de susciter d'importantes vagues d'influence de par le monde. Il est de ces âmes fragiles dont l'existence éphémère n'en a pas moins fait avancer le rock de quelques pas de géant. Si je vous parle rarement de lui, c'est parce que je n'aurais jamais fini de le faire.

 

A peine une poignée de semaines après sa disparition, son groupe Joy Division se reforme sous l'intitulé de New Order. Leur premier album, "Movement", se place dans la suite logique du rock sombre et vif engendré par Curtis. La suite, c'est une tournure plus électronique, qui fera d'eux des pionniers du genre. Au fil des années, leur son évolue selon l'époque, et l'on ne sait pas très bien lequel s'adapte à l'autre. Certains titres de leur répertoire ont plus mal vieilli que d'autres, mais après 30 ans de carrière, ils peuvent légitimement être considérés comme des légendes vivantes. Vu l'enthousiasme que provoque leur nom auprès de leurs fans, pour la plupart invétérés, New Order fait partie de ces groupes qui, sur scène, est assuré de débarquer en terrain conquis.

 

Ce lundi, le "terrain" était la salle de l'Ancienne Belgique de Bruxelles, et les "conquis", des amateurs d'une quarantaine d'années pour la plupart, s'étant jetés sur les places en ligne comme de vieux adolescents surexcités. De fait, ce concert n'annonçait pas une tournée, mais une occasion exceptionnelle de voir ou revoir les Mancuniens sur scène. Cela vaut donc la peine de s'attaquer à la file d'attente qui longe le boulevard Anspach bien avant l'ouverture des portes.

 

Malgré leur statut, c'est en toute simplicité que le groupe monte sur scène, sur les coups de 21 heures. En premier lieu, c'est un large écran géant, diffusant des vidéos dépouillées, qui capte les attentions. Car le quintet bouge relativement peu. Derrière son micro, Bernard Sumner se dandine comme notre oncle Robert, sur la piste de danse lors du mariage d'une cousine quelconque. On pourrait voir en son pas chaloupé le symbole d'un mouvement anti-chorégraphique. La claviériste Gillian Gilbert impressionne par son immobilité. Tête baissée, elle ne bouge pas d'un poil durant tout le concert, comme plongée dans une intense séance de prière. Ou tout simplement endormie. D'une chanson à l'autre, aucun enchainement ne se fait ; Sunmer se charge de la transition en papotant avec son public comme avec un ami de longue date.

 

La playlist se remplit des tubes de toute époque. Le concert débute sur un "Crystal" très soft, faisant plâner le spectre d'un show mollasson. Cette impression ne dure qu'un titre, les suivants "Regret" et "Ceremony" plongent l'audience dans le grand bain. On a eu très peur, mais nous voilà rassurés : le groupe n'aura pas attendu longtemps avant de nous emballer. Le concert se poursuit sur un splendide "Age of Consent", de l'aveu de Sunmer peu souvent utilisé en live. Plus tard vient une série de tubes tirés de la période faste des années 80 : "Bizarre Love Triangle", "The Perfect Kiss", et un "True Faith" version club, amené par une longue et haletante introduction. Le public chauffe de plus en plus, et ne retient pas son plaisir. Après une heure vingt, le groupe termine le set sur un exaltant "Temptation". Arrive alors le rappel, certes pauvre en quantité, mais qui s'accompagne des deux véritables hymnes de cette génération. D'abord le mythique "Blue Monday", qui n'a pas pris une ride depuis 1983. La basse s'ébranle, tandis que le batteur est au chômage technique, supplanté par la piste de sampling originale. Une fois la dernière note émise, alors que l'ovation peine à retomber, Sunmer prononce ces mots magiques : "I think we do not play Joy Division songs anymore, do we ?". La salle entière s'emballe, et le groupe lance "Love will tear us apart", l'épitaphe de Ian Curtis. La version New Order est plus éclairée, avec un son pop et un Bernard Sunmer qui s'époumone sur les refrains. Histoire de s'entendre un minimum, car peu de spectateurs ne l'accompagnent.

 

Comme nombre de fans de concert, je dresse une liste de groupes que je souhaite voir un jour en live. Hier, j'en ai rayé l'un des plus gros noms. Je pourrai dire que j'y étais, et qu'en plus, j'ai vraiment aimé ça.

 

 

 

New Order

Ancienne Belgique, Bruxelles.

Lundi 17 octobre 2011.

16/10/2011

The Subways @ Botanique, samedi 15 octobre 2011.

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Une certaine rumeur véhicule l'idée que pour faire du bon rock qui déchaîne, un caractère extraverti prime sur une personnalité musicomane. Assurément, la timidité peut porter un préjudice conséquent à l'heure de se lancer dans l'aventure, et un peu plus tard, dans le public. Mais la démarche artistique est réellement moins aisée qu'elle n'y paraît ! Il ne suffit pas de pousser des hurlements dignes de ceux qui suivent une violente fermeture de porte sur le petit orteil. Ni de gratter sa guitare comme un névrosé qui ne sait pas dans quelle position placer la fermeture éclaire de son blouson. Un style aussi bouillant nécessite tout d'abord une fine précision musicale. Etre capable de construire une suite de chansons simples et exaltantes, en ne tombant ni dans la répétition, ni dans l'imitation. Ensuite, il requiert une énergie bouillonnante, et la capacité de la canaliser, afin de proscrire la moindre demi seconde d'ennui auprès de son public. A ce titre, on peut dire que les Subways se trouvent parmi les meilleurs au monde à faire ce qu'ils font.


Billy Lunn, le charismatique chanteur du trio, porte les cheveux rouges et le regard ardent. Un inaltérable sourire de potache lui fend les joues jusqu'aux yeux, qu'il a chargés d'adrénaline. Il invective la foule, ne la traitant pas moins avec respect et affection, et distribue à la pelle les riffs de guitare assassins. Charlotte Cooper, vêtue de son habituelle robe argentée à paillettes, sautille basse en main, comme une petite fille jouant à une version accélérée de la marelle. Elle prête également sa voix fluette au chant criard de son compère. Au milieu des deux, le batteur Josh Morgan ne pipe mot, mais fait son boulot à merveille. Sous les yeux du public de l'Orangerie, le duo fait preuve d'une présence vive et complémentaire. Aucun des deux ne tient en place... Lunn court d'un extrême de la scène à l'autre, se dresse en son bord pour prendre la température de la foule, se hisse sur la batterie pour en sauter sur les reprises. Et Charlotte... sautille, de gauche à droite, comme si ses semelles étaient équipées de ressorts avec batterie branchée sur secteur. La playlist de ce samedi fait la part belle au nouvel album "Money and Celebrity", non sans comprendre d'anciens classiques comme le très attendu "Rock n'roll queen". L'occasion pour certains zigotos de la foule, quelque peu éméchés, de grimper sur scène pour en sauter illico, et se faire porter par les mains des premières rangées. Ceux qui hésitent à se lancer, ou qui veulent simplement s'incruster, sont vigoureusement chassés par la sécurité, alors que le groupe continue de jouer en observant la scène avec amusement.

 

Les Subways montrent un réel attachement à leurs fans, Lunn leur parlant beaucoup, et les remerciant chaleureusement après chaque titre, en français dans le texte. Il est de notoriété que le public belge est généralement l'un des préférés des artistes de rock, mais au contraire des natifs de Welwyn Garden City, tous ne le leur rendent pas. A ce titre, l'énergie du trio est on ne peut plus communicatrice, et fait de ce concert un délire de célébration à recommander à tous les dépressifs.

 

 

The Subways

Orangerie du Botanique, Bruxelles

Samedi 15 octobre 2011


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