09/12/2012

Paul Kalkbrenner - Guten Tag

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C’est en 2008 que Paul Kalkbrenner se fait connaître de par le monde, en composant la B.O. de Berlin Calling, une comédie dramatique racontant l’évolution d’un DJ coincé entre travail, vie amoureuse, prise de drogues et hôpital psychiatrique. Ce n’est pas tant la B.O. entière qui booste sa notoriété, ni même le fait d’incarner le personnage principal. Cette popularité soudaine se déclenche grâce à un seul tube, Sky and Sand, qui à ce jour demeure son unique single. De fait, les albums de ‘pk’ ressemblent davantage à des voyages plutôt qu’à une suite de hits estampillés « oh ça ça fait un gros carton dans les clubs en c’moment madame ! ».

 

La musique de Kalkbrenner emprunte quelques signatures bien typiques de l’electro allemande, notamment ces versants répétitif et industriel. Mais elle se distingue aussi  par la recherche d’un équilibre entre quantité de sons et efficacité. On est loin du minimalisme (souvent) silencieux d’un James Blake, mais sans en charger des tonnes sur la platine, le natif de Leipzig parvient à nous emmener suffisamment loin. Tout simplement en dosant ses sons pour créer une ambiance voluptueuse, ou en posant le bon beat au bon endroit pour envoler la mixture après de délicieux moments d’expectative. Ainsi se déroule Guten Tag, son huitième album, entre sulfureuses montées, planantes apogées, et douces redescentes. Le tout en n’allant jamais trop vite, afin de nous laisser savourer chaque seconde.

 


Paul Kalkbrenner

Guten Tag

Tarif : 7/10

 


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Das Gezabel


04/12/2012

Poliça - Give You The Ghost

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Il est des sons qui n’ont besoin que de quelques secondes pour vous clouer au fauteuil. Celui de Poliça en fait partie. Et je ne suis pas le seul à le dire, puisque leur premier album Give You The Ghost a mis les critiques d’outre-Atlantique en extase. Justin Vernon, leader de Bon Iver, dit d’eux qu’ils sont le meilleur groupe au monde. Ils  sont également encensés par Jay-Z, qui sait parfois reconnaître la bonne musique, à défaut d’en faire.

 

Ce quintet de Minneapolis débarque cette année avec une electropop très séduisante, dont il est difficile de deviner précisément l’une ou l’autre influence. Poliça, c’est avant tout une voix, celle de Channy Leaneagh, haute et nappée d’écho, dont le charme nous avale dès les premières notes. Mais leurs mélodies, à placer dans le registre de l’electronica, possèdent elles-mêmes un fort potentiel ensorcelant. Give You The Ghost se développe ainsi dans un style unique, à la fois fort et doux, un peu comme une couette si confortable qu’il est difficile de s’en extirper. On peut simplement pointer du doigt la couche d’effets dont la musique est teintée, l’émotion n’étant jamais aussi belle que lorsqu’elle est naturelle. Cette émotion reposant avant tout sur cette voix si particulière, on peut également craindre une légère lassitude après les premières chansons. Libre à vous d’en faire l’expérience, ce que je vous conseille vivement, car Give You The Ghost est un de ces albums qui ouvre de nouvelles perspectives, lorsqu’on pense avoir tout entendu.


Poliça

Give You The Ghost

Tarif : 7.5/10


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Lay Your Cards Out

Dark Star

 

27/11/2012

Bretón - Other People's Problems

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Hé non, il ne s’agit pas du nouvel album de Nolwenn Leroy ! Bretón est un groupe bien anglais, comme son nom ne l’indique pas, dont le style à mille et une facettes a de quoi surprendre. Que ceux qui aiment coller des étiquettes préparent leur tipp-ex !

 

La première partie d’Other people’s problems est clairement orientée vers le Hip Hop - sans toutefois suivre les traces de Manau, au contraire de la chanteuse précitée. Les percussions sèches et samplées, la rythmique carrée et emballante, donnent à la musicalité une tournure bien urbaine.  Les riffs de harpe et de violons apportent quant à eux une touche émotive non fournie par un chant fort brouillé, mais non brouillon, puisque cet effet vient peaufiner le style. A partir de la quatrième plage, l’album prend un virage pop rock assez inattendu. La batterie reprend forme et les guitares gagnent les premiers rangs. La base électronique demeure, ainsi que son niveau de saturation, et les petites notes lyriques qui l’accompagnent. L’album se resitue alors dans le registre, riche et varié, d’un groupe comme We Have Band. Il va même plus loin puisque sur la huitième plage, la dubstep fait son apparition, sur un beat rythmé par des congas. Jusqu’au dernier, les titres suivants ont tous leur propre style, si bien qu’on a davantage l’impression d’avoir affaire à une compilation, plutôt qu’à l’album d’un seul groupe.

 

Other people’s problems adopte un concept musical de poupées russes, où chaque chanson qui arrive réserve sa propre surprise. Mais l’originalité amène le défaut qu’à vouloir toucher à tout, les Londoniens de Bretón n’excellent réellement dans rien. C’est donc un album qui remue la tête et les pieds, sans se révéler révolutionnaire.

 


Bretón

Other People's Problems

Tarif : 6,5/10



Ecoutez:

Edward The Confessor


26/11/2012

Alabama Shakes - Boys & Girls

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Je suis parfois lassé des radios qui ne diffusent que des chansons du siècle dernier, des titres usés, estampillés « AAD », auxquels il ne manque que le bruit du sillon. Des chansons qui m’ont fait découvrir la musique, mais qui tels des promenades d’enfant maintes et maintes fois parcourues, ne m’émeuvent plus davantage aujourd’hui. Ce ne sont pas ces chansons que je ne supporte pas, loin de là. C’est surtout la pensée, implicitement partagée par certains, que l’histoire de la musique s’est arrêtée en 1994, voire en 1980 pour certains. Et que rien de ce qui s’est fait depuis ne peut avoir d’intérêt. Malgré cela, aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai apprécié le premier album d’Alabama Shakes.

 

Avec Boys & Girls, ces sudistes nous extirpent du 3e millénaire, pour nous replonger en pleine période seventies. Leur rock, à la limite du low-fi et aussi ensoleillé qu’une plaine de festival, se compose d’un rythme entre retenue et jovialité, de guitares mordantes et mélodiques, et d’une voix féminine étrangement peu éloignée de Robert Plant ou Jack White. Et surtout, leur musique s’absout de toute trace de fioriture ou d’artifice. Ce n’est pas un style bien arrêté qui empêche cet album de varier les humeurs, si bien qu’on y plonge entièrement même si l’on pense déjà avoir tout entendu. Les membres d'Alabama Shakes n’ont certes pas inventé ce style, mais ils le revisitent avec brio.



Alabama Shakes

Boys & Girls

Tarif : 7/10

 


Ecoutez:

Hold on

19/11/2012

Birdpen - Global Lows

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Dave Penney est un artiste à la carrière atypique. Chanteur d’Archive, collectif référence du rock progressif anglais depuis plus de dix ans, il est aussi le leader de la formation Birdpen, dont la renommée est bien plus timide. Dans les faits, Dave « Pen » fonde Birdpen en 2003 avec son compère Mike Bird - « Bird » et « Pen » qui fondent « Birdpen », admirez la subtilité. Ce n’est qu’un an plus tard qu’il est invité à devenir membre perpétuel d’Archive. Aujourd’hui, il alterne les tournées avec l’un puis l’autre, pouvant ainsi jouer un soir au « Belvédère » de Namur devant une petite centaine de personnes, et deux mois plus tard, assurer la tête d’affiche de « Rock en Seine » devant des milliers de festivaliers.

 

Si on ne présente plus Archive, il est toujours utile de parler de Birdpen, tant ces derniers taquinent qualitativement les premiers. A l’oreille, les similitudes sont flagrantes ; la voix est bien sûr identique, mais les deux formations occupent également la même case musicale, celle d’un rock alternatif intense et surprenant, influencé par Pink Floyd et Massive Attack. Birdpen se distingue néanmoins par une moindre présence de sons et effets électroniques, mais globalement, il n’y a aucune raison d’apprécier l’un et pas l’autre. Il est même fort probable que sous un label plus imposant, le groupe fondé par Penney remplirait les mêmes salles que celui dont il n’est « que » l’invité permanent. Mais est-ce réellement le but recherché ? On peut en douter.

 

Avec Global Lows, Penney et son groupe « shadow » confirment les excellentes impressions laissées il y a trois ans par le très encourageant « On Off Safety Danger ». Intense et tourmenté, ce second opus se pose entre rock et post rock, gardant l’accessibilité du premier, et gagnant la profondeur du second. Les mélodies sont poignantes et accrocheuses, et de légères doses de minimalisme y sont efficacement distillées. Et dans ce contexte où le risque est grand de plonger dans l’excès de sanglots ou d’hurlements, la voix de Dave Pen se pose divinement sur sa musique. Il y a de ces chansons dont le trouble nous attache véritablement au fauteuil, comme « Saver Destroyer », ou le splendide « Nature Regulate ». D’autres comme « Sorrow », et son intro aux violons, ont davantage une saveur de pop rock mélo. Mais quelque soit son genre, chaque titre s’accroche aux tympans, et ne s’en détache que très difficilement.


On a rarement vu un deuxième album aussi bon, succéder à un premier qui déjà, atteignait un certain niveau. On a rarement vu un groupe aussi talentueux se contenter d’une popularité si légère. Ils seront de passage chez nous en cette fin d’année, à Bruxelles le 20/12 et à Liège (Chênée) le 21/12. Je ne saurais vraiment trop vous conseiller d’aller les voir.  

 


Birdpen

Global lows

Tarif : 8.5/10


 

Ecoutez :

Nature Regulate

Saver Destroyer

Sorrow


01/11/2012

Suivez le fil : Disappears, Alt-J, Isbells


Disappears – Pre Language

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Quatuor formé à Chicago en 2008, Disappears propose un rock en noir et blanc proche du punk de la grande époque. Clairement influencé par l’œuvre de Sonic Youth, leur dernier album Pre Language balance un rock des plus purs, sans artifice et chargé de tension. Tous les ingrédients du style sont présents, du rythme carré aux guitares saturées qui s’affolent sur les refrains, en passant par un chant caverneux, par moments proche de celui d’Iggy Pop. Alors certes, tout cela n’est pas neuf, et manque même cruellement d’originalité. Mais ça ne manque pas d’adrénaline et, bordel, qu’est-ce que ça fait du bien parfois !


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Replicate




Alt-J – An Awesome Wave

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Nous sommes en 2012 et nous croyons avoir tout entendu. C’est sans compter sur ce premier album d’Alt-J, groupe formé à Leeds qui a méritoirement gagné son rang parmi les révélations de l’année, grâce à son style hybride très original. Quand on y prête une première oreille, le son Alt-J paraît poussiéreux, avec ses percussions industrielles et son clavier résonnant, digne d’un vieux piano bar. La surprise vient d’un chant et d’harmonies de voix élevées, tendant vers le blues folks américain, et dont les passages a capella sont savoureux. Ajoutez une basse et une guitare, et quelques sonorités électroniques tantôt claires, tantôt saturées, et vous obtenez un mélange unique en son genre.  An Awesome Wave, l’album qui illustre ce style détonnant, est une très bonne surprise, voire une petite bombe, qui ne trempe ni dans la monotonie, ni dans le « déjà entendu ».


Tarif : 7/10

Ecoutez : Breezeblocks



Isbells – Stoalin’

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A l’écoute de cet album, on se sent transporté vers certaines contrées d’outre-Atlantique, comme si le mouvement folk indé était propre au Wisconsin ou à l’état de Washington. Leader de la formation Isbells, Gaëtan Vandewoude provient de notre plat-pays. Son groupe et lui nous offrent un second album poignant et intriguant à la fois, d’une patte mélo-acoustique flottant quelque part entre Bon Iver et les Fleet Foxes. Stoalin’ n’a d’ailleurs pas grand-chose à envier à ces grandes références. Son éclatante quiétude, sa variété instrumentale, ses entêtantes harmonies vocales, et ses quelques mesures d’arpèges intimistes qui imposent le silence, font de ce disque une véritable pépite. Allez Gaëtan, enfile une chemise à carreaux trop grande et laisse-toi pousser la barbe davantage, tu n’es qu’à quelques centimètres d’une carrière internationale !


Tarif : 8/10

Ecoutez : Heading For The New Born 

13/10/2012

Chairlift - Something

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Chairlift est un duo originaire du Colorado, aujourd’hui basé à Brooklyn, formé de Caroline Polachek et Patrick Wimberly. Vraisemblablement, ces noms ne vous rappelleront rien. Mais je me permets de les citer, car ils ne passeront peut-être pas à la postérité.

 

Something ne commence pourtant pas trop mal. On pense d’abord avoir affaire à de la synthpop des plus classiques, une sorte d’ersatz de La Roux, dénué de mélodie meurtrière, surmonté d’une voix jumelle de celle de Imogen Heap. Ensuite surgissent de derrière les beats des sons assez atypiques : guitares synthétiques saturées, ou  percussions qui ressemblent à des bris de vaisselle électronisés. Les lignes de basse donnent une certaine consistance aux mélodies, orientant le style vers la New New Wave. A ce moment, soit dans les deux premières plages, on apprécie. Mais ensuite, c’est le drame. Le disque plonge vers de la flasque pop music, version Japanese Boy d’Aneka, où la voix a beaucoup plus de volume que les mélodies.  Sans détailler davantage la forte odeur de réchauffé qui en émane. Dès lors, ce disque n’a plus que le mérite d’être sympathique. Et même s’il relève quelque peu la tête quelques titres plus tard, il ne casse vraiment pas la baraque dans son ensemble.   

 


Chairlift

Something

Tarif : 4/10



Ecoutez :

Amanaemonesia