08/12/2011

The Drums - Portamento

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Il faut battre le fer tant qu'il est chaud. Cet adage, les Drums l'ont parfaitement compris, en sortant un second album studio à peine plus d'un an après le premier. Bonne politique, puisque malgré leur fougue, le fer de ces fringants New-Yorkais risque de se refroidir très rapidement.

 

Ceux qui auront été conquis par leur premier album éponyme retrouveront sur Portamento un style identique de rock rétro et insouciant, qui prend cette fois une tournure un tantinet plus grise. Musicalement, la recette ne change pas d'un poil ; la batterie distille un rythme vif, d'ailleurs on s'interroge sur les raisons de sa présence, car pour abattre un boulot aussi carré, une boîte à rythme conviendrait parfaitement. Par dessus les percussions, la basse est discrète, et les guitares taquinent toujours autant. Là où ce disque évolue, si ce verbe peut être appliqué, c'est au niveau vocal. Le chanteur Jonathan Pierce ne se contente plus de simplement "poser" sa voix sur les mélodies... et c'est bien dommage. A présent, on peine à distinguer les réels instants de chant des tirades plaintives, parfois dignes de gémissements d'un chipmunk en pleine puberté.

 

La constance musicale qui existe d'un album à l'autre reste valable pour l'entièreté de ce nouvel opus. De la plage d'ouverture, certes non dénuée de charme, à celle de clôture, nul besoin d'avoir l'oreille musicale pour s'apercevoir que d'un titre à l'autre, rien ne change réellement. Il y a bien l'une ou l'autre nuance, légère, mais il ne suffit pas de mettre une rondelle de carotte dans une marmite de bouillon pour en faire un velouté aux légumes. Et donc, la lassitude s'installe bien avant la douzième assiette.

 

D'accord, tout n'est pas fade sur cet album. Et ne crachons pas dans la ... soupe, on avait adoré découvrir les Drums avec "Let's go surfing", il y a deux ans. Mais Portamento est bien plus nuageux que cet unique tube-là, que ce soit dans ce style inaltérable, ce chant corrompu par tant de jérémiades, ou ce déroulement digne du programme TV du dimanche après-midi. Ce second album ressemble déjà à un début de fin pour une formation qui, au-delà de sa jeunesse et ses qualités intrinsèques, semble aujoud'hui plus que jamais devoir son succès au fait de s'être trouvé au bon endroit, au bon moment. Et qui, en se contentant de réciter sa leçon par coeur, ne nous émeut plus. Dans tous les cas, il restera "Let's go surfing".

 

 

The Drums

Portamento

Tarif : 4/10

 

 

Ecoutez:

Book of Revelation

Money

01/12/2011

Death Cab for Cutie - Codes and Keys

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Plus allusif qu'il n'y paraît, ce gros plan de hashtag dissimule le 7e album du quatuor américain Death Cab for Cutie. Le bien nommé Codes and Keys porte à sept le nombre d'albums studio de la bande à Ben Gibbard, ce qui représente une moyenne plus qu'honorable d'un album tous les deux ans, depuis leurs débuts en 1998. Bien nommé parce que, confectionné à partir d'instruments typiques du rock alternatif, il respecte bien les codes de ce style. Utilisées avec une certaine parcimonie, les guitares apportent toutefois la force nécessaire aux mélodies qu'elles accompagnent. Pour le reste, nous avons du violon, du piano, et bien sûr, une voix et des percussions. Tout ce qu'il y a de plus classique.



La recette est connue, et pourtant, le résultat est très abouti. De "Home is a fire" au single "You are a tourist", les cinq premières places sont sacrément addictives. Les mélodies sont fraîches, réjouissantes, et même si les rythmes s'alternent, elles ne se délogent pas de l'oreille, titillant parfois plus en profondeur. La voix douce et affective de Gibbard peaufine ce sentiment de gaité, plus mesuré par moments, mais stimulant du début à la fin. Au bout du compte, l'album prend la forme d'un répertoire de chansons évocatrices d'une certaine nostalgie. Une légère impression de déjà-entendu, qui ne fait pas le poids face à la puissance émotionnelle dégagée. A priori peu singulier, "Codes and keys" est en fait une très agréable surprise.

 

 

 

Death Cab for Cutie

Codes and Keys

Tarif: 7.5/10



Ecoutez:

You are a tourist

Stay young, go dancing


16/11/2011

Florence + The Machine - Ceremonials

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En 2009, l'anglaise Florence Welsh se faisait connaître grâce à "lungs", un premier album réussi, et caractérisé par une forte vitalité musicale. Dans la même lignée, le second opus "Ceremonials" porte on ne peut mieux son nom.


On y retrouve cette orchestration pop rock complète et chatoyante, menée par cette voix solennelle, gonflée de motivation et gage d'une personnalité charismatique. Comme vecteur d'émotions, la musique proposée correspond véritablement à ce que serait une comédie musicale de bon goût (si toutefois ce concept est envisageable). A la manière d'un Patrick Wolf, Florence donne à ses chansons une prestance de poids, et si l'uniformité du style peut faire craindre une certaine lassitude, la puissance de chaque titre fait qu'il n'en est rien. Pas encore tout du moins ; la demoiselle a trouvé son chemin, espérons que celui-ci ne devienne pas un simple filon. Mais en attendant la suite de ses aventures, on réécoutera "Ceremonials" avec beaucoup de plaisir.



Florence and The Machine

Ceremonials

Tarif : 7/10



Ecoutez:

Only if for a night

Shake it out


Feist - Metals

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Quatre ans après le fringuant "The Reminder", Leslie Feist revient avec un album plus meurtri. Sur "Metals", les chansons s'éloignent radicalement de la tendresse de "1 2 3 4" et de la fougue amoureuse de "My moon my man".


Il est peu aisé de faire du triste sans sombrer dans le dépressif, et à ce titre, la Canadienne mérite bien l'ovation des critiques à son égard. Les ingrédients musicaux sont des classiques du style indie : guitares, piano et violons, dont on perçoit parfois le pincement des cordes. Ajoutons des percussions multiples, parfaitement dosées sur chaque titre, afin de ne pas dissiper la brume. Et par dessus l'ensemble, une voix toujours si éclatante, qui s'adapte aussi bien à la gaité qu'à la mélancolie. Le rythme carré et alangui, parfois pesant, contribue à lui greffer cette ambiance sombre et intimiste. Le résultat est un album qui baigne dans une délicieuse morosité. "Metals" est un disque accompli, qui touche par la beauté de son contenu.


Feist

Metals

Tarif : 7.5/10

 

 

Ecoutez:

Caught a long wind.

How come you never go there.

03/11/2011

Suivez le fil

Sur la - longue - liste d'albums qu'il me reste à écouter cette année, j'en ai retirés trois. Les deux premiers sont sortis le mois dernier, le troisième il y a un peu plus longtemps... so what, je n'ai que deux oreilles, et 24h par jour, comme tout le monde.


Dum Dum Girls - Only in dreams

dum dum girls,noel gallagher,foster the people,only in dreams,high flying birds,torchesOn ne change pas une recette qui marche, et ces Californiennes l'ont bien compris. Second album du quatuor à courte jupe, "Only in dreams" ne contient rien d'autre que du rock pur, au rythme lourd et inamovible, tellement inamovible qu'il n'a pas bougé d'un poil depuis le premier album. Ce qui change, c'est la clarté du son ; exit le low-fi qui faisait le charme du premier opus I Will Be. La voix de Dee Dee prend de l'envergure, et son timbre donne à ce 2e album un petit parfum de Pretenders. Le spectre de Chryssie Hynde est d'ailleurs présent tout au long du disque. Plus globalement, les chansons se suivent et se ressemblent, mais les mélodies ont ce petit quelque chose d'addictif qui nous secoue la nuque et nous font volontiers taper du pied. Le son des guitares est authentique, et nous ramène tout droit vers le 20e siècle. Pour la révolution, on repassera, mais pour passer un bon moment de rock, "Only in dreams" répond présent.

 

Tarif: 6.5/10

Ecoutez : Coming down



Noel Gallagher's High Flying Birds

dum dum girls,noel gallagher,foster the people,only in dreams,high flying birds,torchesIl y a un peu plus d'un an, l'ainé de la fratrie Gallagher se faisait jeter comme un malpropre du groupe qui l'avait fait connaître. Après qu'Oasis sans lui soit devenu Beady Eye, Noel lance son premier opus solo, et reste dans la lignée de ce qu'il a toujours fait de mieux. Les mélodies britpop et les paroles faciles témoignent que les High Flying Birds n'ont pas migré depuis la séparation, à un point tel que cet album pourrait passer pour une compilation de morceaux cachés d'Oasis. Mais qu'il soit nostalgique ou fainéant, que son sens de la créativité soit plus ou limité, Noel est très doué dans ce qu'il fait. Et ceci dit, en toute objectivité, ou pas, sa voix claire est bien plus digeste que celle de son nasillard de frère. Cet album manque d'inventivité, mais ne sonne pourtant pas comme la fin d'un souffle, et si l'on a l'impression d'avoir déjà tout entendu, on l'écoute tout de même avec plaisir. Jusqu'au bout. Et plusieurs fois.


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : If I had a gun



Foster the People - Torches

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Groupe masculin dont la voix peut faire porter un doute, Foster the People se place dans la lignée des MGMT et autres Empire of the Sun. Leur electro pop enjouée est construite sur une multitude de sons balancés entre mysticisme, organique et jovialité. Le style possède son charme, mais ne parvient pas à se détacher de ce qui existe déjà dans le genre. Au contraire, les pistes sont souvent préjudiciées par cette voix de transformiste, qui rappellera aux fans de compils "années 80" déstockées des noms comme Big Fun ou Brothers Johnson. Cet aspect vocal ralentit l'élan, fait pâlir la puissance instrumentale, et n'est réellement appréciable que sur les refrains... où les harmonies semblent véritablement calquées sur Oracular Spectacular. Musicalement, on évolue dans un registre très gai, et à écouter le réussi Pumped Up Kids, on regrette que le trio n'ait pas persévéré dans la profondeur. Car hormis celui-là, peu de titres sortent du lot.


Tarif : 4/10

Ecoutez : Pumped up kids


01/11/2011

Justice - Audio Video Disco

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Les Français de Justice nous avaient laissé sur un premier album coup de poing. Nous étaient aussi parvenus les échos de leur tournée mondiale, relatée sur un DVD en forme de documentaire vivant et non censuré. Leur périple n'avait vraiment rien de pieux, et face à tant de jouissance et de décibels, on pouvait se demander si ces ambassadeurs de la french touch pourraient relever le défi du second album sans se casser les dents.



Plus profond qu'il n'y parait, ce second opus révèle les premières influences des pensionnaires d'Ed Banger : un bon vieux Hard Rock old school, pas forcément agressif, avec des basses persuasives, des guitares très présentes, des breaks au charleston, et quelques parties vocales hautes. Ce n'est pas pour rien si le duo tire en réalité son nom d'un album de Metallica : "And Justice for all". Et ici, cette recette revival est électronisée à la moulinette de ces robots junkies. Comme sur "Cross" , l'ensemble respecte une palette de sons bien définie, de façon à explorer un style plutôt que de partir dans plusieurs directions.



Audio Video Disco est pourtant très différent de son prédécesseur. On passe d'un electro rock excentrique à du rock electro plus calme. Diffusé il y a peu sur les ondes, le premier extrait homonyme laissait présager un résultat plus explosif. Le petit nouveau alterne bien les rythmes, arpente quelques montées en puissance, mais il semble se retenir d'atteindre une forme d'apothéose avant la plage titulaire, qui termine l'écoute. C'est un autre style, dans lequel beaucoup de fans d'électro pur et dur ne se retrouveront pas. Mais reconnaissons à cet album d'éclatantes qualités. Certes plus lisse, il semble également plus personnel, sorte de matérialisation de la griffe du groupe. Si l'un ou l'autre titre sont empreints de mélodies peut-être trop élémentaires et répétitives, l'ensemble reste difficilement prévisible. La dominance rock peut parfois pencher vers le pop, voire se teinter de funk. Bref, cette nouvelle tournure est surprenante, mais tout à fait digeste. Audio Video Disco est un disque musicalement relevé et original.



Justice

Audio Video Disco

Tarif: 7/10



Ecoutez:

Civilization

On'n'On

Audio Video Disco


24/10/2011

Camille - ilo veyou

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A trois ans près, je partage avec Camille une date d'anniversaire commune. Les comparaisons s'arrêtent là. Et ce n'est en rien la raison pour laquelle son talent ne me laisse pas insensible.

 

Au sein de la nouvelle scène française, la Parisienne dénote totalement. On est loin du chanteur à belle gueule, guitare à la main et chapeau sur le côté, qui récite des textes empestant le parfum bon marché, sur d'invariables accords de fumiste. Les créations de Camille, dont, cela dit au passage, c'est le vrai prénom, partent dans tous les sens. A ce point qu'il est difficile de lui coller l'une ou l'autre étiquette. Tantôt lyrique, tantôt jazzy, son style très personnel s'accompagne toujours d'un grain de folie, qui au milieu de son inspiration, rend floues les proportions de calcul et d'improvisation. Toute tentative de parler de son oeuvre de façon cartésienne en devient subjective, et si peu de spécialistes se risquent à la critiquer, c'est sans doute parce que ça les dépasse totalement.

 

Au "sac des filles", un premier album discret et conventionnel, succédait en 2005 "Le fil", un album conceptuel entièrement construit sur une note bourdon, le "si", et dont la musicalité reposait sur des bruits de bouche et des harmonies vocales. Il permit au grand public de découvrir un talent débridé, ainsi qu'une voix aussi impressionnante qu'imprévisible. Derrière un micro, Camille manie avec autant d'habileté le chant et la déclamation, la douceur et l'hystérie. Trois ans plus tard, l'artiste déjantée revenait avec "Music Hole", un disque entièrement écrit en anglais. Une façon d'étendre son art indomptable à de nouveaux territoires.

 

En cet automne 2011, la brune est de retour, tenant dans les bras son nouveau-né, "Ilo veyou", de son aveu inspiré par sa récente maternité. De la précédente Camille, on retrouve cette voix à multiples facettes. Douce dans la mélancolie, poignante dans l'intensité, espiègle dans le décalage, et sensuelle dans les respirations, lorsqu'elle se contente de réciter un texte, comme sur "Aujourd'hui", la plage d'introduction. Cela étant dit, je me risque maintenant à poser un bémol à son propos.

 

Dispersé entre décalage, poésie, et réelle profondeur, "ilo veyou" est bien représentatif de son auteure. Sur "Le fil", déjà, Camille parsemait la playlist de quelques titres volontairement minimalistes. Histoire peut-être de marquer une pause, ou d'étendre son interprétation au-delà du concordat musical, afin de lui greffer une certaine esquisse théâtrale. Trouvant parfaitement leur place au sein d'un ensemble harmonique, ces chansons étaient dénuées de pertinence une fois sorties de ce contexte propice. Autrement dit : les isoler du reste de l'album n'aurait eu guère de sens, et encore moins d'intérêt. Là où le bas blesse sur "ilo veyou", c'est que ces chansons grignotent la majeure partie de l'écoute, jusqu'à en devenir elles-mêmes le contexte. En guise de démonstration, seuls 5 titres sur les 15 dépassent les 3 minutes. Sans parler du contenu orchestral, se limitant souvent à un simple instrument, où à la seule voix de l'interprète. En conséquence, la musicalité perd en consistance, et l'excitation de la surprise se tarit d'une chanson à l'autre. Cette carence passe relativement inaperçue, puisque le décor et les différents actes sont formidablement installés. Des chansons, comme "L'étourderie" ou "My man is married but not to me" sont réellement enjôleuses, et d'autres commes "Wet boy" ou "Le berger", sont émotionnellement saisissantes. Mais généralement, les mélodies apparaissent trop sages, comme altérées par une excessive lisseur. Et la variation de style d'un titre à l'autre rend l'album inégal, et condamne l'auditeur frustré à ne pouvoir s'y prélasser comme il le souhaiterait.

 

Loin de moi l'envie de dénigrer son talent hors pair. Mais cette fois, le cheminement artistique de Camille m'est apparu comme trop libre d'un aspect musical quelconque. "Ilo veyou" m'a certes ému par moments, mais ne m'a pas subjugué.

 

 

Camille

ilo veyou

Tarif : 6.5/10

 

 

Ecoutez :

L'étourderie

Le berger