16/05/2011

TV on the Radio - Nine types of light

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Depuis cinq albums, cette bande de New-Yorkais aux influences diverses nous fait nager dans l'éclectisme. Définir précisément leur style de musique relève d'une préparation au bac philo. Trop posé pour le catalogue rock, trop aéré que pour s'assimiler au trip hop, trop lent pour le funk même si par moments, on devine un groove latent. C'est un style propre, alternatif, oscillant entre tous les mouvements précités.

 

Dernier opus en date, Nine types of light possède les traits de la famille. On reconnait cette douce griffe, ces mélodies planantes, cette voix clean qui se fond parfaitement sur un décor musical particulièrement accompli. Parfois trop paisible, ce fil pourrait mener à l'ennui, si chaque chanson à venir ne renouvelait pas la précédente. On sent néanmoins une retenue, qui empêche l'ensemble de nous prendre par les tripes.

 

 

TV on the Radio

Nine types of light

Tarif: 6.5/10

 

 

Ecoutez:

Keep your heart

Will do

15/05/2011

The Vaccines - What did you expect from the Vaccines ?

Vaccines

 

Derrière cette pochette de CD au look de 33 tours se cache la nouvelle sensation du rock anglais, les Vaccines, un groupe formé en 2010 par des fans du rock à travers les époques.

Si la sensation est nouvelle, le contenu ne l'est malheureusement pas, et à la question "What did you expect from the Vaccines ?", on a envie de répondre : une forte dose d'originalité. Les Londoniens regroupent leurs multiples influences en un style simple, catchy, mais uniforme, basé sur une batterie carrée et une guitare chargée d'écho. Sur la carte du rock, on ne se trouve pas loin des Strokes, et à mi-chemin entre The Drums et Interpol. Rien sur cet album ne dépasse toutefois le niveau de ces groupes que les Vaccines copient, ou à qui ils rendent hommage, selon l'opinion de chacun.

Ne noircissons pas le tableau outre mesure ; les mélodies sont plaisantes, donnent bien envie de se dandiner, et les refrains se logent très facilement au creux de l'oreille. Mais émotionnellement, l'ensemble apparaît trop neutre. En témoigne la voix du chanteur Justin Young, semblable à une copie bon marché de celle de Paul Banks. Froide, imperturbable, et dont l'aspect linéaire peut agacer au bout de quelques chansons. Peut-être est-ce d'ailleurs une des raisons pour lesquelles l'album ne dure que 38 minutes...

Hormis ces quelques désagréments, "What did you expect from the Vaccines ?"  contient l'un ou l'autre titre avenant, de ceux que l'on place volontiers au sein de compils rock perso. C'est l'exemple type de l'album "sympatoche", sûrement pas affligeant, mais loin de révolutionner le rock.

 

 

The Vaccines

What did you expect from the Vaccines ?

Tarif: 6/10

 

 

Ecoutez:

Wetsuit

Post break-up sex


05/05/2011

Sexy Sushi - Cyril

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Voilà un nom parfait pour aliéner les personnes souffrant de dyslalie...

 

Duo à la fois français et francophone, les Sexy Sushi sont issus d'une nouvelle vague d'artistes de l'hexagone dont personne, ou presque, ne parle. Aucune radio ne les diffuse, et vous ne les verrez jamais à la télé, si ce n'est de temps à autre sur "Tracks", merveilleuse émission d'Arte que je ne puis trop vous conseiller. La cause de ce bannissement ? Sans aucun doute la nature de leur musique. De l'électro garage, accessible techniquement ou orchestralement, sur laquelle la chanteuse Rebecca Warrior pose, dans la langue de Molière, des textes à la fois simples et forts. Des textes sans aucune retenue sur le fond, et très spontanés sur la forme, sans toutefois jamais tomber dans la vulgarité facile. Des textes qu'on devine écrits sur un coup de tête, abordant des sujets de société d'un oeil cynique et parfois provocateur.

 

Ainsi, la griffe Sexy Sushi dépeint un style oscillant entre légèreté et profondeur, entre folie et raison, qui emprunte à l'électropunk ce côté puissant, purgatif et instantané. Elle brandit un panneau anti-standard, ne cherchant (surtout) pas à plaire à la ménagère de moins de 50 ans, ou peu importe son âge. Un rejet de la soupe médiatique clairement exprimé dans le culotté "Meurs meurs Jean-Pierre Pernault", titre que l'on ne peut que trouver énorme, même si on n'a personnellement rien contre l'indécrottable présentateur du JT de TF1. On pourrait croire ce groupe issu d'une private joke s'étant terminée sur CD à la suite de circonstances hasardeuses. Hypothèse remise en cause, apprenant que Rebecca, de son vrai nom Julia Lanoë, est diplômée des Beaux-Arts, et n'en est pas à son premier essai musical. Mais soit ; qu'il soit je-m'en-foutiste ou finement calculé, l'anarchisme musical proposé par les Sexy Sushi est tout simplement jouissif.

 

Sexy Sushi

Tarif: 7/10

 

Ecoutez:

Marin

Meurs meurs Jean-Pierre Pernault

Love les tartes

 

30/04/2011

The Subs - Decontrol

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Il n'a fallu qu'un album aux Subs pour devenir un des bands les plus plébiscités du mouvement electropunk. Pour ce trio déjanté, originaire du nord de la Belgique, est venue l'heure de la confirmation.

 

Sur scène, les Subs offrent une prestation explosive, où cris et basses déclenchent un orage d'adrénaline au dessus des têtes. Figure peinturlurée, vêtu de façon excentrique, le leader "vocaliste" Papillon invective le public, grimpe sur les baffles, escalade les balcons, et marche sur ce même public comme Criss Angel sur l'eau. Ce type est un frappadingue hypéractif. Cette intarissable énergie, déployée pour faire de chaque concert une liesse, est peu évidente à retranscrire sur support laser. De ce côté, si le premier album ne lissait paraître de décalage manifeste, Decontrol dégage une atmosphère bien moins ardente qu'un live.

 

Il s'ouvre sur un single bien conventionnel pour de l'électro rock, duquel émanent des relents de Simian Mobile Disco. La suite, c'est une succession de titres dans un pur style House, où le groupe fait montre de beaucoup d'imagination, en alternant les rythmes et les sons. A certains moments, ce nouvel opus nous parachute en plein festival, et on en sentirait presque la typique humidité ambiante sur le front. A d'autres, il ricoche près du sol, s'assimilant dangereusement à une compil Serious Beats perdue quelque part dans les années 90/2000. Dans l'ensemble, on regrette l'absence de l'un ou l'autre titre véritablement purgatif, de ceux qui, comme sur leur première galette, nous donnaient l'impression d'être secoué de haut en bas comme une boule de flipper - cette allusion à Corinne Charby étant totalement impromptue, puisqu'aucunement contextuelle.

 

A propos de contexte, celui qui glisse un CD des Subs sur sa platine sait très bien ce qu'il attend... et ce qui l'attend. Une séance d'éclate pure et simple, à l'ouest du quotidien et de son frigo à remplir, ses pneus été à chausser et son prix du tabac qui augmente. C'est pourquoi, avant toute chose, Decontrol s'écoute sans réfléchir. Et là, on peut dire que c'est carrément bon, quitte à décrédibiliser la présente chronique.

 

The Subs

Decontrol

Tarif: 6.5/10

 

Ecoutez:

The face of the planet

The hype

 

21/04/2011

The Human League - Credo

human league,credo

 

Il y a de ces groupes qu'on croyait inactifs depuis 25 ans, ou tout simplement dissous. Des noms indécrottables de leur époque lointaine. Puis un beau jour, tout en flânant parmi les étals du disquaire, on les aperçoit sur une pochette, dans le rayon des nouveautés. Une première question bondit tel un réflexe : "Est-ce le même groupe ?". Affirmatif. "Alors ils ne sont pas morts avant l'invention du CD ??". Négatif.

 

Human League a connu son heure de gloire au début des années 80, lorsque leur tube "Don't you want me" perça le plafond des charts. Trente ans plus tard, le groupe marche toujours, même s'il ne court plus après cet ancestral succès populaire. Et pour cause, leur statut de référence de la scène synthpop, et la reconnaissance dont bénéficie chaque nouvel album, suffit à leur bonheur.

 

Dès les premières notes de Credo, la griffe Human League saute aux oreilles. C'est un son électropop plaisant, formant des mélodies robotiques, à la structure relativement peu complexe. Un tableau bien typique de la période New Wave, même si ici, l'ensemble parait étonnamment frais. En modelant de la musique digitale facile et inamovible, la formation de Sheffield parvient à lui donner un aspect intemporel.  Toutefois, et ceci est un avis personnel, lorsqu'il est trainé en longueur, le style Human League se voit limité par sa partie vocale. Malgré certains arrangements, le timbre de Philip Oakey varie à peine d'un titre à l'autre, et sa tonalité solennelle constrate avec la légèreté des mélodies. Les deux ne collent pas à tout instant, et ce paradoxe peut parfois déteindre sur l'harmonie d'ensemble. On est encore très loin d'un discours de Martin Luther King sur un fond de Patrick Sébastien, mais tout de même.

 

Si Credo s'orne de l'une ou l'autre chanson très chouette, comme "Egomaniac", certaines ("Single Minded") sont légèrement plus blafardes, et d'autres ("Night People") carrément énervantes. Le disque comblera néanmoins les fans du groupe, et plaira également à l'ensemble des amateurs de synthpop.

 

 

The Human League

Credo

Tarif: 6.5/10

 

Ecoutez:

Never let me go

Egomaniac

 

Redécouvrez:

Don't you want me (1982)

Human (1986)

Tell me when (1995)


16/04/2011

Peter, Bjorn and John - Gimme Some

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J'aurais souhaité être présent le jour où Peter Morén, Björn Yttling et John Eriksson se sont réunis pour baptiser leur groupe. J'imagine un débat où chacun y va de son idée personnelle, sa petite anecdote privée résultant sur un nom original ou farfelu, pour finalement se résumer à leurs trois prénoms. Toute l'originalité du concept réside dans son extrême simplicité, et hormis les visionnaires David & Jonathan, personne n'y avait encore songé ! La face du monde aurait peut-être changé si les Beatles s'étaient appelés John, Paul, George and Ringo. Quant aux Gypsy Kings, au nombre de 15 ou 20 selon la taille des plateaux télé, ils auraient fait le bonheur des fabricants de pochettes CD dépliantes.

 

Revenons à l'essentiel, à savoir le retour de notre trio suédois préféré, mondialement connu depuis 2006 grâce à leur gigantesque tube Young Folks. Injustement, j'ai envie de dire, car au vu de la richesse de leur répertoire, ce titre aura de la concurrence le jour où ils sortiront une compil best of. Gimme Some, leur sixième album fraîchement sorti, pourra à lui seul remplir la moitié de la play list. Produit en low-fi dans un pur style rock n'roll, il ne contient, du début à la fin, que des titres enjôleurs. Chaque chanson s'incruste facilement dans l'oreille, et actionne allègrement les neurones de l'entrain. Aucun titre ne ressemble au précédent, si bien qu'il est de ces albums qu'on écoute en boucle avec toujours autant de plaisir. La plage d'ouverture "Tomorrow has to wait" est carrée et motivante. Plus remuantes,"Dig a little deeper"  et "Eyes"  se fondent sur un rock plutôt groovy, rappelant au passage Vampire Weekend, sans les cuivres. Par leur légèreté et leur rythme soutenu, "Second Chance" et "Breaker Breaker" évoque la période 70's du rock anglais à la sauce "The Clash". Quant à "May Seem Macabre", elle s'oriente davantage du côté des "Smiths".

 

A partir de moyens réduits (guitare - basse - batterie), et d'une base de composition très statique, Peter Björn and John réussissent à nous envoyer dans mille et une directions. De l'écoute cet album, on ressort euphorique, et l'envie nous démange de rappuyer sur play. Gimme Some  est, déjà, un des albums de 2011, et je vous conseille vivement de l'apprivoiser.

 

 

Peter, Björn and John

Gimme Some

Tarif: 8/10

 

 

Ecoutez:

Tomorrow has to wait

Breaker Breaker

17/03/2011

The Streets - Computer and Blues

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"Les deux survivants ont fait deux groupes de un, et ils sont morts tous les deux". L'humoriste Jean-Marie Bigard terminait ainsi son sketch dédié aux films d'horreur, à quelques vulgarités près dont je vous dispense ici. Cette notion du "groupe de un" prête en effet à rire... pourtant, le concept est plus qu'envisageable : il existe. Mike Skinner nous le démontre depuis dix bonnes années, lui qui se cache derrière le nom évocateur de The Streets.

 

La carrière du rappeur anglais s'étale principalement sur cinq albums studio. Son premier, "Original Pirate Material", était une bombe, à placer parmi les perles de la décennie. Les mélodies dénotaient, d'une part simplistes et répétives, de l'autre enjôleuses et irrésistibles. Nappée d'un authentique et délicieux accent british, la voix de Mike s'y posait tout naturellement. Au diable les paroles chargées de frustration et d'onomatopées simiennes, cet album nous réconciliait avec le rap. Dans la même lignée, "A Grand don't come for free" était un album concept, racontant sur 11 titres une histoire mêlant sentiments et vie quotidienne. Musicalement tout aussi accrocheur que son prédécesseur, et lui aussi encensé par la critique. Ensuite, la bicyclette de Mike battit de l'aile... son flow s'était-il accroché dans la chaîne ? Quoi qu'il en soit, le troisième album fut d'une carrure nettement plus ordinaire. Quant au quatrième, "Everything's borrowed", il était tout simplement ... ennuyeux.

 

Sur Computer and Blues, Skinner ne retrouve pas son niveau d'antan. Les ingrédients du début sont toujours là, à savoir le flow flegmatique et la musique minimaliste, mais même si certains titres ne manquent pas de charme, cette fois encore, le résultat global est trop fade. Certes enjouées, les mélodies n'ont pas grand chose d'excitant, ni d'attendrissant. Au contraire, leur structure trop carrée, et les sons binaires qui les parsèment, les rendent par moments bien agaçantes. Ainsi dépourvus de magie, les titres s'enchainent aussi indifféremment que des clients à la caisse d'un supermarché.

 

Ce qu'on soupçonnait depuis quelques années se confirme : Skinner a perdu sa recette, il ne parvient plus à nous émouvoir. Et c'est bien là le seul aspect dramatique de cet album. S'il arrête la musique après celui-ci, comme il l'a annoncé, il est vraisemblable qu'on ne retienne de lui que deux albums admirablement accomplis. Tout ce qui a suivi ne l'aurait sans doute jamais propulsé aussi loin.

 

 

The Streets

Computer and Blues

Tarif : 4/10

 

Ecoutez:

Going through hell

Roof of your car

 

Redécouvrez:

Turn the page

It's too late

Fit but you know it

Blinded by the lights