27/09/2011

PJ Harvey - Let England Shake

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En 20 ans de scène, Polly Jean Harvey est devenue une référence du rock alternatif d'outre-manche. Sorti en février dernier, son huitième album apparaît comme le nouveau tournant d'une carrière pourtant déjà conséquente. A la fois engagé dans ses textes et musicalement peaufiné, Let England Shake résulte d'un travail passionnel de deux ans et demi. Cette période de préparation en profondeur précéda cinq semaines d'enregistrement entre les murs d'une église du sud de l'Angleterre, reconvertie en palais des beaux-arts local. Un lieu qui, d'ordinaire, ne sert pas de studio d'enregistrement.

 

Au commencement, furent les paroles. PJ a tout d'abord écrit ses textes, s'influençant de divers écrivains et metteurs en scène anglo-saxons, mais aussi d'artistes comme Dali ou de Goya. Sur le fond, elle lut beaucoup de témoignages de guerre. De fait, cet album dénonce les effets désastreux des conflits armés, ainsi qu'il apporte une certaine critique de la diplomatie internationale. En atteste l'implacable "What if I take my problems to the United Nations ?" qui clôture en boucle le single "The Words that Maketh Murder". On peut, aussi, y voir un hommage plus ou moins indirect au mythique "Summertime blues" d'Eddie Cochran. L'autre single, "The Glorious Land", contient quant à lui un sample de clairon issu d'une marche de régiment.

 

D'un point de vue purement musical, Let England Shake laisse percevoir un réel travail d'orfèvre. Les compositions sont bâties sur une multitude d'instruments, parmi lesquels : xylophone, harmonica, guitares et violons, trombone et saxophone, ainsi que plusieurs types de clavier comme l'orgue ou le mellotron. Par-dessus ceux-là, l'instrument de prédilection de Polly Jean est l'autoharpe, un cithare à cordes trapézoïdal, armé d'un boitier qui permet de créer les accords, historiquement utilisé dans la musique folk américaine (je vous suggère une recherche d'image sur le net, c'est relativement surprenant). Mises en place, les mélodies forment un genre de rock alternatif brumeux, au rythme quelque peu noirci. Par rapport à ses anciens albums, le style vocal de PJ évolue radicalement. Haute et pincée, mais néanmoins chargée d'une certaine puissance, sa voix s'érige en narrateur de l'album. Pénétrante et frissonnante, elle peaufine la richesse émotionnelle de cet album.

 

Oeuvre personnelle et démonstration de créativité musicale, Let England Shake est un de ces albums qui vous retourne. PJ Harvey réussit le pari de réconcilier le rationnel et l'émotionnel, avec le mérite de n'user d'aucune ficelle facile du métier. Unique et remarquable.

 

 

PJ Harvey

Let England Shake

Tarif : 8.5/10

 

 

Ecoutez:

The Last Living Rose

The Glorious Land

The Words That Maketh Murder

 

17/09/2011

Friendly Fires - Pala

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Second album des Anglais de Friendly Fires, Pala présente un style enjoué de musique pop alternative, qui flirte avec le disco et le funk. Mais trois lettres suffisent à décrire ce disque : bof.

 

A écouter s'aligner ces chansons pleines, aux mélodies regorgeant de peps, l'intention de départ est plus que palpable : créer une plus-value émotionelle. Tracer dans l'air un vortex nous transportant sur une plage, au moment où l'on embrasse la jolie fille sous le feu d'artifice. Ou encore, sur un terrain de foot, alors qu'on marque le but de la victoire à la dernière seconde. S'immisce aussi l'objectif, certes plus terre à terre, de voir éclore l'un ou l'autre tube.

 

Si le dessein est honorable, le dénouement a quelque chose de gênant, à l'heure de s'épandre sur nos tympans. Tout d'abord, certaines harmonies tendent à rejoindre ce que font déjà Chromeo et Zoot Woman depuis une dizaine d'années. Mais soit, il n'y a pas de quoi crier au mimétisme. Ce qui incommode vraiment, c'est la démesure employée, quand se superposent aux mélodies les timbres en carence de charisme, et les percussions, envahissantes, à la sauce "waka waka". C'est un glaçage kitsch au goût amer, qui s'écoule de quelques rythmes funky initiés par de ridicules toms synthétiques. Globalement, c'est ce manque de sobriété et cet excès d'artifice, qui forment un positivisme ambiant saumâtre, et faussement émancipé.

 

Certes décomplexé, "Pala" manque cruellement de profondeur et de naturel. Pour un album qui se pare d'une étiquette alternative, il a quelques orteils de trop dans le potage.

 

 

Friendly Fires

Pala

Tarif : 3.5/10


 

Ecoutez:

Live those days tonight