05/04/2013

Depeche Mode - Delta Machine

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Que faire, lorsque votre groupe va jouer son premier concert, que l’organisateur pressé vous en demande le nom, mais que vous n’avez jamais songé à lui en donner un ? Dans cette situation, la méthode Depeche Mode consiste à saisir le premier magazine qui se présente sous votre main, et à nommer votre « band » selon son titre. Cette histoire, aussi cocasse que véridique, raconte que ce nom, aujourd’hui ancré dans la mémoire collective, fut au départ totalement improvisé. Elle amène aussi à penser qu’ils auraient pu s’appeler « Marie-Claire », « Pif Gadget » ou « Test Achat », ce qui fait assez froid dans le dos.

 


Depeche Mode fait partie de cette poignée de groupes ayant réussi à traverser les époques, à force de travail et de renouvellement. Cette longévité est d’autant plus notable qu’au fil des années, ils ont évolué sans trahir leur image de départ. Le poids du temps ne détériore ni leur créativité, ni leur motivation. Entre ceux qui cèdent aux sirènes de la facilité « tout public », et les autres, pour qui la ligne du temps s’est arrêtée en 1989, Depeche Mode ne cesse d’aller de l’avant, et crée une musique qui sait rester fraîche. Sachez aussi, si vous l’ignorez, que Dave Gahan et Martin Gore, les deux leaders spirituels, poursuivent une carrière solo à intervalles réguliers, tels des chemins plus personnels qui valent eux aussi la peine de s’y intéresser.

 


Une autre de leurs caractéristiques est qu’ils sont mieux réglés qu’une pendule olympique. Depuis la fin des années 80, ils sortent un album original exactement tous les quatre ans. Leur petit 13e, confirme la tendance déjà observée en 2009 sur « Sounds of the Universe », à savoir un retour vers des bases électroniques. La sauce Delta Machine se présente ainsi comme épurée, et parfumée au blues par la guitare de Gore et la voix suâve de Gahan, véritable flambeau de la griffe DM et reconnaissable entre mille. Ce disque peut d’abord paraître terne. Mais plus que ses récents prédécesseurs, il dévoile au fil des écoutes une œuvre très fine, noire et aguicheuse, et remarquablement posée dans un présent où le minimalisme prend le pas sur les orchestrations chargées de basses et de bruits. Quant à leurs bases de travail, elles restent la souffrance et la mélancolie, comme toujours à dose supportable.

 

 

 

L’absence d’un hit à gros potentiel confirme aussi ce qu’on observait depuis quelques albums déjà, à savoir que DM n’est plus un groupe à tubes. Aucune de ces nouvelles chansons ne mettra Personal Jesus et Enjoy the Silence au placard. Il est même fort probable que jamais aucune création future ne viendra supplanter ces deux hymnes intemporels. Moins « pop » et plus personnel, Delta Machine n’en est pas moins, à mon avis, le meilleur album de Depeche Mode depuis Ultra, sorti il y a 16 ans déjà.

 



Depeche Mode

 

Delta Machine

 

Note : 

 

09/12/2012

Paul Kalkbrenner - Guten Tag

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C’est en 2008 que Paul Kalkbrenner se fait connaître de par le monde, en composant la B.O. de Berlin Calling, une comédie dramatique racontant l’évolution d’un DJ coincé entre travail, vie amoureuse, prise de drogues et hôpital psychiatrique. Ce n’est pas tant la B.O. entière qui booste sa notoriété, ni même le fait d’incarner le personnage principal. Cette popularité soudaine se déclenche grâce à un seul tube, Sky and Sand, qui à ce jour demeure son unique single. De fait, les albums de ‘pk’ ressemblent davantage à des voyages plutôt qu’à une suite de hits estampillés « oh ça ça fait un gros carton dans les clubs en c’moment madame ! ».

 

La musique de Kalkbrenner emprunte quelques signatures bien typiques de l’electro allemande, notamment ces versants répétitif et industriel. Mais elle se distingue aussi  par la recherche d’un équilibre entre quantité de sons et efficacité. On est loin du minimalisme (souvent) silencieux d’un James Blake, mais sans en charger des tonnes sur la platine, le natif de Leipzig parvient à nous emmener suffisamment loin. Tout simplement en dosant ses sons pour créer une ambiance voluptueuse, ou en posant le bon beat au bon endroit pour envoler la mixture après de délicieux moments d’expectative. Ainsi se déroule Guten Tag, son huitième album, entre sulfureuses montées, planantes apogées, et douces redescentes. Le tout en n’allant jamais trop vite, afin de nous laisser savourer chaque seconde.

 


Paul Kalkbrenner

Guten Tag

Tarif : 7/10

 


Ecoutez :

Das Gezabel


03/12/2012

Crystal Castles @ Rockhal

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En ce dimanche de décembre, la foule n’est pas venue en nombre, assister au retour des Crystal Castles à la Rockhal. Peu avant le début du show, il est encore aisé de se faufiler aux avant-postes de la scène, pour autant que l’on sache à quoi s’attendre… car depuis leur dernier passage, les Canadiens ne se sont pas défaits de leurs habitudes.

 

Arrivée tardive : check. D’après le site web de la Rockhal, le show est supposé commencer à 20h. Tenant compte d’une première partie assurée par un DJ sans nom (et sans réelle vocation non plus), on peut normalement espérer que le concert débute à 21h. C’est une heure plus tard que le trio débarque sur scène, ce qui est tout de même une demi-heure plus tôt que la dernière fois. Un retard qui entraîne néanmoins un deuxième « check » : cinquante-cinq minutes de show rappel compris, certes très intense, ça fait tout de même très court.

 

Le troisième « check » va à la prestation chaotique. Musicalement, ça tient pourtant la route. Il n’y a que deux musiciens sur scène, c’est encore heureux qu’ils soient raccord. Le désordre est comme de coutume signé Alice Glass. La chanteuse poids-plume, nouvellement blonde, titube dès son entrée en scène, se jette dans la foule après 3 minutes de concert, avant de péniblement revenir, escalader la barrière et remonter sur scène avec l’aide de son staff et de quelques spectateurs. Ensuite, elle se tort nonchalamment sur ses genoux, dos au public et micro à la bouche. Elle répète ce numéro pendant l’heure de concert, crowd-surfant une fois du côté droit, et la suivante du côté gauche. On peut se demander si elle est vraiment stone, ou si elle en joue pour exciter les jeunes. Malgré cette apparente ivresse, elle n’oublie jamais de faire son métier, chantant bien dans les temps, et prenant place derrière les machines lorsqu’il le faut. Croisé de près, son regard trahit même une étonnante sobriété. Il est vraisemblable qu’elle en rajoute une couche, sachant que son public ne vient pas pour écouter posément un récital lyrique… même si la bouteille de Jack Daniels qu’elle siphonne durant la soirée l’aide un peu. Et bien sûr, pas une phrase sensée ne sortira de sa bouche, ne fut-ce qu’un seul petit « merci ». Son personnage de junkie d’un autre univers ne peut se le permettre. C’est ça, la recette Crystal Castles : un peu de mystère, beaucoup de saturation et une tempête d’adrénaline, qui provoque pas mal de remous au sein de premiers rangs fiévreux et compressés.

 

Puisqu’on parle aussi de musique (rien qu’un peu), la playlist s’oriente principalement sur les tubes du 2e album, sorti en 2010. un « Baptism » durant lequel Alice se mêle au public, un « Celestica » bien sage par rapport au reste, et un « Not in love » sans Robert Smith (sa présence, non envisagée une seule seconde, aurait sans doute provoqué un conflit générationnel). Mais ceci n’est pas un concert pour mélomanes. Plutôt une séance d’éclate orgiaque sur une piste où règne l’anarchie. Une petite heure durant laquelle tout est permis, même tripoter les fesses d’Alice si par chance elle passe au dessus de votre tête. A vous de pouvoir éviter les coups de micro qui suivront…

 


Crystal Castles @ Rockhal,Esch-sur-Alzette, Luxembourg

Dimanche 2 décembre 2012

 

 

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14/11/2012

Vitalic @ Rockhal

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Vitalic en live, c'est du pile ou face. Dans un grand soir, le Bordelais est capable d’envoyer un set des plus explosifs. La fois suivante, il pourra se montrer mal inspiré, ou mis à mal par une technique de piètre qualité. Le concert de ce vendredi, dans une Rockhal Box démeublée de son habituel bar, tenait heureusement plus des soirées de liesse.

 

Précédé par un DJ aussi sobre qu’efficace, mais dont j’ai oublié le nom (il ne m’en voudra pas), le Français a offert un concert à bonne température, mais qui sentait plus le set que le réel direct. Il ne suffit pas de poser maladroitement quelques bandes de scotch noir sur la pomme d’un ordinateur, pour donner à un show toute la ferveur d’une vraie prestation live... pas plus que de monter une batterie sur scène. Pour le visuel, ça marche, puisque l’instrument est bien plus volumineux qu’un mac book. Mais à compter les coups de bras du batteur, on se rendait bien compte que ce dernier n’était pas la seule origine de la myriade de percussions distillées au sein de la musique, bien électronique pour sa part. So what ? Certes aidé par un show lumineux assez inhabituel pour l’endroit, Vitalic a tout de même réussi à sublimer un public luxembourgeois généralement bien calme (voire amorphe, ce n’est pas Beth Ditto qui le démentira), en imprimant un set continu, mélange de ses trois albums studio, qui alternait à la perfection montées et descentes mesurées. Et dont l’apothéose, hélas assez pressée, fut digne de son statut de référence de l’électro internationale. On a apprécié retrouver ces hits qui ont tant fait chauffer notre ipod, de Pony part I à My Friend Dario, en passant par un Seven Lives comme toujours purgatif. Pour ma part, il ne manquait à cette set list qu’un Fanfares original, qui aurait sans doute dénoté avec le reste, mais qui m’aurait sans doute poussé à finir ma bière et à me jeter dans les premiers rangs.

 


Vitalic @ Rockhal, Luxembourg

Vendredi 9 novembre 2012


Publié dans Concerts | Commentaires (0) | 19:26 |  Facebook | | Tags : vitalic, rockhal, electro | Lien permanent

12/10/2012

Suivez le fil

 

Matthew Dear - Beams

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Deux ans après le moyen Black City, l’artiste aux multiples facettes Matthew Dear revient avec une copie plus inspirée. Moulé dans une électronique planante et répétitive, Beams a quelque chose de fantastique, dans le sens fantomatique du terme. Un sentiment accentué par le « chant » de Matthew, robotique, grave et granuleux, comme s’il aspirait ses paroles. De prime abord indigeste, ce chant si particulier finit par se fondre dans l’ensemble, au fur et à mesure que l’album se déroule. En termes de compositions, on sent très fort l’influence d’artistes tels Talking Heads ou Nitzer Ebb sur le travail de Matthew. De la New Wave à la New Beat, il émane des mélodies un fort parfum d’années 80. Le rythme change peu d’un titre à l’autre, ce qui contribue à renforcer cette atmosphère brumeuse, mais peut aussi installer la monotonie. Beams est néanmoins un album atypique, qui mérite d’attiser la curiosité.


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Her Fantasy




LIARS - WIXIW

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Trio originaire de Brooklyn, les LIARS sont connus pour leur sens aigu de l’expérimentation. Débarqué en 2001, leur premier album portait une étiquette dance-punk. Depuis, ils n’ont cessé d’explorer des pistes, se renouvelant à l’occasion de chaque nouvel album. Le sixième et petit dernier se nomme WIXIW. Fondu dans une ambiance embrumée, c’est un album à la fois tendu et minimaliste. Le genre musical est ce qu’on pourrait appeler de l’électronique soft- industrial, soit un style conceptuel, qui privilégie le stress à la douceur mélodique. Les seules guitares présentes sont nappées d’un écho leur permettant de se fondre dans le décor. C’est un disque au genre atypique, délicieusement  malsain, qui maintient à son écoute une impression de demi-sommeil, comme un rêve éveillé dont on peine à s’extraire. Il sonne comme une rencontre virtuelle entre Aphex Twin et Radiohead. A écouter dans un contexte posé, et réservé à un public averti !


Tarif : 7/10

Ecoutez : No.1 Against The Rush

 



Beach House - Bloom

Beach-House-Bloom.jpgQuatrième album du duo de Baltimore, Bloom ne dispose d'aucun lapin dans son chapeau. On reconnait cette pop flottante et langoureuse, à l'orchestration relativement usuelle. Les riffs de guitare, aussi coulants que le reste, prennent toutefois une place importante au sommet de certaines mélodies. Aussi peu compliqué que bien inspiré, et plus ensoleillé que sa terne couverture, ce disque se situe aux antipodes de la prise de tête. Là où on attend parfois la musique lorsqu'on en a besoin.  Son rythme cool et peu alterné en fait un registre de balades aérées, saupoudrées d'un grain de vague à l'âme et d'un soupçon de nostalgie. Dans de telles conditions, on accepte volontiers d'arrêter de réfléchir. On attendra aussi qu'arrive le morceau caché, avec le même bon coeur, et sans laisser transparaître la moindre impatience.

 

Tarif : 7/10

Ecoutez : Lazuli



 

02/10/2012

Piano Magic - Life Has Not Finished With Me Yet

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Difficile de définir précisément le genre musical de Piano Magic. Si vous n’avez rien contre les combinaisons de termes, je parlerai d’ambient electro post rock. Difficile à croire, aussi, que le collectif londonien diffuse ses allégories musicales et autres danses macabres depuis maintenant 16 ans, le tout sans plus de chahut. Leur procession n’est pas prête de s’arrêter, si l’on en croit le titre de ce onzième album : Life Has Not Finished With Me Yet.

 

Trois ans après le scotchant Ovations, la bande à Glen Johnson remet le couvert, avec un album grisant, au rythme très pondéré et parfumé de mélodies sépulcrales. Comme toujours, sons électroniques et instruments classiques (guitares, piano, etc.) s’alternent d’une chanson à l’autre, tout comme les voix, tantôt masculines, tantôt féminines. La succession de ces différents constituants ne dissipe nullement l’ambiance qui enveloppe constamment le disque ; une aura noire et intrigante, voire interpelante. De même, il se caractérise par un aspect intimement cérémonial, tel un pendant maladif et maléfique de Florence and the Machine. Un effet intrigant produit d’une orchestration par moments suspendue, et de voix ornées d’un effet de réverb’ net et suffisant.

 

Par rapport à son prédécesseur, la seule évolution catégorique consiste en un pas vers le minimalisme. Il serait plus qu’exigeant d’attendre une révolution de la part d’un groupe qui produit une musique intemporelle, et qui parvient à se renouveler maintes fois au sein d’un même album. Life Has Not Finished With Me Yet est, à nouveau, une démonstration de maîtrise, un de ces disques capables de vous plonger en plein rêve éveillé.

 


Piano Magic

Life Has Not Finished With Me Yet

Tarif : 8/10

 


Ecoutez:

The Slightest of Threads

 

09/09/2012

Chromatics - Kill For Love

CHROMATICS KILL FOR LOVE.jpg

 

 

Formé en 2001 à Portland, Oregon, le groupe Chromatics a connu plus de changements internes que d’albums officiels. Après deux disques orientés vers ce qu’ils appellent du « punk chaotique », et plusieurs modifications de line up, c’est assez radicalement qu’ils se tournent en 2007 vers la pop dance. Cette tendance se confirme sur Kill for love, un quatrième album encore tout frais. S’ils ont mis cinq ans à le peaufiner, c’est peut-être parce qu’il s’avère consistant. Seize titres pour une heure dix-sept d’écoute ; on connait beaucoup de groupes dont la compil’ Best Of n’atteint pas ce niveau.

 

Sorti sur un label indé, Kill for love diffuse une electropop glamour et chimérique, où se mélangent les sons synthétiques de machines câblées, et d’autres d’instruments plus conventionnels. Sur ces mélodies au rythme toujours apaisé, se pose la voix chaude de la jeune et séduisante Ruth Radelet, au timbre situé quelque part entre ceux d’Enya et Sophie Ellis Bextor. Mélancoliquement intemporelle, la musique des Chromatics a quelque chose d’élégant et érotique à la fois.  L’album pourra, par sa longueur, donner l’impression de tourner en rond. Au bout d’une dizaine de ces plages aux introductions plus ou moins longues, dont certaines ne décollent pas, stagnant dans un bain enfumé, électrique et langoureux… on pourrait penser que les titres qui suivent ne sont pas réellement utiles. Ils ne feront que prolonger le plaisir de ceux qui aiment le parfum des précédentes.

 


Chromatics

Kill for love

Tarif : 6.5/10

 


Ecoutez :

Lady

These Streets Will Never Look The Same