21/01/2013

Kings of Convenience - Quiet is the new loud (2001)

KingsofNewloud.jpg

 

 


En l’an 2001, j’avais vingt ans. Ca doit vous rappeler une chanson, et surtout un refrain entonné par une ribambelle de gamins dont, métaphoriquement, je faisais partie. On me l’a fredonné à maintes reprises, dans mon plus jeune âge, peut-être pour que je me sente concerné. Je n’ai vraiment compris que lorsque j’ai appris à additionner les nombres à deux chiffres, et ai d’abord cru qu’on l’avait écrite spécialement pour moi. Cette rengaine futuriste me semblait tellement éloignée, que son avènement seize and plus tard tourna en anniversaire cafardeux. Mais soit, ceci n’est pas un journal intime, encore moins une chronique sur Pierre Bachelet.

 

En l’an 2001, peu de temps avant que la face du monde ne change en plein ciel new-yorkais, c’est ma planète musicale à moi qui allait prendre un coup. Habituées à ne filtrer que les grandes ondes, mes oreilles allaient découvrir que la musique n’est jamais si pure que lorsqu’on va soi-même la chercher. Sortait le premier disque d’un duo Norvégien, aussi éloigné du star system que 2001 l’était de 1984. Avec leur physique commun et leur look dépareillé, ils auraient très bien pu se glisser sur les bancs de l’amphithéâtre universitaire de mon quotidien, où je les aurais appelés par leurs prénoms : Erik et Erlend. Comment donc sont-ils arrivés sur ma platine ? Gageons que l’âge de raison n’avait pas dissipé la curiosité.

 

Le titre de cet album : Quiet is the new loud. Autrement dit : pas besoin d’en faire des tonnes pour être scotchant. Les ingrédients : une paire de guitares, un léger tapis de percussions, quelque trompette, et aucun effet supplémentaire. Et surtout, pas plus de trois ou quatre pistes par chanson. Alternant accords et arpèges, créant des ritournelles délicieusement tristes, à la gravité accentuée par leurs voix, candides et mielleuses. Ce disque brut, au trouble efficient de la première à la dernière seconde, ne trempait pourtant jamais dans le sentimentalisme populaire, ou le bien en vogue marketing du suicide collectif. Au contraire, cette suite acoustique, aussi harmonieuse que minimaliste, réinventait les concepts de tristesse heureuse, de séduction simpliste, et de mélancolie affective. Je découvrais que je pouvais aimer la musique comme j’aimais les femmes : belle et sans artifice.

 

Quelques années plus tard, le petit garçon qui avait eu vingt ans en 2001, prit sur ses épaules son baluchon, sa tente Quechua, et s’en alla parcourir la route trépidante des festivals. C’est ainsi qu’un dimanche d’août 2009, au sortir d’une scène du Pukkelpop, je suis tombé nez à nez avec Erlend Oye. Ce grand Norvégien au regard perdu derrière ses lunettes démesurées, ressemblant davantage à un ingénieur informaticien qu’à un musicien passionné. Ce membre fondateur des Kings of Convenience, qui deux heures plutôt, s’était produit sur cette même scène en tant que leader d’une autre de ses formations, The Whitest Boy Alive. Cet artiste sensible et naturel, tant écouté et adulé, qui se présentait là, à un bras tendu de moi. Toutes ces années durant lesquelles sa musique m’avait accompagné, je l’avais imaginé aussi sympathique que ses compositions, et j’aurai rarement tant déchanté. Erlend se révéla aussi froid que son fjord natal, et visiblement agacé que je lui témoigne de tout ce que sa musique m’avait apporté, ouvrit à peine la bouche pour me répondre. Sans même daigner croiser mon regard. En quelques secondes, son attitude avait détruit en moi ce que son œuvre avait mis des années à construire. Car la déception fut telle que jamais plus je n’ai prêté d’intérêt à l’évolution de sa discographie. Depuis ce jour, je n’ai plus écouté Quiet is the new loud, le premier d’une liste d’albums à m’avoir ouvert tant de perspectives.


Peut-être le temps est-il venu de passer l’éponge.

 



Kings of Convenience

Quiet is the new loud

Ecoutez l’album en entier

 

11/12/2012

Suivez le fil - Amy MacDonald, The Gaslight Anthem, Grizzly Bear

Amy MacDonald – Life in a beautiful light

 

amymac.jpg

Malgré sa jolie bouille, son air de belle fille idéale, et ses fins doigts pour gratter sa guitare, Amy MacDonald fait partie de ces artistes dont le ramage s'éloigne sensiblement du plumage. On a beau écouter ce troisième album plusieurs fois, rien ne le distingue de ce que la ravissante Ecossaise fait depuis ses débuts : un pop folk doré mais lourdement standardisé, qu'elle nappe de sa jolie voix solennelle, et dont chaque titre est un calque du précédent. C'est loin d'être infect, mais c'est tellement huilé que ça s'engouffre dans une oreille, et ressort immédiatement par l'autre. Quel dommage, car avec un peu de surprise, de profondeur ou d’intimité, cela pourrait prendre une toute autre dimension. Avec tout ça, manquerait plus qu’elle soit moche…

 

Tarif : 4/10

Ecoutez : Slow it down 


 

The Gaslight Anthem - Handwritten

Gaslight-Anthem-Handwritten.jpg

Dans la série "le rock n'est pas mort", imaginez un mix entre la puissance des Foo Fighters, l'explosivité de Blink 182 et le style 'deep country roots' de Bruce Springsteen. Vous obtiendrez The Gaslight Anthem. Etrange que ces Américains pure souche ne bénéficient pas d'une autre popularité, tant leur rock au sens littéral semble taillé pour les stades. Handwritten est un album où s'enchainent les hymnes bien trempés, au poing serré et triomphateur. Si la recette n'est pas originale, saluons tout de même leur maîtrise du genre. Du vigoureux "45" qui l'ouvre à "National Anthem", la tendre balade acoustique qui le clôture, On ne s'ennuie pas une seconde à l'écoute de ce disque viril et frétillant, dédié à un public d'adulte qui a su garder en lui une part d'adolescence.

Tarif : 7/10

Ecoutez : 45


 

Grizzly Bear – Shields

grizzly-bear-shields.jpg

Les New-Yorkais de Grizzly Bear surfent sur la vague du succès de leur deuxième album, l’adulé Veckatimest qui avait trusté le top de tous les classements des meilleurs disques en 2009. Sur Shields, on retrouve cette orchestration naturelle et organique, ce chant élégiaque, et ces mélodies à la fois calmes et tempétueuses, qui les avaient alors élevés au rang de must du mouvement indé. Bien qu’issu du même moule, ce nouvel opus s’avère toutefois moins abracadabrant. En cause l’absence d’une franche surprise, ou d’une réelle envolée émotionnelle, comme celles provoquées par les titres Two Weeks et Ready, Able sur le précédent. Shields passe plutôt bien, mais à emprunter au caillou près le même chemin, il nous laisse sur notre faim.

Tarif : 6/10

Ecoutez: Yet Again



 

 

 

04/12/2012

Poliça - Give You The Ghost

poliça,give you the ghost,indé,indie,electronica

 

Il est des sons qui n’ont besoin que de quelques secondes pour vous clouer au fauteuil. Celui de Poliça en fait partie. Et je ne suis pas le seul à le dire, puisque leur premier album Give You The Ghost a mis les critiques d’outre-Atlantique en extase. Justin Vernon, leader de Bon Iver, dit d’eux qu’ils sont le meilleur groupe au monde. Ils  sont également encensés par Jay-Z, qui sait parfois reconnaître la bonne musique, à défaut d’en faire.

 

Ce quintet de Minneapolis débarque cette année avec une electropop très séduisante, dont il est difficile de deviner précisément l’une ou l’autre influence. Poliça, c’est avant tout une voix, celle de Channy Leaneagh, haute et nappée d’écho, dont le charme nous avale dès les premières notes. Mais leurs mélodies, à placer dans le registre de l’electronica, possèdent elles-mêmes un fort potentiel ensorcelant. Give You The Ghost se développe ainsi dans un style unique, à la fois fort et doux, un peu comme une couette si confortable qu’il est difficile de s’en extirper. On peut simplement pointer du doigt la couche d’effets dont la musique est teintée, l’émotion n’étant jamais aussi belle que lorsqu’elle est naturelle. Cette émotion reposant avant tout sur cette voix si particulière, on peut également craindre une légère lassitude après les premières chansons. Libre à vous d’en faire l’expérience, ce que je vous conseille vivement, car Give You The Ghost est un de ces albums qui ouvre de nouvelles perspectives, lorsqu’on pense avoir tout entendu.


Poliça

Give You The Ghost

Tarif : 7.5/10


Ecoutez:

Lay Your Cards Out

Dark Star

 

24/11/2012

The xx @ Rockhal

 

photo(1).JPG

 

 

A les écouter sur album, on peut craindre qu'un concert de The xx nous plonge dans un état semi-comateux. Les vingt premières minutes de la soirée sont en effet très calmes ; c'est le retard pris par les Londoniens avant que les lumières de la Rockhal ne s'éteignent enfin. Au commencement, un grand rideau bleu terne dissimule la scène ; on ne devine la présence du groupe derrière cette immense toile qu'aux premières notes de Angels, plage qui ouvre leur second album Coexist. Bientôt la douce voix de Romy Croft retentit dans les enceintes, et couvre les acclamations des premiers rangs, remplis de fans. Le volume des micros est au maximum, permettant à Romy de se faire entendre sans devoir crier - heureusement car on l'imagine mal hausser la voix. Sa silhouette s'esquisse derrière l'immense toile, avant que celle-ci ne tombe, dévoilant entièrement un trio à son habitude sombrement vêtu. Basse en main, Olivier Sim emmène son instrument dans une danse aquatique, tandis que Jamie Smith manie ses percussions synthétiques de son seul doigté.

 

A l'image d'une musique où aucun son n'est superflu, le lightshow s'avère très efficace. Distillant les couleurs de façon mesurée, il consiste principalement en une série de spots se mouvant tantôt vers le public, tantôt vers les artistes. L'intensité des lumières accompagne également celle du son, celles-ci se faisant plus confidentielles durant les chansons intimistes. C'est notamment le cas sur Fiction, lorsqu'Olivier dépose sa basse et s'empare des lead vocals. Sexy et chaleureuse, sa voix émoustille la partie féminine du public, qui ne se prive pas pour manifester son contentement.

 

A ceux qui leur reprochent une mollesse manifeste et permanente, le trio donne une bonne leçon. Alternant les chansons du premier et du second album, ils greffent leur set de passages profonds mais animés, faisant claquer des percussions électroniques claires, sans jamais tomber dans l'ambiance club discothèque. En accompagnement, la guitare amplifiée de Romy peaufine cette mutation de la griffe xx en un brasero décoloré, et unique en son genre. L'enchainement d'un titre à l'autre, souvent instantané, permet à cette envoutante atmosphère de ne jamais retomber. Les chansons ne sont pas interprétées telles que sur album, ce qui apporte une valeur ajoutée. Le groupe propose ainsi, parmi la setlist, un Missing très érotique, une surprenante version dance de Crystalised, et un VCR chargé d'émotion. L'apothéose survient avec la montée qui accomplit Infinity, chargée d'électricité, et que le groupe fait durer interminablement. Tandis que le rideau de fond de scène se relève, dévoilant un immense "X" en trois dimensions, qui finira par briller sur toute la salle.

 

On pense alors que le groupe a usé toutes ses cartouches. C'était oublier l'ouverture du premier album, une entêtante intro instrumentale, qui surgit comme une évidence, en début de rappel. Le concert se termine sur Tides et Stars, après qu'Olivier remercie le public à sa manière, peu chaleureuse en apparence, mais gravement sincère. Les xx ont réussi à emmener le public de la Rockhal au sein de leur univers, conservant une tension certaine et suffisante durant une heure vingt d'un concert aussi captivant que surprenant.

 

 

The xx @ Rockhal, Esch-sur-Alzette

Vendredi 23 novembre 2012

Publié dans Concerts | Commentaires (0) | 22:14 |  Facebook | | Tags : the xx, rock, indé, indie, rockhal | Lien permanent

01/11/2012

Suivez le fil : Disappears, Alt-J, Isbells


Disappears – Pre Language

Disappears-Pre-Language-big.jpg

Quatuor formé à Chicago en 2008, Disappears propose un rock en noir et blanc proche du punk de la grande époque. Clairement influencé par l’œuvre de Sonic Youth, leur dernier album Pre Language balance un rock des plus purs, sans artifice et chargé de tension. Tous les ingrédients du style sont présents, du rythme carré aux guitares saturées qui s’affolent sur les refrains, en passant par un chant caverneux, par moments proche de celui d’Iggy Pop. Alors certes, tout cela n’est pas neuf, et manque même cruellement d’originalité. Mais ça ne manque pas d’adrénaline et, bordel, qu’est-ce que ça fait du bien parfois !


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Replicate




Alt-J – An Awesome Wave

alt-j.jpg

Nous sommes en 2012 et nous croyons avoir tout entendu. C’est sans compter sur ce premier album d’Alt-J, groupe formé à Leeds qui a méritoirement gagné son rang parmi les révélations de l’année, grâce à son style hybride très original. Quand on y prête une première oreille, le son Alt-J paraît poussiéreux, avec ses percussions industrielles et son clavier résonnant, digne d’un vieux piano bar. La surprise vient d’un chant et d’harmonies de voix élevées, tendant vers le blues folks américain, et dont les passages a capella sont savoureux. Ajoutez une basse et une guitare, et quelques sonorités électroniques tantôt claires, tantôt saturées, et vous obtenez un mélange unique en son genre.  An Awesome Wave, l’album qui illustre ce style détonnant, est une très bonne surprise, voire une petite bombe, qui ne trempe ni dans la monotonie, ni dans le « déjà entendu ».


Tarif : 7/10

Ecoutez : Breezeblocks



Isbells – Stoalin’

isbells_stoalin.jpg

A l’écoute de cet album, on se sent transporté vers certaines contrées d’outre-Atlantique, comme si le mouvement folk indé était propre au Wisconsin ou à l’état de Washington. Leader de la formation Isbells, Gaëtan Vandewoude provient de notre plat-pays. Son groupe et lui nous offrent un second album poignant et intriguant à la fois, d’une patte mélo-acoustique flottant quelque part entre Bon Iver et les Fleet Foxes. Stoalin’ n’a d’ailleurs pas grand-chose à envier à ces grandes références. Son éclatante quiétude, sa variété instrumentale, ses entêtantes harmonies vocales, et ses quelques mesures d’arpèges intimistes qui imposent le silence, font de ce disque une véritable pépite. Allez Gaëtan, enfile une chemise à carreaux trop grande et laisse-toi pousser la barbe davantage, tu n’es qu’à quelques centimètres d’une carrière internationale !


Tarif : 8/10

Ecoutez : Heading For The New Born 

30/09/2012

Mansfield.TYA - Nyx

mansfield.tya,nyx;classique,indé,français,julia lanoe

 

 

On connait mieux Julia Lanöe sous le pseudonyme de Rebecca Warrior, chanteuse du groupe electropunk Sexy Sushi. On connait moins Mansfield.TYA, l’autre duo qu’elle forme avec Carla Pallone. Et pour cause, ces deux carrières musicales sont des plus opposées. Quand la déjantée Rebecca redevient la jolie Julia, elle troque son impertinence pour une robe classique, posée et très conceptuelle. Une métamorphose difficile à imaginer ; c’est un peu comme si l’on vous disait qu’à ses heures perdues, un des membres de Tragedy joue de l’orgue pour les Fleet Foxes – au fait, ils existent encore les Tragedy ?

 

Répondant au nom de Nyx, ce troisième album du duo nantais se présente comme une suite théâtrale divisée en plusieurs actes, de l’ouverture au final, actes qui sont annoncés sur le disque par des pistes propres. Le but étant, sans doute, d’aider l’auditeur à suivre son chemin tout au long de ce dédale de pensées ouvertes, et à éviter qu’il ne se perde – encore faudrait-il que le fil conducteur de l’album soit annoncé, lui aussi. Musicalement, on s’oriente vers le classique, avec un ensemble à cordes omniprésent, qui maintient un calme apaisant et une atmosphère noctambule. On entend aussi de l’orgue, du piano, quelques notes de guitare, et des percussions dosées avec précision. L’électronique est présente, mais à dose homéopathique. Quant à la voix de Julia, elle est d’un calme caressant le bercement.

 

Certes, Nyx est un album hautement conceptuel, difficilement accessible, qui a le potentiel de reléguer ceux de Camille au niveau de la discographie de Christophe Maé. L’auditeur avisé, qui mettra sa réflexion en veilleuse et n’ouvrira que ses oreilles, y entendra une pièce sonore naturelle et intemporelle. Et qui plus est, ornée d’un soupçon de magie. Un album vivant, aux émotions multiples, musicalement digeste et même par moments très agréable.

 

 

Mansfield.TYA

Nyx

Tarif : 6.5/10

 


Ecoutez :

Animal