21/07/2014

Marc Desse - Nuit Noire

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Même si n’a que 26 ans, on sent bien en Marc Desse le grand amateur de rock français à la Aubert et Capdevielle, quand il parfume son chant des intonations du premier et de la nonchalance du second. On situe tout aussi clairement d’où, ou plutôt de quand, il puise ses influences musicales, soit d’une période où punk et Gaullisme s’essoufflaient à leur tour. Bref, Nuit Noire a tout de l’album bien à point pour certaines critiques anti-variété, qui seront d’autant plus emballées en apprenant que ce personnage à la veste de cuir écrit ses textes entre une et quatre heures du matin.

 

Hélas, de ce style musical exclusivement hexagonal, peu exportable et rarement exporté, ce frenchy  a aussi emprunté le principal défaut. A savoir, l’intention, inconsciente, de porter des chaussures trop grandes pour soi. Ainsi, bien que ses mélodies crues et tranchées ne manquent pas d’intérêt (« Ma Fiancée », « Henri et Elsa », pour ne citer que celles-là), sa voix pincée de Philippe Katerine dépressif, ni pure ni affinée, ne colle absolument pas à ce style de pop rock noir et poussif. Dommage, car si cet album n’avait comme défaut que son manque d’originalité, il pourrait encore passer pour une bonne découverte.

 

Marc Desse

Nuit Noire

Note : 

 

 

Ecoutez

Ma Fiancée

Nuit Noire

 

16/07/2014

Klaxons - Love Frequency

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Qu’est-il arrivé aux Klaxons ? Eux dont chaque single faisait l’effet d’un souffle en pleine face d’un ventilateur sous ecstasy ? Eux dont les deux premiers albums, les excellents « Myth of the Near Future» et « Surfing The Void » débordaient de saine adrénaline ? Eux pour qui la presse musicale, incapable de catégoriser leur son hybride et explosif, avait expressément créé le terme de New Rave ? Eux dont l’écoute de ce troisième et nouvel opus soulève une question existentielle : souffriraient-ils de daft-punkite aigüe ?

 

 

A l’écoute de Love Frequency, on soupçonnerait presque qu’il s’agisse d’un groupe homonyme, tant on ne retrouve que trop peu leur griffe si particulière, cette fougue délurée, insouciante, et parfaitement maîtrisée. Ici, on vogue gentiment entre dance, pop, funk et pseudo-psyché, sur des eaux électroniques qui dans l’âme comme dans l’allure, n’ont plus rien de rock n’roll. Les jadis fringants Londoniens jonglent entre des ersatz de MGMTFoster The PeopleImagine Dragons, voire même... One Republic, ou carrément Jean-Michel Jarre lors d’une plage exclusivement instrumentale, et ennuyante à souhait. Ajoutez-y des intonations vocales calquées (volontairement ou non) sur Justin Timberlake, et vous obtenez un disque aussi dissipé que gominé, forniquant sans honte ni orgueil avec le son étiqueté « indé » que tout le monde se tape depuis des mois. Bref, une belle déception.

 

Klaxons

Love Frequency

Note : 

 

 

Ecoutez:

There Is No Other Time

15/07/2014

Dum Dum Girls - Too True

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On se souvient, en 2010, d’un premier album low-fi, qui montrait à quel point les Dum Dum Girls étaient aussi sexy qu’inspirées. A l’époque, il fallait encore faire l’effort (et le terme est mal choisi) de les découvrir sur scène pour apprécier tout cet aspect visuel. Ce qui n’est plus réellement le cas aujourd’hui ; la suggestive pochette de ce nouvel opus se passe en effet de tout commentaire.

 

Troisième album des émoustillantes rockeuses, Too True diffuse une ambiance goth’pop parfumée d’un soupçon de mystère et de beaucoup de séduction. Mais en plus d’être court (30 minutes, on a connu des EP aussi longs), c’est un brin répétitif, et pas vraiment original. Pour commencer, la troupe de la chanteuseDee Dee ne parvient pas à s’extraire (le désire-t-elle seulement ?) de l’influence de Siouxie and the Banshees, pour ne citer que celles-là. Ensuite, le style antipathique qu’elles se donnent sur scène se ressent de plus en plus dans leurs compositions. Des titres travaillés, légèrement rythmés et envolés, mais où les bonnes trouvailles sont expédiées au bout de deux mesures. Et tellement formatés, qu’ils en défilent sans aucune chaleur, comme sur un tapis roulant de caisse de supermarché. Ce ne sont pas les épars moments où l’on devine une pointe de tendresse (« Are You Okay ? ») qui font basculer la tendance. Album tiède et psalmodique, Too True est une tranche de glamour blasé, bien à l’image de sa compositrice.

 

Dum Dum Girls

Too True

Note : 

 

 

Ecoutez l'album ou regardez Are You Okay ? (le film)

 

27/05/2014

Suivez le fil 2014 (2)

Mogwai – Rave Tapes

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockTrois ans après l’orageux « Hardcore will never die… but you will », et un an après leur couverture sonore de la série « Les Revenants», les post-rockeurs de Mogwai reviennent déjà avec un huitième album studio. Son titre, Rave Tapes, pourrait suggérer une introduction de rythmes matraqués, mais il n’en est strictement rien. Une fois encore bien présente, la griffe des Ecossais y déploie une atmosphère intense et marquée, ainsi qu’une couleur à dominante mélancolique. Fait inhabituel, on retrouve des voix, parsemées avec précaution. Les mélodies sont aussi pesées que pensantes, et agrémentées d’un soupçon d’électronique parfaitement fondu dans l’ensemble. Au final, rien d’étonnant, ni de lassant.

Note :  

 

Drenge (éponyme)

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockSur leur premier album, les frères Eoin (guitare, chant) et Rory Loveless (batterie) proposent un rock low fi appétissant comme un cornet de frites à peine sorties du panier, de celles qui reluisent encore la graisse de cuisson. Goutant plus le blues que le punk, la sauce monte dès le départ, avec une guitare qui vrombit, des caisses et cymbales maîtres de leur cadence, et une voix qui en impose sans jamais partir en vrille. Avec ses rythmes variés et ses riffs efficaces, Drenge nous offre une purge franche et directe. Plus qu’une version anglaise de Black Box Revelation, on peut y voir une mouture épurée de Queens of the Stone Age, beaucoup moins minimaliste qu’il n’y paraît.

Note :  

 

The Horrors – Luminous

 

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockTels des nourrissons posés sur une montagne de babioles, le quintet de Southend aime toucher à tout. Après avoir tâté de multiples influences (entre autres New Wave, Rock Garage ou Shoegaze), les voilà affairés autour d’une sonorité rock pas si cold que ça - on pourrait appeler ça du « rock tiède ». Plus précisément, Luminous est trempé dans un moule de pop radieuse, comme le présage le titre de l’album, à la fois nonchalante et faussement rythmée, qui distille quelques touches psyché, tout en conservant un arrière-plan ombragé. Certes peu exacerbée, la recette est plus accessible que leurs précédentes compositions. De la palette de sonorités dévoilée, on peut pointer une multitude d’influences allant de Talk Talk aux Manic Street Preachers. Mais format pop ne signifie pas pour autant radiophonique, puisque la plupart des titres dépassent les cinq minutes. De quoi accentuer cet effet planant, léger mais persistant, dont s’orne cet album de bonne facture.

Note :  

08/05/2014

Détroit @ Rockhal

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Adolescent des années 90, j’ai grandi avec Noir Désir, sans jamais avoir été un fan. J’écoutais passer leurs standards sur les radios rock, « Aux sombres héros », « L’homme pressé », et à force j’en connaissais quelques paroles. Sans ressentir de réelle attirance, tout au juste tapais-je la mesure en l’air, avant de passer à autre chose. Des années plus tard, soit ces derniers mois, j’ai pris le soin de découvrir Détroit, le nouveau projet du revenant Cantat. Je vous fais grâce ici de mes impressions sur cet album, mais vous invite fortement à relire la chronique que j’en ai fait. C’est important pour la suite, et ça augmente mon audience.

 

Ce mardi, je m’attendais à découvrir en live les compositions de ce nouveau groupe, dans un contexte très intimiste. Par gêne ou désintérêt, aucun ami n’avait voulu m’accompagner, et je considérais cette réticence comme une généralité. En réalité, il ne fut jamais question du concert de nouveau départ que j’imaginais. Au lieu d’une poignée de motivés, c’est la foule des grands soirs qui se pressait devant la scène de la Rockhal, pour ce concert annoncé sold out depuis peu. Une foule venue pour célébrer le retour de son idole, davantage que pour découvrir ses nouvelles inspirations.

Le début du concert fait toutefois illusion. « Ma Muse », plage d’ouverture du dernier disque, plonge directement la salle dans une atmosphère tendue, où les frissons sont palpables. « Horizon » accentue ce départ aussi efficace que purgatif. Déjà, d’épars cris d’extase et d’allégresse retentissent. «Bertrand on t’aime » ; « Tu nous as manqué ! », autant de témoignages et d’autres, qui m’ouvrent les yeux sur la réelle importance du chanteur pour cette génération de fans, imprimés de son œuvre à même la chair. Sur scène, il n’en fait pourtant pas trop, vivant sa musique autant qu’il la fait partager, de sa voix écorchée. Son groupe, quatre musiciens dont Pascal Humbert, s’effacent naturellement derrière son aura, amplifiée par des années d’exil.

L’évidence se dévoile dès le troisième titre, le symbolique « A ton étoile », pioché dans le répertoire de Noir Désir comme le sera plus de la moitié de la setlist. Non, ses adeptes d’alors ne l’ont pas oublié, et pour célébrer la fin d’une si longue attente, il ne pouvait se contenter de dérouler ses derniers titres. A cet instant, Bertrand Cantat m’apparait clairement comme bien plus grand que Détroit. Partageant l’enthousiasme qu’on lui offre, il prend ses aises et se permet quelques traits de fantaisie entre les chansons. Le mélange des époques créé un ensemble vivant et cohérent ; aux titres populaires d’alors, Cantat en préfère d’autres qui lui tiennent plus à cœur, et trouvent parfaitement leur place parmi les nouveautés. Musicalement, c’est très bien rodé, seul « Droit dans le soleil », en début de rappel, souffre de précipitation et de quelques oublis de paroles. C’est après un interminable « Sa majesté », que la troupe finit en apothéose sur « Tostaky ». Histoire de clôturer la boucle par son commencement, et de contenter un public irrassasié, qui n’en peut plus de déclamer avec force : « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien ».

 

Détroit @ Rockhal

Mardi 6 mai 2014

 

Note :   

03/04/2014

Warpaint (éponyme)

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Formation cent pour cent féminine, Warpaint nous gratifie d’un second album noir et envoûtant. Une galette éponyme, qui nous rappelle au bon souvenir de la forte impression laissée par « The Fool », il y a quatre ans, et sur laquelle le quatuor pose délicatement des mélodies rock accrochantes, aussi brumeuses et élégiaques que des chants de sirène.

 

Fait irrémédiable lorsqu’on est face à un « girls band » de rock sombre : nos pensées nous ramènent comme un réflexe vers Siouxie & the Banshees. Les californiennes de Warpaint explorent bien le même univers, mais tel une analogie de The XX plus discrète et naturelle, elles ajoutent au style une dose efficace de sensualité, distillée sans artifice.  Ce second album, mené par l’entêtant single Love Is To Die, confirme en tout cas tout le bien qu’on pense d’elles.

 

Warpaint (éponyme)

Note :    

 

Ecoutez:

Love Is To Die

 

Keep It Healthy

 

 

31/03/2014

Bombay Bicycle Club - So Long, See You Tomorrow

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A l’aube de leur dixième année d’existence, la carrière des Bombay Bicycle Club semble prendre de l’ampleur. En témoigne le succès de « So Long, See You Tomorrow », le petit dernier qui outre-manche, taquine les grosses cylindrées au sommet des charts.

 

Qu’ils se soient cherchés trois albums durant, ou qu’ils aient accordé du temps à l’expérimentation, le band anglais trouve aujourd’hui sa patte dans un style pop rock empruntant à la world music des rythmes et sonorités parfumées, relents des pèlerinages musicaux du leader et unique producteur Jack Steadman. Mêlant guitares, sampling, électronique et divers instruments impromptus, la richesse musicale rayonne autant qu’elle impressionne. Cet éclatant travail créé une ambiance euphorique et ensoleillée, qui jamais ne lasse ni ne retombe. Ainsi, les Londoniens se distinguent nettement de leurs collègues,  gardent pour eux leur sincérité artistique, et évitent de se propulser au devant des stades par de la gonflette à la Coldplay, insipide et impersonnellePlus qu’une révélation, ce disque leur octroie un vrai statut de Next Big Thing. Si tel est vraiment leur destin, pourvu que le plumage ne nuise jamais à leur ramage.

 

Bombay Bicycle Club

So Long, See You Tomorrow

Note :   

 

 

Ecoutez :

Luna

Carry Me

Feel