31/03/2014

Blood Red Shoes (éponyme)

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Les Blood Red Shoes auront laissé passer trois albums avant de proposer leur éponyme. Tournant artistique ou paresse créative, ce quatrième tome des aventures d’Ansell et Carter, qui ne porte donc rien d’autre que leur nom de scène, se présente sous la forme d’un cocoon, dans lequel l’ampoule principale projette sur les murs poussiéreux son agonie stroboscopique.

 

A l’image de son intro à la dynamite, ce disque inspire un manque. Fougue et saturation répondent toujours présentes, par le biais d’une guitare qui ronronne comme un moteur. Fraîcheur et désinvolture semblent quant à elles soufflées par une maturité qui prive leur inspiration de cette étincelle d’innocence, laquelle pouvait libérer à n’importe quel moment du disque un hymne tel que furent autrefois « Heartsink » ou « I wish I was someone better ». Loin d’être mauvais, celui-ci manque toutefois d’authenticité, se déroulant tel un moulin à eau qui frappe la porte de l’adrénaline sans jamais parvenir réellement à faire frétiller les orteils.

 

Note :  

 

Ecoutez : The Perfect Mess

 

12/03/2014

Bruce Springsteen - Nebraska (1982)

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Sixième album du boss, Nebraska sort le 30 septembre 1982.  Il ne connait pas le succès populaire de « The River » ou « Born in the USA », mais reste à ce jour l’un des plus influents et plus encensés par la critique.

 

Ce que cet album a de remarquable tient dans sa conception. Au départ, Springsteen réalise des démos sur un enregistreur à quatre pistes, seul chez lui avec ses guitares, tambourin et harmonica. Par la suite, il enregistre bien ces chansons en studio avec son E Street Band, mais en accord avec ses producteurs, ce sont les démos qu’il décide de publier, car imprégnées d’une fascinante empreinte folk, mélo et personnelle. Cette décision entraine des difficultés techniques, car il faut réduire le bruit des bandes originales. Les techniciens de Columbia Records parviennent à améliorer suffisamment la pureté du son, maximisant le confort d’écoute tout en conservant son esprit « fait maison ». C’est ce qu’on appelle communément du « low fi ».

 

L’aura brut de ce disque se complète par ses textes. Des histoires d’hommes ordinaires confrontés au crime, ou sans  trop d’espoir en leur avenir. Des écrits sombres qui trahissent le mal-être duboss à cette période. Sur la plage titulaire qui ouvre le disque, il raconte à la première personne l’histoire cruellement vraie de Charles Starkweather. Un adolescent banal et fan de James Dean, qui en janvier 1958, à l’aube de sa vie d’adulte, se transforme en tueur de masse. Lors d’une virée de plusieurs jours entre le Nebraska et le Wyoming, il laisse dix victimes sur ses traces. Condamné à la chaise électrique, il est exécuté un an plus tard. Sa petite amie de 14 ans, qui l’accompagnait, écope quant à elle d’une longue peine de prison. Un doute plane d’ailleurs toujours sur son implication, de simple otage à participante active, doute tranché par Springsteen parlant pour « Charlie » dans sa chanson, lorsqu’il prononce « Sheriff when the man pulls that switch sir and snaps my poor head back, You make sure my pretty baby is sittin' right there on my lap ». On peut penser qu’à l’instar de toute l’Amérique de cette époque, cette histoire l’avait très affecté.

Ce sentiment d’impuissance se retrouve sur « Atlantic City », une chanson à la mélodie triste et captivante, qui raconte l’histoire d’un couple partant s’installer dans cette ville du New Jersey. Leurs espoirs s’effondrent rapidement, quand le narrateur se voit confronté à la mafia. Titre le moins minimaliste de l’album, on peut le retrouver sur la plupart des compilations « Best of » de Springsteen. Un clip vidéo fut produit à l’époque de sa sortie, montrant des images en noir et blanc de la ville avant son évolution économique. Quelques plages plus loin, le narrateur de « Highway Patrolman » est un représentant de la loi qui laisse son frère s’enfuir après avoir abattu quelqu’un. Sean Penn s’en inspirera pour son film de 1991 « The Indian Runner ». L’espoir, le positivisme, sont globalement absents du disque, si ce n’est sur « Reason to Believe », plage de clôture très imagée.

Contextuellement, Springsteen prenait un risque en proposant un album aussi écru au sommet de sa gloire. Au final, Nebraska permit au boss de franchir un palier supplémentaire, celui menant de la notoriété à la reconnaissance. De nombreux critiques affutés, de Picthfork à Rolling Stone magazine, le placent parmi les cent meilleurs albums de tous les temps. Souvent discutée et longtemps attendue par les fans, une version « électrique »  n’a pas encore vu le jour. Le large succès d’estime de l’originale, enregistrée chez lui en moins d’un mois, en est sans doute la raison.

 

Bruce Springsteen

Nebraska

1982

 

 

Ecoutez:

Nebraska 

Atlantic City

18/02/2014

Suuns - Images du Futur

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A l’oreille, on définirait volontiers Suuns comme l’homologue satanique de Tame Impala. D’après le titre de ce dernier album, leur vision de futur n’est guère réjouissante, idée confirmée dès son entrée au sein d'une brume chaotique et dépressive.

 

Tout au long d’Images du Futur, les Canadiens alternent caresses et coups de griffe, avec leur Rock ténébreux au rythme lourd et aux guitares acérées. Par endroits plus docile, s’apaisant au fil de son déroulement, l’album flirte parfois avec le psychédélique, sans jamais complètement s’y envoler. Se saisissent aussi au vol d’éparses notes pop qui aèrent l’ensemble. La profondeur imprimée est saisissante, merci aux tapis discrets mais décisifs. Bémols : le flot monocorde de certaines mélodies, et cette voix nasillarde, subissant l’atmosphère plus qu’elle ne la porte, greffent au disque une certaine gêne qui l’empêche de devenir un modèle du genre.

 

 

Suuns

Images du Futur

Note : ♪ 

 

 

 

Ecoutez : 

2020

 

21/01/2014

Détroit - Horizons

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Loin de moi l’envie de souffler sur les cendres d’une polémique vieille de plusieurs années, ou de donner vie à un nouveau débat n’ayant rien de plus constructif. Je constate néanmoins qu’il est un mécanisme, au sein de la nature humaine, qui brise les louanges et fustige la source de celles-ci, lorsque l’individu qui en est le sujet est aussi l’auteur d’un drame socialement inacceptable. Démonstration : que se passera-t-il si j’affirme sur ce blog qu’Adolf Hitler était le roi de la crêpe Mikado ? Eh bien, malgré l’inexistence de liens entre talent culinaire et tendances génocidaires, l’existence simultanée des deux étant dès lors parfaitement réalisable, je risquerai censure et diabolisation pour propagandisme extrême. Demandez donc à Lars von Trier ce qu’il en pense, après sa mésaventure de Cannes 2011. Il vous dira qu’aujourd’hui, le politiquement correct est un patron incompétent qui a la trouille du pouvoir dont il dispose.

 

Cette introduction extra musicale pour affirmer ce qui suit : même s’il a fait du très moche dans sa vie, Bertrand Cantat n’en est pas moins un putain d’interprète compositeur. Une évidence qui explose tel un feu d’artifice, après quelques secondes à l’écoute de ce nouveau projet, qui témoigne avant tout d’un fort désir d’accomplissement artistique. Car Cantat aurait pu baisser les bras, après la reformation inachevée de Noir Désir et moult autres bâtons dans les roues (qu’ils soient justifiés ou non, ici on s’en fout, c’est ce que j’essaye de vous expliquer dans le premier paragraphe).

 

En ouvrant cette boîte de Pandore sans autre ornement que son contenu, se déroule un fil d’une brillante tristesse et d’une remarquable poésie. On se laisse subjuguer par ces interpelantes métaphores, on se sent porter et envahir par ces sombres mélodies, dans l’ensemble posées, voire minimales dans les moments où seule une guitare répète quelques coups sous les mélopées cantales. Les quelques explosions, surgissant par surprise, se mesurent avec une certaine sagesse et un impact immédiat. Il y a, aussi, cette voix campée et tendue, à vif (qui peut franchement se contenter de Grand Corps Malade après avoir écouté ça ?). Beauté et émotion, grâce et abandon, profondeur et proximité, Horizons a tout du disque parfait. Cantat et Humbert nous offrent ici le meilleur album français depuis le Bleu Pétrole de Bashung. N’en déplaisent à certains.

 

 

Détroit

Horizons

Note :

 

 

Ecoutez:

Ma Muse

Droit Dans Le Soleil

 

11/12/2013

Suivez le fil

 

MGMT (éponyme)

MGMT_MGMT.jpgTrois ans après le très décevant « Congratulations », les MGMT prennent leur revanche avec un album éponyme, largement orienté vers l’électro-rock psychédélique. Ce nouvel opus nous plonge dans une ambiance tempérée, en forme de rêve éveillé, au cœur de laquelle zénitude et mélancolie se confondent en écho et dans le calme. Parmi ces dix nouveaux titres, il ne faut espérer trouver une pépite addictive et populaire, tels que furent jadis Kids ou Time to pretend. A défaut, le sextet américain réussit à greffer à ce disque une identité propre, en y dressant une atmosphère profonde et consistante. Ils prouvent de cette façon que leur talent ne s’était pas entièrement évaporé après leur premier album. Pas imparable donc, mais non moins dénué d’intérêt, ce troisième album de MGMT est au final une bonne surprise.

Note :

Ecoutez : Your Life is a Lie

 



Mount Kimbie - Cold Spring Fault Less Youth

Mount_Kimbie.jpgDuo très influent, Mount Kimbie sort un remarquable second album dans un style electro chill minimaliste, mais pas tant que ça. Les Anglais y usent et abusent de mélodies planantes et hypnotiques, sur lesquelles perlent de multiples percussions, fines et choisies sur le volet. La basse joue un rôle secondaire, mais elle sublime les titres sur lesquels elle intervient. Quant au saxophone, très discret, il ajoute à l’ensemble un gramme de sensualité. On peut regretter les pauses « Hip Hop », qui gênent davantage qu’elles n’étendent les variations de style, ainsi que l’imperfection de la production, sans doute désirée, mais qui n’apporte pas de réelle valeur ajoutée. Un son peaufiné à la perfection aurait sans doute eu le mérite d’exister… mais nous ne le saurons jamais.

Note :

Ecoutez : Home Recording

 


Anna Calvi – One Breath

anna_calvi_one_breath.jpgOn ne sait quelle mouche a piqué Anna Calvi, qui semble prendre son rôle de diva du rock au pied de la lettre. En témoigne ce nouvel album blues rock paré d’un style très 20e siècle, à l'orchestration légère mais à l'atmosphère pesante. Certains titres feraient d’ailleurs de parfaites BO pour de prochains films de James Bond. La blonde nous livre une interprétation tendue, très théâtrale, et saupoudrée d'un peu de folie, qui rompt avec la lisseur de son premier et précédent opus. Qu'elle se tasse ou s'envole, elle garde une parfaite maîtrise de sa voix, sans ressentir le besoin d'en rajouter des caisses. Globalement… car à la longue, les complaintes, gémissements ou longues tirades litaniques (lisez : de nombreux« haaaan » et « Haaa ha ha haaa ») peuvent lasser. Le paradoxe gênant de One Breath se situe dans l’opposition entre, à certains instants ses surprises, et à d’autres, son manque de sincérité. Anna n’est pas encore la nouvelle PJ Harvey, bien qu’elle y travaille.

Note:

Ecoutez : Sing to me

04/12/2013

Manic Street Preachers - Rewind the film

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De l’histoire extra-musicale des Manic Street Preachers, on retient surtout la disparition de Richard James Edward en 1995. Les deux semaines précédant une tournée promotionnelle aux States, Edward vide son compte en banque, retrait après retrait. Et du jour du départ, il ne donnera plus jamais signe de vie.  Une enquête permet de retracer son itinéraire ; son appartement de Cardiff, un hôtel de Newport, un bus, un taxi et enfin, une station service près du Severn Bridge, au nord de Bristol. D’autres témoignages existent, mais les conclusions sont que c’est de ce pont qu’il a mis fin à ses jours. Quand on évoque sa disparition, c’est au sens propre, car son corps n’a jamais été retrouvé. Edward ne sera déclaré mort « présumé » qu’en 2008.

 

Quant aux autres, ils ont continué à jouer sans lui. Sortant la bagatelle de cinq albums dans cette dernière décennie séculaire, et cinq autres dans la suivante. Toujours dans un style propre, un rock pop, propre, mais légèrement écorché. Avec leur longévité, et leur répertoire garni de tubes (« Motorcycle Emptiness », « A desire for a life », « La tristesse durera » en français dans le texte, « If you tolerate this your children will be next », ou ma préférée « There by the grace of God »), les Gallois sont sans doute l’un des groupes les plus sous-estimés de sa génération.

 

Rewind the film sort du cadre habituel. Moins spontané, et plus cérémonial, pour offrir au final autant de profondeur. Il multiplie les featuring (Lucy Rose, Richard Hawley, Cate Le Bon) et les orchestrations (cordes et cuivres, percussions variées), dans une atmosphère mêlant gaité et mélancolie, qui tient parfois du conte, bien influencée par le rock opéra des 70s. Les mélodies accrochent rapidement, apaisent et captivent sans créer de tension. Ne souffrant que de l’absence d’une explosion qui le rendrait presque parfait, le onzième bébé des Manic’s affiche une grande maturité. Aussi surprenant que ravissant.

 


Manic Street Preachers

Rewind the film

Note : 

 

 

Ecoutez:

Show me the wonder

Rewind the film

 

02/12/2013

Suivez le fil

Dirty Beaches – Drifter / Love is the devil

 

dirty-beaches-drifters-love-is-the-devil.jpgLa musique du Canadien Alex Hungtai ne respire pas la joie de vivre. Un son shoegaze et low-fi, bricolé sur du matériel tout collé de bière renversée, et dépressif à en sentir des cafards ramper sous les vêtements. Le genre à vous imprimer en tête migraine et idées noires. Pourquoi dès lors, ne pas éjecter cet album crasseux de sa platine après le premier morceau, le second pour les plus conciliants d’entre nous ? A cause de son atmosphère lourde, entêtante et envahissante. Peut-être aussi parce qu’il rappelle quelque soirée passée, aussi mystique qu’embuée.

 

Note :

Ecoutez : Casino Lisboa

 

 

Mikal Cronin - MCII

 

Mikal-Cronin-MCII.jpgBien qu’il officie au sein de plusieurs formations, Mikal Cronin, compositeur aux cheveux longs, trouve le temps de faire des albums en solo. MCII, le second, libère un rock zen, naturel et intemporel. A vrai dire, tellement aéré qu’il ne fait que passer en coup de vent. Rempli de béatitude, inspirant la détente, ce disque manque toutefois d’une vraie personnalité, d’un caractère propre, apte à marquer les esprits. D’un point de vue ambiance, c’est gai comme une plaine de festival ensoleillée. Mais musicalement, ce n’est pas vraiment authentique, ni hors du commun. On se retourne une fois ou deux, avant de passer à autre chose.

Note : 

Ecoutez : Change


 

Karl Hyde – Edgeland

 

Karl_Hyde_-_Edgeland_2013.jpgQuand le chanteur d’Underworld taille la route seul, il emprunte les départementales fleuries. Suffit les beats ravageurs de Born Slippy ou Push Upstairs. Sur son album solo, Karl Hyde (dont les traits rappellent autant Eric Zemour que Christophe Hondelatte) batifole gaiment dans un champ de pâquerettes, en caressant des petits lapins aux yeux de manga. Edgeland comprend neuf chansons, longues même quand elles ne le sont pas. De sa voix coulante et monotone, il nappe des mélodies platoniques et répétitives, gentillettes mais pas vraiment tendres ni intenses. Sympatoche, mais pas vraiment indispensable.

 

Note : 

Ecoutez : Cut Cloud