15/03/2013

Foals - Holy Fire

foals_Holy_Fire_II.jpg

 

 

 

Pour les avoir découverts en live, un peu par hasard, lors du Pukkelpop 2009, et pour les avoir revus deux ans plus tard en salle, j’affirme que Foals est l’un des meilleurs groupes rock de sa génération. Et ce n’est pas ce troisième album qui me fera changer d’avis. Parmi les dizaines, que dis-je, les centaines de groupes étiquetés « alternatifs » que ces dernières années ont vu éclore, ils ont ce truc bien à eux, électrique, tonifiant, et purement sincère, que d’autres tentent en vain d’attraper durant toute leur carrière. Au contraire de ces gars d’Oxford, dont on croirait qu’ils sont nés avec.

 

Holy Fire débute par un intriguant prélude à trois notes d’un son de guitare doux et tranchant à la fois. Une des deux signatures du groupe, avec la voix relevée de Yannis Philippakis. C’est au bout d’une trentaine de secondes de teasing que le rythme survient, et là, le remède commence déjà à agir. Dès les premières notes, alors que pas un mot n’a encore été dit, on est déjà emportés par un riff entêtant, sorte de hard rock mesuré, enrobé d’une moelleuse couche de groove. Les  titres se succèdent sans ralentir la cadence, on passe par un « My Number » au swing ensoleillé, et à la carrure de single. Plus loin, c’est « Latenight », et sa lente envolée, qui nous fait planer, tandis qu’ « Out of the woods » nous rend léger, et nous donne envie de danser. Pour les autres titres, y compris les plus calmes, les superlatifs ne manquent pas.

 

La griffe Foals réunit le meilleur de groupes tels The Temper Trap (parfois trop tendres) et Two Door Cinema Club (parfois trop lisses). Par moments, on peut également sentir l’influence des –déjà cultes- Alt-J. Avec en plus, je me répète, un son qui leur appartient, vivant, gonflé. Jouissif. Longue vie à eux.

 


Foals

Holy Fire

Note : ♪♪


 

Ecoutez :

My Number

 

01/02/2013

The Joy Formidable @ Atelier

IMG_2395.JPG

 


Pour leur première venue au Luxembourg, The Joy Formidable n’ont pas failli à leur réputation. C’est une véritable tempête de décibels qui s’est abattue entre les murs de l’atelier, ce jeudi soir.


D’emblée, on est frappé par leur envie. Leur prestation dégage une énergie vivifiante, rarement observée chez un trio. Ritzy Bryan, chanteuse guitariste blonde et menue, ne tient jamais en place. Elle sautille, manœuvrant sa guitare comme un bucheron sa tronçonneuse, en se mordillant la lèvre inférieure. Puis elle lève la tête et observe l'audience d’un regard écarquillé, en ne clignant jamais des yeux. A croire qu'en tournée, elle se nourrit exclusivement de caféine, par intraveineuse. Et lorsque la chanson se termine, la douceur regagne ses traits. Retrouvant son sourire de petite fille espiègle, elle se perd en remerciements envers une foule qui n’est pourtant pas venue en nombre.


Côté set list, ça balance du lourd dès le début. Après l’exaltant Austere, vient déjà le dernier single This ladder is ours, tout aussi piquant. On pense qu’ils ont grillé leurs meilleurs cartouches après dix minutes. C’est mal connaître leur répertoire, rempli de titres accrocheurs, qu’ils enchaînent pendant plus d’une heure sans laisser à l’adrénaline le temps de sécher. Si ce n’est, en milieu de set, une petite séquence « tendre et sentimentale » car oui, les spécialistes vous le diront, il faut toujours garder une petite chanson douce sous le coude. Plus tard, comme pour se rattraper, ils termineront l’unique mais conséquent rappel par un Whirring aussi jouissif qu’assourdissant.


J’en entends déjà me dire qu’il ne faut pas crier à la révélation, qu’on a déjà tout entendu. Soit, le rock existe depuis soixante ans, et personne aujourd’hui ne peut affirmer pouvoir le révolutionner. Mais ces jeunes Gallois possèdent néanmoins un talent peu ordinaire : celui de provoquer et d’optimiser l’excitation, sans jamais tomber dans la luxure. Maniant la puissance de leur jeu, ils en restent maîtres, et savent exulter en évitant de sombrer dans le trash metal anarchique, là où la frontière entre bruit et musique deviendrait très mince. Avec eux, le hard rock deviendrait presque accessible.



The Joy Formidable @ Atelier, Luxembourg

Jeudi 31 janvier 2013



 

joy formidable,atelier,rock

joy formidable,atelier,rock

joy formidable,atelier,rock

joy formidable,atelier,rock


11/12/2012

Suivez le fil - Amy MacDonald, The Gaslight Anthem, Grizzly Bear

Amy MacDonald – Life in a beautiful light

 

amymac.jpg

Malgré sa jolie bouille, son air de belle fille idéale, et ses fins doigts pour gratter sa guitare, Amy MacDonald fait partie de ces artistes dont le ramage s'éloigne sensiblement du plumage. On a beau écouter ce troisième album plusieurs fois, rien ne le distingue de ce que la ravissante Ecossaise fait depuis ses débuts : un pop folk doré mais lourdement standardisé, qu'elle nappe de sa jolie voix solennelle, et dont chaque titre est un calque du précédent. C'est loin d'être infect, mais c'est tellement huilé que ça s'engouffre dans une oreille, et ressort immédiatement par l'autre. Quel dommage, car avec un peu de surprise, de profondeur ou d’intimité, cela pourrait prendre une toute autre dimension. Avec tout ça, manquerait plus qu’elle soit moche…

 

Tarif : 4/10

Ecoutez : Slow it down 


 

The Gaslight Anthem - Handwritten

Gaslight-Anthem-Handwritten.jpg

Dans la série "le rock n'est pas mort", imaginez un mix entre la puissance des Foo Fighters, l'explosivité de Blink 182 et le style 'deep country roots' de Bruce Springsteen. Vous obtiendrez The Gaslight Anthem. Etrange que ces Américains pure souche ne bénéficient pas d'une autre popularité, tant leur rock au sens littéral semble taillé pour les stades. Handwritten est un album où s'enchainent les hymnes bien trempés, au poing serré et triomphateur. Si la recette n'est pas originale, saluons tout de même leur maîtrise du genre. Du vigoureux "45" qui l'ouvre à "National Anthem", la tendre balade acoustique qui le clôture, On ne s'ennuie pas une seconde à l'écoute de ce disque viril et frétillant, dédié à un public d'adulte qui a su garder en lui une part d'adolescence.

Tarif : 7/10

Ecoutez : 45


 

Grizzly Bear – Shields

grizzly-bear-shields.jpg

Les New-Yorkais de Grizzly Bear surfent sur la vague du succès de leur deuxième album, l’adulé Veckatimest qui avait trusté le top de tous les classements des meilleurs disques en 2009. Sur Shields, on retrouve cette orchestration naturelle et organique, ce chant élégiaque, et ces mélodies à la fois calmes et tempétueuses, qui les avaient alors élevés au rang de must du mouvement indé. Bien qu’issu du même moule, ce nouvel opus s’avère toutefois moins abracadabrant. En cause l’absence d’une franche surprise, ou d’une réelle envolée émotionnelle, comme celles provoquées par les titres Two Weeks et Ready, Able sur le précédent. Shields passe plutôt bien, mais à emprunter au caillou près le même chemin, il nous laisse sur notre faim.

Tarif : 6/10

Ecoutez: Yet Again



 

 

 

26/11/2012

Alabama Shakes - Boys & Girls

alabama shakes,rock,boys and girls

 

 

Je suis parfois lassé des radios qui ne diffusent que des chansons du siècle dernier, des titres usés, estampillés « AAD », auxquels il ne manque que le bruit du sillon. Des chansons qui m’ont fait découvrir la musique, mais qui tels des promenades d’enfant maintes et maintes fois parcourues, ne m’émeuvent plus davantage aujourd’hui. Ce ne sont pas ces chansons que je ne supporte pas, loin de là. C’est surtout la pensée, implicitement partagée par certains, que l’histoire de la musique s’est arrêtée en 1994, voire en 1980 pour certains. Et que rien de ce qui s’est fait depuis ne peut avoir d’intérêt. Malgré cela, aussi étrange que cela puisse paraître, j’ai apprécié le premier album d’Alabama Shakes.

 

Avec Boys & Girls, ces sudistes nous extirpent du 3e millénaire, pour nous replonger en pleine période seventies. Leur rock, à la limite du low-fi et aussi ensoleillé qu’une plaine de festival, se compose d’un rythme entre retenue et jovialité, de guitares mordantes et mélodiques, et d’une voix féminine étrangement peu éloignée de Robert Plant ou Jack White. Et surtout, leur musique s’absout de toute trace de fioriture ou d’artifice. Ce n’est pas un style bien arrêté qui empêche cet album de varier les humeurs, si bien qu’on y plonge entièrement même si l’on pense déjà avoir tout entendu. Les membres d'Alabama Shakes n’ont certes pas inventé ce style, mais ils le revisitent avec brio.



Alabama Shakes

Boys & Girls

Tarif : 7/10

 


Ecoutez:

Hold on

24/11/2012

The xx @ Rockhal

 

photo(1).JPG

 

 

A les écouter sur album, on peut craindre qu'un concert de The xx nous plonge dans un état semi-comateux. Les vingt premières minutes de la soirée sont en effet très calmes ; c'est le retard pris par les Londoniens avant que les lumières de la Rockhal ne s'éteignent enfin. Au commencement, un grand rideau bleu terne dissimule la scène ; on ne devine la présence du groupe derrière cette immense toile qu'aux premières notes de Angels, plage qui ouvre leur second album Coexist. Bientôt la douce voix de Romy Croft retentit dans les enceintes, et couvre les acclamations des premiers rangs, remplis de fans. Le volume des micros est au maximum, permettant à Romy de se faire entendre sans devoir crier - heureusement car on l'imagine mal hausser la voix. Sa silhouette s'esquisse derrière l'immense toile, avant que celle-ci ne tombe, dévoilant entièrement un trio à son habitude sombrement vêtu. Basse en main, Olivier Sim emmène son instrument dans une danse aquatique, tandis que Jamie Smith manie ses percussions synthétiques de son seul doigté.

 

A l'image d'une musique où aucun son n'est superflu, le lightshow s'avère très efficace. Distillant les couleurs de façon mesurée, il consiste principalement en une série de spots se mouvant tantôt vers le public, tantôt vers les artistes. L'intensité des lumières accompagne également celle du son, celles-ci se faisant plus confidentielles durant les chansons intimistes. C'est notamment le cas sur Fiction, lorsqu'Olivier dépose sa basse et s'empare des lead vocals. Sexy et chaleureuse, sa voix émoustille la partie féminine du public, qui ne se prive pas pour manifester son contentement.

 

A ceux qui leur reprochent une mollesse manifeste et permanente, le trio donne une bonne leçon. Alternant les chansons du premier et du second album, ils greffent leur set de passages profonds mais animés, faisant claquer des percussions électroniques claires, sans jamais tomber dans l'ambiance club discothèque. En accompagnement, la guitare amplifiée de Romy peaufine cette mutation de la griffe xx en un brasero décoloré, et unique en son genre. L'enchainement d'un titre à l'autre, souvent instantané, permet à cette envoutante atmosphère de ne jamais retomber. Les chansons ne sont pas interprétées telles que sur album, ce qui apporte une valeur ajoutée. Le groupe propose ainsi, parmi la setlist, un Missing très érotique, une surprenante version dance de Crystalised, et un VCR chargé d'émotion. L'apothéose survient avec la montée qui accomplit Infinity, chargée d'électricité, et que le groupe fait durer interminablement. Tandis que le rideau de fond de scène se relève, dévoilant un immense "X" en trois dimensions, qui finira par briller sur toute la salle.

 

On pense alors que le groupe a usé toutes ses cartouches. C'était oublier l'ouverture du premier album, une entêtante intro instrumentale, qui surgit comme une évidence, en début de rappel. Le concert se termine sur Tides et Stars, après qu'Olivier remercie le public à sa manière, peu chaleureuse en apparence, mais gravement sincère. Les xx ont réussi à emmener le public de la Rockhal au sein de leur univers, conservant une tension certaine et suffisante durant une heure vingt d'un concert aussi captivant que surprenant.

 

 

The xx @ Rockhal, Esch-sur-Alzette

Vendredi 23 novembre 2012

Publié dans Concerts | Commentaires (0) | 22:14 |  Facebook | | Tags : the xx, rock, indé, indie, rockhal | Lien permanent

19/11/2012

Birdpen - Global Lows

Birdpen_global_lows.jpg

 

 

 

Dave Penney est un artiste à la carrière atypique. Chanteur d’Archive, collectif référence du rock progressif anglais depuis plus de dix ans, il est aussi le leader de la formation Birdpen, dont la renommée est bien plus timide. Dans les faits, Dave « Pen » fonde Birdpen en 2003 avec son compère Mike Bird - « Bird » et « Pen » qui fondent « Birdpen », admirez la subtilité. Ce n’est qu’un an plus tard qu’il est invité à devenir membre perpétuel d’Archive. Aujourd’hui, il alterne les tournées avec l’un puis l’autre, pouvant ainsi jouer un soir au « Belvédère » de Namur devant une petite centaine de personnes, et deux mois plus tard, assurer la tête d’affiche de « Rock en Seine » devant des milliers de festivaliers.

 

Si on ne présente plus Archive, il est toujours utile de parler de Birdpen, tant ces derniers taquinent qualitativement les premiers. A l’oreille, les similitudes sont flagrantes ; la voix est bien sûr identique, mais les deux formations occupent également la même case musicale, celle d’un rock alternatif intense et surprenant, influencé par Pink Floyd et Massive Attack. Birdpen se distingue néanmoins par une moindre présence de sons et effets électroniques, mais globalement, il n’y a aucune raison d’apprécier l’un et pas l’autre. Il est même fort probable que sous un label plus imposant, le groupe fondé par Penney remplirait les mêmes salles que celui dont il n’est « que » l’invité permanent. Mais est-ce réellement le but recherché ? On peut en douter.

 

Avec Global Lows, Penney et son groupe « shadow » confirment les excellentes impressions laissées il y a trois ans par le très encourageant « On Off Safety Danger ». Intense et tourmenté, ce second opus se pose entre rock et post rock, gardant l’accessibilité du premier, et gagnant la profondeur du second. Les mélodies sont poignantes et accrocheuses, et de légères doses de minimalisme y sont efficacement distillées. Et dans ce contexte où le risque est grand de plonger dans l’excès de sanglots ou d’hurlements, la voix de Dave Pen se pose divinement sur sa musique. Il y a de ces chansons dont le trouble nous attache véritablement au fauteuil, comme « Saver Destroyer », ou le splendide « Nature Regulate ». D’autres comme « Sorrow », et son intro aux violons, ont davantage une saveur de pop rock mélo. Mais quelque soit son genre, chaque titre s’accroche aux tympans, et ne s’en détache que très difficilement.


On a rarement vu un deuxième album aussi bon, succéder à un premier qui déjà, atteignait un certain niveau. On a rarement vu un groupe aussi talentueux se contenter d’une popularité si légère. Ils seront de passage chez nous en cette fin d’année, à Bruxelles le 20/12 et à Liège (Chênée) le 21/12. Je ne saurais vraiment trop vous conseiller d’aller les voir.  

 


Birdpen

Global lows

Tarif : 8.5/10


 

Ecoutez :

Nature Regulate

Saver Destroyer

Sorrow


05/11/2012

LIARS @ Orangerie du Botanique

IMG_1972.JPG

 

 

 

Liars sont connus pour leur sens aigu de l’expérimentation, qui s’étend bien au-delà du simple concept de musique alternative. Ce vendredi, sur base de leur dernier né Wixiw, le trio de Brooklyn offre au public de l’Orangerie une prestation en plusieurs dimensions simultanées. Le premier niveau, basique, s’arrête à la simple perception visuelle et auditive. Nous avons face à nous trois artistes dont la pilosité dilettante contraste avec la classe vestimentaire. Affairés sur leurs instruments, plongés en pleine transe tribale comme le serait un conducteur de train sous LSD. Armé de bourdons à répétition, le tableau musical, de type électro rock, nous semble gentiment bordélique. Pour ce qui est du chant, il est à la limite de la justesse. Pour sûr, Angus Andrew n’est pas le genre d’artiste à chanter pour la communion de sa petite cousine, sur insistance de la famille.

 

Mais Liars, c’est bien, éminemment plus que cet apparent fatras. En vérité, le trio nous emmène là où yeux et oreilles s’aventurent rarement : à l’intérieur de l’œuvre. Au fur et à mesure que le concert défile, ce qu’on a sous les yeux se transforme en un tableau d’art contemporain, que l’on voit en 3D sans avoir besoin de porter des lunettes. Un tapis épais et poussiéreux, sur lequel la crasse s’amoncèle depuis la période punk, mais qu’un artiste expressionniste a gratifié de trois coups de pinceau magistraux. Avant de nous en apercevoir, nous sommes aspirés dans cette cuve d’eau de vie parfumée au tournesol.

 

Ce potentiel énorme, ils parviennent à le dompter sans mal. Le fauve s’aventure bien au bord de l’arène, parfois à la limite de leur portée, mais s’arrête avant d’être en mesure de semer le trouble. Ils nous semblent toutefois, à de minces reprises, contrôlés eux-mêmes par leur musique. Une musique en plusieurs dimensions, qui s’introduit en nous comme un clou rentre dans un mur, bien au-delà de l’effet provoqué par leurs enregistrements studio.

 


Liars @ Orangerie du Botanique, Bruxelles

Vendredi 2 novembre 2012.