17/09/2012

Dry the River - Shallow Bed

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Encore un groupe de rock folk ! Leur nom, leur style, la pochette de ce premier album, donnent aussitôt l’image d’un groupe formé au bord d’un ruisseau parfumé de brise, sous un arbre à écorce écaillée où ils auraient répété leurs premiers morceaux, au milieu des fougères, cailloux et des oisillons. Mais que l’écoute de cet album ne laisse pas vos désirs d’évasion influer sur vos impressions… Dry the River provient de Statford, en plein cœur des quartiers est-londoniens.  

 

Shallow Bed présente tous les ingrédients classiques du folk indé : une musicalité riche, des rythmes capricieux, des mélodies émouvantes et organiques, jouées par un ensemble orchestral très acoustique. Le quintet, puisque c’en est un, use à foison d’instruments à corde et à vent. Ce n’est là rien de bien neuf ; ces Anglais ne sont pas les premiers, ni les deuxièmes, à faire revivre cette griffe très roots. Mais par rapport à des groupes comme Midlake, Fleet Foxes ou Siskiyou, Le petit « plus » apporté par Dry the River consiste en un chant dominant et gonflé de tragique. Une voix à la fois chaleureuse et déchirante, qui n’est pas sans rappeler celle de Jamie Stewart du groupe Xiu Xiu, dans un style musical certes tout à fait différent. Parlant de style musical, on retrouve également sur Shallow Bed une savoureuse touche bohème comparable à du Beirut, tandis qu’à d’autres moments, l’album adopte une coloration country. Voilà pourquoi il mérite votre intérêt : le riz et le poisson existent depuis l’aube des temps, reproche-t-on pour autant à l’inventeur des sushi de manquer d’imagination ?

 

 

Dry the River

Shallow Bed

Tarif : 7/10



Ecoutez :

No Rest

Shield your eyes


21/08/2012

Suivez le fil

Islands – A Sleep and A Forgetting

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Formation canadienne née en 2005, Islands propose son quatrième album. Un opus aéré, élégant, à tendance folk très marquée, oscillant entre blues séduisant et cha-cha apaisant. Il règne dans cette bulle une atmosphère de quiétude qui jamais ne tourne à l’orage, et ce même lorsque le rythme s’accentue. L’ensemble orchestral est dénué d’artifice, et aucun instrument n’y prédomine réellement. A sleep and a forgetting est un album fringant certes, mais dont le manque d’intensité se fait vite ressentir. Ce style alangui peut ainsi provoquer un léger ennui, d’autant qu’il est dépourvu de réelle surprise.

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : This Is Not A Song


Linkin Park – Living Things

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Au-delà de leur statut de groupe commercial post-moderne, il faut reconnaître à Linkin Park le talent d'avoir conquis la planète, grâce à leur nouvelle recette où metal et hip-hop se mélangent au sein d'une sauce qui reste néanmoins comestible. La qualification de "nouvelle" était valable au début de ce siècle, alors que le groupe d'Agoura Hills s'emparait des ondes internationales. Depuis lors, il faut bien admettre que le renouvellement ne fut jamais à l'ordre du jour. Sur Living Things, les Californiens font ce qu'ils ont toujours fait de mieux : aligner les titres punchy, chargés de beat et de guitares, emmenés tantôt par le flow de Mike Shinoda, tantôt par la voix puissante de Chester Bennington. Ils ne surprendront pas leur monde par ce nouvel opus, mais peut-être bien par leur capacité à trouver de nouvelles formules accrocheuses à partir des mêmes ingrédients. Entre l'infâme redécoupe de boucherie et la divine multiplication des pains, libre à chacun de se faire sa propre opinion.

 

Tarif: 6/10

Ecoutez : Burn It Down


 

Peter Kernel – White Death & Black Heart

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La question n’est pas de savoir qui est Peter Kernel, mais bien qui sont-ils. Peu renommé en Europe, ce trio d’origine canadienne nous apporte ici un second album de rock sec et carré, sombre et envoûtant. Embué de mélodies low-fi, il baigne dans une nonchalance certaine, qui contribue à alléger un rythme lourd et très carré. C’est un disque au caractère hargneux, au style bien ancré dans la période New Wave dite « post punk », dont votre serviteur est friand. Peu surprenant certes… si ce n’est juste quand il le faut. Au moment pile où on commence à le trouver itératif, il se met à résonner d’airs troublants (The captain’s drunk), puis endiablés (The Peaceful), voire les deux à la fois (We’re Not Gonna Be The Same Again) qui lui ouvrent une dimension de profondeur supplémentaire, quelque part entre The XX et les Breeders. White Death Black Heart est un album cru, à la simplicité purgative et exempt de toute chafouinerie. Surtout, rappelez-vous de ne pas vous arrêter aux premières plages !

 

Tarif : 7/10

Ecoutez : Panico ! This is love

 

05/07/2012

Gossip @ Rockhal

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On l'oublie souvent, mais un bon concert dépend beaucoup du public. Si la foule affiche le même entrain qu’un plateau de fruits de mer, le groupe qui joue sur scène aura beau titiller l’excellence, la prestation n’en aura pas moins un arrière goût amer de DVD soldé. Les membres de Gossip peuvent en témoigner, après leur passage ce mardi entre les murs d’une Rockhal sans grande âme, où les spectateurs se sont contentés d’apprécier les principaux tubes du trio américain.


La soirée ne commence pas sous les meilleurs auspices, à cause une première partie chaotique, assurée par un groupe de rock garage qui empeste l’amateurisme. Avec sa voix sèche, criarde et décousue, la chanteuse se fait moins remarquer par son talent que par sa tenue plus décharnée que réellement affriolante, et son comportement favorisant l’ouverture à tout style de proposition. De quoi spéculer sur les raisons réelles de sa présence sur cette scène, bien trop grande pour son envergure. On attend déjà la troupe de Beth Ditto avec impatience.


Celle-ci arrive sur les coups de 21h. Respectant son image de Diva crue et sans complexe, Beth a revêtu une courte robe léopard dont l’absence de manches met en valeur ses tatouages « Made in Jail » sur les bras. La petite bombe vocale affiche sa bonne humeur, se dandinant de gauche à droite de la scène, transpirant mais ne manquant jamais de souffle grâce à son coffre impressionnant. Entre les chansons, elle sirote un apéritif, rote en accusant son bassiste, et s’offre même le luxe de fumer une cigarette sur scène. Elle avoue, aussi, son amour pour Patti Smith, qui occupe la salle d’à côté en cette même soirée


La playlist se base principalement sur le généreux « Music for men », sorti en 2009. Les rythmes pop rock, très emballants, s’accompagnent d’un léger arôme de funk, et les guitares restent fort présentes. La tournure « synthpop » du dernier album ne se ressent pas, et c’est tant mieux, puisque les titres qui en sont extraits sont saucés rock. Beth et ses ouailles lancent également des reprises ; on reconnait « Psycho killer » des Talking Heads ou, plus loin, les paroles de « Smells like teen spirit » mixées sur l’explosif et inévitable « Standing in the way of control ».


Tous les ingrédients sont donc réunis pour passer une excellente soirée. Tous ? Non, car une audience irréductiblement flegmatique résiste encore et toujours aux bonnes ondes. Là où d’autres publics exultent, celui de la Rockhal se contente d’osciller de la tête et d’applaudir mollement. Il en va de même pour les premiers rangs, noyaux habituels de clameurs et mouvements, qui en ces lieux font figure de piquets de grève contre la joie. Beth s’en étonne ouvertement, qualifiant ce concert de « Quietest show ever », ironisant sur le fait qu’elle risque bientôt de s’asseoir sur le côté et profiter du silence pour ouvrir un bouquin. Sur des coups improvisés de basse et grosse caisse, elle invective la foule à taper dans les mains, mais ses tentatives échouent au bout d’une bonne minute trente. Alors, à quelques chansons de la fin, Beth se lasse. Adieu rots, papotages et humeur frivole, à présent la plantureuse chanteuse se contente de faire son boulot, comme une chanteuse d’opéra. Ce public mollasson se réveille pour « Perfect world », le dernier tube radiodiffusé, et se revigore en début de rappel, lorsque Beth n'apparait pas sur scène en même temps que son groupe, mais surgit directement au milieu des gens. Avant de partir, un dernier « Heavy Cross » provoque une légère ferveur, loin d'atteindre la chaleur reçue par le groupe au Rock Werchter 2012, où il se produisait le samedi précédent.


Le show proposé par Gossip fut spontané, excitant, et musicalement au point. Mais l'exploit du public, à savoir rester de marbre devant un tel défoulement, fut encore plus grand... A croire que ce mardi, beaucoup de spectateurs seront simplement venus voir « le groupe de rock avec la grosse qui chante (sic) », sans l'intention d'en profiter comme il se doit. Ils n'auront qu'à s'en prendre à eux-mêmes si Beth et les siens décident de ne jamais revenir au Luxembourg, ce qui au vu de l'accueil reçu, serait bien légitime.



Gossip @ Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg.

Mardi 3 juillet 2012

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20/06/2012

Sigur Rós - Valtari

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Il aura fallu attendre quatre ans pour que Sigur Rós, groupe phare du mouvement post rock, sorte un nouvel album. Quatre années durant lesquelles Jonsí, son leader à la sensibilité hors du commun, n'a pas chômé.

 
Il y a d'abord eu « Riceboy Sleeps », un disque instrumental, libellé à son nom et celui de son partenaire Alex Somers. Ensuite, Jon Birgisson a sorti son album solo, sobrement intitulé « Go », une somptueuse galette enveloppée de joie et d'optimisme. S'en est suivi une tournée internationale des salles et festivals, et comme si ça ne suffisait pas, il enchaîna sur la composition d'une bande originale pour le film « We bought a zoo ». Je vous passe la liste complète de ses participations éphémères, et autres éclairs de génie isolés comme cette bouleversante reprise de « Time to pretend » de MGMT qui ferait croire Dieu.

 

L'Islandais n'arrête jamais, à se demander s'il lui arrive simplement de dormir. Et le plus incroyable, c'est que cette suractivité ne déprécie nullement la qualité de son œuvre. La preuve avec Valtari, nouvel opus étiqueté Sigur Rós, qui démontre que Jonsí est décidément incapable de sortir quelque chose de mauvais ou d'inachevé.

 

Si l'avant-dernière œuvre de Sigur Rós, « Með suð í eyrum við spilum endalaust », s'orientait davantage vers un format radiophonique, Valtari s'en éloigne sensiblement, pour revenir vers leurs premiers amours. Entendez  de longues aubades sans tempo véritable, alternant les mélodies organiques, majestueuses ou simplement tendres, sur lesquelles Ruissèlent des notes récitées en Vonlenska, la langue imaginaire inventée par Jonsí.

 

Cet album ne réserve aucune surprise aux fans invétérés, mais il se caractérise avant tout par une douceur intense et enveloppante, déchirée une seule fois par un passage orageux. Les trois derniers titres sont même d'un calme profond, pour ainsi dire redondant. Valtari s'absout donc de tout hymne à la joie, tels que ceux qui ouvraient « Með suð í eyrum við spilum endalaust » et « Go ». Il n'en est pas moins troublant et, à sa manière, réchauffant. C'est, à nouveau, de l’art acoustique à l'état naturel, qui démontre la capacité de son auteur à greffer une toute autre dimension au mot musique. Mais ça, on le savait déjà.

 

 

Sigur Rós

Valtari

Tarif: 8/10



Ecoutez:

Varúð

 

17/06/2012

The Temper Trap (album éponyme)

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Modelé sur une base pop rock gonflée à bloc, The Temper Trap, du groupe du même nom, présente douze chansons hautes en couleurs. De celles qui se chantent le poing serré et les yeux fermés, et où le thème de l’amour est omniprésent. Chacun des douze titres transpire la motivation, l’envie d’étaler un style, de ne laisser sur leur passage que des bouches bées. Malgré ces aspirations à la hauteur de leur talent, ce second album laisse un goût de trop peu. 

 

« Conditions », le premier opus du sextuor australien, bluffait par son caractère bien trempé.  Les trois premières plages, addictives et entêtantes, imposaient à elles seules un style fort et particulier. Cette patte magique, on ne la retrouve que trop peu sur ce nouvel album éponyme. L’assurance est plus que jamais présente, mais le pudding servi en fanfare n’a plus grand-chose d’authentique. C’est le dessert présenté au buffet d’un mariage unissant la synth-touch cérémoniale de Hurts, et le pop rock néo-conventionnel des Killers. Des plages plus douces aux plus athlétiques, tout est mis en œuvre pour provoquer l’émotion. Hélas, au lieu de rechercher la profondeur, les mélodies se contentent d’arroser en surface. En témoigne le chant de Dougy, qui se sent obligé de percer les aigus là où ça n’est pas toujours nécessaire, ou de prendre un ton solennel peu naturel, rendant sa voix méconnaissable.

 

C’est ainsi que l’une des meilleures découvertes de 2010 rate le coche de la confirmation. Avec ce nouvel essai, The Temper Trap chute, à dessein ou non, dans la fausse sincérité. Même si certaines chansons (London’s Burning, Rabbit Hole) sortent de ce lot peu désirable, d’autres comme «Dreams » ou « I’m gonna wait » suintent d’inintérêt. Dans l’ensemble, l’album est bien moins franc que la déception qu’il provoque.

 

 

The Temper Trap

Album éponyme

Tarif : 4/10

 

 

Ecoutez :

I need your love


12/06/2012

Gossip - A Joyful Noise

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A Joyful Noise est le cinquième album de Gossip. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Standing in the way of control, celui qui a immiscé leur succès en 2006, était déjà leur troisième. Trois ans plus tard vint Music for men, qui finit d’asseoir le trio dans les fauteuils de la célébrité. Quant aux deux premiers, ma foi, ils ne demandent qu’à être découverts sur le tard.

 

A Joyful Noise, un album au titre bien trompeur, qui aurait davantage caractérisé ces deux précédents opus. Il est à supposer que la transition entre l’anonymat presque complet des bars de l’Arkansas, et les marches du festival de Cannes et autres défilés Gaultier, ça vous embourgeoise une chanteuse. La dernière création en date du groupe de Beth Ditto propose une musique bien plus light, où les guitares sont effacées par des riffs électroniques basiques, eux-mêmes écrasés sous le poids vocal de cette artiste hors du commun. En témoigne le premier single « Perfect World », démontrant cette rentrée dans le rang de la pop music, et des grandes ondes nationales.

 

Certes, le rythme reste soutenu. Mais c’est précisément ce mélange guitare – voix explosif qui donnait aux précédents albums tout son caractère et sa témérité. Ainsi dépouillé, A Joyful Noise se vautre dans un style dance rock des plus conventionnels, assurément appuyé, mais où la griffe Gossip perd tout son tranchant. Et intrinsèquement, ce ne sont pas de légers parfums de funk ou de soul qui empêchent cette galette de tourner en rond du début à la fin. La relève de Madonna semble être assurée, au grand dam des fans de la première heure.



Gossip

A Joyful Noise

Tarif: 3/10


Ecoutez :

Perfect World


Réécoutez :

Standing in the way of control

8th Wonder


10/05/2012

Blood Red Shoes - In Time To Voices

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Les Blood Red Shoes reviennent avec l’album de la maturité. Troisième du nom, In Time To Voices se veut plus réfléchi que ses prédécesseurs. Dans une atmosphère aussi embrumée que la pochette du disque, Ansell et Carter distillent un rock toujours aussi gras, mais légèrement plus sombre. Le duo affine le caractère de sa musique, bien trempée, puissante et lourde, au rythme mesuré, se retenant de tomber dans une espèce de rock trop speedé, dont l’écoute dans les maisons du 3e âge augmenterait la mortalité bien plus qu’une vague de canicule. Si ce n’est le défoulant « Je me perds », en français dans le texte, ne se trouve sur cette nouvelle galette aucun hymne réellement purgatif, tels qu’étaient « Don’t ask » ou « Heartsink » sur la précédente. Le calme (relatif) est même de mise sur des titres comme « Two Dead Minutes », « Silence and the drones » ou le surprenant « Night Light », pour lequel la frétillante Laura Mary se fait aussi douce que son minois, troquant sa massive huit cordes contre une guitare acoustique au son presqu’impur.

 

De tout cela, il résulte un album rock certes terne, mais écoutable par tous, au long duquel aucune plage ne préjudicie l’ensemble. Bien sûr, puisqu’on ne peut demander à un duo d’étaler une orchestration large et variée, In Time To Voices est desservi par un léger aspect répétitif, mais qui se dissipera si l’on prête bien attention à la suite des plages qui défilent sur la platine.


Blood Red Shoes

In Time To Voices

Tarif: 6.5/10


Ecoutez:

Cold
Stop Kicking