14/11/2012

Vitalic @ Rockhal

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Vitalic en live, c'est du pile ou face. Dans un grand soir, le Bordelais est capable d’envoyer un set des plus explosifs. La fois suivante, il pourra se montrer mal inspiré, ou mis à mal par une technique de piètre qualité. Le concert de ce vendredi, dans une Rockhal Box démeublée de son habituel bar, tenait heureusement plus des soirées de liesse.

 

Précédé par un DJ aussi sobre qu’efficace, mais dont j’ai oublié le nom (il ne m’en voudra pas), le Français a offert un concert à bonne température, mais qui sentait plus le set que le réel direct. Il ne suffit pas de poser maladroitement quelques bandes de scotch noir sur la pomme d’un ordinateur, pour donner à un show toute la ferveur d’une vraie prestation live... pas plus que de monter une batterie sur scène. Pour le visuel, ça marche, puisque l’instrument est bien plus volumineux qu’un mac book. Mais à compter les coups de bras du batteur, on se rendait bien compte que ce dernier n’était pas la seule origine de la myriade de percussions distillées au sein de la musique, bien électronique pour sa part. So what ? Certes aidé par un show lumineux assez inhabituel pour l’endroit, Vitalic a tout de même réussi à sublimer un public luxembourgeois généralement bien calme (voire amorphe, ce n’est pas Beth Ditto qui le démentira), en imprimant un set continu, mélange de ses trois albums studio, qui alternait à la perfection montées et descentes mesurées. Et dont l’apothéose, hélas assez pressée, fut digne de son statut de référence de l’électro internationale. On a apprécié retrouver ces hits qui ont tant fait chauffer notre ipod, de Pony part I à My Friend Dario, en passant par un Seven Lives comme toujours purgatif. Pour ma part, il ne manquait à cette set list qu’un Fanfares original, qui aurait sans doute dénoté avec le reste, mais qui m’aurait sans doute poussé à finir ma bière et à me jeter dans les premiers rangs.

 


Vitalic @ Rockhal, Luxembourg

Vendredi 9 novembre 2012


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14/07/2012

M83 @ Rockhal

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« On était venus ici il y a trois ou quatre ans, et la salle était beaucoup moins remplie ! Nous sommes donc ravis de revenir jouer pour vous ! ». Ces quelques mots sont, à peu près, les seuls prononcés par Anthony Gonzalez, le leader de la formation française M83, qui s’échoue dans la box de la Rockhal en ce jeudi 12 juillet. L’éclatante sincérité qui les accompagne tend à montrer que malgré le succès récemment grappillé, le melon n’est pas encore à l’ordre du jour.


Le concert débute par l’apparition sur scène d’un étrange humanoïde à peau terne, trompe nasale et yeux globuleux. De ses doigts flottant dans l’air jaillissent des rayons laser qui se perdent dans la foule. La visite de ce messager venu d’ailleurs précède de peu l’arrivée du groupe, à composition très éclectique. Gonzalez s’accompagne d’un batteur entre deux âges et discret, comme le sont la plupart des percussionnistes, d’une musicienne vocaliste à longue chevelure ondulée aussi noire que sa robe du soir, et d’un jeunot survolté qui ne reste jamais en place.


La troupe évolue dans un décor de science fiction. Devant un fond de scène entièrement étoilé, trois immenses carrés digitaux posés sur leur coin diffusent une myriade d’effets lumineux. A chaque tube sa propre atmosphère visuelle, avant que la salle ne plonge dans le noir entre chaque chanson. Ce showlight effervescent ferait passer celui de Lady Ga Ga pour un jeu d’allumettes mouillées ; le groupe essaye d’en mettre plein la vue, mais aussi plein les oreilles. Si le visuel subjugue, la playlist proposée en fait de même.


Le son M83 est intemporel. Entêtantes et séductrices, les mélodies donnent au concert une allure de bande originale de songe. Le groupe alterne les couplets au schéma pop rock classique, les gimmicks qui s’enracinent en tête, et les longues montées instrumentales qui regorgent de tension. A certains moments, on frôle le post rock lancinant, au rythme fracturé. Cette plongée dans le rêve éveillé est renforcée par un chant groupé, souvent chuchoté, et hautement sophistiqué. Les guitares se noient dans une houle d’arrangements électroniques, et on ne distingue pas toujours le son des cordes dans cette tempête de décibels. Le concert s’accompagne également d’une bonne dose de sampling, qu’on pourrait leur reprocher pour des raisons de spontanéité. Mais les effets préenregistrés restent minimes, c’est même un vrai saxophoniste qui débarque sur le terrible et attendu Midnight City. Le concert n’est terni que par le statisme du public de la Rockhal, décidément bien mou en cet été pluvieux. Mais qu’importe, les membres surmotivés de M83 auront ravi leurs vrais fans avant tout.



M83 @ Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg

Jeudi 12 juillet 2012

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05/07/2012

Gossip @ Rockhal

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On l'oublie souvent, mais un bon concert dépend beaucoup du public. Si la foule affiche le même entrain qu’un plateau de fruits de mer, le groupe qui joue sur scène aura beau titiller l’excellence, la prestation n’en aura pas moins un arrière goût amer de DVD soldé. Les membres de Gossip peuvent en témoigner, après leur passage ce mardi entre les murs d’une Rockhal sans grande âme, où les spectateurs se sont contentés d’apprécier les principaux tubes du trio américain.


La soirée ne commence pas sous les meilleurs auspices, à cause une première partie chaotique, assurée par un groupe de rock garage qui empeste l’amateurisme. Avec sa voix sèche, criarde et décousue, la chanteuse se fait moins remarquer par son talent que par sa tenue plus décharnée que réellement affriolante, et son comportement favorisant l’ouverture à tout style de proposition. De quoi spéculer sur les raisons réelles de sa présence sur cette scène, bien trop grande pour son envergure. On attend déjà la troupe de Beth Ditto avec impatience.


Celle-ci arrive sur les coups de 21h. Respectant son image de Diva crue et sans complexe, Beth a revêtu une courte robe léopard dont l’absence de manches met en valeur ses tatouages « Made in Jail » sur les bras. La petite bombe vocale affiche sa bonne humeur, se dandinant de gauche à droite de la scène, transpirant mais ne manquant jamais de souffle grâce à son coffre impressionnant. Entre les chansons, elle sirote un apéritif, rote en accusant son bassiste, et s’offre même le luxe de fumer une cigarette sur scène. Elle avoue, aussi, son amour pour Patti Smith, qui occupe la salle d’à côté en cette même soirée


La playlist se base principalement sur le généreux « Music for men », sorti en 2009. Les rythmes pop rock, très emballants, s’accompagnent d’un léger arôme de funk, et les guitares restent fort présentes. La tournure « synthpop » du dernier album ne se ressent pas, et c’est tant mieux, puisque les titres qui en sont extraits sont saucés rock. Beth et ses ouailles lancent également des reprises ; on reconnait « Psycho killer » des Talking Heads ou, plus loin, les paroles de « Smells like teen spirit » mixées sur l’explosif et inévitable « Standing in the way of control ».


Tous les ingrédients sont donc réunis pour passer une excellente soirée. Tous ? Non, car une audience irréductiblement flegmatique résiste encore et toujours aux bonnes ondes. Là où d’autres publics exultent, celui de la Rockhal se contente d’osciller de la tête et d’applaudir mollement. Il en va de même pour les premiers rangs, noyaux habituels de clameurs et mouvements, qui en ces lieux font figure de piquets de grève contre la joie. Beth s’en étonne ouvertement, qualifiant ce concert de « Quietest show ever », ironisant sur le fait qu’elle risque bientôt de s’asseoir sur le côté et profiter du silence pour ouvrir un bouquin. Sur des coups improvisés de basse et grosse caisse, elle invective la foule à taper dans les mains, mais ses tentatives échouent au bout d’une bonne minute trente. Alors, à quelques chansons de la fin, Beth se lasse. Adieu rots, papotages et humeur frivole, à présent la plantureuse chanteuse se contente de faire son boulot, comme une chanteuse d’opéra. Ce public mollasson se réveille pour « Perfect world », le dernier tube radiodiffusé, et se revigore en début de rappel, lorsque Beth n'apparait pas sur scène en même temps que son groupe, mais surgit directement au milieu des gens. Avant de partir, un dernier « Heavy Cross » provoque une légère ferveur, loin d'atteindre la chaleur reçue par le groupe au Rock Werchter 2012, où il se produisait le samedi précédent.


Le show proposé par Gossip fut spontané, excitant, et musicalement au point. Mais l'exploit du public, à savoir rester de marbre devant un tel défoulement, fut encore plus grand... A croire que ce mardi, beaucoup de spectateurs seront simplement venus voir « le groupe de rock avec la grosse qui chante (sic) », sans l'intention d'en profiter comme il se doit. Ils n'auront qu'à s'en prendre à eux-mêmes si Beth et les siens décident de ne jamais revenir au Luxembourg, ce qui au vu de l'accueil reçu, serait bien légitime.



Gossip @ Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg.

Mardi 3 juillet 2012

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15/12/2011

Selah Sue @ Rockhal, mercredi 14 décembre 2011

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2011 restera comme l'année de Selah Sue. Sa Flandre natale, qui l'adulait déjà bien avant nous, était bien trop étroite pour la retenir. Toute l'année, de part et d'autre des frontières, la Louvaniste a accumulé les louanges, jusqu'à crouler dessous et risquer l'asphyxie. C'est une constatation : où qu'elle passe, elle laisse derrière elle une trainée de salutations, et personne ne se risque à parler d'elle en mal, ou ne fut-ce qu'émettre une simple réserve à son égard.

 

Sanne Putseys n'usurpe pas ce succès, et le doit bien plus à son véritable talent qu'à une quelconque campagne de communication. Il suffit d'aller la voir pour s'en rendre compte. Derrière un micro, ce petit bout de femme au visage mutin n'a vraiment rien de chétif. Elle chante, joue, bouge comme si elle faisait ça depuis 40 ans, elle qui en a 22 à peine. Son charisme et sa présence impressionnent, et si le concept de destinée est plus que subjectif, cette pile à chevelure électrique semble bien née pour faire de la scène.

 

Ce jeudi, la Rockhal accueille la dernière représentation de sa tournée. Selah débarque à l'heure, seule avec sa guitare, et débute le show par deux chansons relativement douces. Déjà, sa voix si particulière envahit les lieux. Après avoir pris la température de la foule, elle est rejointe par ses musiciens, et le concert gagne en consistance. Le groove s'empare de la salle, de quoi secouer les morals les plus moroses. Mais le public luxembourgeois, fidèle à ses habitudes, reste relativement statique. Par dessus une basse, une guitare, et un clavier qui tient le rôle des cuivres et pianos, la voix de Selah s'adapte à tous les rythmes. Son grain, ses envolées, et sa saveur espiègle, contribuent à la rendre unique, et difficilement imitable.

 

Il faut peu de temps pour comprendre que les propos dithyrambiques dont tous la gratifient ne sont pas dénués de sens. Avec ou sans guitare, Selah nous accroche, même si ce soir, son enthousiasme semble légèrement retenu. Sans doute souffre-t-elle d'un mal de dos, puisque de temps à autre, elle se cambre en grimaçant. Malgré cela, elle montre une énergie dont beaucoup d'artistes devraient s'inspirer. Le déroulement du show alterne les moments intimistes, et d'autres plus intenses. Jusqu'à ce qu'arrive "Raggamuphin", qui met tout le monde d'accord. Ensuite, les tubes se succèdent, emballants, de "Peace of mind" à "Crazy vibes", en terminant sur un "Crazy suffering style" jouissif et ensoleillé. Selah reviendra pour un unique rappel, qu'elle termine sur un titre inédit, à consonance dubstep. Peut-être un avant-goût de la suite de ses aventures ? Quoi qu'il en soit, Selah Sue a décidément tout d'une grande, et il est très difficile de ne pas être conquis.

 

 

Selah Sue @ Rockhal,

Mercredi 14 décembre 2011.

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14/04/2011

Stornoway @ Rockhal, jeudi 7 avril 2011

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Comme bon nombre de groupes signés sous label indépendant, la renommée de Stornoway n'est pas à la hauteur de leur talent. Ce jeudi 7 avril, la Rockhal censée les accueillir est, à l'heure du concert, bien loin de l'effervescence provoquée par la venue de Jamiroquai en ces mêmes locaux, deux jours auparavant. La poignée de braves qui attend l'ouverture des portes ne dépasse pas en nombre les âmes installées en terrasse du café d'à côté. Débarquant au compte-gouttes, l'audience ne dépassera jamais la centaine.

Cela n'empêche pas les jeunes Anglais de gâter leur public, dans ce délicieux style assaisonné de pop, de folk, et d'instruments multiples. Le groupe ne compte en effet que des musiciens aguerris. Le bassiste tâte de la contre-basse, le batteur use de divers objets musicaux plutôt originaux, dont la dénomination dépasse mes connaissances en la matière, et aussi bien le chanteur que le claviériste jouent de la guitare. En outre, certains titres du répertoire voient l'apparition en fond de scène d'une violoniste et d'un trompettiste.

Apparaissant très naturels, débordant de sympathie, ce petit monde n'en fait pas des tonnes pour séduire. Seul le chanteur Brian Briggs s'exprime au micro, racontant l'histoire de chaque chanson en fignolant son parler d'un humour typiquement british. il se perd parfois dans son badinage, même si son flegme donne à ses discours un aspect peu confus. Lorsqu'il chante, sa voix au timbre particulier vient farfouiller notre esprit, déclenchant quelque corde sensible déjà bien troublée par l'harmonie musicale.

Puisque la foule n'est pas venue en masse, ils en profitent pour agrémenter leur prestation de quelque session acoustique. Tout câble débranché, y compris celui du micro, leur musique devient vivante, et encore plus émotionnelle. On oublie les murs de la Rockhal, et on se laisse volontiers transporter jusqu'au coeur de l'Angleterre. Le public est conquis, puisqu'on n'entend pas une mouche voler. Terriblement frais, tantôt gai, tantôt mélancolique, le concert s'orne d'une touche naturelle qui peaufine le charme ambiant. Stornoway nous offre un irrésistible moment musical, en toute simplicité.

 

 

Stornoway

Rockhal, Esch-sur-Alzette

Jeudi 7 avril 2011


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06/04/2011

Jamiroquai @ Rockhal, Mardi 5 avril 2011

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La recette à succès de Jamiroquai, c'est un style propre mélangeant soul, funk et jazz, le tout fondu dans un moulage "pop" indispensable pour viser les charts. Cible atteinte,puisque ses chansons ont bercé les plus belles années d'une génération entière. C'est en terrain conquis qu'il se présentait ce mardi à la Rockhal, des milliers de fans venant simplement applaudir, et écouter les chansons qu'ils aiment. Et Jay Kay ne leur ne donnera guère plus.

 

Entouré de trois cuivres, trois choristes, un batteur, un bassiste, un guitariste et un claviériste, Jay ne prend pas de risque. Lui-même ne s'occupe que du micro, de furtifs pas de danse et des mimiques d'usage. Il interagit très peu avec ses musiciens, remuant devant eux comme s'ils faisaient partie intégrante du décor. Le décor, c'est une large scène surmontée de faisceaux laser multicolores, derrière laquelle trône un imposant écran géant. Mais c'est surtout une dizaine de planètes colossales, suspendues en l'air, aux couleurs et à la position modulables. Certes somptueux, le tableau n'en est pas moins parfait pour accueillir un colloque des frères Bogdanov. Et avec une telle mise en scène, Jay n'a pas besoin de forcer sur son look, se contentant d'un poncho ligné et d'un chapeau blanc en forme de sommet de gâteau de mariage, à faire pâmer d'envie la reine Fabiola.

 

Quant à l'aspect purement musical, il prend d'emblée une tournure relativement plate. La basse, instrument de prédilection du groove, est inaudible, et le rythme imposé par la batterie est bien trop carré, identique d'une mesure à l'autre. On a l'impression que c'est la même chanson qui recommence à chaque fois. La voix de Jay, trop faible, ne porte en rien cette musicalité bien morne. Au contraire, le manque d'envol dont elle souffre fait planter une légère odeur de playback... Faute de peps et de spontanéité, l'ensemble se déroule comme un long papier à musique, fade et terriblement ennuyeux.

 

Il faut attendre une heure pour qu'enfin, le concert prenne vie. Love Foolosophy se ficèle d'une langoureuse intro à la guitare. Space Cowboy et Travelling without moving s'allongent de riffs et d'improvisations diablement enjoués. Et surtout, le show prend la dimension d'un vrai live, avec du groove et des enchaînements dignes de ce nom. Quel dommage d'avoir dû patienter tout ce temps, d'autant que Jay et sa troupe quittent déjà la scène après un délicieux Allright. En rappel, ils se contenteront d'une seule et unique chanson, issue du dernier album, oubliant au passage une certaine Virtual Insanity. Les milliers de fans sont malgré tout conquis, mais à vaincre sans péril ...

 

 

Jamiroquai

Rockhal, Esch-sur-Alzette

Mardi 5 avril 2011.

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16/03/2011

Sisters of Mercy @ Rockhal, vendredi 4 mars 2011

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Les Sisters of Mercy  font partie de ces groupes dont il nous semble avoir toujours entendu le nom. Paradoxalement, ils n'ont jamais tiré vers eux la couverture médiatique. C'est dans l'ombre, fidèles à leur image sombre et mystérieuse, qu'ils sont restés tapis à travers les époques. Vous ne les entendiez pas, et pourtant, ils étaient là quand vous avez vu le jour. Pour vos premiers pas, votre première fessée, votre premier jour d'école, votre premier baiser volé dans la cour de récré, votre premier boulot... Durant tout ce temps, tels des spectres, ils n'ont jamais cessé de hanter les rayons des disquaires. Passant d'un support à l'autre, vinyle, bande ou laser, toujours avec la même fraîcheur, comme dans une de ces innombrables Bandes Dessinées dont le héros ne vieillit jamais d'un cheveu.

 

Pourtant, il existe bel et bien une époque où le nom des Sisters of Mercy n'était pas encore ... d'actualité. Il faut remonter plus de 30 ans en arrière, puisque c'est à l'aurore des années 80 qu'ils gravirent la scène internationale. S'il ne jouit pas d'une renommée populaire, leur nom est cependant reconnu comme celui de pionniers du rock gothique. Ils sont, en quelque sorte, les Kraftwerk du genre. Une volée de groupes punk actuels s'inspirent de leur style, il suffit pour s'en apercevoir d'assister à l'un de leurs concerts. Ce que j'ai fait, le vendredi 4 mars dernier, lors de leur passage à la Rockhal d'Esch-sur-Alzette.

 

Dans cette salle, avant même que le groupe ne monte sur scène, on est saisi par l'aspect typé du public. Dressé en portrait, le fan moyen a entre 40 et 50 ans, s'habille entièrement de noir, pour un look global plus ou moins dissipé selon, comme on le devine, les obligations professionnelles et familiales de chacun. Malgré la reconnaissance dont les Sisters bénéficient, l'ignorance dont ils souffrent de la part des médias d'aujourd'hui n'attire pas à eux les tranches de population plus jeunes - au contraire d'autres groupes tout aussi anciens, mais nettement moins bons, qui n'ont rien inventé et n'ont de cesse de se calquer sur les modes actuelles pour survivre (toute allusion à un célèbre groupe français serait purement ... pas fortuite). Malgré les stéréotypes dont on la chambre, cette véritable niche d'or de fans peut se vanter d'être des plus fidèles, puisque la Rockhal affiche comble.

 

Le concert débute par une salve de fumigènes, formant rapidement un brouillard qui jamais ne se tarira. Si visuellement, ce nuage permanent fait l'impression d'un rassemblement de motards sur le départ, l'odeur de guimauve rappelle plutôt les bals de village. Quoi qu'il en soit, on ne perçoit que des silhouettes au sein de ce halo, traversé de toute part par des rayons de lumière allant du vert au pourpre. Les mouvements que l'on distingue sont essentiellement ceux des fans déchainés du premier rang. Car sur scène, le show reste très statique, et ce malgré l'absence de batterie qui, théoriquement, devrait laisser au trio la place nécessaire à leurs inspirations scéniques. Sachez-le, les Sisters n'ont jamais connu de batteur, les percussions sortant tout droit d'une boîte à rythme. Fait regrettable pour les fans de vrai live, car cette solution apporte beaucoup de synthétique pour peu de spontanéité. Même la guitare sonne parfois "fausse", programmée d'avance. Le voilà, le principal défaut d'un concert des Sisters ; cette forme standardisée, diffusant l'idée que leurs shows n'auront guère évolué depuis leurs débuts.

 

Le plus, c'est cette dimension intemporelle dans laquelle les loiners nous entrainent, vers les prémices du rock post punk dont ils ont écrit les premières portées. Le rythme est efficace, distillé avec soin, emballé sans être effréné. S'ils communiquent peu, ils ne perdent pas de temps entre les chansons, étalant leur large répertoire durant plus de deux heures. Les hymnes qui ont parsemé leur carrière sont au rendez-vous, de Lucretia my reflection à Vision Thing, en passant par un Temple of Love légèrement raccourci et totalement "dés-Ofra-Haza-isé".

 

Certes concoctée comme un examen, la prestation est délectable à souhait. S'ils n'essayent plus de prouver quoi que ce soit, ils assurent néanmoins leur statut de groupe mythique, sans âge, et immortel.

 

 

Sisters of Mercy

Rockhal, Esch-sur-Alzette

Vendredi 4 mars 2011

 

 

Ecoutez:


Temple of Love

Lucretia my Reflection

Vision Thing