15/09/2014

The Black Keys - Turn Blue

The Black Keys Turn Blue.jpgTrois ans après l’acclamé El Camino, le duo le plus cool de l’Ohio revient avec davantage de sobriété. Alternant pop et rock, blues et country, Turn Blue ne trahit pas son titre, proposant de paisibles balades au rythme desquelles on appréciera être dorloté. 

 

 

Cet album souffre toutefois du syndrome de semi-transparence. A savoir qu’aucun des titres ne déplaît, mais le disque passe et repasse sans que l’on n’en retienne aucun, à l’exception du single Fever, qui ne remplace toutefois pas Lonely Boy en terme d’énergie dégagée. Turn Blue est typiquement l’album qui s’écoute et se réécoute « en faisant autre chose ». Et puisqu’on le réécoute, il n’est pas si mauvais que ça.

 

 

Note: ♪ 

Ecoutez : Fever

04/09/2014

Public Service Broadcasting - Inform-Educate-Entertain

 

 

 

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Public Service Broadcasting tire son nom de son concept musical atypique, qui consiste à utiliser comme pistes vocales des extraits d’enregistrements d’archive, films de propagande et d’information publique. Leur musique, sorte d’allégorie futuriste du passé, développe cette idée grâce à l’usage de multiples cordes, du banjo à la guitare, mais aussi à coups de sons électroniques qui empruntent beaucoup à Kraftwerk et Anne Clark. Un concept qui n’est pas sans rappeler un One Hit Wonder de l’année 1985, le fameux « 19 » de Paul Hardcastle. Ou encore, mais dans la série « Là tu vas chercher loin quand même », le tube « Writer’s Block » de Just Jack, qui comprenait des bribes d’interview de l’athlète Mary Rand lors des JO de Tokyo en 1964. Bref ; pas si original que ça, mais tout de même très intéressant.

 

 

En variant sensiblement la musicalité d’un titre à l’autre, le duo londonien donne vie à son album, crée une ambiance intense et planante qui transforme l’auditeur en explorateur de cette autre dimension. Un monde que l’on écoute en noir et blanc, rempli d’espoir propre et de technologies désuètes. Le risque est évidemment que cette  impressionnante abstraction ne s’essouffle au bout de ce seul et unique opus… A moins que Willgoose et Wrigglesworth, les artistes associés dans ce projet, ne révèlent leur génie, en nous emmenant plus loin encore. Car il faut leur reconnaître un talent artistique réel, qu’ils expriment sur scène par de vrais concerts en live, batterie, banjo et machine à l’appui. Une performance bien digne,  à une époque où se pointer sur scène avec un simple laptop semble, hélas, ne plus déranger personne.

 

 

 

Public Service Broadcasting

Inform – Educate – Entertain

Note : ♪ ♪ 

 

Ecoutez:

Spitfire

Everest

London Can Take It

 

01/09/2014

Dan Croll - Sweet Disarray

 

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En voilà un qu’on imagine plus volontiers parmi la foule d'une Comicon que sur la scène d’un grand festival. Mais ne vous fiez pas aux apparences : derrière ces grosses lunettes de hipster, se cache un troubadour des temps post-modernes, auteur d’une des plus agréables surprises de cette année 2014. Dan Croll n’a que 18 ans lorsqu’il quitte sa province pour faire ses crocs au LIPA (Liverpool Institute of Performing Art), un institut fondé par Sir Paul Mc Cartney himself. Il s’y fait déjà remarquer, fin 2011, lorsqu’il se voit décerner le prix de l’auteur-compositeur de l’année par le Musician Benevolent Fund (organisme destiné à promouvoir les artistes amateurs – il n’y a aucune honte à l’ignorer, j’ai moi-même appris son existence en préparant cette chronique). Dès cet instant, les radios du royaume confirment ce début d’engouement en diffusant quelques-uns de ses titres. Des chansons, et d’autres, qu’il compile aujourd’hui au sein de son premier album.

 

Sweet Disarray est avant tout la démonstration que rien ne sert d’en faire des tonnes, quand on a pour soi talent, créativité et imagination. Il s’agit, ensuite, d’un recueil personnel, aux racines bien british, mais également influencé par l’œuvre d’une poignée d’artistes d’outre-Atlantique sélectionnés sur le volet, allant des Beach Boys à Grizzly Bear. Ce mix détonnant se moule dans un style pop / folk frais et fougueux, enjoué et ensoleillé, dont il est très difficile de se lasser. Des mélodies organiques, au chant doux et laineux, en passant par un rythme taquin et des textes remplis d’humilité (qui se rapportent surtout « aux filles », dixit leur auteur), cet album est éminemment addictif, à l’image des titres From Nowhere et In / Out, pour n’en citer que deux.

 

Si son look passe-partout peut faire illusion, Dan Croll est vraiment loin d’être un monsieur tout-le-monde. Son inspiration et sa maturité, remarquables pour un rookie, peuvent faire de lui un must de la décennie. Et si au pire il s’essouffle, il restera toujours ce succulent premier album.

 

Dan Croll

Sweet Disarray

Note : ♪ ♪ ♪ 

 

Ecoutez:

From Nowhere

In / Out

25/07/2014

The Strypes - Snapshot

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On en a connu, des groupes de rock aussi doués qu’énergiques, capables de nous faire sautiller toute la nuit avec leur son pur et revival. Et parce qu’il est rare que les membres d’une telle formation aient moins de 45 ans, le cas des Strypes est d’autant plus exceptionnel.

Quatuor venu du fin fond de l’Irlande, les Strypes sont si jeunes qu’ils pourraient être les arrière-petits-enfants des Rolling Stones. A bas les clichés, ce sont des monstres de talent, que la prime jeunesse transforme en véritables extra-terrestres. Sorti fin 2013 en Europe, leur premier album Snapshot donne un gros coup de pied aux fesses d’un style brut qui, ces derniers temps, avait tendance à prendre la poussière.

Leur musique se résume facilement, par une évolution de la locution « déjà entendu » en « mais jamais de cette manière-là ». Elle possède cette rare qualité d’en revenir à l’essentiel, tout en restant fraiche, naturelle, et fourrée d’adrénaline. La structure chant - basse – batterie – guitare a vécu, mais ces gamins lui redonnent vie de la plus belle façon : la batterie danse, la guitare virevolte, et le rythme soutenu ne s’affaisse jamais. C’est diablement énergique, terriblement efficace, et beaucoup moins simple qu’il n’y paraît ; il faut les voir sur scène, et observer avec quelle facilité ils jonglent avec la technique, tout en restant concentrés sur le public.

C’est ce qu’on appelle plus communément « la relève ». S’ils ne se perdent pas en chemin, les Strypes sont amenés à devenir des piliers, des main-eventers, déjà capables à 17 ans de donner de vraies leçons à quelques formations confirmées qui aujourd’hui semblent blasées, ou en manque d’imagination (suivez mon doigt pointé vers Alex Turner).

 

The Strypes

Snapshot

Note : ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez

Blue Collar Jane

Hometown Girls

What a Shame

 

22/07/2014

La Roux - Trouble In Paradise

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La Roux, gros phénomène de l’année 2009, a pris le soin de ne pas hâter son retour. Au risque de perdre de sa célébrité, car dans ce milieu on passe vite à autre chose. A présent seule à la barre du projet, la chanteuse-compositrice Elly Jackson a privilégié la profondeur à la précipitation, avec pour but de composer un second album avec autant de gueule que le premier, plutôt que de sortir une galette bâclée en surfant sur sa notoriété. Ça, c’est pour ce qu’elle en dit, et mon avis est substantiellement différent.

Tout d’abord, constatons que La Roux n’a pas vraiment tourné casaque. Parmi ces nouveaux titres, on reconnait très bien quelques structures du premier album. Je prends comme exemple Tropical Chancer, qui musicalement s’apparente à une version reggae bon marché d’In For The Kill – et je pourrais en chercher d’autres.

Concernant ce qui a réellement évolué, passer d’une patte exclusivement électro à un style davantage pop, avec de vrais instruments dedans, nécessite une certaine maîtrise. Celle de la demoiselle montre ses limites. Prenez, par exemple, la plage d’ouverture Uptight Downtown, principale manifestation de dynamique que l’on trouve sur Trouble in Paradise (et passons les légers relents de Let's Dance de David Bowie). Si les gens ont aimé le Get Lucky des Daft Punk, alors ils apprécieront forcément cette ariette funky, répétitive et entrainante. Mais hélas pour elle, Elly Jackson ne porte pas de chouette casque sur la tête – car oui, les chouettes casques c’est très important pour le grand public, même s’il ne s’agit que de musique. Alors quoi ?

Plus objectivement, ce nouvel opus est plus ensoleillé, mais manque de niaque. Guillerettes et enjouées, les mélodies sont bien sympa, mais pas vraiment efficaces. Et parallèlement, la voix d’Elly est beaucoup moins affirmée. Ajoutons qu’entre influence et calquage, la frontière est parfois infime. Qui fut bercé par le son des années 80 aura l’impression d’avoir déjà tout entendu, car la miss emprunte beaucoup à cette décennie, dans le sens « tout et n’importe quoi » (*). Et pour le reste, elle plagie vaguement son premier disque. Le réchauffé est à la mode ces dernières années, mais la moindre touche d’originalité serait appréciable, et ici, elle se fait attendre. Mais bien sûr, si tu es né(e) après 1994, ce que je raconte n’a aucun sens pour toi ; d’ailleurs il est très bien cet album.

 

La Roux

Trouble In Paradise

Note : 

 

Ecoutez :

Uptight Downtown

 

(*) Si vous en voulez du bon disque influencé 80’s, mais avec de vraies tranches d’originalité à l’intérieur, je vous conseille vivement Darkdancer des Rythmes Digitales, sorti en 1999.

21/07/2014

Marc Desse - Nuit Noire

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Même si n’a que 26 ans, on sent bien en Marc Desse le grand amateur de rock français à la Aubert et Capdevielle, quand il parfume son chant des intonations du premier et de la nonchalance du second. On situe tout aussi clairement d’où, ou plutôt de quand, il puise ses influences musicales, soit d’une période où punk et Gaullisme s’essoufflaient à leur tour. Bref, Nuit Noire a tout de l’album bien à point pour certaines critiques anti-variété, qui seront d’autant plus emballées en apprenant que ce personnage à la veste de cuir écrit ses textes entre une et quatre heures du matin.

 

Hélas, de ce style musical exclusivement hexagonal, peu exportable et rarement exporté, ce frenchy  a aussi emprunté le principal défaut. A savoir, l’intention, inconsciente, de porter des chaussures trop grandes pour soi. Ainsi, bien que ses mélodies crues et tranchées ne manquent pas d’intérêt (« Ma Fiancée », « Henri et Elsa », pour ne citer que celles-là), sa voix pincée de Philippe Katerine dépressif, ni pure ni affinée, ne colle absolument pas à ce style de pop rock noir et poussif. Dommage, car si cet album n’avait comme défaut que son manque d’originalité, il pourrait encore passer pour une bonne découverte.

 

Marc Desse

Nuit Noire

Note : 

 

 

Ecoutez

Ma Fiancée

Nuit Noire

 

20/07/2014

Keaton Henson - Romantic Works

 

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Né il y a 26 ans de l’union entre une danseuse de ballet et un acteur multimédia (théâtre, télé, ciné), Keaton Henson est lui-même un artiste multifonctions, à la fois illustrateur, poète et musicien. Cette dernière casquette légitimant d’ailleurs la présente publication, car ce jeune prodige au look de hippie érudit vient de sortir son troisième album. Difficile toutefois d’esquisser une évolution de son répertoire en comparant celui-là aux deux premiers, lorsque comme moi, on ne les a pas écoutés. Pour cette raison, je me contenterai de parler de ce dernier recueil, quitte à fournir une chronique incomplète que je compenserai, comme à chaque fois, par de fins traits d’humour garnis d’une pointe de cynisme.

 

Disque entièrement instrumental, Romantic Works se situe dans un registre très intimiste et tout autant épuré. Il débute d’ailleurs sur une recette infaillible du genre : un tapis de bruit, quelques pas qui résonnent, et deux notes au piano qui tournent dans un décor vide et paisible, posé par une réverb’ accentuée. Histoire que dès les premières secondes, on soit bien certain d’où on met les pieds, parce qu’il y a fort à parier que jamais aucun album de Matt Pokora ou Patrick Sébastien ne débutera de la sorte - encore faudrait-il les écouter pour s’en assurer, vous voyez, je vous avais prévenu que je compenserais par de l’humour cynique.

Le décor est donc planté, même si à se les rediffuser, ces deux notes d’introduction ressemblent à une version triste de jingle d’annonce de gare. Surgissent ensuite les cordes, violons et violoncelles, sans fanfare mais de façon légèrement sournoise. Et avec eux, une certaine tristesse qui nous prend déjà la gorge, alors que l’écoute n’a commencé que depuis quarante-deux secondes. Les compositions suivantes, sobrement charpentées sur cette association piano – cello, ne dérogent pas à ce style classique et mélo.

Avant d’être un chef-d’œuvre, c’est avant tout un disque d’ambiance, qui sent bon le parquet verni du veuf septuagénaire et ses lourdes bibliothèques en chêne massif garnis d’inamovibles bouquins sans titre. Certes, l’émotion qu’il dégage est aussi intense qu’envahissante. Mais au-delà de ce premier effet « waw qu’est-ce que c’est beau », des craquelures apparaissent dans cette grandiloquence de sentiments, précisément provoquées par la pauvreté des mélodies et de l’orchestration. L’appréciation de cet album est aussi question de contexte temporel. Venant d’un « gamin » de 26 ans en 2014, il peut, auprès des non-initiés, prendre des allures de révélation. Mais il y a quelques siècles, des JohannWolfgang ou Ludwig auraient peut-être bien rigolé. Romantic Works est en épilogue une parfaite illustration de l’expression populaire « ça ne casse pas trois pattes à un canard ».

 

Keaton Henson

Romantic Works

Note : 

 

 

Ecoutez