16/07/2014

Klaxons - Love Frequency

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Qu’est-il arrivé aux Klaxons ? Eux dont chaque single faisait l’effet d’un souffle en pleine face d’un ventilateur sous ecstasy ? Eux dont les deux premiers albums, les excellents « Myth of the Near Future» et « Surfing The Void » débordaient de saine adrénaline ? Eux pour qui la presse musicale, incapable de catégoriser leur son hybride et explosif, avait expressément créé le terme de New Rave ? Eux dont l’écoute de ce troisième et nouvel opus soulève une question existentielle : souffriraient-ils de daft-punkite aigüe ?

 

 

A l’écoute de Love Frequency, on soupçonnerait presque qu’il s’agisse d’un groupe homonyme, tant on ne retrouve que trop peu leur griffe si particulière, cette fougue délurée, insouciante, et parfaitement maîtrisée. Ici, on vogue gentiment entre dance, pop, funk et pseudo-psyché, sur des eaux électroniques qui dans l’âme comme dans l’allure, n’ont plus rien de rock n’roll. Les jadis fringants Londoniens jonglent entre des ersatz de MGMTFoster The PeopleImagine Dragons, voire même... One Republic, ou carrément Jean-Michel Jarre lors d’une plage exclusivement instrumentale, et ennuyante à souhait. Ajoutez-y des intonations vocales calquées (volontairement ou non) sur Justin Timberlake, et vous obtenez un disque aussi dissipé que gominé, forniquant sans honte ni orgueil avec le son étiqueté « indé » que tout le monde se tape depuis des mois. Bref, une belle déception.

 

Klaxons

Love Frequency

Note : 

 

 

Ecoutez:

There Is No Other Time

15/07/2014

Dum Dum Girls - Too True

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On se souvient, en 2010, d’un premier album low-fi, qui montrait à quel point les Dum Dum Girls étaient aussi sexy qu’inspirées. A l’époque, il fallait encore faire l’effort (et le terme est mal choisi) de les découvrir sur scène pour apprécier tout cet aspect visuel. Ce qui n’est plus réellement le cas aujourd’hui ; la suggestive pochette de ce nouvel opus se passe en effet de tout commentaire.

 

Troisième album des émoustillantes rockeuses, Too True diffuse une ambiance goth’pop parfumée d’un soupçon de mystère et de beaucoup de séduction. Mais en plus d’être court (30 minutes, on a connu des EP aussi longs), c’est un brin répétitif, et pas vraiment original. Pour commencer, la troupe de la chanteuseDee Dee ne parvient pas à s’extraire (le désire-t-elle seulement ?) de l’influence de Siouxie and the Banshees, pour ne citer que celles-là. Ensuite, le style antipathique qu’elles se donnent sur scène se ressent de plus en plus dans leurs compositions. Des titres travaillés, légèrement rythmés et envolés, mais où les bonnes trouvailles sont expédiées au bout de deux mesures. Et tellement formatés, qu’ils en défilent sans aucune chaleur, comme sur un tapis roulant de caisse de supermarché. Ce ne sont pas les épars moments où l’on devine une pointe de tendresse (« Are You Okay ? ») qui font basculer la tendance. Album tiède et psalmodique, Too True est une tranche de glamour blasé, bien à l’image de sa compositrice.

 

Dum Dum Girls

Too True

Note : 

 

 

Ecoutez l'album ou regardez Are You Okay ? (le film)

 

09/06/2014

Kasabian - 48:13

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En dix ans de carrière, le quintet de Leicester s’est fait une réputation dans le milieu du rock anglais, grâce à l’efficacité de leur rock bien à eux. A la fois bien pêchue et sans prise de tête, leur musique se targue de quelques variations de rythme et de musicalité, finement dosées, de façon à éviter de tomber dans la rengaine, tout en respectant la patte originelle. Ce cinquième album démontre que cette griffe, reconnaissable entre mille, est encore loin de s’essouffler.

 

 

On  y retrouve, sans surprise et avec joie, ce rock festif et sans fioriture, auquel colle parfaitement un chant affirmatif et nonchalant. Des refrains qui s’incrustent en tête, aptes à faire dodeliner cette dernière avec allégresse. Des hymnes dorés à point pour faire sautiller une plaine de festival. Bref, du Kasabian tout craché. Plus loin, l’album se pare d’un soupçon de trouble, aidé par quelques phrasés électroniques. Et pour faire la transition, de légères pauses agissant comme des verres d’eau, ou des trous normands, ou des bananes entre deux sets. Les reprises n’en sont que bonifiées. C’est le rock alternatif qu’on aime, celui qui embras(s)e les (bonnes) foules.

 

 

Kasabian

48:13

Note: ♪  

 

 

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Eez-eh 

05/06/2014

LIARS - Mess

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Les trois New-Yorkais de LIARS ont cette coutume particulière de changer d’inspiration à chaque nouvel album. Une sorte de protocole artistique qu’ils s’imposent à eux-mêmes, et remarquablement mis en oeuvre même si les variations d’un opus à l’autre ne sont pas forcément radicales. Mais bien qu’ils n’enchainent pas encore musette et hardcore, un certain nombre d’artistes que je ne nommerai pas, parmi lesquels Christophe Maé, feraient bien d’en prendre de la graine (quitte à tirer sur l’ambulance, autant aussi shooter dans le cercueil).

 

Le titre du petit nouveau, qui signifie « désordre » pour les non-bilingues d’entre vous, insuffle l’idée d’une purge où se libèrent des litanies fracassantes et déstructurées, qui vacillent sur la frontière du bruit. En vérité, il n’en est rien, puisque ce disque surfe sur l’électro-rock gothico-industriel. Mess est conçu sur des rythmes tribaux, et un son qui mêle mélodies perlées et beats cadencés. Rapidement, il créé une atmosphère chargée d’envie et d’anxiété, sentiment renforcé par un chant nonchalant et caverneux. Ce disque n’est pas le bordel annoncé, néanmoins il surprend, car aussi intemporel que percutant. Tel un bootleg naturel entre Bloody Beetroots et les Sisters of Mercy, qui libère une angoisse à la fois subtile et purgative, sorte de gigue kaléidoscopique dont ses auteurs ont le secret. Original, succulent, et pas forcément hors de portée.

 

LIARS

Mess

Note :  ♪  

 

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Mess on a Mission

 

27/05/2014

Suivez le fil 2014 (2)

Mogwai – Rave Tapes

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockTrois ans après l’orageux « Hardcore will never die… but you will », et un an après leur couverture sonore de la série « Les Revenants», les post-rockeurs de Mogwai reviennent déjà avec un huitième album studio. Son titre, Rave Tapes, pourrait suggérer une introduction de rythmes matraqués, mais il n’en est strictement rien. Une fois encore bien présente, la griffe des Ecossais y déploie une atmosphère intense et marquée, ainsi qu’une couleur à dominante mélancolique. Fait inhabituel, on retrouve des voix, parsemées avec précaution. Les mélodies sont aussi pesées que pensantes, et agrémentées d’un soupçon d’électronique parfaitement fondu dans l’ensemble. Au final, rien d’étonnant, ni de lassant.

Note :  

 

Drenge (éponyme)

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockSur leur premier album, les frères Eoin (guitare, chant) et Rory Loveless (batterie) proposent un rock low fi appétissant comme un cornet de frites à peine sorties du panier, de celles qui reluisent encore la graisse de cuisson. Goutant plus le blues que le punk, la sauce monte dès le départ, avec une guitare qui vrombit, des caisses et cymbales maîtres de leur cadence, et une voix qui en impose sans jamais partir en vrille. Avec ses rythmes variés et ses riffs efficaces, Drenge nous offre une purge franche et directe. Plus qu’une version anglaise de Black Box Revelation, on peut y voir une mouture épurée de Queens of the Stone Age, beaucoup moins minimaliste qu’il n’y paraît.

Note :  

 

The Horrors – Luminous

 

mogwai,rave tapes,post rock,drenge,rock,garage,the horrors,luminous,indie, indé,cold rock,rockTels des nourrissons posés sur une montagne de babioles, le quintet de Southend aime toucher à tout. Après avoir tâté de multiples influences (entre autres New Wave, Rock Garage ou Shoegaze), les voilà affairés autour d’une sonorité rock pas si cold que ça - on pourrait appeler ça du « rock tiède ». Plus précisément, Luminous est trempé dans un moule de pop radieuse, comme le présage le titre de l’album, à la fois nonchalante et faussement rythmée, qui distille quelques touches psyché, tout en conservant un arrière-plan ombragé. Certes peu exacerbée, la recette est plus accessible que leurs précédentes compositions. De la palette de sonorités dévoilée, on peut pointer une multitude d’influences allant de Talk Talk aux Manic Street Preachers. Mais format pop ne signifie pas pour autant radiophonique, puisque la plupart des titres dépassent les cinq minutes. De quoi accentuer cet effet planant, léger mais persistant, dont s’orne cet album de bonne facture.

Note :  

08/05/2014

Détroit @ Rockhal

Détroit,Bertrand Cantat,Cantat,Rockhal,Rock,français

 

Adolescent des années 90, j’ai grandi avec Noir Désir, sans jamais avoir été un fan. J’écoutais passer leurs standards sur les radios rock, « Aux sombres héros », « L’homme pressé », et à force j’en connaissais quelques paroles. Sans ressentir de réelle attirance, tout au juste tapais-je la mesure en l’air, avant de passer à autre chose. Des années plus tard, soit ces derniers mois, j’ai pris le soin de découvrir Détroit, le nouveau projet du revenant Cantat. Je vous fais grâce ici de mes impressions sur cet album, mais vous invite fortement à relire la chronique que j’en ai fait. C’est important pour la suite, et ça augmente mon audience.

 

Ce mardi, je m’attendais à découvrir en live les compositions de ce nouveau groupe, dans un contexte très intimiste. Par gêne ou désintérêt, aucun ami n’avait voulu m’accompagner, et je considérais cette réticence comme une généralité. En réalité, il ne fut jamais question du concert de nouveau départ que j’imaginais. Au lieu d’une poignée de motivés, c’est la foule des grands soirs qui se pressait devant la scène de la Rockhal, pour ce concert annoncé sold out depuis peu. Une foule venue pour célébrer le retour de son idole, davantage que pour découvrir ses nouvelles inspirations.

Le début du concert fait toutefois illusion. « Ma Muse », plage d’ouverture du dernier disque, plonge directement la salle dans une atmosphère tendue, où les frissons sont palpables. « Horizon » accentue ce départ aussi efficace que purgatif. Déjà, d’épars cris d’extase et d’allégresse retentissent. «Bertrand on t’aime » ; « Tu nous as manqué ! », autant de témoignages et d’autres, qui m’ouvrent les yeux sur la réelle importance du chanteur pour cette génération de fans, imprimés de son œuvre à même la chair. Sur scène, il n’en fait pourtant pas trop, vivant sa musique autant qu’il la fait partager, de sa voix écorchée. Son groupe, quatre musiciens dont Pascal Humbert, s’effacent naturellement derrière son aura, amplifiée par des années d’exil.

L’évidence se dévoile dès le troisième titre, le symbolique « A ton étoile », pioché dans le répertoire de Noir Désir comme le sera plus de la moitié de la setlist. Non, ses adeptes d’alors ne l’ont pas oublié, et pour célébrer la fin d’une si longue attente, il ne pouvait se contenter de dérouler ses derniers titres. A cet instant, Bertrand Cantat m’apparait clairement comme bien plus grand que Détroit. Partageant l’enthousiasme qu’on lui offre, il prend ses aises et se permet quelques traits de fantaisie entre les chansons. Le mélange des époques créé un ensemble vivant et cohérent ; aux titres populaires d’alors, Cantat en préfère d’autres qui lui tiennent plus à cœur, et trouvent parfaitement leur place parmi les nouveautés. Musicalement, c’est très bien rodé, seul « Droit dans le soleil », en début de rappel, souffre de précipitation et de quelques oublis de paroles. C’est après un interminable « Sa majesté », que la troupe finit en apothéose sur « Tostaky ». Histoire de clôturer la boucle par son commencement, et de contenter un public irrassasié, qui n’en peut plus de déclamer avec force : « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien ».

 

Détroit @ Rockhal

Mardi 6 mai 2014

 

Note :   

23/04/2014

Foster The People - Supermodel

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Foster the People, énième et dernier band formé par Mark Foster, talentueux musicien compositeur originaire de Cleveland qui à 18 ans, s’exile vers Los Angeles pour vivre son rêve. Enième, car il ne s’agit pas de sa première tentative de sortir la tête de l’eau. Dernière, car celle-là est la bonne. Mieux entouré que jamais, du batteur Mark Pontius et du bassiste Cubbie Fink, il forme en 2009 ce groupe qu’il souhaite de prime abord appeler « Foster and the people ». Par mégarde, le « and » passe à la trappe, mais ce dernier nom reste car on en apprécie le double sens – traduit au sens premier par « Adopter », « To Foster »  évoque plus largement le  souci de son prochain.

 

Riches et entêtantes, les premières compos du trio voient rapidement le jour. Mais à l’ère de la  comm’, talent et persévérance ne suffisent plus. Pour se faire connaître, le groupe parvient à vendre ses chansons en licence pour des films, séries ou jeux vidéos. Mais sa notoriété, il la doit principalement à un seul titre, le planétaire « Pumped up kids ». Groovy, aérée, dotée d’un de ces refrains qui se délogent difficilement du crâne, prisée à la fois par les puristes et le tout public, cette chanson donne à sa carrière un impressionnant boost, après des années de disette où elle peinait à quitter le sol. Un album « Torches » débarque, enrobant l’hymne des autres tubes qu’on a tous déjà entendu quelque part ou ailleurs, sans se poser la question de leur compositeur.

 

Sur ce second album, les Californiens confirment davantage leur richesse musicale que leur sens du tube, mixant et alternant au sein d’un moule rythmé les styles pop, afro et psyché. Certains titres se détachent bien du lot ; la plage d’ouverture « Are you what you want to be » nous offre une jigue aérée et ensoleillée, sorte de medley entre MGMT et Vampire Weekend. Davantage conventionnel mais non moins cadencé, le premier single « Coming of Age » réveille le souvenir de bands des années 80 tels Prefab Sprout, toujours entrainé par un agréable et léger vent de modernité. Mention spéciale, plus loin, pour le flamboyant « The Truth » ; de quoi faire mentir les statistiques qui nous expliquaient que la moins bonne chanson d’un album se trouve toujours en avant-dernière position – j’ai lu ça un jour, et franchement, y a des statisticiens qui doivent vraiment s’ennuyer.

 

Ne manquerait donc à cet album qu’un hit aux envergures de « Pumped up kids »... Je reprochais justement à leur premier opus le fait qu’il ne soit qu’un assemblage de briques, sorte de « Best Of » de leurs meilleures licences, mais souffrant d’un cruel manque de cohésion. Or, le travail d’ensemble réalisé ici gomme un tel défaut. Supermodel dispose d’une harmonie propre, armée par une remarquable production. Certes dénué de matériel à grandes ondes ou autre aimant à nominations musicales aussi populaires que burlesques, il n’en offre pas moins une myriade de sons qui vaut largement le détour.

 

Foster The People

Supermodel

Note :    

 

Ecoutez:

Are You What You Want To Be

Coming Of Age

 

The Truth