03/04/2014

Warpaint (éponyme)

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Formation cent pour cent féminine, Warpaint nous gratifie d’un second album noir et envoûtant. Une galette éponyme, qui nous rappelle au bon souvenir de la forte impression laissée par « The Fool », il y a quatre ans, et sur laquelle le quatuor pose délicatement des mélodies rock accrochantes, aussi brumeuses et élégiaques que des chants de sirène.

 

Fait irrémédiable lorsqu’on est face à un « girls band » de rock sombre : nos pensées nous ramènent comme un réflexe vers Siouxie & the Banshees. Les californiennes de Warpaint explorent bien le même univers, mais tel une analogie de The XX plus discrète et naturelle, elles ajoutent au style une dose efficace de sensualité, distillée sans artifice.  Ce second album, mené par l’entêtant single Love Is To Die, confirme en tout cas tout le bien qu’on pense d’elles.

 

Warpaint (éponyme)

Note :    

 

Ecoutez:

Love Is To Die

 

Keep It Healthy

 

 

31/03/2014

Bombay Bicycle Club - So Long, See You Tomorrow

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A l’aube de leur dixième année d’existence, la carrière des Bombay Bicycle Club semble prendre de l’ampleur. En témoigne le succès de « So Long, See You Tomorrow », le petit dernier qui outre-manche, taquine les grosses cylindrées au sommet des charts.

 

Qu’ils se soient cherchés trois albums durant, ou qu’ils aient accordé du temps à l’expérimentation, le band anglais trouve aujourd’hui sa patte dans un style pop rock empruntant à la world music des rythmes et sonorités parfumées, relents des pèlerinages musicaux du leader et unique producteur Jack Steadman. Mêlant guitares, sampling, électronique et divers instruments impromptus, la richesse musicale rayonne autant qu’elle impressionne. Cet éclatant travail créé une ambiance euphorique et ensoleillée, qui jamais ne lasse ni ne retombe. Ainsi, les Londoniens se distinguent nettement de leurs collègues,  gardent pour eux leur sincérité artistique, et évitent de se propulser au devant des stades par de la gonflette à la Coldplay, insipide et impersonnellePlus qu’une révélation, ce disque leur octroie un vrai statut de Next Big Thing. Si tel est vraiment leur destin, pourvu que le plumage ne nuise jamais à leur ramage.

 

Bombay Bicycle Club

So Long, See You Tomorrow

Note :   

 

 

Ecoutez :

Luna

Carry Me

Feel

Blood Red Shoes (éponyme)

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Les Blood Red Shoes auront laissé passer trois albums avant de proposer leur éponyme. Tournant artistique ou paresse créative, ce quatrième tome des aventures d’Ansell et Carter, qui ne porte donc rien d’autre que leur nom de scène, se présente sous la forme d’un cocoon, dans lequel l’ampoule principale projette sur les murs poussiéreux son agonie stroboscopique.

 

A l’image de son intro à la dynamite, ce disque inspire un manque. Fougue et saturation répondent toujours présentes, par le biais d’une guitare qui ronronne comme un moteur. Fraîcheur et désinvolture semblent quant à elles soufflées par une maturité qui prive leur inspiration de cette étincelle d’innocence, laquelle pouvait libérer à n’importe quel moment du disque un hymne tel que furent autrefois « Heartsink » ou « I wish I was someone better ». Loin d’être mauvais, celui-ci manque toutefois d’authenticité, se déroulant tel un moulin à eau qui frappe la porte de l’adrénaline sans jamais parvenir réellement à faire frétiller les orteils.

 

Note :  

 

Ecoutez : The Perfect Mess

 

18/03/2014

Suivez le fil 2014 (1)

Metronomy - Love Letters

 

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2014 salue le retour d’un groupe indé parmi les plus plébiscités. Et plus vaste est la place, plus la probabilité existe que certains s’y soient en fait perdus. En musique, le minimalisme induit une notion d'intensité. Réduire le nombre de pistes ne suffit pas à créer l’extase, à l’image de ce dernier album des Metronomy,au long duquel la dimension affective se fait encore attendre. Monotone, pauvre et sons, au final peu inspiré, Love Letters ressemble à une démo cheap de Supertramp, et ferait presque passer les Anglais pour des rois fainéants. Si ce n’est lors deux dernières plages, où l’émoi disparu sort le petit doigt de l’eau, cet album ne dévoile que trop peu de surprises et d’originalité.  

 

Note : 

Ecoutez : Reservoir

 

Supreme Cuts - Divine Ecstasy

 
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Duo d'orfèvres post-modernes basé à Chicago, Supreme Cuts nous propose un album en forme de panier garni. Un cocktail d'electro, de soul, et de hip hop, plein de goût et mixé sur la plage, même qu'on sent la brise nous caresser le front. Des voix qui se succèdent d'une plage à l'autre (et non des moindres), aux sons choisis sur le grill pour accentuer la sensualité de l'ensemble, cette variété musicale sert un unique mot d'ordre. La fraîcheur, intense et permanente. Celle qui permet un fil conducteur, malgré la disparité des pulsations, et qui n'a d'égale que la maestria avec laquelle ces sons se superposent.

Note :   

Ecoutez : Envision

 
 
 
Ásgeir - In The Silence
 
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A 21 ans, l'Islandais Ásgeir Trausti est déjà une star dans son pays natal. Avec sa patte folk mélodique, maniant mélancolie et légèreté à la manière de Bon Iver, il signe un album d'une rare maturité pour un artiste de cet âge. De cette seconde réalisation, la première en anglais, il est difficile de discerner une identité propre, tant les influences précitées pèsent sur ses compositions. In The Silence a beau être un disque dense et aéré, l’ombre de Justin Vernon ne lui laisse que trop peu de lumière. 

Note :  

 Ecoutez : King and Cross

 

12/03/2014

Bruce Springsteen - Nebraska (1982)

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Sixième album du boss, Nebraska sort le 30 septembre 1982.  Il ne connait pas le succès populaire de « The River » ou « Born in the USA », mais reste à ce jour l’un des plus influents et plus encensés par la critique.

 

Ce que cet album a de remarquable tient dans sa conception. Au départ, Springsteen réalise des démos sur un enregistreur à quatre pistes, seul chez lui avec ses guitares, tambourin et harmonica. Par la suite, il enregistre bien ces chansons en studio avec son E Street Band, mais en accord avec ses producteurs, ce sont les démos qu’il décide de publier, car imprégnées d’une fascinante empreinte folk, mélo et personnelle. Cette décision entraine des difficultés techniques, car il faut réduire le bruit des bandes originales. Les techniciens de Columbia Records parviennent à améliorer suffisamment la pureté du son, maximisant le confort d’écoute tout en conservant son esprit « fait maison ». C’est ce qu’on appelle communément du « low fi ».

 

L’aura brut de ce disque se complète par ses textes. Des histoires d’hommes ordinaires confrontés au crime, ou sans  trop d’espoir en leur avenir. Des écrits sombres qui trahissent le mal-être duboss à cette période. Sur la plage titulaire qui ouvre le disque, il raconte à la première personne l’histoire cruellement vraie de Charles Starkweather. Un adolescent banal et fan de James Dean, qui en janvier 1958, à l’aube de sa vie d’adulte, se transforme en tueur de masse. Lors d’une virée de plusieurs jours entre le Nebraska et le Wyoming, il laisse dix victimes sur ses traces. Condamné à la chaise électrique, il est exécuté un an plus tard. Sa petite amie de 14 ans, qui l’accompagnait, écope quant à elle d’une longue peine de prison. Un doute plane d’ailleurs toujours sur son implication, de simple otage à participante active, doute tranché par Springsteen parlant pour « Charlie » dans sa chanson, lorsqu’il prononce « Sheriff when the man pulls that switch sir and snaps my poor head back, You make sure my pretty baby is sittin' right there on my lap ». On peut penser qu’à l’instar de toute l’Amérique de cette époque, cette histoire l’avait très affecté.

Ce sentiment d’impuissance se retrouve sur « Atlantic City », une chanson à la mélodie triste et captivante, qui raconte l’histoire d’un couple partant s’installer dans cette ville du New Jersey. Leurs espoirs s’effondrent rapidement, quand le narrateur se voit confronté à la mafia. Titre le moins minimaliste de l’album, on peut le retrouver sur la plupart des compilations « Best of » de Springsteen. Un clip vidéo fut produit à l’époque de sa sortie, montrant des images en noir et blanc de la ville avant son évolution économique. Quelques plages plus loin, le narrateur de « Highway Patrolman » est un représentant de la loi qui laisse son frère s’enfuir après avoir abattu quelqu’un. Sean Penn s’en inspirera pour son film de 1991 « The Indian Runner ». L’espoir, le positivisme, sont globalement absents du disque, si ce n’est sur « Reason to Believe », plage de clôture très imagée.

Contextuellement, Springsteen prenait un risque en proposant un album aussi écru au sommet de sa gloire. Au final, Nebraska permit au boss de franchir un palier supplémentaire, celui menant de la notoriété à la reconnaissance. De nombreux critiques affutés, de Picthfork à Rolling Stone magazine, le placent parmi les cent meilleurs albums de tous les temps. Souvent discutée et longtemps attendue par les fans, une version « électrique »  n’a pas encore vu le jour. Le large succès d’estime de l’originale, enregistrée chez lui en moins d’un mois, en est sans doute la raison.

 

Bruce Springsteen

Nebraska

1982

 

 

Ecoutez:

Nebraska 

Atlantic City

08/03/2014

Com Truise - Wave1

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Artiste provenant de l’état de New York, Seth Haley a choisi le nom de scène de Com Truise. Si la contrepèterie ne vous saute pas aux yeux, songez donc à un acteur américain, adepte de scientologie, habitué aux blockbusters, et plus petit que ses épouses successives. Je vous autorise ensuite à exprimer votre illumination par un soufflement bruyant. Vous pouvez aussi vous dire que, quitte à faire dans le jeu de mots hollywoodien, mieux vaut choisir Com Truise plutôt que Prad Bitt ou Branlon Mardo. C’était pour l’introduction, concentrons-nous à présent sur l’aspect purement musical.

 

Seul aux commandes de son projet, Haley nous emmène dans les dédales de son inspiration, exclusivement digitale. Sons et beats, relativement homogènes, surfent entre catharsis insinuée et minimalisme pointilleux. L’ambiance se veut parfumée ; embaumé dans un futurisme composite et actualisé, on renifle l’embrun lointain des années 80 et de leur joviale désuétude. Le travail réalisé sur la structure des titres fait oublier leur carence en vocalises, ainsi que leur durée moyenne de quatre minutes trente. Si les sons peuvent parfois sembler binaires, jamais la machine ne se rouille. Avec son style coloré, à la fois entraînant et introspectif, Com Truise apporte à l’électro pure une profondeur purgée de tourment. Wave1 n’est qu’un EP, mais il est délectable.

 

Com Truise

Wave1

Note : ♪ ♪ 

 

 

 

Ecoutez :

Declination

 

18/02/2014

Augustines (éponyme)

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C’est en 2011 qu’un groupe de Brooklyn nommé We Are Augustines sort son premier album. Un recueil de rock alternatif aussi torturé qu’évolué, percutant et explosant d’émotion. A la baguette, le single Chapel Song, véritable compresseur à tripes, et sans doute déjà l’une des plus belles chansons de la présente décade. Aujourd’hui, devenus Augustines tout court, le trio sort un nouvel album éponyme.

 

On y retrouve, à l’état brut et rayonnant, cette émotion positive qui, trois ans plus tôt, s’appréciait au sein d’un brassage déchiré et délectable appelé Rise Ye Sunken Ships. Cette fois, le goût des écorchures ne tient plus, quasi uniquement, qu’à la voix de son chanteur et leader, le charismatique Billy Mc Carthy. Mélodies et arrangements baignent dans un positivisme qui déborde véritablement du boîtier si, comme moi, vous écoutez encore vos albums sur support physique (quoique pour celui-ci, Spotify fut mon ami). Ce bonheur ambiant possède le défaut de son omniprésence, à savoir une envahissante monotonie menant vers une relative platitude. Relative, car l'ensemble est tout de même fort bon. C’est essentiellement une question de goût, car concrètement, cette galette a de quoi propulser ce groupe au rang de nouveaux Coldplay – de quoi spéculer sur le pourquoi de la simplification de leur nom ? Le succès de masse ne sera vraisemblablement pas pour tout de suite ; le lobbying musical ne se fait pas en un jour. Et puis, pourquoi ne pas se dire au contraire que la paix intérieure s’est révélée à Mc Carthy et ses acolytes ? Celle-ci les ayant fort logiquement inspirés pour la réalisation du présent chapitre de leur carrière.

 

Loin de valoir les oubliettes, cet album éponyme n’a cependant pas les épaules d’un disque essentiel, malgré des mélodies aussi riches en émotions que riches tout court. Souvent même trop, c’est bien là que le bas blesse, et ce ne sont pas quelques riffs accrocheurs qui lui permettront d’atteindre le niveau de son unique et formidable prédécesseur.

 

 

Augustines (éponyme)

Note: ♪ 

 

 

Ecoutez :

 

Nothing To Lose But Your Head