04/12/2013

Manic Street Preachers - Rewind the film

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De l’histoire extra-musicale des Manic Street Preachers, on retient surtout la disparition de Richard James Edward en 1995. Les deux semaines précédant une tournée promotionnelle aux States, Edward vide son compte en banque, retrait après retrait. Et du jour du départ, il ne donnera plus jamais signe de vie.  Une enquête permet de retracer son itinéraire ; son appartement de Cardiff, un hôtel de Newport, un bus, un taxi et enfin, une station service près du Severn Bridge, au nord de Bristol. D’autres témoignages existent, mais les conclusions sont que c’est de ce pont qu’il a mis fin à ses jours. Quand on évoque sa disparition, c’est au sens propre, car son corps n’a jamais été retrouvé. Edward ne sera déclaré mort « présumé » qu’en 2008.

 

Quant aux autres, ils ont continué à jouer sans lui. Sortant la bagatelle de cinq albums dans cette dernière décennie séculaire, et cinq autres dans la suivante. Toujours dans un style propre, un rock pop, propre, mais légèrement écorché. Avec leur longévité, et leur répertoire garni de tubes (« Motorcycle Emptiness », « A desire for a life », « La tristesse durera » en français dans le texte, « If you tolerate this your children will be next », ou ma préférée « There by the grace of God »), les Gallois sont sans doute l’un des groupes les plus sous-estimés de sa génération.

 

Rewind the film sort du cadre habituel. Moins spontané, et plus cérémonial, pour offrir au final autant de profondeur. Il multiplie les featuring (Lucy Rose, Richard Hawley, Cate Le Bon) et les orchestrations (cordes et cuivres, percussions variées), dans une atmosphère mêlant gaité et mélancolie, qui tient parfois du conte, bien influencée par le rock opéra des 70s. Les mélodies accrochent rapidement, apaisent et captivent sans créer de tension. Ne souffrant que de l’absence d’une explosion qui le rendrait presque parfait, le onzième bébé des Manic’s affiche une grande maturité. Aussi surprenant que ravissant.

 


Manic Street Preachers

Rewind the film

Note : 

 

 

Ecoutez:

Show me the wonder

Rewind the film

 

02/12/2013

Suivez le fil

Dirty Beaches – Drifter / Love is the devil

 

dirty-beaches-drifters-love-is-the-devil.jpgLa musique du Canadien Alex Hungtai ne respire pas la joie de vivre. Un son shoegaze et low-fi, bricolé sur du matériel tout collé de bière renversée, et dépressif à en sentir des cafards ramper sous les vêtements. Le genre à vous imprimer en tête migraine et idées noires. Pourquoi dès lors, ne pas éjecter cet album crasseux de sa platine après le premier morceau, le second pour les plus conciliants d’entre nous ? A cause de son atmosphère lourde, entêtante et envahissante. Peut-être aussi parce qu’il rappelle quelque soirée passée, aussi mystique qu’embuée.

 

Note :

Ecoutez : Casino Lisboa

 

 

Mikal Cronin - MCII

 

Mikal-Cronin-MCII.jpgBien qu’il officie au sein de plusieurs formations, Mikal Cronin, compositeur aux cheveux longs, trouve le temps de faire des albums en solo. MCII, le second, libère un rock zen, naturel et intemporel. A vrai dire, tellement aéré qu’il ne fait que passer en coup de vent. Rempli de béatitude, inspirant la détente, ce disque manque toutefois d’une vraie personnalité, d’un caractère propre, apte à marquer les esprits. D’un point de vue ambiance, c’est gai comme une plaine de festival ensoleillée. Mais musicalement, ce n’est pas vraiment authentique, ni hors du commun. On se retourne une fois ou deux, avant de passer à autre chose.

Note : 

Ecoutez : Change


 

Karl Hyde – Edgeland

 

Karl_Hyde_-_Edgeland_2013.jpgQuand le chanteur d’Underworld taille la route seul, il emprunte les départementales fleuries. Suffit les beats ravageurs de Born Slippy ou Push Upstairs. Sur son album solo, Karl Hyde (dont les traits rappellent autant Eric Zemour que Christophe Hondelatte) batifole gaiment dans un champ de pâquerettes, en caressant des petits lapins aux yeux de manga. Edgeland comprend neuf chansons, longues même quand elles ne le sont pas. De sa voix coulante et monotone, il nappe des mélodies platoniques et répétitives, gentillettes mais pas vraiment tendres ni intenses. Sympatoche, mais pas vraiment indispensable.

 

Note : 

Ecoutez : Cut Cloud

 

White Lies @ Ancienne Belgique

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Sur scène, les White Lies me laissaient le souvenir de dernières prestations un cran en dessous de mes attentes. La faute à une apparente fragilité qui, sans les paralyser, empêchait ces trois gamins de s’éclater réellement sous plusieurs milliers de regards simultanés. En conséquence de cette motivation plafonnée, il leur arrivait de ne pas pouvoir tenir un rythme, et pire, à Harry McVeigh de perdre la justesse de son chant. Mais après leurs passage et repassage de ce week-end à l’Ancienne Belgique, on peut affirmer qu’ils assument de mieux en mieux leur notoriété.

 

On sent que malgré leur succès, les anglais désirent rester simples, entiers et accessibles. En témoigne leur look négligé, t-shirt au rabais contre barbe de plusieurs semaines, ainsi que leur immobilité relative. Alors puisqu’ils ne vont pas vers le « show », c’est ce dernier qui les rejoint sur scène. Résultat : la performance s’accompagne d’aveuglants jets de laser, partie d’un show lumineux nébuleusement riche, à rendre Jean-Michel Jarre malade de jalousie. Un attirail si exubérant que par moments, on pouvait réellement croire qu’une soucoupe volante était entrain de se poser sur scène. Ce plumage du 3e type ne s’accordait absolument pas avec le ramage musical proposé, qui était lui de très bonne facture. Avec la richesse de leurs trois albums, les Londoniens ne peuvent que dérouler une set list qui a de la gueule, qui commence d’entrée par deux gros tubes, se clôture par autant, et qui en garde encore pour le trou normand. A noter, peu avant les rappels, une pause dans cette démonstration de puissance, avec une reprise minimaliste de « I would die 4 U » de Prince – peut-être une piste sur l’évolution future de leur carrière ? Quant à la qualité du set, on aura déjà vu pire. McVeigh affirme ses épaules de chanteur, et les quelques cassures de rythme semblent cette fois bien contrôlées, comme pour mieux rebalancer la sauce dès la prochaine mesure.

 

Sans jamais se donner un genre, les White Lies apprennent à murir avec leur succès. Une heure et demie après leur montée sur scène, ils terminent leur unique et court rappel par un explosif « Bigger than Us », qui encore plus que le reste, laisse un goût de trop peu ; si on avait pu, on leur en aurait encore demandées quelques-unes.

 


White Lies

Ancienne Belgique , Bruxelles

Samedi 30 novembre 2013

Note :


01/12/2013

CocoRosie - Tales of a GrassWidow

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Les premières plages de Tales of a GrassWidow dépeignent un style moderne et étonnamment orthodoxe. Mélodies et tapis de percussion y perdent en détachement, le duo misant davantage sur des boucles vocales accrocheuses pour marquer les mémoires. Reste une ambiance « mélocaline », moins adorable qu’à l’accoutumée, plus véhémente et parfois chargée d’un soupçon de gravité. Après trois plages et une première pause atmosphérique, les sœurs enclenchent enfin la 3D, et nous parachutent dans leur monde fait de profondeur et d’espièglerie. On revit les instants magiques des albums d’antan, où l’on se sentait dorlotés comme des bébés. Les douces comptines prennent des accents World et Hip Hop, tantôt l’un, tantôt l’autre. Voire les deux en même temps, comme sur le titre « End of Time », qui pourrait marquer le retour de One T et Cool T en ballade sur la Cordillère des Andes. Hélas, à peine le temps d’en profiter, que ces instants de grâce s’éparpillent dans de nouveaux titres à l’âme moins prononcée. Ainsi se termine ce cinquième album de CocoRosie, comme il a commencé : avec un goût de trop peu.



CocoRosie

Tales of a GrassWidow

Note :



Ecoutez:

End of Time


 

16/11/2013

CHVRCHES - The Bones of What You Believe

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Vous pouvez toujours essayer de prononcer le « v », sinon faites comme tout le monde, dites « Churches ». La synthpop d’outre-manche n’avait plus connu telle sensation depuis La Roux, qui à force de repousser son retour, pourrait bien se faire piquer son trône par ce trio écossais qui ne paie pourtant pas de mine. Au micro, un petit bout de femme qui semble à peine sortir du lycée et derrière elle, deux types assez transparents, affairés sur des pads, claviers et autres machines électroniques. Mais parlons surtout du son, qui arrive comme un coup de poing en forme de caresse parfumée. En témoigne The Bones of What You Believe, un premier album très emballant, duquel émergent des tubes les uns après les autres.

 

La griffe CHVRCHES, c’est l’association de mélodies cent pour cent synthétiques, acerbes et cristallines, avec une voix d’ange, pleine et légèrement pinçante, qui les gonfle en émotion. S’y trouve aussi, pour couronner l’ensemble, une grosse dose de simplicité, sans doute involontairement apportée par les trois acolytes qui savent rester des personnes avant de devenir des personnages. Certes, ce n’est que de la pop, avec ses couplets, ses refrains et ses ponts, mais elle est terriblement opérante. Ici, le talent de composition tient dans l’enthousiasme et la profondeur apportée à un ensemble de sons binaires. Avec, en plus, un soupçon suffisant de post-modernité. Et ça fonctionne, pour chacun des douze titres, dont certains comme Gun ou We Sink sont tout simplement imparables. A se procurer d’urgence.

 


CHVRCHES

The Bones of What You Believe

Note :



Ecoutez:

Gun

We Sink

The Mother We Share

Recover


10/11/2013

Suivez le fil

Mogwai – Les Revenants

 

mogwai_les_revenants.jpgCeci n’est pas un album, mais une bande originale de série, ainsi qu’une façon démonstrative d’ajouter une nouvelle corde à sa mandoline. Coutumiers des longs récitals instrumentaux, les Ecossais de Mogwai dépeignent ici un thème fantastique, autour d’une orchestration minimaliste menée par un piano tantôt acoustique, tantôt électrique, à la fois candide et intrigant. Le tempo mesuré et le tapis de violon accentuent le climat dramatique qui règne en cet endroit. Les habituelles bourrasques rock de Mogwai font place à un brouillard humide, silencieux mais très présent. Difficile de ne pas s’y engouffrer tête première.


Note :

Ecoutez : Hungry Face

 

Beady Eye – Flick of the finger


2013BeadyEyeBe600G160413.jpgDeux ans après un (très) décevant premier essai sans son frérot, Liam Gallagher revient accompagné de ses potes de feu-Oasis, avec l’intention de prouver qu’ils peuvent faire de bonnes choses sans leur papa Noël. Alors oui, cette deuxième galette de Beady Eye possède des qualités que n’avait pas son ainée, entre autres profondeur, humilité, et une petite note psyché. Hélas, la lassitude est de nouveau au rendez-vous, et ce dès la seconde plage de ce disque-maison, globalement fade et uniforme. En vérité, des onze titres, seuls les trois derniers paraissent issus d’une inspiration nouvelle. Mais plus les années passent, et moins Liam semble être en mesure de renouveler la british touch.


Note :

Ecoutez : Flick of the finger



!!! - Thr!!!er


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Peut-être est-ce l’accent kitsch du genre funk qui l’empêche de revenir parmi les tendances actuelles. Pourtant, chaque album de « Tchik Tchik Tchik » (tel qu’on prononce communément !!!) démontre que le funk n’est pas qu’une affaire de paillettes, coiffures afro et pavés qui clignotent. Sur Thr !!!er, les Californiens déroulent un son groove qui reste très frais et actuel. Menées par une ligne de basse aux effets variés, les mélodies profitent d’une orchestration complète, incluant une multitude de petits sons difficilement isolables à l’oreille, mais dont l’ajout les uns sur les autres provoque une irrésistible envie de remuer de la nuque. Vocalement, c’est très pondéré ; sans en faire des tonnes, Nic Offer suit le swing sans le mener ni l’étouffer, et s’efface même souvent pour laisser les instruments s’exprimer. Léger, pondéré et entraînant, Thr !!!er ne souffre que d’une monotonie de rythme, qui pourrait poser un problème de longueur, si toutefois l’album dépassait les quarante minutes, et si la dernière plage n’avait pas rien à voir avec le reste.


Note :

Ecoutez : Even When The Water's Cold


07/11/2013

The National @ Rockhal

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Ce mercredi, The National et leur rock empoignant se produisent dans une Rockhal loin d’être remplie. A l’heure où débute le concert, initié par une vidéo sur l’écran géant qui les emmène du sortir de leur loge jusqu’à leur montée sur scène, il est encore aisé de se faufiler vers les premiers rangs. Le temple du rock d’Esch-sur-Alzette doit bien être la seule étape de leur tournée où les spectateurs ont le loisir de se décider à venir deux heures avant le début du concert. Partout ailleurs, c’est deux heures après la mise en vente des tickets qu’il faut déjà avoir fait son choix. Mais soit, ne nous attardons pas une énième fois sur la carence en enthousiasme du public luxembourgeois.

 

Peu nombreuse donc, la foule comporte toutefois son lot de fans, à en juger par l’entrain manifesté entre chaque titre. Dix-neuf pour être précis, rappel compris. Les Cincinnatiens font donc bien plus que d’assurer l’essentiel. Avec son look de prof de religion dépressif, Matt Berninger attire les attentions. D’abord immobile, voûté contre son micro auquel il s’accroche des deux mains, telle une corde d’alpiniste à son mousqueton. Après chaque chanson et un bref remerciement, il s’accroupit dos au public, pour avaler moins que discrètement quelques goulées de bière. Dix chansons plus tard, Matt est devenu un autre homme, qui crache sa pinte comme un lama et jette nonchalamment ses gobelets. Encore quelques titres et le dévergondage atteint son paroxysme, lorsqu’il se jette parmi la foule et que sa voix s’enraye au point de donner des espoirs aux casseroles de la « nouvelle star ».

 

Orbitant autour de leurs deux derniers albums, mais comprenant aussi d'anciennes perles, la playlist leur permet d’exprimer leur énergie, paradoxalement bouillonnante et cadenassée sous une apparente et trompeuse banalité. Les mélodies ont beau inspirer la tristesse, les rythmes n’en sont pas moins acérées, et les guitares orageuses. Ce sont, à leur manière, des bêtes de scène. Des bêtes amadouées, mais des bêtes tout de même, qui connaissent leur métier sur le bout des doigts. Des monsieurs-tout-le-monde qui tournent transparence en transcendance, et savent captiver une foule à la bordure de l’hypnose. Si leur musique peut sembler cafardeuse, on sort pourtant de là avec une folle envie de faire quelque chose de son existence.

 


The National @ Rockhal

Mercredi 6 novembre 2013

Note :