29/09/2014

Alt-J - This Is All Yours

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Pour un artiste, l’étape du second album est très importante. Cette affirmation certes récurrente constitue une excellente introduction chaque fois que tel événement se produit. Comme ici par exemple.

 

Partons du principe que le premier album fut un succès, car si l’essai initial vous a ballonné, il y a peu de chance que vous accordiez du crédit au suivant. Se pose d’abord la question du timing ; après combien de temps puis-je, dois-je, revenir avec une nouvelle galette ? Sachant que financièrement, il m’est plus utile de rallonger ma tournée que de reprendre le chemin du studio. Mais si j’attends trop longtemps, je risque de me faire oublier. Et plus long sera le délai, plus intransigeant sera mon public - pour autant qu’il le soit, il y en aura toujours à qui on pourra faire gober des mouches en leur faisant croire qu’ils dégustent des cailles.

 

Parlant de contenu, je me dois de respecter un équilibre délicat, qui consiste à proposer de nouvelles choses, sans pour autant m’éloigner de ce qui a construit ma renommée. Il m’est indispensable d’innover, pour la simple raison que je ne bénéficie plus de l’effet de surprise, et qu’on m’attend au tournant. Mais il doit s’agir d’une amélioration, et non d’un virage, auquel cas mon public – toujours le même – ne s’y retrouvera pas.

 

Alt-J a marqué l’année 2012 de son empreinte, grâce à « An Awesome Wave », un brillantissime premier album qui en a aveuglé plus d’un. De leur aveu, ils avaient mis six ans à le composer. Sont-ils en mesure de réitérer cette performance à peine deux ans plus tard ?

 

Constatons, tout d’abord, que le quatuor anglais n’a pas précipité son retour pour surfer sur le ressac du succès. Comme son prédécesseur, This Is All Yours montre un niveau de personnalisation qui brouille la piste aux influences. Il avance par étapes, de structures atypiques en mélodies hybrides, où chaque son est finement choisi et dosé. Comme une toile de maître, aux émotions implicitement éparpillées. C’est cette patte, unique et authentique, qui nous époustouflait déjà il y a deux ans. C’est également elle qui, comme un double tranchant, nuit à la spontanéité du groupe durant leurs concerts – ceci étant un autre sujet.

 

Quant à l’évolution, mesurée à point, elle se traduit par une certaine pérennité musicale, présente dès les premières plages du disque. Une introduction en accords de voix, une seconde aussi épurée qu’une improvisation de Maximilian Hecker, et une troisième qui prolonge la quiétude, avant de prendre de l’ampleur. Survient ensuite Every Other Freckle, où le groupe étale sa panoplie : le rythme enfoncé, la basse qui grésille, la voix chargée de blues et ses chœurs soigneusement placés, plus une guitare et quelques autres sons non identifiés. La suite du disque réserve un surprenant mélange de teintes, qu’elles soient country (Left Hand Free), acoustique (Pusher), folk rock (Choice Kingdom, Warm Foothill), ou Trip Hop (Hunger of the Pine, Bloodflood pt2), parfois hybride (The Gospel of John Hurt), sans oublier une courte et surprenante pause bucolique (Garden of England).

 

This Is All Yours apporte la plus claire des réponses à ceux qui craignaient qu’An Awesome Wave ne fut qu’un feu d’artifice mouillé. A la fois paisible et profond, un brin minimaliste mais néanmoins coloré, cet album ne semble souffrir que d’un manque d’accroches, de celles qu’on aime isoler et se repasser en boucle, et qui fleurissaient tout au long du précité. Mais la magie, la minutie, l’inattendu, tout simplement la qualité, sont toujours bien présentes.

 

 

Alt-J

This Is All Yours

Note : ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez:

Every Other Freckle

Hunger Of The Pine

 

20/06/2013

Alt-J @ Pinkpop & Rockhal

 

 

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Pour remplir des salles de concert, il n’y a pas 36 solutions. La plus directe est l’omniprésence médiatique ; choisir un bon manager qui convaincra les radios de diffuser votre musique, ou un bon conseiller en communication, qui vous expliquera comment réussir un buzz. Les Anglais d’Alt-J ont choisi une autre option, plus fine mais également moins accessible : la vraie qualité musicale ;  mélange d’accroche, de surprise et d’innovation. Sorti l’an passé, leur premier album a véritablement enflammé les critiques, et bien que leur notoriété reste toute relative, cette grande réussite leur permet de bien garnir les lieux de concert qu’ils visitent au cours de leur tournée.

 

En parlant de critiques, toutes ne sont pas avisées. Ainsi, j’avoue moi-même avoir mal jugé ce premier opus – ceci est le second « mea culpa » de l’année. « An awesome Wave » n’est pas simplement bon ; c’est un extra-terrestre, dangereusement addictif.  Depuis le temps qu’il squatte mes écouteurs, je suis impatient de découvrir ce qu’il vaut en live. Aujourd’hui, ma curiosité est doublement satisfaite, puisque j’ai eu l’occasion de les voir deux fois en quatre jours. Dimanche dernier au Pinkpop Festival de Landgraaf, et ce mercredi à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette.

 

Sur scène, on retrouve bien cette grande qualité musicale. Le quatuor déroule sa « vague géniale » en usant seulement d’un soupçon de sampling, lors de moments épars. Commençant par l’introduction et terminant par la fin, ils mélangent cependant les titres au milieu. C’est, hélas, un des seuls points sur lequel leur prestation se démarque d’une simple écoute sur platine. On sait d’eux qu’ils sont très minutieux, puisqu’ils avouent avoir passé près de 7 ans à préparer ce premier opus. En live, ils le jouent sans filet, et c’est tout à leur honneur. Mais cette envie de trop bien faire les rend statiques et prévisibles. Aucune spontanéité, peu d’explosivité, si ce n’est pendant « Fitzpleasure », « Breezeblocks » et « Taro ». Au final, le concert entier se déroule comme du papier à musique. L’écoute reste plaisante, mais le show manque cruellement de surprise, et d’une réelle apogée. Et nous laisse sur notre faim, au moment où les lumières se rallument.

 

Si la scène leur permet de démontrer leur énorme potentiel, il leur reste encore à exprimer leur passion. Ou alors, Alt-J ne sera jamais un groupe de scène ; on en a malheureusement vu d’autres.

 

Alt-J

Pinkpop Festival, dimanche 16 juin 2013

Rockhal, mercredi 19 juin 2013


Note : 


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01/11/2012

Suivez le fil : Disappears, Alt-J, Isbells


Disappears – Pre Language

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Quatuor formé à Chicago en 2008, Disappears propose un rock en noir et blanc proche du punk de la grande époque. Clairement influencé par l’œuvre de Sonic Youth, leur dernier album Pre Language balance un rock des plus purs, sans artifice et chargé de tension. Tous les ingrédients du style sont présents, du rythme carré aux guitares saturées qui s’affolent sur les refrains, en passant par un chant caverneux, par moments proche de celui d’Iggy Pop. Alors certes, tout cela n’est pas neuf, et manque même cruellement d’originalité. Mais ça ne manque pas d’adrénaline et, bordel, qu’est-ce que ça fait du bien parfois !


Tarif : 6.5/10

Ecoutez : Replicate




Alt-J – An Awesome Wave

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Nous sommes en 2012 et nous croyons avoir tout entendu. C’est sans compter sur ce premier album d’Alt-J, groupe formé à Leeds qui a méritoirement gagné son rang parmi les révélations de l’année, grâce à son style hybride très original. Quand on y prête une première oreille, le son Alt-J paraît poussiéreux, avec ses percussions industrielles et son clavier résonnant, digne d’un vieux piano bar. La surprise vient d’un chant et d’harmonies de voix élevées, tendant vers le blues folks américain, et dont les passages a capella sont savoureux. Ajoutez une basse et une guitare, et quelques sonorités électroniques tantôt claires, tantôt saturées, et vous obtenez un mélange unique en son genre.  An Awesome Wave, l’album qui illustre ce style détonnant, est une très bonne surprise, voire une petite bombe, qui ne trempe ni dans la monotonie, ni dans le « déjà entendu ».


Tarif : 7/10

Ecoutez : Breezeblocks



Isbells – Stoalin’

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A l’écoute de cet album, on se sent transporté vers certaines contrées d’outre-Atlantique, comme si le mouvement folk indé était propre au Wisconsin ou à l’état de Washington. Leader de la formation Isbells, Gaëtan Vandewoude provient de notre plat-pays. Son groupe et lui nous offrent un second album poignant et intriguant à la fois, d’une patte mélo-acoustique flottant quelque part entre Bon Iver et les Fleet Foxes. Stoalin’ n’a d’ailleurs pas grand-chose à envier à ces grandes références. Son éclatante quiétude, sa variété instrumentale, ses entêtantes harmonies vocales, et ses quelques mesures d’arpèges intimistes qui imposent le silence, font de ce disque une véritable pépite. Allez Gaëtan, enfile une chemise à carreaux trop grande et laisse-toi pousser la barbe davantage, tu n’es qu’à quelques centimètres d’une carrière internationale !


Tarif : 8/10

Ecoutez : Heading For The New Born