16/11/2014

Royal Blood (éponyme)

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Royal Blood, c’est la nouvelle sensation du rock anglais. Deux gamins de Brighton qui ont mangé leurs céréales en écoutant Jack White, Soundgarden et Led Zeppelin. Deux potes au style dépotant qui se trouvent les yeux fermés, et dont les Arctic Monkeys étaient déjà fans avant qu’ils ne sortent quoi que ce soit.

 

Royal Blood, c’est du « drum and bass » au sens littéral, 100% musclé avec  0% de six cordes. Du blues-rock juteux, sans pépin, pelure ni fioriture, qui en revient à l’essentiel : l’adrénaline pure. Un style aussi condensé que leur album, une galette de 32 minutes à peine mais qui ne contient que du single. Pas d’intro interminable, ni de pause langoureuse, non, que du fuel pour sauter en l’air et agiter ses membres et ses cheveux (pour ceux qui en ont).

 

Royal Blood, c’est sans doute ce qui se fait de mieux cette année en termes d’association simplicité-efficacité. A voir s’ils pourront s’embraser sur la durée, ou si le feu s’éteindra aussi vite qu’il s’est propagé.

 

 

Royal Blood (éponyme)

Note :  ♪ 

 

 

Ecoutez :

Figure It Out

Little Monster

Out Of The Black

Come On Over

 

15/09/2014

John Grant - Pale Green Ghosts

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S’il existait un front des prodiges inconnus, John Grant en tiendrait la bannière. Irrévélé au grand public, que sa dégaine, entre hipster négligé et bûcheron psychopathe, effrayerait certainement, il pourrait néanmoins proposer sa vie comme scénario de best seller. Ce sont en fait des années de pauvreté et de dépression qu’il a traversées, avant que son labeur ne connaisse un immense succès d’estime.  En 2010, alors que son premier album solo fait le plein d’éloges, il est frappé par le destin, lorsqu’il apprend sa séropositivité. Une épreuve de plus pour cet artiste décidément torturé, pour qui la musique reste un formidable exutoire.

Second album solo, Pale Green Ghosts tire son titre des oliviers qui bordent une autoroute menant à sa ville natale de Parker, Colorado. Décors de prime jeunesse ou récits de ses flirts avec pairs ou addictions, les textes de Grant s’inspirent généralement de ses expériences passées. L’orchestration évolue quant à elle, puisqu’aux bases blues et country vient s’ajouter une sauce électronique minimaliste, comme pour saupoudrer le disque d’une pincée d’anachronisme. Bien que l’opposition de styles durcisse les transitions entre les différents titres, elle se savoure dès la plage d’ouverture, intime et hypnotique balade, aussi addictive que les anciens démons de son auteur. Mais le principal atout de Grant reste sa voix suave, apaisante et incandescente.

Parfois inégal, dans l’ensemble très posé, cet album possède la rareté d’allier à la fois simplicité et intensité. Avec comme trait, une délicatesse musicale qui tranche avec des textes parfois franchement crus.

 

John Grant

Pale Green Ghosts

Note : ♪ ♪ 

 

Ecoutez : 

Pale Green Ghosts

05/06/2014

LIARS - Mess

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Les trois New-Yorkais de LIARS ont cette coutume particulière de changer d’inspiration à chaque nouvel album. Une sorte de protocole artistique qu’ils s’imposent à eux-mêmes, et remarquablement mis en oeuvre même si les variations d’un opus à l’autre ne sont pas forcément radicales. Mais bien qu’ils n’enchainent pas encore musette et hardcore, un certain nombre d’artistes que je ne nommerai pas, parmi lesquels Christophe Maé, feraient bien d’en prendre de la graine (quitte à tirer sur l’ambulance, autant aussi shooter dans le cercueil).

 

Le titre du petit nouveau, qui signifie « désordre » pour les non-bilingues d’entre vous, insuffle l’idée d’une purge où se libèrent des litanies fracassantes et déstructurées, qui vacillent sur la frontière du bruit. En vérité, il n’en est rien, puisque ce disque surfe sur l’électro-rock gothico-industriel. Mess est conçu sur des rythmes tribaux, et un son qui mêle mélodies perlées et beats cadencés. Rapidement, il créé une atmosphère chargée d’envie et d’anxiété, sentiment renforcé par un chant nonchalant et caverneux. Ce disque n’est pas le bordel annoncé, néanmoins il surprend, car aussi intemporel que percutant. Tel un bootleg naturel entre Bloody Beetroots et les Sisters of Mercy, qui libère une angoisse à la fois subtile et purgative, sorte de gigue kaléidoscopique dont ses auteurs ont le secret. Original, succulent, et pas forcément hors de portée.

 

LIARS

Mess

Note :  ♪  

 

Ecoutez:

Mess on a Mission

 

11/12/2013

Suivez le fil

 

MGMT (éponyme)

MGMT_MGMT.jpgTrois ans après le très décevant « Congratulations », les MGMT prennent leur revanche avec un album éponyme, largement orienté vers l’électro-rock psychédélique. Ce nouvel opus nous plonge dans une ambiance tempérée, en forme de rêve éveillé, au cœur de laquelle zénitude et mélancolie se confondent en écho et dans le calme. Parmi ces dix nouveaux titres, il ne faut espérer trouver une pépite addictive et populaire, tels que furent jadis Kids ou Time to pretend. A défaut, le sextet américain réussit à greffer à ce disque une identité propre, en y dressant une atmosphère profonde et consistante. Ils prouvent de cette façon que leur talent ne s’était pas entièrement évaporé après leur premier album. Pas imparable donc, mais non moins dénué d’intérêt, ce troisième album de MGMT est au final une bonne surprise.

Note :

Ecoutez : Your Life is a Lie

 



Mount Kimbie - Cold Spring Fault Less Youth

Mount_Kimbie.jpgDuo très influent, Mount Kimbie sort un remarquable second album dans un style electro chill minimaliste, mais pas tant que ça. Les Anglais y usent et abusent de mélodies planantes et hypnotiques, sur lesquelles perlent de multiples percussions, fines et choisies sur le volet. La basse joue un rôle secondaire, mais elle sublime les titres sur lesquels elle intervient. Quant au saxophone, très discret, il ajoute à l’ensemble un gramme de sensualité. On peut regretter les pauses « Hip Hop », qui gênent davantage qu’elles n’étendent les variations de style, ainsi que l’imperfection de la production, sans doute désirée, mais qui n’apporte pas de réelle valeur ajoutée. Un son peaufiné à la perfection aurait sans doute eu le mérite d’exister… mais nous ne le saurons jamais.

Note :

Ecoutez : Home Recording

 


Anna Calvi – One Breath

anna_calvi_one_breath.jpgOn ne sait quelle mouche a piqué Anna Calvi, qui semble prendre son rôle de diva du rock au pied de la lettre. En témoigne ce nouvel album blues rock paré d’un style très 20e siècle, à l'orchestration légère mais à l'atmosphère pesante. Certains titres feraient d’ailleurs de parfaites BO pour de prochains films de James Bond. La blonde nous livre une interprétation tendue, très théâtrale, et saupoudrée d'un peu de folie, qui rompt avec la lisseur de son premier et précédent opus. Qu'elle se tasse ou s'envole, elle garde une parfaite maîtrise de sa voix, sans ressentir le besoin d'en rajouter des caisses. Globalement… car à la longue, les complaintes, gémissements ou longues tirades litaniques (lisez : de nombreux« haaaan » et « Haaa ha ha haaa ») peuvent lasser. Le paradoxe gênant de One Breath se situe dans l’opposition entre, à certains instants ses surprises, et à d’autres, son manque de sincérité. Anna n’est pas encore la nouvelle PJ Harvey, bien qu’elle y travaille.

Note:

Ecoutez : Sing to me

22/07/2013

Sigur Ros - Kveikur

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Au cours de cette chronique, je vous dispenserai des habituelles éloges que je formule à l’égard de Sigur Ros. Si vous me suivez régulièrement, vous n’ignorez pas qu’ils sont pour moi le meilleur groupe de tous les temps, titre possédé en copropriété avec Joy Division. A la lecture de cette introduction, mes nouveaux lecteurs parmi vous soupireront sans doute : « pffff encore un pseudo-érudit qui se la pète avec ses goûts musicaux ». Si vous saviez, chers néophytes, qu’il m’est un jour arrivé d’attendre une heure à la sortie d’un plateau de télévision de festival, pour me faire signer un 45tours par Jean-Pierre Mader, vous ne sauriez plus que faire de ce vilain stéréotype. Bref, je ne m’égare pas plus longtemps, simplement le temps de souligner que je suis sans doute le seul chroniqueur amateur à avoir réussi à placer les noms de Joy Division et Jean-Pierre Mader dans le même paragraphe de la même chronique dont aucun n’est le sujet. Je ne pêcherai pas non plus par redondance, en affirmant une nouvelle fois que Jónsi et ses amis placent leur post-rock organique bien au-dessus de tout ce qui a déjà existé sous forme d’onde sonore.

 

Il est généralement laborieux de conserver son objectivité lorsqu’il s’agit de parler de son groupe préféré, mais les Islandais me facilitent bien la tâche. Ils sont, en effet, incapables de sortir quelque chose de mauvais. A croire que même un album de reprises de Patrick Sébastien signé par eux n’abaisserait pas le niveau de leur discographie. Cela ne fait fort heureusement pas partie de leurs nombreux projets.

 

Un an à peine après Valtari, opus paisible et dénué de réelle surprise, le quintet renverse complètement la roue. Là où son prédécesseur barbotait en eaux connues, Kveikur semble voguer vers des courants nouveaux. Certains titres, entêtants, troublent par leur potentiel d’attraction immédiate. On appelle ça plus communément des « tubes », mais auprès des Islandais, ce phénomène ferait presque peur. Ce nouvel album ne va pas jusqu’à tremper dans le tout public, mais il se présente comme plus accessible. En témoigne l’omniprésent son rock et les structures carrées sur lequel il repose. Quoique, « reposer » n’étant pas vraiment le terme adéquat ; son atmosphère orageuse en fait un disque sombre et garni d’une délectable pointe de stress.

 

Le résultat de cette surprenante tournure est saisissant. Sorti l’an dernier après 4 ans d’absence, Valtari n’était peut-être qu’un prélude à cette œuvre tumultueuse, aux racines post-rock bien palpables, et à travers laquelle on reconnait bien la griffe surnaturelle de Sigur Ros. Un groupe qui n’a de cesse d’innover, tout en restant fidèle à ce qu’il est, et dont il faut croire qu’ils ne se reposeront jamais sur aucun laurier. Avec Kveikur, Jónsi et sa troupe nous offrent un de leurs meilleurs bouts d’histoire.

 

 

 

Sigur Ros

Kveikur

Note : 



Ecoutez:

Brennisteinn


20/06/2013

Alt-J @ Pinkpop & Rockhal

 

 

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Pour remplir des salles de concert, il n’y a pas 36 solutions. La plus directe est l’omniprésence médiatique ; choisir un bon manager qui convaincra les radios de diffuser votre musique, ou un bon conseiller en communication, qui vous expliquera comment réussir un buzz. Les Anglais d’Alt-J ont choisi une autre option, plus fine mais également moins accessible : la vraie qualité musicale ;  mélange d’accroche, de surprise et d’innovation. Sorti l’an passé, leur premier album a véritablement enflammé les critiques, et bien que leur notoriété reste toute relative, cette grande réussite leur permet de bien garnir les lieux de concert qu’ils visitent au cours de leur tournée.

 

En parlant de critiques, toutes ne sont pas avisées. Ainsi, j’avoue moi-même avoir mal jugé ce premier opus – ceci est le second « mea culpa » de l’année. « An awesome Wave » n’est pas simplement bon ; c’est un extra-terrestre, dangereusement addictif.  Depuis le temps qu’il squatte mes écouteurs, je suis impatient de découvrir ce qu’il vaut en live. Aujourd’hui, ma curiosité est doublement satisfaite, puisque j’ai eu l’occasion de les voir deux fois en quatre jours. Dimanche dernier au Pinkpop Festival de Landgraaf, et ce mercredi à la Rockhal d’Esch-sur-Alzette.

 

Sur scène, on retrouve bien cette grande qualité musicale. Le quatuor déroule sa « vague géniale » en usant seulement d’un soupçon de sampling, lors de moments épars. Commençant par l’introduction et terminant par la fin, ils mélangent cependant les titres au milieu. C’est, hélas, un des seuls points sur lequel leur prestation se démarque d’une simple écoute sur platine. On sait d’eux qu’ils sont très minutieux, puisqu’ils avouent avoir passé près de 7 ans à préparer ce premier opus. En live, ils le jouent sans filet, et c’est tout à leur honneur. Mais cette envie de trop bien faire les rend statiques et prévisibles. Aucune spontanéité, peu d’explosivité, si ce n’est pendant « Fitzpleasure », « Breezeblocks » et « Taro ». Au final, le concert entier se déroule comme du papier à musique. L’écoute reste plaisante, mais le show manque cruellement de surprise, et d’une réelle apogée. Et nous laisse sur notre faim, au moment où les lumières se rallument.

 

Si la scène leur permet de démontrer leur énorme potentiel, il leur reste encore à exprimer leur passion. Ou alors, Alt-J ne sera jamais un groupe de scène ; on en a malheureusement vu d’autres.

 

Alt-J

Pinkpop Festival, dimanche 16 juin 2013

Rockhal, mercredi 19 juin 2013


Note : 


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15/03/2013

Foals - Holy Fire

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Pour les avoir découverts en live, un peu par hasard, lors du Pukkelpop 2009, et pour les avoir revus deux ans plus tard en salle, j’affirme que Foals est l’un des meilleurs groupes rock de sa génération. Et ce n’est pas ce troisième album qui me fera changer d’avis. Parmi les dizaines, que dis-je, les centaines de groupes étiquetés « alternatifs » que ces dernières années ont vu éclore, ils ont ce truc bien à eux, électrique, tonifiant, et purement sincère, que d’autres tentent en vain d’attraper durant toute leur carrière. Au contraire de ces gars d’Oxford, dont on croirait qu’ils sont nés avec.

 

Holy Fire débute par un intriguant prélude à trois notes d’un son de guitare doux et tranchant à la fois. Une des deux signatures du groupe, avec la voix relevée de Yannis Philippakis. C’est au bout d’une trentaine de secondes de teasing que le rythme survient, et là, le remède commence déjà à agir. Dès les premières notes, alors que pas un mot n’a encore été dit, on est déjà emportés par un riff entêtant, sorte de hard rock mesuré, enrobé d’une moelleuse couche de groove. Les  titres se succèdent sans ralentir la cadence, on passe par un « My Number » au swing ensoleillé, et à la carrure de single. Plus loin, c’est « Latenight », et sa lente envolée, qui nous fait planer, tandis qu’ « Out of the woods » nous rend léger, et nous donne envie de danser. Pour les autres titres, y compris les plus calmes, les superlatifs ne manquent pas.

 

La griffe Foals réunit le meilleur de groupes tels The Temper Trap (parfois trop tendres) et Two Door Cinema Club (parfois trop lisses). Par moments, on peut également sentir l’influence des –déjà cultes- Alt-J. Avec en plus, je me répète, un son qui leur appartient, vivant, gonflé. Jouissif. Longue vie à eux.

 


Foals

Holy Fire

Note : ♪♪


 

Ecoutez :

My Number