02/12/2013

White Lies @ Ancienne Belgique

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Sur scène, les White Lies me laissaient le souvenir de dernières prestations un cran en dessous de mes attentes. La faute à une apparente fragilité qui, sans les paralyser, empêchait ces trois gamins de s’éclater réellement sous plusieurs milliers de regards simultanés. En conséquence de cette motivation plafonnée, il leur arrivait de ne pas pouvoir tenir un rythme, et pire, à Harry McVeigh de perdre la justesse de son chant. Mais après leurs passage et repassage de ce week-end à l’Ancienne Belgique, on peut affirmer qu’ils assument de mieux en mieux leur notoriété.

 

On sent que malgré leur succès, les anglais désirent rester simples, entiers et accessibles. En témoigne leur look négligé, t-shirt au rabais contre barbe de plusieurs semaines, ainsi que leur immobilité relative. Alors puisqu’ils ne vont pas vers le « show », c’est ce dernier qui les rejoint sur scène. Résultat : la performance s’accompagne d’aveuglants jets de laser, partie d’un show lumineux nébuleusement riche, à rendre Jean-Michel Jarre malade de jalousie. Un attirail si exubérant que par moments, on pouvait réellement croire qu’une soucoupe volante était entrain de se poser sur scène. Ce plumage du 3e type ne s’accordait absolument pas avec le ramage musical proposé, qui était lui de très bonne facture. Avec la richesse de leurs trois albums, les Londoniens ne peuvent que dérouler une set list qui a de la gueule, qui commence d’entrée par deux gros tubes, se clôture par autant, et qui en garde encore pour le trou normand. A noter, peu avant les rappels, une pause dans cette démonstration de puissance, avec une reprise minimaliste de « I would die 4 U » de Prince – peut-être une piste sur l’évolution future de leur carrière ? Quant à la qualité du set, on aura déjà vu pire. McVeigh affirme ses épaules de chanteur, et les quelques cassures de rythme semblent cette fois bien contrôlées, comme pour mieux rebalancer la sauce dès la prochaine mesure.

 

Sans jamais se donner un genre, les White Lies apprennent à murir avec leur succès. Une heure et demie après leur montée sur scène, ils terminent leur unique et court rappel par un explosif « Bigger than Us », qui encore plus que le reste, laisse un goût de trop peu ; si on avait pu, on leur en aurait encore demandées quelques-unes.

 


White Lies

Ancienne Belgique , Bruxelles

Samedi 30 novembre 2013

Note :


07/05/2013

The Knife @ Ancienne Belgique

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Considérant The Knife comme un des groupes les plus influents du mouvement électro, c'est avec une certaine impatience que j'attendais de découvrir sur scène ce duo avant-gardiste. Que ressentir, au moment de quitter la salle, sinon la désagréable sensation de s'être fait berner sur la marchandise?


 
Tout d'abord, il ne fut jamais vraiment question d'une performance "live". Quelques instruments se comptaient bien sur scène, mais les protagonistes ne s'en approchaient que trop rarement. A
u lieu de ça, l'estrade comptait une douzaine d'acteurs encapuchonnés dans de longues toges, le visage peinturluré et couvert de paillettes. Nageant au creux des vagues de lumières, cette troupe dessinait des esquisses de chorégraphies rythmées par des airs provenant donc, forcément, de pistes préenregistrées. Dans le lot, on reconnaissait Karin Dreijer, madame Fever Ray, qui semblait pour sa part chanter en direct. Mais peut-on parler d'un plus, puisqu'il s'agit du strict minimum à attendre d'un concert ? A moins qu'il ne faille pas considérer cette représentation comme telle, mais plutôt comme un spectacle son et lumière. Pour sûr, les lumières étaient très belles. Mais dans ce cas, merci de prévenir la prochaine fois...

 

A partir du moment où l'interprétation n'est pas du direct, le contenu de la playlist devient secondaire. Mais critiquons-la tout de même, puisqu'elle avait le bon goût d'être essentiellement centrée sur le dernier album du groupe. Dénigrant les hymnes tant attendus que sont, entre autres, "Heartbeats" ou "We share our mother's health". On a du se contenter, en clôture, d'une version revisitée de "Silent Shout", sur laquelle toute la troupe de charlatans sautillait allègrement et sans aucune coordination. Parce que oui, même les chorégraphies faisaient amateur.

 

Alors oui, les attentes étaient très élevées. Mais quitte à sortir déçu, j'aurais au moins souhaité assister à un concert, et pas à un spectacle juste digne d'une fancy fair à gros budget, voire d'un début d'après-midi au festival Esperanzah. C'est peu dire que cette infâme mascarade aura ruiné le mythe...

 


The Knife, Ancienne Belgique

Dimanche 5 mai 2013

Note : Ǿ

28/05/2012

Netsky @ Ancienne Belgique

 

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L’Anversois Boris Daenen tire son nom de scène d’un ver informatique baptisé « Netsky.AB. ». Coïncidence plutôt cocasse, c’est sur la scène de l’AB que Netsky posait ses platines ce vendredi soir. Ce jeune prodigue s’est spécialisé dans l’art de la drum n’bass. Son truc, c’est de brasser des beats rapides et souples, avec des mélodies simples de nature, mais extrêmement emphatiques. Iron Heart, le titre qui l’a fait connaître en 2010, condensait des sonorités acid, tout droit sorties des années 90… époque où, on l’imagine, le petit Boris gambadait encore dans son parc, au son des premières ritournelles de Samson en Gert. Give & Take, single annonçant l’arrivée d’un second album, est plus conventionnel mais non moins surprenant. Les machines y font place à des instruments plus classiques, piano et guitare électrique, formant avec les beats un riche mélange de styles.

 

Peu renommé au sud de la forêt de Soignes, Netsky trouve l’essentiel de sa popularité au sein du public flamand. De fait, on n’entend guère parler français entre les murs de l’AB ce vendredi. Parmi la foule, beaucoup de survoltés, quelques-uns bien imbibés, et l’une ou l’autre coiffure qui montrent que le passage de la Tektonic dans nos cultures a laissé des traces. Un public juvénile des plus motivés, qui se presse aux devants de la scène ; l’espace disponible à l’arrière de la salle ferait mentir le box office du soir, lequel affiche pourtant un cinglant sold out depuis plusieurs semaines.

 

Non content du succès populaire de ses compositions, le petit chef en herbe sait aussi comment embraser une foule, en s’entourant de vrais professionnels. Outre un percussionniste et un claviériste, il s’accompagne d’un maître de cérémonie qui, micro bien en main, ne chante ni ne rappe. Sous sa casquette, arborant un t-shirt aux couleurs de son leader, le bougre se contente de poser un flow de paroles sobre et suffisant pour colorer les alliages musicaux. Plusieurs fois, il charrie gentiment les quelques spectateurs assis dans les fauteuils rouges, sur la mezzanine d’en face, précisément parce qu’ils restent assis. Quant à Netsky, qui n’ouvrira jamais la bouche, il trône au centre de la scène et des attentions, derrière son ordinateur frappé d’une pomme. Une vraie frimousse d’enfant modèle, au sourire éclatant de pureté, sorte de « ying » physique de Bryan Molko, avec ses cheveux noir de geai.

 

Dès les premières minutes, le groupe place la barre très haute. Quelques notes à peine, et l’ambiance atteint déjà son paroxysme. Assaillie par la houle électronique, l’Ancienne Belgique se voit plongée dans une dimension intemporelle où ses occupants oublient l’heure qu’il est, le temps qu’il fait, et le cours actuel du pétrole. L’énergie balancée a de quoi décoiffer un chauve, et si le soleil a dominé Bruxelles toute cette journée de mai, la chaleur qui règne dans la salle à cet instant n’a rien à lui envier. Parmi ce public remué apparaissent déjà les premiers torses nus, bientôt suivis des chevelures trempées.

 

Cette intensité ne diminue pas de tout le concert, durant lequel Netsky décoche une drum n’bass aux multiples parfums. La plupart du temps chargée de distorsion, à la sauce Prodigy, elle est par moments nappée de soul, et à d’autres gonflée de ragga, voire même d’un groove emprunté au disco (ce qui n’est pas surprenant, lorsqu’on s’appelle Boris…). Mais elle contient aussi de vraies mélodies de piano, pures et planantes. Le tout porté par des basses percutantes, dont les vibrations viennent souvent chatouiller les oreilles. Grâce à ce mélange de styles, Netsky libéralise la drum n’bass, l’extirpe des caves poisseuses où elle réside habituellement, ne filtre que les ondes positives. De la sorte, il parvient à la rendre accessible à un public de masse, qui adore et qui, après une heure de show, en redemande avec insistance. Le groupe remontera sur scène pour un court rappel de deux chansons, avant de laisser la sauce redescendre, à la grande frustration des nombreux spectateurs galvanisés qui en auraient bien repris jusqu’au bout de la nuit.



Netsky

Ancienne Belgique, Bruxelles,

Vendredi 25 mai 2012

07/04/2012

Therapy? @ Ancienne Belgique, mardi 3 avril 2012

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Les concerts de Therapy? sont-ils devenus des moments de détente ? C'est la question qu'on peut se poser ce mardi soir, durant les dix premières minutes de l'énième prestation bruxelloise du trio d'Ulster. Le leader Andy Cairns paraît bien sobre, veston noir sur les épaules et chant étonnamment pondéré. Quant au public, il se contente de hocher la tête en rythme, sans plus de mouvement.

 

Cette paisible entrée en matière ne dure que trois chansons. Ensuite, les premiers accords de Stories suffisent à déclencher l'hystérie. En un instant, un pogo général se forme, et les inconditionnels du crowd surfing se promènent au dessus de nos têtes. L'ampleur de la bousculade est telle qu'il faut reculer pour atteindre une place sans risque. Impossible, par contre, d'échapper à cette infâme odeur de poney, mélange de tabac froid et de transpiration, hélas inhérente à ce genre de contexte. Fans de Metal qui me lisez, je vous en conjure : avant un concert, merci de mettre du déo et de laver vos t-shirts. Face à cette déferlante, Cairns reste imperturbable. Très cool, il laisse ses fans monter sur scène, l'approcher, et permet même à l'un d'eux de s'emparer du micro pour chanter à sa place l'entêtant refrain de Potato Junkie : "James Joyce is fucking my sister".

 

Le déroulement du concert peut sembler inégal, la set list alternant les classiques du groupe avec les titres du dernier album, certes taillés dans la même écorce néo punk, mais moins endiablés. Comme toujours, la part belle est faite à leur pépite de 1993, l'album Troublegum, dont chaque extrait relance le chahut général. Un désordre qui atteint son paroxysme après 40 minutes, lorsque s'enchaînent les fulgurants Nowhere et Screamager. Puis le trio sort déjà de scène, avant de revenir avec les excuses du chef : "I thought we played longer, off course we have more stuff for you!". Suivront d'autres instants de grâce nostalgique, comme le succulent Die Laughing ou une version épurée de Diane, sans violons. Mais également quelques minutes de clame stupéfiant, qui accompagnent Ecclesiastes, chanson de clôture du dernier album dans un style trip hop, aux antipodes de l'image qu'on se fait de Therapy. Mais globalement, ces références du rock irlandais auront rempli leur rôle sans fioriture, en mettant à sac une Ancienne Belgique entièrement dévouée à leur cause.

 

 

 

Therapy?

Ancienne Belgique, Bruxelles

Mardi 3 avril 2012

 

04/04/2012

Florence + the Machine @ Ancienne Belgique, samedi 31 mars 2012

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Lors de leur premier passage à l'Ancienne Belgique, Florence and the Machine assuraient le support des fringants MGMT. Depuis, la Londonienne a fait son chemin. Un parcours remarqué qui lui valait, ce samedi, de revenir en ces murs pour son propre compte, et d'assurer un spectacle à la hauteur de ses intentions musicales. Sur une scène fondue pour l'occasion dans un décor de cathédrale post-moderne, Florence et sa machine ont déroulé une performance aussi majestueuse que millimétrée.

 

La cérémonie débute sur les coups de 21 heures, quand sur les premières notes de Only if for a night, la chanteuse fait son entrée sur scène d'un pas processionnel, vêtue d'une longue robe noire de prêtresse. Sa présence suffit à ravir l'assemblée de fans, qui n'auront de cesse de lui crier leur admiration. Au moindre geste de leur idole, aussi infime soit-il, c'est un vent de clameurs qui se lève. Et lorsqu'elle s'approche du bord de scène, une impressionnante lame de bras se dresse pour la suivre. Impressionnant, le spectacle l'est à point. Rodé à souhait, du set aux lumières, et musicalement très intense. Le terme de cérémonie n'est réellement pas surfait.

 

Mais par delà budget, rayons et fanfreluches, Florence Welch est avant tout une voix dont le talent se passe de tout commentaire. Soulevant les mélodies, maniant parfaitement douceur et puissance. Rien de moins que subjuguante. Et puisque les musiciens suivent la cadence, la prestation en devient délectable. On regrettera, peut-être, que l'imposante ligne directrice réduise au minimum toute forme de spontanéité musicale. Mais lorsqu'elle s'adresse à son public, racontant l'une ou l'autre anecdote, ou se confondant en remerciements, Florence montre qu'elle a gardé visage humain, et que le succès n'a fait pas d'elle une machine.

 

Comme on pouvait s'y attendre, la playlist s'axe sur le dernier album, sans toutefois oublier les hymnes du précédent. Impossible de passer à côté du jubilatoire Dog days are over, ou de You've got the love, dont on suppose que peu de fans connaissent la version originale de The Source, sortie du fond du placard à années 90 par Florence et les siens. La qualité de leur répertoire leur permet de les placer en milieu de concert, gardant pour la fin un Spectrum réellement captivant. En rappel, ils gratifient le public d'un émouvant Never let me go, avant de clôturer la soirée par un explosif No lights no lights. On applaudit une dernière fois avant de quitter les lieux, non sans le sentiment, gratifiant, d'avoir été privilégié.

 

 

Florence + the Machine

Ancienne Belgique

Samedi 31 mars 2012.

23/11/2011

James Blake @ Ancienne Belgique, lundi 21 novembre 2011.

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Révélation de l'hiver dernier, James Blake posait ses synthés sur la scène de l'AB ce lundi, avec l'intention de faire profiter la salle de son électro intense et minimaliste. Un style qui, pour se faire apprécier à sa juste valeur, nécessite que l'audience respecte un certain silence, ce qui n'est pas toujours le cas en ces murs bruxellois. Et on peut craindre le pire lors de la première partie, à subir le véritable brouhaha qui couvre le violon et la voix soul de Marques Toliver. Mais plus tard, lorsque Blake vient s'asseoir derrière ses claviers, le ton baisse, et les quelques jacasseurs restants se voient rabroués par une salve de "chuut !" venus de part et d'autre de la foule. Le jeune Londonien bénéficie alors des meilleures conditions pour étaler son set.

 

Avec sa coupe en pétard, son gilet morne et son minois d'ange glacé, Blake a l'allure d'un Robert Smith époque "Boys don't cry". Comme ses deux musiciens, il reste assis, concentré sur ses instruments, durant l'entièreté du concert. Si ce ne sont quelques paroles, gage d'une sympathie certaine, Blake n'en fait pas des tonnes pour plaire. Se dispenser d'un quelconque jeu de scène, il peut se le permettre, car la profondeur de sa musique suffit à capter les attentions.

 

Mélange harmonique entre Trip Hop et Dub Step, le style de Blake fait mouche. Une mouche qu'on entendrait voler entre les reprises, quand il se contente de quelques notes de piano judicieuses, sur lesquelles il pose sa voix, onctueuse et plaintive à la fois. Mais l'univers de James Blake n'est pas uniquement fait de minimalisme. Lorsque les mélodies tournent à l'orage, les basses font vibrer les structures métalliques de la salle entière. A d'autres moments, le rythme s'extirpe hors de sa pesanteur hypnotique, et s'aventure vers de la pure house music. C'est un concert fascinant si on se donne la peine d'y entrer, tantôt gonflé d'énergie, tantôt d'un calme retentissant.

 

 

 

James Blake

Ancienne Belgique, Bruxelles

Lundi 21 novembre 2011.

 

18/10/2011

New Order @ Ancienne Belgique, lundi 17 octobre 2011

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A chaque époque musicale son héros aux ailes brûlées. Les années 90 ont Cobain, les seventies Mike Brant... non je déconne.. Jim Morison, et quant aux sixties, elles offrent un choix luxurieux entre Brian Jones et Jimi Hendrix. Je vous laisse le soin de placer vous-même John Lennon dans la bonne case temporelle. La décennie 80 possède aussi sa légende, mais elle semble souffrir d'un manque de reconnaissance populaire vis-à-vis des précédents. Plus de trente ans après son décès tragique, l'oeuvre de Ian Curtis continue pourtant de susciter d'importantes vagues d'influence de par le monde. Il est de ces âmes fragiles dont l'existence éphémère n'en a pas moins fait avancer le rock de quelques pas de géant. Si je vous parle rarement de lui, c'est parce que je n'aurais jamais fini de le faire.

 

A peine une poignée de semaines après sa disparition, son groupe Joy Division se reforme sous l'intitulé de New Order. Leur premier album, "Movement", se place dans la suite logique du rock sombre et vif engendré par Curtis. La suite, c'est une tournure plus électronique, qui fera d'eux des pionniers du genre. Au fil des années, leur son évolue selon l'époque, et l'on ne sait pas très bien lequel s'adapte à l'autre. Certains titres de leur répertoire ont plus mal vieilli que d'autres, mais après 30 ans de carrière, ils peuvent légitimement être considérés comme des légendes vivantes. Vu l'enthousiasme que provoque leur nom auprès de leurs fans, pour la plupart invétérés, New Order fait partie de ces groupes qui, sur scène, est assuré de débarquer en terrain conquis.

 

Ce lundi, le "terrain" était la salle de l'Ancienne Belgique de Bruxelles, et les "conquis", des amateurs d'une quarantaine d'années pour la plupart, s'étant jetés sur les places en ligne comme de vieux adolescents surexcités. De fait, ce concert n'annonçait pas une tournée, mais une occasion exceptionnelle de voir ou revoir les Mancuniens sur scène. Cela vaut donc la peine de s'attaquer à la file d'attente qui longe le boulevard Anspach bien avant l'ouverture des portes.

 

Malgré leur statut, c'est en toute simplicité que le groupe monte sur scène, sur les coups de 21 heures. En premier lieu, c'est un large écran géant, diffusant des vidéos dépouillées, qui capte les attentions. Car le quintet bouge relativement peu. Derrière son micro, Bernard Sumner se dandine comme notre oncle Robert, sur la piste de danse lors du mariage d'une cousine quelconque. On pourrait voir en son pas chaloupé le symbole d'un mouvement anti-chorégraphique. La claviériste Gillian Gilbert impressionne par son immobilité. Tête baissée, elle ne bouge pas d'un poil durant tout le concert, comme plongée dans une intense séance de prière. Ou tout simplement endormie. D'une chanson à l'autre, aucun enchainement ne se fait ; Sunmer se charge de la transition en papotant avec son public comme avec un ami de longue date.

 

La playlist se remplit des tubes de toute époque. Le concert débute sur un "Crystal" très soft, faisant plâner le spectre d'un show mollasson. Cette impression ne dure qu'un titre, les suivants "Regret" et "Ceremony" plongent l'audience dans le grand bain. On a eu très peur, mais nous voilà rassurés : le groupe n'aura pas attendu longtemps avant de nous emballer. Le concert se poursuit sur un splendide "Age of Consent", de l'aveu de Sunmer peu souvent utilisé en live. Plus tard vient une série de tubes tirés de la période faste des années 80 : "Bizarre Love Triangle", "The Perfect Kiss", et un "True Faith" version club, amené par une longue et haletante introduction. Le public chauffe de plus en plus, et ne retient pas son plaisir. Après une heure vingt, le groupe termine le set sur un exaltant "Temptation". Arrive alors le rappel, certes pauvre en quantité, mais qui s'accompagne des deux véritables hymnes de cette génération. D'abord le mythique "Blue Monday", qui n'a pas pris une ride depuis 1983. La basse s'ébranle, tandis que le batteur est au chômage technique, supplanté par la piste de sampling originale. Une fois la dernière note émise, alors que l'ovation peine à retomber, Sunmer prononce ces mots magiques : "I think we do not play Joy Division songs anymore, do we ?". La salle entière s'emballe, et le groupe lance "Love will tear us apart", l'épitaphe de Ian Curtis. La version New Order est plus éclairée, avec un son pop et un Bernard Sunmer qui s'époumone sur les refrains. Histoire de s'entendre un minimum, car peu de spectateurs ne l'accompagnent.

 

Comme nombre de fans de concert, je dresse une liste de groupes que je souhaite voir un jour en live. Hier, j'en ai rayé l'un des plus gros noms. Je pourrai dire que j'y étais, et qu'en plus, j'ai vraiment aimé ça.

 

 

 

New Order

Ancienne Belgique, Bruxelles.

Lundi 17 octobre 2011.