21/10/2012

Radiohead @ Sportpaleis, Anvers.

Radiohead_Anvers.jpg

 

 

 

En vingt ans d'existence, Radiohead s'est taillé le statut de référence absolue du rock alternatif. Les quelques albums plus conceptuels de ces dernières années n'ont pas diminué cette portée, puisque le temps que met Usain Bolt à courir un 200m leur suffit pour remplir trois salles de 15,000 personnes. Soit la preuve, en chair et en os, que le grand public est capable apprécier la musique d'exigence. Encore faut-il tendre une carotte au bout du bâton, et à ce titre, reconnaître que Radiohead est avant tout connu pour une poignée de singles, datant de leur début de carrière. Sur ces 15,000 personnes, je serais curieux de savoir combien quitteront la salle déçus de ne pas avoir entendu Creep, celle-là même qui permit au groupe de squatter les radios et télés il y a deux décennies. Celle-là même qu'ils ne jouent plus en live depuis longtemps. Ainsi se divise le public de Radiohead, entre d'une part, les nostalgiques de souvenirs anciens, qui n'ignorent pas que le groupe du soir continue de sortir des albums, sans pour autant être curieux de les découvrir, puisqu'ils ne passent pas en radio. Et puisque écouter les trois mêmes chansons depuis quinze ans ne les dérange pas trop. Et d'autre part, dirais-je même aux antipodes, les fans purs et durs, ceux dont la fidélité tient plus de la dévotion, pouvant dans le cas de certains groupuscules atteindre le sectarisme. Entre ces deux extrêmes naviguent toute une palette de genres, au sein desquels tous sont prêts à se battre, connexion wifi aux dents, à la seconde où débute la vente de billets en ligne.


 

Radiohead ne fait pas partie de ces groupes qui ressassent inlassablement la même playlist de soir en soir. La taille de leur répertoire leur permet d'enchaîner des concerts au contenu totalement différent, et ils ne s'en privent pas. A Anvers, le quintet fait la part belle aux deux derniers albums, The King Of Limbs et In Rainbows. Parmi les rares constantes, Karma Police est, sur deux heures trente, la seule occasion d’entendre les chœurs du public, lorsqu’il reprend le fameux "This is what you get...". Au cours de la soirée, le groupe gratifie aussi le public de deux nouveaux titres, de l’aveu de Thom Yorke « pas si nouveaux que cela, puisqu’ils sont déjà disponibles sur youtube ».

 


Le show lumineux mis en place a de quoi impressionner. Le fond de scène distille des couleurs différentes pour chaque titre, en phase avec la pochette de l’album dont il est issu ; rouge pour les extraits de Kid A, orange et noir pour ceux de King of Limbs, etc. Au dessus du groupe sont suspendus une douzaine d’écrans plats et carrés, que les techniciens hauts perchés utilisent comme des marionnettes, pour en modifier hauteur et orientation, afin d’offrir un univers propre à chaque chanson. Derrière son micro, Thom Yorke paraît plongé en transe permanente, se mouvant de façon harmonique ou saccadée. Ce jeu de scène très particulier ne semble pas être calculé, on sait à quel point cet artiste écorché se plonge dans son œuvre pour la faire vivre. Il n’est toutefois pas question d’un « trip » perso ; ses diverses interventions parlées lui permettant de ne pas s’éloigner de son public.

 

 

Orné de trois rappels, le concert se déroule sur plus de deux heures trente. Une durée conséquente, où le groupe déjà culte étale son histoire et son talent, dans son style difficile à définir concrètement… et pour cause, il n’y a pas « une » griffe Radiohead. Dans ses compositions, Thom Yorke mélange rock et électro à doses diverses, et toujours millimétrées. Basse et guitare inversent souvent leurs rôles de leader et de soutien. Vaporisés à bon escient, les sons synthétiques sont toujours pertinents, même s’ils peuvent parfois dénoter. Plutôt que d’un style, on parlera d’une gamme infiniment large. C’est ce macrocosme musical qu’on calfeutre habituellement, et avec une certaine nonchalance, sous le terme simpliste de « rock expérimental ». A une première heure de concert assez light succède un passage très électrique, juste avant la première salve d’encores. On en a déjà eu pour son argent, mais on va en reprendre pour une bonne heure. Les Anglais terminent leur prestation sur un certain rythme, avec deux titres phare de leur histoire : Everything In Its Right Place, et le très attendu Idioteque. Ainsi s’achèvent deux heures trente d’un concert qui m’aura transporté dans plusieurs endroits, par moments inattendus. Un concert très attendu qui, loin de toute fatalité, ne m’aura pas déçu.

 

 

Radiohead @ Sportpaleis, Anvers.

Jeudi 18 octobre 2012.