05/07/2012

Gossip @ Rockhal

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On l'oublie souvent, mais un bon concert dépend beaucoup du public. Si la foule affiche le même entrain qu’un plateau de fruits de mer, le groupe qui joue sur scène aura beau titiller l’excellence, la prestation n’en aura pas moins un arrière goût amer de DVD soldé. Les membres de Gossip peuvent en témoigner, après leur passage ce mardi entre les murs d’une Rockhal sans grande âme, où les spectateurs se sont contentés d’apprécier les principaux tubes du trio américain.


La soirée ne commence pas sous les meilleurs auspices, à cause une première partie chaotique, assurée par un groupe de rock garage qui empeste l’amateurisme. Avec sa voix sèche, criarde et décousue, la chanteuse se fait moins remarquer par son talent que par sa tenue plus décharnée que réellement affriolante, et son comportement favorisant l’ouverture à tout style de proposition. De quoi spéculer sur les raisons réelles de sa présence sur cette scène, bien trop grande pour son envergure. On attend déjà la troupe de Beth Ditto avec impatience.


Celle-ci arrive sur les coups de 21h. Respectant son image de Diva crue et sans complexe, Beth a revêtu une courte robe léopard dont l’absence de manches met en valeur ses tatouages « Made in Jail » sur les bras. La petite bombe vocale affiche sa bonne humeur, se dandinant de gauche à droite de la scène, transpirant mais ne manquant jamais de souffle grâce à son coffre impressionnant. Entre les chansons, elle sirote un apéritif, rote en accusant son bassiste, et s’offre même le luxe de fumer une cigarette sur scène. Elle avoue, aussi, son amour pour Patti Smith, qui occupe la salle d’à côté en cette même soirée


La playlist se base principalement sur le généreux « Music for men », sorti en 2009. Les rythmes pop rock, très emballants, s’accompagnent d’un léger arôme de funk, et les guitares restent fort présentes. La tournure « synthpop » du dernier album ne se ressent pas, et c’est tant mieux, puisque les titres qui en sont extraits sont saucés rock. Beth et ses ouailles lancent également des reprises ; on reconnait « Psycho killer » des Talking Heads ou, plus loin, les paroles de « Smells like teen spirit » mixées sur l’explosif et inévitable « Standing in the way of control ».


Tous les ingrédients sont donc réunis pour passer une excellente soirée. Tous ? Non, car une audience irréductiblement flegmatique résiste encore et toujours aux bonnes ondes. Là où d’autres publics exultent, celui de la Rockhal se contente d’osciller de la tête et d’applaudir mollement. Il en va de même pour les premiers rangs, noyaux habituels de clameurs et mouvements, qui en ces lieux font figure de piquets de grève contre la joie. Beth s’en étonne ouvertement, qualifiant ce concert de « Quietest show ever », ironisant sur le fait qu’elle risque bientôt de s’asseoir sur le côté et profiter du silence pour ouvrir un bouquin. Sur des coups improvisés de basse et grosse caisse, elle invective la foule à taper dans les mains, mais ses tentatives échouent au bout d’une bonne minute trente. Alors, à quelques chansons de la fin, Beth se lasse. Adieu rots, papotages et humeur frivole, à présent la plantureuse chanteuse se contente de faire son boulot, comme une chanteuse d’opéra. Ce public mollasson se réveille pour « Perfect world », le dernier tube radiodiffusé, et se revigore en début de rappel, lorsque Beth n'apparait pas sur scène en même temps que son groupe, mais surgit directement au milieu des gens. Avant de partir, un dernier « Heavy Cross » provoque une légère ferveur, loin d'atteindre la chaleur reçue par le groupe au Rock Werchter 2012, où il se produisait le samedi précédent.


Le show proposé par Gossip fut spontané, excitant, et musicalement au point. Mais l'exploit du public, à savoir rester de marbre devant un tel défoulement, fut encore plus grand... A croire que ce mardi, beaucoup de spectateurs seront simplement venus voir « le groupe de rock avec la grosse qui chante (sic) », sans l'intention d'en profiter comme il se doit. Ils n'auront qu'à s'en prendre à eux-mêmes si Beth et les siens décident de ne jamais revenir au Luxembourg, ce qui au vu de l'accueil reçu, serait bien légitime.



Gossip @ Rockhal, Esch-sur-Alzette, Luxembourg.

Mardi 3 juillet 2012

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12/06/2012

Gossip - A Joyful Noise

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A Joyful Noise est le cinquième album de Gossip. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Standing in the way of control, celui qui a immiscé leur succès en 2006, était déjà leur troisième. Trois ans plus tard vint Music for men, qui finit d’asseoir le trio dans les fauteuils de la célébrité. Quant aux deux premiers, ma foi, ils ne demandent qu’à être découverts sur le tard.

 

A Joyful Noise, un album au titre bien trompeur, qui aurait davantage caractérisé ces deux précédents opus. Il est à supposer que la transition entre l’anonymat presque complet des bars de l’Arkansas, et les marches du festival de Cannes et autres défilés Gaultier, ça vous embourgeoise une chanteuse. La dernière création en date du groupe de Beth Ditto propose une musique bien plus light, où les guitares sont effacées par des riffs électroniques basiques, eux-mêmes écrasés sous le poids vocal de cette artiste hors du commun. En témoigne le premier single « Perfect World », démontrant cette rentrée dans le rang de la pop music, et des grandes ondes nationales.

 

Certes, le rythme reste soutenu. Mais c’est précisément ce mélange guitare – voix explosif qui donnait aux précédents albums tout son caractère et sa témérité. Ainsi dépouillé, A Joyful Noise se vautre dans un style dance rock des plus conventionnels, assurément appuyé, mais où la griffe Gossip perd tout son tranchant. Et intrinsèquement, ce ne sont pas de légers parfums de funk ou de soul qui empêchent cette galette de tourner en rond du début à la fin. La relève de Madonna semble être assurée, au grand dam des fans de la première heure.



Gossip

A Joyful Noise

Tarif: 3/10


Ecoutez :

Perfect World


Réécoutez :

Standing in the way of control

8th Wonder