19/07/2012

Bon Iver @ Abbaye de Neumunster, Luxembourg

120717 Bon Iver (19).JPG

 

 

C’est l’histoire d’un homme meurtri, au bout de sa vie, qui s’isole dans une cabane et en ressort trois mois plus tard avec un disque qui va changer son existence. Un homme très décontracté, taquin avec son public, qui de loin et vu sur scène, a de petits airs de Biff Tannen. Un homme naturel et reconnaissant, qui se perd en remerciements au fil des applaudissements dont il fait l’objet. Un homme qui, pour beaucoup, porte le flambeau du mouvement indé.

 

C’est une scène esquissant une représentation de la mélancolie. De mornes rideaux, déchirés, suspendus en l’air, sur lesquelles défilent ombres et aurores. Une rangée de lampes à huile, dressées sur de longs et fins chandeliers de fortune, complètent l’ambiance automnale. C’est un groupe éclectique, quatre vents, trois cordes et deux percussionnistes, qui entourent Justin Vernon, mieux connu sous le nom de Bon Iver.

 

C’est un spectacle au climat paisible, une intimité renforcée par le décor de l’Abbaye de Neumunster, en plein cœur du vieux Luxembourg. Un concert musicalement relevé, pas aussi dépressif qu’on pourrait le penser, mais qui pince dès la première seconde, et les accords magiques de la chanson Perth, qui ouvre le second album de Bon Iver. Un concert à la musicalité pure, à peu près vierge de toute électronique, où s’enchainent les mélodies troublantes. Elles ne tiennent parfois que sur un fil de guitare, une pincée de violon, ou un souffle de saxophone, avant d’amorcer leur envol, soulevées alors par la rangée de cuivres. Avant d’applaudir, le public attend studieusement que s’éteigne le dernier soupçon de note, s’offrant par là même de scintillants et délectables instants de silence.

 

L’ambiance intimiste atteint son paroxysme lorsque Vernon s’offre un solo poignant, seul face au public, sa Gypson en main. Il n’en oublie pas pour autant de nous emmener dans ses valises, au cours de voyage vers la campagne de son Wisconsin natal, et cette fameuse cabane où tout a commencé. En rappel, il ose puiser dans le répertoire de Bjork, fendant la brumaille par une teinte plus jazzy, avant de s’en aller sous une acclamation vibrante et méritée, non sans répéter pour la énième fois : « Thanks so much for listening ».

 

 

Bon Iver @ Abbaye de Neumunster, Luxembourg

Mardi 17 juillet 2012

 

24/12/2011

Suivez le fil

Si à l'heure de lire ces lignes, il vous manque un cadeau sous le sapin, si vous disposez d'un disquaire non loin de chez vous, et s'il est encore ouvert, alors peut-être qu'un des cinq albums suivants raviront l'un de vos proches. Ils ne m'ont quant à moi pas laissé indifférent. 

 

 

Digitalism - I Love You Dude

Digitalism-I-Love-You-Dude.jpg

 

En 2008, le premier album de ce duo électro marquait les esprits par la puissance de ses titres. Là où d'autres resteraient rivés sur leurs platines, les Allemands élargissent leur horizon, en incluant cette fois une instrumentation complète. I Love You Dude est une création hybride de pop rock et d'électronique, où chant et guitares s'allient aux machines. Si l'électro reste prédominant, ce mélange ouvre les portes d'une nouvelle dimension très subtile, pour un résultat tout aussi cathartique. Un des meilleurs albums électro de l'année, pour un group à voir absolument en live.

 

 

 

Tarif:  7/10

Ecoutez : 2 hearts

 

 

 

Peter Gabriel - New Blood

peter-gabriel-new-blood-cover.jpg

Le mythique chanteur anglais a bel et bien craqué pour le philarmonique. Après un premier album de reprises, Peter Gabriel insuffle cette fois une nouvelle vie orchestrale à ses propres compositions, triées sur le volet. Ainsi, nulle trace de Sledgehammer ou Games Without Frontiers. Par contre, l'exercice s'applique à merveille sur In Your Eyes et Solsburry Hill. Si le sang est neuf, les artères restent âgées. New Blood s'adresse donc principalement aux fans. L'absence de réelle surprise, et l'affaiblissement du concept, en sont d'autres bémols. Un troisième album dans la même veine serait très risqué, même si celui-ci est à nouveau réussi.

 

 

 

Tarif:  6.5/10

Ecoutez : Solsburry Hill




Bon Iver - Bon Iver

boniver_boniver.jpgDès les premières mesures, cet album éponyme s'avère bouleversant. La tristesse des mélodies folk, mêlée à la détresse de la voix de Justin Vernon, nous plonge dans une intense mélancolie. Cette magie est hélas à double tranchant, car si son effet est immédiat, sa longueur peut faire baigner cet opus dans une sorte de marasme cafardeux, de sorte que l'écoute en devient gênante. Pour ce qui est de créer de fortes et impalpables émotions, Vernon est indéniablement doué. Mais il doit encore peaufiner son effet de surprise.




 

 

Tarif:  6.5/10

Ecoutez : Perth




Elbow - Build a rocket boys!

elbow-build-a-rocket-boys-front-cover-66499.jpgSur ce cinquième album, les Anglais d'Elbow proposent un rock que l'on pourrait qualifier de platonique. En attestent de longues introductions, une musicalité claire, malicieusement innocente, ou des mélodies langoureuses et répétitives, sur laquelle Guy Garvey verse sa voix de gros nounous comme un coulis de chocolat sur une dame blanche. Et surtout, une absence totale de réelle explosivité. Build a rocket boys! s'absout de toute prise de tête, par une pureté et une simplicité digne de l'âge de la candeur. C'est beau, mais par moments c'est un peu chiant.

 

 

 

 

Tarif : 6/10

Ecoutez : With Love

 

 

 

The Black Box Revelation - My perception

the-black-box-revelation-my-perception.jpgOn connait le style tranchant des Black Box Revelation, qui n'a pas changé d'un poil depuis leur Set You Head On Fire de 2007. Ou coimment harmoniser des sons gras produits d'une guitare et d'une batterie, pour en obtenir un rock garage brut et percutant. La voix de Jan Paternoster, qui semble naturellement low fi, est on ne peut plus conceptuelle. Ce troisième album témoigne que le duo de Dilbeek n'a pas perdu sa pêche. Le disque défile rapidement, et les transitions d'un titre à l'autre sont ambigües. Mais l'énergie balancée demeure lourde et opérante.

 

 

 

 

Tarif : 6.5/10

Ecoutez : My Perception

 

 

Toute l'équipe du Fil Musical (c'est-à-dire moi-même) vous souhaite un excellent réveillon de Noël ! Si en cette sainte soirée, le potage télévisuel vous ennuie, éteignez donc le petit écran et faites chauffer la platine ! Un bon CD en mangeant la bûche, y a que ça de vrai.