23/11/2011

Camille @ Cirque Royal, Bruxelles, vendredi 18 novembre 2011

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Camille joue un réel spectacle. Débarquant sur scène en robe blanche chiffonnée, avec comme seul éclairage une ampoule suspendue à un fil. L'entourant dans un premier temps de ses longues manches de soie, comme pour symboliser la lumière de la vie qui a récemment grandi en elle, et lui a inspiré son dernier album studio. Ensuite, elle la fait balancer comme un pendule, créant un jeu d'ombre sur l'immense drap de lin qui recouvre le fond de la scène. Elle danse aussi, tantôt à pas furtifs, tantôt par des mouvements frénétiques et saccadés. La représentation très théâtrale convient parfaitement au cadre du Cirque Royal

 

Camille joue avec les émotions. Une première partie globalement intimiste, entièrement dédiée à son dernier né "Ilo Veyou", précède une entracte qui débouche sur un répertoire plus joyeux. Notamment, pour reprendre, le fameux fil et "Ta douleur". Elle emballe l'assistance pour qu'elle se lève, et lui prie clairement de rester debout. Elle se fait loquace, adopte une attitude burlesque et un humour quelque peu bourgeois, qui fait rire aux éclats cette partie de l'audience. Car comme toute artiste conceptuelle, elle draine une poignée de fans dont la présence se justifie avant tout par l'image qu'ils souhaitent se donner au sein de la société.

 

Camille joue avec son public. Pour interpréter "La France", une valse décalée parodiant le strass musical parisien des années 50, elle demande à un volontaire de chaque sexe de monter sur scène, où le couple se forme le temps d'une danse à ses côtés. Plus tard, c'est une dizaine de spectateurs qui, derrière le rideau transparent, pastichent des chiens et des chats, sur le bien nommé "Cats and dogs". Aux salves d'applaudissements, elle répond par plusieurs rappels, terminant seule sur scène avec sa voix, alors que les lumières se rallument, et qu'une partie du public quitte déjà l'enceinte.

 

Camille joue avec sa voix. Dans un même souffle, elle chuchote puis s'envole, descend au plus bas et grimpe au plus haut. Elle alterne les teintes cocasses, enfantines et bouleversantes, accompagnant les mots de percussions naturelles ; ses mains l'une contre l'autre, ou frappant son sternum, ses pieds nus tapant le sol. Derrière elle, fondus dans le décor, guitariste, pianiste et violoncelliste ne l'accompagnent pas systématiquement. La playlist s'orne de plusieurs chansons a capella, les variances de sa voix palliant la fine consistance musicale de ces instants. Ces quelques chansons épurées peuvent à force lasser, tout comme d'autres titres enjoués, mais simplistes, peuvent laisser perplexe. Par contre, les réels moments musicaux ont quelque chose de magique. Pour preuve en fin de concert, un très émouvant "Mon petit vieux" en tête à tête avec son piano. Finalement, c'est dans ces instants de pureté que Camille est la plus touchante.

 

 

 

Camille

Cirque Royal, Bruxelles

Vendredi 18 novembre 2011.

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24/10/2011

Camille - ilo veyou

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A trois ans près, je partage avec Camille une date d'anniversaire commune. Les comparaisons s'arrêtent là. Et ce n'est en rien la raison pour laquelle son talent ne me laisse pas insensible.

 

Au sein de la nouvelle scène française, la Parisienne dénote totalement. On est loin du chanteur à belle gueule, guitare à la main et chapeau sur le côté, qui récite des textes empestant le parfum bon marché, sur d'invariables accords de fumiste. Les créations de Camille, dont, cela dit au passage, c'est le vrai prénom, partent dans tous les sens. A ce point qu'il est difficile de lui coller l'une ou l'autre étiquette. Tantôt lyrique, tantôt jazzy, son style très personnel s'accompagne toujours d'un grain de folie, qui au milieu de son inspiration, rend floues les proportions de calcul et d'improvisation. Toute tentative de parler de son oeuvre de façon cartésienne en devient subjective, et si peu de spécialistes se risquent à la critiquer, c'est sans doute parce que ça les dépasse totalement.

 

Au "sac des filles", un premier album discret et conventionnel, succédait en 2005 "Le fil", un album conceptuel entièrement construit sur une note bourdon, le "si", et dont la musicalité reposait sur des bruits de bouche et des harmonies vocales. Il permit au grand public de découvrir un talent débridé, ainsi qu'une voix aussi impressionnante qu'imprévisible. Derrière un micro, Camille manie avec autant d'habileté le chant et la déclamation, la douceur et l'hystérie. Trois ans plus tard, l'artiste déjantée revenait avec "Music Hole", un disque entièrement écrit en anglais. Une façon d'étendre son art indomptable à de nouveaux territoires.

 

En cet automne 2011, la brune est de retour, tenant dans les bras son nouveau-né, "Ilo veyou", de son aveu inspiré par sa récente maternité. De la précédente Camille, on retrouve cette voix à multiples facettes. Douce dans la mélancolie, poignante dans l'intensité, espiègle dans le décalage, et sensuelle dans les respirations, lorsqu'elle se contente de réciter un texte, comme sur "Aujourd'hui", la plage d'introduction. Cela étant dit, je me risque maintenant à poser un bémol à son propos.

 

Dispersé entre décalage, poésie, et réelle profondeur, "ilo veyou" est bien représentatif de son auteure. Sur "Le fil", déjà, Camille parsemait la playlist de quelques titres volontairement minimalistes. Histoire peut-être de marquer une pause, ou d'étendre son interprétation au-delà du concordat musical, afin de lui greffer une certaine esquisse théâtrale. Trouvant parfaitement leur place au sein d'un ensemble harmonique, ces chansons étaient dénuées de pertinence une fois sorties de ce contexte propice. Autrement dit : les isoler du reste de l'album n'aurait eu guère de sens, et encore moins d'intérêt. Là où le bas blesse sur "ilo veyou", c'est que ces chansons grignotent la majeure partie de l'écoute, jusqu'à en devenir elles-mêmes le contexte. En guise de démonstration, seuls 5 titres sur les 15 dépassent les 3 minutes. Sans parler du contenu orchestral, se limitant souvent à un simple instrument, où à la seule voix de l'interprète. En conséquence, la musicalité perd en consistance, et l'excitation de la surprise se tarit d'une chanson à l'autre. Cette carence passe relativement inaperçue, puisque le décor et les différents actes sont formidablement installés. Des chansons, comme "L'étourderie" ou "My man is married but not to me" sont réellement enjôleuses, et d'autres commes "Wet boy" ou "Le berger", sont émotionnellement saisissantes. Mais généralement, les mélodies apparaissent trop sages, comme altérées par une excessive lisseur. Et la variation de style d'un titre à l'autre rend l'album inégal, et condamne l'auditeur frustré à ne pouvoir s'y prélasser comme il le souhaiterait.

 

Loin de moi l'envie de dénigrer son talent hors pair. Mais cette fois, le cheminement artistique de Camille m'est apparu comme trop libre d'un aspect musical quelconque. "Ilo veyou" m'a certes ému par moments, mais ne m'a pas subjugué.

 

 

Camille

ilo veyou

Tarif : 6.5/10

 

 

Ecoutez :

L'étourderie

Le berger