08/05/2014

Détroit @ Rockhal

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Adolescent des années 90, j’ai grandi avec Noir Désir, sans jamais avoir été un fan. J’écoutais passer leurs standards sur les radios rock, « Aux sombres héros », « L’homme pressé », et à force j’en connaissais quelques paroles. Sans ressentir de réelle attirance, tout au juste tapais-je la mesure en l’air, avant de passer à autre chose. Des années plus tard, soit ces derniers mois, j’ai pris le soin de découvrir Détroit, le nouveau projet du revenant Cantat. Je vous fais grâce ici de mes impressions sur cet album, mais vous invite fortement à relire la chronique que j’en ai fait. C’est important pour la suite, et ça augmente mon audience.

 

Ce mardi, je m’attendais à découvrir en live les compositions de ce nouveau groupe, dans un contexte très intimiste. Par gêne ou désintérêt, aucun ami n’avait voulu m’accompagner, et je considérais cette réticence comme une généralité. En réalité, il ne fut jamais question du concert de nouveau départ que j’imaginais. Au lieu d’une poignée de motivés, c’est la foule des grands soirs qui se pressait devant la scène de la Rockhal, pour ce concert annoncé sold out depuis peu. Une foule venue pour célébrer le retour de son idole, davantage que pour découvrir ses nouvelles inspirations.

Le début du concert fait toutefois illusion. « Ma Muse », plage d’ouverture du dernier disque, plonge directement la salle dans une atmosphère tendue, où les frissons sont palpables. « Horizon » accentue ce départ aussi efficace que purgatif. Déjà, d’épars cris d’extase et d’allégresse retentissent. «Bertrand on t’aime » ; « Tu nous as manqué ! », autant de témoignages et d’autres, qui m’ouvrent les yeux sur la réelle importance du chanteur pour cette génération de fans, imprimés de son œuvre à même la chair. Sur scène, il n’en fait pourtant pas trop, vivant sa musique autant qu’il la fait partager, de sa voix écorchée. Son groupe, quatre musiciens dont Pascal Humbert, s’effacent naturellement derrière son aura, amplifiée par des années d’exil.

L’évidence se dévoile dès le troisième titre, le symbolique « A ton étoile », pioché dans le répertoire de Noir Désir comme le sera plus de la moitié de la setlist. Non, ses adeptes d’alors ne l’ont pas oublié, et pour célébrer la fin d’une si longue attente, il ne pouvait se contenter de dérouler ses derniers titres. A cet instant, Bertrand Cantat m’apparait clairement comme bien plus grand que Détroit. Partageant l’enthousiasme qu’on lui offre, il prend ses aises et se permet quelques traits de fantaisie entre les chansons. Le mélange des époques créé un ensemble vivant et cohérent ; aux titres populaires d’alors, Cantat en préfère d’autres qui lui tiennent plus à cœur, et trouvent parfaitement leur place parmi les nouveautés. Musicalement, c’est très bien rodé, seul « Droit dans le soleil », en début de rappel, souffre de précipitation et de quelques oublis de paroles. C’est après un interminable « Sa majesté », que la troupe finit en apothéose sur « Tostaky ». Histoire de clôturer la boucle par son commencement, et de contenter un public irrassasié, qui n’en peut plus de déclamer avec force : « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien ».

 

Détroit @ Rockhal

Mardi 6 mai 2014

 

Note :   

21/01/2014

Détroit - Horizons

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Loin de moi l’envie de souffler sur les cendres d’une polémique vieille de plusieurs années, ou de donner vie à un nouveau débat n’ayant rien de plus constructif. Je constate néanmoins qu’il est un mécanisme, au sein de la nature humaine, qui brise les louanges et fustige la source de celles-ci, lorsque l’individu qui en est le sujet est aussi l’auteur d’un drame socialement inacceptable. Démonstration : que se passera-t-il si j’affirme sur ce blog qu’Adolf Hitler était le roi de la crêpe Mikado ? Eh bien, malgré l’inexistence de liens entre talent culinaire et tendances génocidaires, l’existence simultanée des deux étant dès lors parfaitement réalisable, je risquerai censure et diabolisation pour propagandisme extrême. Demandez donc à Lars von Trier ce qu’il en pense, après sa mésaventure de Cannes 2011. Il vous dira qu’aujourd’hui, le politiquement correct est un patron incompétent qui a la trouille du pouvoir dont il dispose.

 

Cette introduction extra musicale pour affirmer ce qui suit : même s’il a fait du très moche dans sa vie, Bertrand Cantat n’en est pas moins un putain d’interprète compositeur. Une évidence qui explose tel un feu d’artifice, après quelques secondes à l’écoute de ce nouveau projet, qui témoigne avant tout d’un fort désir d’accomplissement artistique. Car Cantat aurait pu baisser les bras, après la reformation inachevée de Noir Désir et moult autres bâtons dans les roues (qu’ils soient justifiés ou non, ici on s’en fout, c’est ce que j’essaye de vous expliquer dans le premier paragraphe).

 

En ouvrant cette boîte de Pandore sans autre ornement que son contenu, se déroule un fil d’une brillante tristesse et d’une remarquable poésie. On se laisse subjuguer par ces interpelantes métaphores, on se sent porter et envahir par ces sombres mélodies, dans l’ensemble posées, voire minimales dans les moments où seule une guitare répète quelques coups sous les mélopées cantales. Les quelques explosions, surgissant par surprise, se mesurent avec une certaine sagesse et un impact immédiat. Il y a, aussi, cette voix campée et tendue, à vif (qui peut franchement se contenter de Grand Corps Malade après avoir écouté ça ?). Beauté et émotion, grâce et abandon, profondeur et proximité, Horizons a tout du disque parfait. Cantat et Humbert nous offrent ici le meilleur album français depuis le Bleu Pétrole de Bashung. N’en déplaisent à certains.

 

 

Détroit

Horizons

Note :

 

 

Ecoutez:

Ma Muse

Droit Dans Le Soleil