10/11/2014

Caribou - Our Love

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Dan Snaith aurait pu être prof de math, et la musique aurait perdu un fier représentant. C’est d’autant plus étrange que la sienne n’a pas grand-chose de cartésien. Béni soit le jour où il décida de troquer classeurs et tableaux noirs contre machines et synthétiseurs. En 2010, ce Canadien inspiré collectionnait les éloges avec Swim, un album déjà remarquable de profondeur et de subtilité. Les fans de Radiohead le connaissent, car il remplissait le rôle ingrat de première partie sur la dernière tournée du groupe de Thom Yorke. Les fans du jeu vidéo FIFA le connaissent car sa chanson Odessa parfumait la playlist de l’édition 2011.

Aujourd’hui, Snaith et son projet « Caribou » nous offrent quelque chose d’encore plus personnel. Le bien nommé Our Love nous entraîne dans un tourbillon savonneux où l’on éprouve une certaine peine à rattraper nos sens. La faute à une électro psychédélique, fondée sur des mélodies entêtantes, organiques et sensuelles, et des sons qui sentent bon le narguilé. Tantôt entraînant, tantôt délassant, illuminé de son envoûtante plage titulaire, et seulement préjudicié d’une agaçante sixième plage intitulée « Second Chance », cet album est un véritable délice. Les ondes qu’il diffuse semblent en tout cas bien palpables, et feraient presque pousser des papilles sur nos tympans.

 

Caribou

Our Love

Note :  ♪  

 

Ecoutez :

Our Love

Can't Do Without You

 

22/10/2014

Kele - Trick

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Avec ses potes de Bloc Party, Kele Okereke fait péter rock, gratte et rythme. Quatre albums, dont le brillant Silent Alarm, et son cultissime tube Banquet, dont le seul défaut est cette malhonnête déclinaison en générique de l’émission « Tous Ensemble » sur TF1. Une fois seul, il redevient Kele tout court. Orné de ce simple prénom, un premier album voit le jour en 2010, sur lequel le Liverpuldien d’origine nigériane étale un registre électro aussi surprenant qu’inhabituel. Avec « Trick », ce talentueux personnage s’éloigne encore, et bien comme il faut, de l’électrisante griffe Bloc Party. De quoi, à nouveau, entretenir les rumeurs de séparation autour du quatuor ? Ceci est un autre sujet.

 

Quatre ans après son coming-out électronique, Kele remet donc le couvert, avec ce nouvel album orienté chill. Un terme musical très en vogue en début de siècle, lorsqu’il rythmait afterwork et tintements de verre. Et comme la première fois, Kele parvient à s’approprier un style diffus, et à lui rendre vie et excitation, alors même qu’on le croyait usé. En témoigne la plage d’ouverture, la bien nommée « First Impressions », accompagnée de percussions feutrées, de voix ouatées, et de mélodies destinées à faire bouger les vertèbres cervicales, davantage que les jambes. Plus moite et intime, le titre suivant « Coasting »,  sent déjà la transpiration. On se love entre percussions répétitives et sons qui aspirent à la sensualité, pile poil là où l’auteur souhaitait que l’on se retrouve. L’album gagne ensuite en dimension avec le premier single « Doubt » et (sans doute) le suivant « Closer »,  tandis que ressurgit cette voix unique, qui ne nous manquait que trop. La recette musicale demeure, et agit, jusqu’au dernier morceau, le langoureux « Stay the night ». Notons également, sur certains refrains, l’apparition d’un second timbre, délicieux et davantage féminin.

 

S’il n’a à priori rien d’un album culte, Trick n’en est pas moins un nouveau pari réussi, de la part d’un artiste au talent bien trop minimisé, et qui  prouve qu’Outre-Manche, la multiplication de projets n’est pas l’apanage de Thom Yorke ou Damon Albarn.

 

 

Kele

Trick

Note:  ♪  

 

 

Ecoutez:

Doubt

 

16/10/2013

Suivez le fil

 

Dans Dans – I/II


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L’OVNI de l’année vient peut-être bien de se poser dans la campagne flamande. I/II du trio Dans Dans voyage au sein d’un blues instrumental, mené par une guitare au son brûlant qui s’empare du rôle des vocalises. Alternant les humeurs féline et diabolique, elle mène une orchestration basse-batterie classique et suffisante, et emmène l’auditeur dans la spirale de l’inattendu. Car le principe du blues, ici à tendance rock et psyché, c’est qu’on ne sait véritablement pas à quoi s’attendre d’une mesure à l’autre. Il y a de la sorcellerie dans ces plages interminables et leurs surprenants changements de cadence. Dans les instants les plus intimes, on imagine parfois que surgisse la voix de Chris Isaak… avant de se dire qu’au final, elle n’est même pas nécessaire. A d’autres instants, le rythme s’emporte, se fait plus diffus, mais s’accroche au fil de la construction musicale. Cet album nous transporte, à la manière d’un Melody Nelson, mais sans forcément raconter une histoire. Sans conteste un des « must » de 2013.

 

Note :

 

 

Au Revoir Simone – Move in Spectrums

 

Au-Revoir-Simone-Move-In-Spectrums.jpgLes trois petites bourgeoises new-yorkaises d’Au Revoir Simone ajoutent quelques Beaufort à leur brise électronique, pour un résultat au départ surprenant. Sons plus profonds, percussions plus … percutantes, pour des voix qui restent aussi lisses et sensuelles. La mutation est réussie, puisque la plage d’ouverture « More Than » nous fait imaginer une association peu probable entre The Do et les Chemical Brothers. La seconde, « The Lead is Galloping », esquisse un pendant féminin de The Big Pink. Quant à la troisième, « Crazy », elle et sa basse virevoltante diffusent un jubilatoire parfum de « New Order ». Mais chassez le digital, il revient au galop. Par la suite, les binaires reprennent le pouvoir sur les compositions, qui n’en restent pas moins charmantes, mais avec beaucoup moins d’impact. L’album s’allège ainsi jusqu’à « Love You Don’t Know Me », plage minimaliste qui semble inspirée du « Eye in the sky » d’Alan Parson. Au final, la sulfureuse métamorphose n’aura duré que trois chansons, et Move in Spectrums nous laisse un goût de trop peu. Dommage, car le début était bigrement alléchant.

 

Note : 

Ecoutez : Crazy




Bonobo – The North Borders

 

bonobo.jpgBonobo fait partie de ces artistes dont la découverte fait surgir la question : « et merde, pourquoi est-ce que je ne l’ai jamais écouté avant ? ». Simon Green, de son vrai nom, est un pro du downtempo, un style mêlant chillout, groove, ambient et trip hop. Concrètement, c’est de l’électro hybride, faite à la fois de sons synthétiques et de vrais instruments (violon ou saxophone, selon l’inspiration de l’artiste), sur laquelle ricochent des beats courts et désynchronisés. The North Borders, le cinquième album du producteur et DJ de Brighton, en est une parfaite représentation. Les sons séduisent, et les samples vocaux envoutent comme chants de sirène. Mais ce qui donne à cet album tout son côté sexy, ce sont les percussions. Multiples et vicieusement feutrées, elles s’assimilent à des bruits connus ; on imagine des coups de cuillers sur des verres en cristal, des boules de billard qui s’entrechoquent, ou des doigts ornés de bagues rythmant le tempo sur des bouteilles vides. L’ensemble nous rince les tympans mieux que des brumisateurs. L’effet enivrant et dépaysant est immédiat. En tendant l’oreille, on perçoit presque le bruit des vagues venant lécher le sable. Addictif, irrésistible, et terriblement frais.

 

Note :

Ecoutez : Cirrus


24/09/2011

Nicolas Jaar - Space is only noise

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Un album est une suite de chansons. Généralement, toute chanson possède une structure ; par exemple intro, couplet, refrain, second couplet, refrain, pont, refrain, fin. Ces éléments sont interchangeables, selon l'inspiration du compositeur. Tout cela pour ne rien vous apprendre, mais pour introduire un album qui sort de ce moule conventionnel.

 

A 21 ans à peine, le New-Yorkais d'origine chilienne Nicolas Jaar affiche une maturité surprenante. A l'âge où nombre de ses camarades profitent de l'interdiction absoute pour enfin boire comme des hommes, ce fils de réalisateur conceptuel a déjà fondé son propre label. Sorti cette année dans la plus grande discrétion, son premier album fut encensé par Pitchfork, un site de chroniques musicales pointilleux, comme le blog où vous vous trouvez, et influent, pas encore comme le blog où vous vous trouvez, mais j'y travaille.

 

Je vous expliquais que Space is only noise s'émancipe du format habituel... Son genre musical baigne entre chill et lounge, soit un style frais, aux vertus apaisantes. Rien de bien neuf, mais l'auteur parvient néanmoins à se distinguer des compils vendues à dix euro dans les bacs de la Fnac.

 

Tout d'abord, davantage qu'une suite de différents titres dans la même veine, l'album entier s'étale comme une seule chanson à multiples facettes. Difficile de savoir, sans regarder le fil affiché par le cadran de votre lecteur, à quel moment l'on passe d'un titre à l'autre, tant les nuances sont fines et les transitions parfaitement orchestrées. Le disque s'écoute comme un film musical, dont le schéma ne laisse rien paraître quant à la suite des événements. On retrouve diverses influences, entre le classique, le dubstep, le trip hop rythmé sur des voix basses, arborant parfois une légère touche de soul. Enfin, l'auteur parvient à élever son oeuvre au-delà du sempiternel concordat musical, en insérant avec efficience et parcimonie divers sons organiques ; entre autres des bruits de vague ou de gouttes d'eau, un sillon de disque vinyle, de lointains chants et cris d'enfants, ou encore quelque dialogue en français dans le texte, dont le sens nous échappe.

 

Cet album est un véritable voyage intemporel, qui évolue au fur et à mesure de son déroulement. L'auteur nous met des images plein la tête, et nous place souvent en équilibre entre deux sentiments. Pour un artiste aussi jeune, la réalisation est remarquable.

 

 

Nicolas Jaar

Space is only noise

Tarif : 7.5/10

 

 

Ecoutez :

Keep me there

I got a woman

Space is only noise if you can see