20/07/2014

Keaton Henson - Romantic Works

 

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Né il y a 26 ans de l’union entre une danseuse de ballet et un acteur multimédia (théâtre, télé, ciné), Keaton Henson est lui-même un artiste multifonctions, à la fois illustrateur, poète et musicien. Cette dernière casquette légitimant d’ailleurs la présente publication, car ce jeune prodige au look de hippie érudit vient de sortir son troisième album. Difficile toutefois d’esquisser une évolution de son répertoire en comparant celui-là aux deux premiers, lorsque comme moi, on ne les a pas écoutés. Pour cette raison, je me contenterai de parler de ce dernier recueil, quitte à fournir une chronique incomplète que je compenserai, comme à chaque fois, par de fins traits d’humour garnis d’une pointe de cynisme.

 

Disque entièrement instrumental, Romantic Works se situe dans un registre très intimiste et tout autant épuré. Il débute d’ailleurs sur une recette infaillible du genre : un tapis de bruit, quelques pas qui résonnent, et deux notes au piano qui tournent dans un décor vide et paisible, posé par une réverb’ accentuée. Histoire que dès les premières secondes, on soit bien certain d’où on met les pieds, parce qu’il y a fort à parier que jamais aucun album de Matt Pokora ou Patrick Sébastien ne débutera de la sorte - encore faudrait-il les écouter pour s’en assurer, vous voyez, je vous avais prévenu que je compenserais par de l’humour cynique.

Le décor est donc planté, même si à se les rediffuser, ces deux notes d’introduction ressemblent à une version triste de jingle d’annonce de gare. Surgissent ensuite les cordes, violons et violoncelles, sans fanfare mais de façon légèrement sournoise. Et avec eux, une certaine tristesse qui nous prend déjà la gorge, alors que l’écoute n’a commencé que depuis quarante-deux secondes. Les compositions suivantes, sobrement charpentées sur cette association piano – cello, ne dérogent pas à ce style classique et mélo.

Avant d’être un chef-d’œuvre, c’est avant tout un disque d’ambiance, qui sent bon le parquet verni du veuf septuagénaire et ses lourdes bibliothèques en chêne massif garnis d’inamovibles bouquins sans titre. Certes, l’émotion qu’il dégage est aussi intense qu’envahissante. Mais au-delà de ce premier effet « waw qu’est-ce que c’est beau », des craquelures apparaissent dans cette grandiloquence de sentiments, précisément provoquées par la pauvreté des mélodies et de l’orchestration. L’appréciation de cet album est aussi question de contexte temporel. Venant d’un « gamin » de 26 ans en 2014, il peut, auprès des non-initiés, prendre des allures de révélation. Mais il y a quelques siècles, des JohannWolfgang ou Ludwig auraient peut-être bien rigolé. Romantic Works est en épilogue une parfaite illustration de l’expression populaire « ça ne casse pas trois pattes à un canard ».

 

Keaton Henson

Romantic Works

Note : 

 

 

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