12/11/2014

Xiu Xiu - Angel Guts : Red Classroom

 

 

xiuxiu.jpg

 

 

Difficile de faire plus torturé que Jamie Stewart, un artiste qui véritablement, est à la dépression ce que Patrick Sébastien est à la farandole. Avec son projet Xiu Xiu, dont les membres se succèdent presque autant qu’ils se suicident, Stewart empile les albums, dans une moyenne d’un tous les deux ans. Sur « Always », sorti en 2012, le cafard était déjà bien présent, mais il subsistait bien une vague lueur d’espoir. Une flamme bien fragile, dont la bougie est réduite en poussière sur ce nouvel album.

 

Stewart a le don de pouvoir vider la tristesse de toute trace d’espoir et de mélancolie. Ne reste plus que des larmes sèches et acides, et une envie malsaine de se jeter au fond d’un puits grouillant de sauterelles mangeuses de chair. J’exagère à peine. Sur « Angel Guts : Red Classroom », on se demande si c’est bien de la musique que Stewart tente de créer. Ou s’il a juste cherché à expier dans son coin son anxiété morbide, et que le résultat, fatras de déclamations agitées et de sonorités nerveuses,  a fini sur CD, aussi miraculeusement qu’hasardeusement. On parlera davantage de « performance artistique » réservée à un public d’initiés avertis. Pour les autres, petits curieux qui souhaitent découvrir ce groupe malgré tout fascinant : ce n’est pas par ce disque-là qu’il faut commencer.

 

Xiu Xiu

Angel Guts : Red Classroom

Note :   

 

Ecoutez:

Stupid In The Dark

11/11/2014

SBTRKT - Wonder Where We Land

sbtrkt-wonder-where-we-land-lp-stream.jpg

 

SBTRKT (prononcez “Substract”) est le projet musical d’Aaron Jerome. Précédemment connu pour ses remixes d’artistes comme Radiohead, Basement Jaxx ou MIA, ce DJ sort son premier album en 2011. Un disque éponyme mélangeant les genres, et salué par la critique. Jerome aime brouiller les pistes, et le démontre à nouveau sur son second opus, le bien nommé « Wonder where we land ». Bien nommé car effectivement, d’un titre à l’autre, on ignore où il va nous faire atterrir.

 

Tel un félin, aguichante et difficile à saisir, la musique de Jerome se veut multidimensionnelle. Elle vogue dans un climat généralement soul ou jazzy, sur lequel l’auteur pose des sonorités rétro-futuristes et de multiples percussions. Surprenant mais inégal, ce disque visite une multitude d’endroits de prime abord charmants, mais par contrainte de temps, il ne se donne pas l’occasion de les explorer en profondeur. Au final, on a l’impression d’assister à une séance de speed dating musical ; l’ambiance est feutrée, les filles sont jolies, mais on a à peine le temps de se dire bonjour.  

A noter que derrière son masque, l’animal possède un joli carnet d’adresses. Posent leur voix sur cet album, entre autres, Caroline Polachek du groupe Chairlift, Emily Kokal des influentes Warpaint, mais aussi Ezra Koenig de Vampire Weekend, sur la gigue urbaine “New Dorp, New York”.

 

SBTRKT

Wonder Where We Land

Note :   

 

Ecoutez :

New Dorp. New York

Higher

10/11/2014

Caribou - Our Love

caribou-our-love.jpg

 

Dan Snaith aurait pu être prof de math, et la musique aurait perdu un fier représentant. C’est d’autant plus étrange que la sienne n’a pas grand-chose de cartésien. Béni soit le jour où il décida de troquer classeurs et tableaux noirs contre machines et synthétiseurs. En 2010, ce Canadien inspiré collectionnait les éloges avec Swim, un album déjà remarquable de profondeur et de subtilité. Les fans de Radiohead le connaissent, car il remplissait le rôle ingrat de première partie sur la dernière tournée du groupe de Thom Yorke. Les fans du jeu vidéo FIFA le connaissent car sa chanson Odessa parfumait la playlist de l’édition 2011.

Aujourd’hui, Snaith et son projet « Caribou » nous offrent quelque chose d’encore plus personnel. Le bien nommé Our Love nous entraîne dans un tourbillon savonneux où l’on éprouve une certaine peine à rattraper nos sens. La faute à une électro psychédélique, fondée sur des mélodies entêtantes, organiques et sensuelles, et des sons qui sentent bon le narguilé. Tantôt entraînant, tantôt délassant, illuminé de son envoûtante plage titulaire, et seulement préjudicié d’une agaçante sixième plage intitulée « Second Chance », cet album est un véritable délice. Les ondes qu’il diffuse semblent en tout cas bien palpables, et feraient presque pousser des papilles sur nos tympans.

 

Caribou

Our Love

Note :  ♪  

 

Ecoutez :

Our Love

Can't Do Without You

 

25/10/2014

Zoot Woman - Star Climbing

zootwoman.jpg

 

Stuart Price est un artiste aussi influent qu’hyperactif. Reconnu pour son travail avec de grandes stars (New Order, Madonna, Kylie Minogue, The Killers, etc.), cet Anglais se distingue également par ses nombreux projets personnels. Citons Les Rythmes Digitales, un concept électro-rétro qu’il dirigea en 1999 et dont, quinze ans plus tard, l’unique album Dark Dancer se révèle être un ouvrage avant-gardiste. Mais Price joue davantage de guitare qu’il ne tire à l’arc, et parmi ses multiples cordes se trouve aussi Zoot Woman. Et ça tombe bien car c’est justement le groupe dont je veux vous parler aujourd’hui – allez je vous l’avoue, je l’ai fait exprès.

 

Zoot Woman voit le jour peu après les Rythmes Digitales. Price y reste fidèle à ses influences, à savoir la vague électronique des années 80, mais il apporte davantage de dimension à son nouveau bébé. Des sons plus variés, mélangés entre réel et synthétique, mais surtout un vrai groupe, et une voix, douce, aussi charmeuse que charmante, tenant presque l’angélisme : celle de Johnny Blake. Car même si Price reste le chef d’orchestre, il laisse à ses camarades tout l’espace requis pour s’exprimer. Lors des tournées, cela se traduit par la totale absence du gourou ; seuls montent sur scène Johnny et son frère Adam Blake, ainsi que la charmante et ténébreuse bassiste Jasmin O'Meara.

 

Avec son format électro pop, Zoot Woman trouve sa place parmi les artistes du même genre, que sont alors Daft Punk, Phoenix, Benjamin Diamond, Fred Falke et Alan Braxx, etc. En 2000, un premier album « Living in a Magazine » (titre hommage aux pionniers de Kraftwerk) voit sortir le tube « It’s automatic », relayé par les radios du monde. C’est l’exemple type de chanson que vous avez déjà entendue, mais dont il vous est impossible de citer l’interprète – à présent, vous n’aurez plus d’excuse. La confirmation vient trois ans plus tard, avec un disque éponyme, unanimement salué. Et puis, comme Stuart a d’autres tranches sur sa planche à pain, il met son projet en jachère pendant plusieurs années. Ce n’est qu’en 2009 que sort, assez discrètement, le troisième album intitulé « Things are what they used to be ». L’accueil est globalement mitigé, malgré des titres à potentiel comme « Memory », « We won’t break », « Just a friend of mine » ou celui qui j’affectionne plus particulièrement, le dansant « Lonely by your side ».

 

Puis à nouveau, Zoot Woman met ses fans à rude épreuve. Cinq longues années passent avant l’avènement du quatrième album. Ce qui nous mène en 2014, et ça tombe bien, car c’est précisément l’album dont je veux vous parler aujourd’hui – là aussi c’est fait exprès, quel taquin je suis.

 

Annoncé depuis presque deux ans, Star Climbing est en fait le résultat d’un travail étalé sur plusieurs années. N’allez pas croire que ce délai soit requis par l’affinage de l’oeuvre, simplement ces gars-là travaillent à mi-temps, ou alors ils font autre chose de leurs journées, mais quoi, ça, je l’ignore. Savoir ne pas bosser trop vite est aussi une façon d’entretenir le mystère. A ce titre, il ne leur manquerait plus guère qu’un joli casque dissimulant leurs traits, pour que Pharrell Williams frappe à leur porte. Bien que je doute qu’ils aient réellement besoin de l’aide d’un mec qui se balade avec des tétines de mammouth sur la tête.

 

Mais peu importe que la tâche ait été condensée ou éparpillée, puisqu’elle apparait clairement, dans les compositions comme dans dans le mixage et le remixage. Star Climbing se dresse en oeuvre rétro-futuriste, alternant le format pop (« Coming up for air ») et le pur stimulus électronique (« Don’t tear yourself apart », « The Stars Are Bright »). Le timbre de Johnny Blake n’a pas changé, et joue à merveille son rôle de paradoxe adoucissant. C’est sans doute lui qui nous manque le plus, lors des longues périodes entre deux albums. Tout n’est cependant pas parfait ; outre le manque d’envergure de certains titres, le principal défaut de ce disque est qu’il abuse de sons qu’on dirait issus de cérémonies interstellaires, lesquels, à la longue, peuvent gratter les oreilles. Manque, sans doute aussi, une réelle bouffée d’air frais, au cœur de cette discothèque intemporelle où l’on peut se sentir à l’étroit. Mais entre les balades et les antennes digitales, chacun pourra trouver son extrait addictif.

 

 

Zoot Woman

Star Climbing

Note :  

 

 

Ecoutez:

Don't Tear Yourself Apart

 

 

22/10/2014

Kele - Trick

Kele_-_Trick.jpg

 

 

Avec ses potes de Bloc Party, Kele Okereke fait péter rock, gratte et rythme. Quatre albums, dont le brillant Silent Alarm, et son cultissime tube Banquet, dont le seul défaut est cette malhonnête déclinaison en générique de l’émission « Tous Ensemble » sur TF1. Une fois seul, il redevient Kele tout court. Orné de ce simple prénom, un premier album voit le jour en 2010, sur lequel le Liverpuldien d’origine nigériane étale un registre électro aussi surprenant qu’inhabituel. Avec « Trick », ce talentueux personnage s’éloigne encore, et bien comme il faut, de l’électrisante griffe Bloc Party. De quoi, à nouveau, entretenir les rumeurs de séparation autour du quatuor ? Ceci est un autre sujet.

 

Quatre ans après son coming-out électronique, Kele remet donc le couvert, avec ce nouvel album orienté chill. Un terme musical très en vogue en début de siècle, lorsqu’il rythmait afterwork et tintements de verre. Et comme la première fois, Kele parvient à s’approprier un style diffus, et à lui rendre vie et excitation, alors même qu’on le croyait usé. En témoigne la plage d’ouverture, la bien nommée « First Impressions », accompagnée de percussions feutrées, de voix ouatées, et de mélodies destinées à faire bouger les vertèbres cervicales, davantage que les jambes. Plus moite et intime, le titre suivant « Coasting »,  sent déjà la transpiration. On se love entre percussions répétitives et sons qui aspirent à la sensualité, pile poil là où l’auteur souhaitait que l’on se retrouve. L’album gagne ensuite en dimension avec le premier single « Doubt » et (sans doute) le suivant « Closer »,  tandis que ressurgit cette voix unique, qui ne nous manquait que trop. La recette musicale demeure, et agit, jusqu’au dernier morceau, le langoureux « Stay the night ». Notons également, sur certains refrains, l’apparition d’un second timbre, délicieux et davantage féminin.

 

S’il n’a à priori rien d’un album culte, Trick n’en est pas moins un nouveau pari réussi, de la part d’un artiste au talent bien trop minimisé, et qui  prouve qu’Outre-Manche, la multiplication de projets n’est pas l’apanage de Thom Yorke ou Damon Albarn.

 

 

Kele

Trick

Note:  ♪  

 

 

Ecoutez:

Doubt

 

03/10/2014

Hundreds - Aftermath

hundreds-aftermath-2014.jpg

 

Composé des frère et sœur Philip (instru) et Eva (chant) Milner, le duo allemand Hundreds revient avec un second album, trois ans après un éponyme qui m’avait fait forte impression. Je ne vous rappelle pas à quel point l’étape du second album est très importante, je pense que cette semaine vous l’aurez bien compris.

 

Leur nom de scène provient d’un rêve d’Eva, dans lequel elle se trouvait en compagnie de son frère et de cent alter ego. Leur musique, sorte d’électronica nocturne et organique, semble également s’échapper d’un songe. A bien tendre l’oreille, elle n’est parfois pas si électro que cela ; imprimant bien des rythmes et mélodies typiques du style, on y perçoit toutefois des sons d’instruments qui n’ont pas grand-chose de synthétique ; lyre, harpe, violon et violoncelles, piano, xylophone pour ne citer que ceux-là, et surtout parce que je n’ai pas écouté ce disque avec un crayon et un carnet à portée de main pour tous les lister. Il s’agit, en tout cas, de la clé de l’évolution discernée sur Aftermath : un pas effectué vers une musicalité plus naturelle, pour un résultat hétéroclite, plus harmonieux, qui aspire à éveiller les sens.

 

A noter un bémol, au milieu de ce décor si bien planté. Comme son prédécesseur, cet album est empreint d’une inexplicable rigueur, qu’il serait stéréotypé de rapprocher à l’origine du duo. Un duo inspiré, mais qui se défend de se lâcher, comme obligé par une certaine retenue. Une retenue certes utile, mais trop présente, qui ankylose les morceaux les plus calmes, et retient l’orage lorsque le rythme s’emporte. L’ambiance réussit bien à nous envoûter, mais manque à nous faire basculer. On attend la bourrasque, qui ne survient que tardivement, sur la plage Rabbits on the Roof. Une plage, la huitième du disque, la même que le merveilleux Song for a Sailor du premier opus. L’album prend alors une tournure plus sauvage, et on se dit qu’il est dommage que la fratrie Milner n’en use pas davantage.

 

Au final, Aftermath tend plus souvent vers une pop aérée à la Feist, garnie d’une appréciable dose d’électronique. Ravissant, mais pas réellement fascinant.

 

 

Hundreds

Aftermath

Note : ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez:

Circus

Our Past

02/10/2014

SOHN - Tremors

Sohn-tremors-FINAL-620x620.jpg

 

Malgré la consonance germanique de son nom de scène, SOHN (prononcez « zone ») est bien un artiste anglais. De son vrai nom Christopher Taylor, il grandit à Londres, avant de partir vivre à Vienne. Ce mélange de deux fortes cultures a sans doute son rôle à jouer dans l’aspect hybride de sa musique. Il se fait connaître en produisant des remixes, notamment de Rhye ou Lana Del Rey, avant de signer pour le label 4AD. Lui vient alors l’envie d’écrire et composer son propre album, une idée aussi brillante que le résultat qui suivra.

 

En vrai chimiste musical, SOHN module le son de ses instruments, pour leur greffer une touche émotionnelle propre. De la même manière, il utilise beaucoup sa voix, formant des boucles harmoniques qu’il assaisonne de basses froides et percussions mesurées. Ses chansons alternent minimalisme, où chaque son est minutieusement choisi, et plongées émotives, où l’on se laisse emporter par son chant saisissant. A la fois doux et lumineux, triste et angélique, Tremors peut s’assimiler à un mélange architectural de tremolos empruntés à James Blake, et de sensualité volée à Jamie Woon. Mais il témoigne surtout d’une profonde personnalité et d’un indéniable talent.

 

 

SOHN

Tremors

Note: ♪ ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez : 

The Wheel

Artifice