15/01/2015

FKA Twigs - LP1

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FKA Twigs, un nom qui le mois dernier, trustait le sommet de la plupart des tops albums 2014. Derrière ce sobriquet digne d’un plat libanais, on trouve la jeune Anglaise Tahliah Barnett. Née d’un père jamaïcain et d’une mère d’origine espagnole, cette artiste polyvalente s’ouvre les portes du monde de la musique en dansant dans des vidéos d’Ed Sheeran, Jessie J ou Kylie Minogue. Au vu de ces références, on pouvait difficilement s’attendre à ce que son premier album solo atteigne une telle profondeur musicale.

 

 

Et pourtant. LP1 affiche d’étonnants contours. Nanti d’une sonorité à la fois vivante et synthétique, qui évolue au fil de l’écoute, ce disque propose un déroulement toute en finesse, précision et émotion. Tantôt, il nous berce au creux d’une bise minimaliste, tantôt il distribue de lancinants coups de griffe, qui font l’effet d’étreintes avec une créature futuriste. Soul, dub, trip hop, les embruns qu’il diffuse sont multiples et inattendus. Sans parler de cette omniprésente tension, par moments aphrodisiaque, dont on ne sait réellement si elle nous enveloppe ou nous enjôle. Un album saisissant, qui mélange les saveurs et creuse là où peu s’aventurent.

 

 

FKA Twigs

LP1

Note : ♪  

 

Ecoutez:

Two Weeks

Pendulum

03/10/2014

Hundreds - Aftermath

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Composé des frère et sœur Philip (instru) et Eva (chant) Milner, le duo allemand Hundreds revient avec un second album, trois ans après un éponyme qui m’avait fait forte impression. Je ne vous rappelle pas à quel point l’étape du second album est très importante, je pense que cette semaine vous l’aurez bien compris.

 

Leur nom de scène provient d’un rêve d’Eva, dans lequel elle se trouvait en compagnie de son frère et de cent alter ego. Leur musique, sorte d’électronica nocturne et organique, semble également s’échapper d’un songe. A bien tendre l’oreille, elle n’est parfois pas si électro que cela ; imprimant bien des rythmes et mélodies typiques du style, on y perçoit toutefois des sons d’instruments qui n’ont pas grand-chose de synthétique ; lyre, harpe, violon et violoncelles, piano, xylophone pour ne citer que ceux-là, et surtout parce que je n’ai pas écouté ce disque avec un crayon et un carnet à portée de main pour tous les lister. Il s’agit, en tout cas, de la clé de l’évolution discernée sur Aftermath : un pas effectué vers une musicalité plus naturelle, pour un résultat hétéroclite, plus harmonieux, qui aspire à éveiller les sens.

 

A noter un bémol, au milieu de ce décor si bien planté. Comme son prédécesseur, cet album est empreint d’une inexplicable rigueur, qu’il serait stéréotypé de rapprocher à l’origine du duo. Un duo inspiré, mais qui se défend de se lâcher, comme obligé par une certaine retenue. Une retenue certes utile, mais trop présente, qui ankylose les morceaux les plus calmes, et retient l’orage lorsque le rythme s’emporte. L’ambiance réussit bien à nous envoûter, mais manque à nous faire basculer. On attend la bourrasque, qui ne survient que tardivement, sur la plage Rabbits on the Roof. Une plage, la huitième du disque, la même que le merveilleux Song for a Sailor du premier opus. L’album prend alors une tournure plus sauvage, et on se dit qu’il est dommage que la fratrie Milner n’en use pas davantage.

 

Au final, Aftermath tend plus souvent vers une pop aérée à la Feist, garnie d’une appréciable dose d’électronique. Ravissant, mais pas réellement fascinant.

 

 

Hundreds

Aftermath

Note : ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez:

Circus

Our Past

02/10/2014

SOHN - Tremors

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Malgré la consonance germanique de son nom de scène, SOHN (prononcez « zone ») est bien un artiste anglais. De son vrai nom Christopher Taylor, il grandit à Londres, avant de partir vivre à Vienne. Ce mélange de deux fortes cultures a sans doute son rôle à jouer dans l’aspect hybride de sa musique. Il se fait connaître en produisant des remixes, notamment de Rhye ou Lana Del Rey, avant de signer pour le label 4AD. Lui vient alors l’envie d’écrire et composer son propre album, une idée aussi brillante que le résultat qui suivra.

 

En vrai chimiste musical, SOHN module le son de ses instruments, pour leur greffer une touche émotionnelle propre. De la même manière, il utilise beaucoup sa voix, formant des boucles harmoniques qu’il assaisonne de basses froides et percussions mesurées. Ses chansons alternent minimalisme, où chaque son est minutieusement choisi, et plongées émotives, où l’on se laisse emporter par son chant saisissant. A la fois doux et lumineux, triste et angélique, Tremors peut s’assimiler à un mélange architectural de tremolos empruntés à James Blake, et de sensualité volée à Jamie Woon. Mais il témoigne surtout d’une profonde personnalité et d’un indéniable talent.

 

 

SOHN

Tremors

Note: ♪ ♪ ♪ 

 

 

Ecoutez : 

The Wheel

Artifice

 

16/05/2013

James Blake - Overgrown

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Gastronomie musicale, titre pompeux pour certains, thèse infondée pour d’autres. Pourtant, les notions de raffinement, de saveur par la mesure, sont régulièrement démontrées sur la scène alternative. James Blake en est l’exemple premier, lui qui fut révélé il y a deux ans grâce à un debut album troublant, marquant par ses silences, ses légères superpositions de sons, et son interprétation impressionnante de vérité. Aujourd’hui sort Overgrown, sur lequel Blake reste fidèle à ce minimalisme électronique dont il a fait sa griffe, sans pour autant s’y enterrer.

 


Plus haletant par endroits, ce nouvel opus est aussi plus chaleureux, s’accordant moins de respirations et tout autant de gimmicks accrocheurs. La légèreté instrumentale n’empêche pas l’album d’être varié, puisqu’il alterne les chansons douces et celles qui auraient presque leur place sur une piste, le tout enrobé dans une aura qui déborde de sensualité. La voix de Blake est plus présente, et colle à son naturel. Elle emporte les mélodies davantage que leur rythme, et y greffe une touche soul à la manière d’un Jamie Woon. On peut être réfractaire au style, mais ce timbre si particulier, haut, coulant, affirmé et pas réellement plaintif, est imparable. D’ailleurs, le seul bémol du disque se situe vers « Take a Fall for me », plage durant laquelle Blake laisse lelead vocal à un slammeur pas forcément emballant. Mais globalement, le plaisir est différent, et certainement pas atténué ; c’est ce qui s’appelle une confirmation réussie.

 


James Blake

Overgrown

Note :

 

 

Ecoutez:

Overgrown

Retrograde

 

04/12/2012

Poliça - Give You The Ghost

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Il est des sons qui n’ont besoin que de quelques secondes pour vous clouer au fauteuil. Celui de Poliça en fait partie. Et je ne suis pas le seul à le dire, puisque leur premier album Give You The Ghost a mis les critiques d’outre-Atlantique en extase. Justin Vernon, leader de Bon Iver, dit d’eux qu’ils sont le meilleur groupe au monde. Ils  sont également encensés par Jay-Z, qui sait parfois reconnaître la bonne musique, à défaut d’en faire.

 

Ce quintet de Minneapolis débarque cette année avec une electropop très séduisante, dont il est difficile de deviner précisément l’une ou l’autre influence. Poliça, c’est avant tout une voix, celle de Channy Leaneagh, haute et nappée d’écho, dont le charme nous avale dès les premières notes. Mais leurs mélodies, à placer dans le registre de l’electronica, possèdent elles-mêmes un fort potentiel ensorcelant. Give You The Ghost se développe ainsi dans un style unique, à la fois fort et doux, un peu comme une couette si confortable qu’il est difficile de s’en extirper. On peut simplement pointer du doigt la couche d’effets dont la musique est teintée, l’émotion n’étant jamais aussi belle que lorsqu’elle est naturelle. Cette émotion reposant avant tout sur cette voix si particulière, on peut également craindre une légère lassitude après les premières chansons. Libre à vous d’en faire l’expérience, ce que je vous conseille vivement, car Give You The Ghost est un de ces albums qui ouvre de nouvelles perspectives, lorsqu’on pense avoir tout entendu.


Poliça

Give You The Ghost

Tarif : 7.5/10


Ecoutez:

Lay Your Cards Out

Dark Star