10/11/2014

Caribou - Our Love

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Dan Snaith aurait pu être prof de math, et la musique aurait perdu un fier représentant. C’est d’autant plus étrange que la sienne n’a pas grand-chose de cartésien. Béni soit le jour où il décida de troquer classeurs et tableaux noirs contre machines et synthétiseurs. En 2010, ce Canadien inspiré collectionnait les éloges avec Swim, un album déjà remarquable de profondeur et de subtilité. Les fans de Radiohead le connaissent, car il remplissait le rôle ingrat de première partie sur la dernière tournée du groupe de Thom Yorke. Les fans du jeu vidéo FIFA le connaissent car sa chanson Odessa parfumait la playlist de l’édition 2011.

Aujourd’hui, Snaith et son projet « Caribou » nous offrent quelque chose d’encore plus personnel. Le bien nommé Our Love nous entraîne dans un tourbillon savonneux où l’on éprouve une certaine peine à rattraper nos sens. La faute à une électro psychédélique, fondée sur des mélodies entêtantes, organiques et sensuelles, et des sons qui sentent bon le narguilé. Tantôt entraînant, tantôt délassant, illuminé de son envoûtante plage titulaire, et seulement préjudicié d’une agaçante sixième plage intitulée « Second Chance », cet album est un véritable délice. Les ondes qu’il diffuse semblent en tout cas bien palpables, et feraient presque pousser des papilles sur nos tympans.

 

Caribou

Our Love

Note :  ♪  

 

Ecoutez :

Our Love

Can't Do Without You

 

25/10/2014

Zoot Woman - Star Climbing

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Stuart Price est un artiste aussi influent qu’hyperactif. Reconnu pour son travail avec de grandes stars (New Order, Madonna, Kylie Minogue, The Killers, etc.), cet Anglais se distingue également par ses nombreux projets personnels. Citons Les Rythmes Digitales, un concept électro-rétro qu’il dirigea en 1999 et dont, quinze ans plus tard, l’unique album Dark Dancer se révèle être un ouvrage avant-gardiste. Mais Price joue davantage de guitare qu’il ne tire à l’arc, et parmi ses multiples cordes se trouve aussi Zoot Woman. Et ça tombe bien car c’est justement le groupe dont je veux vous parler aujourd’hui – allez je vous l’avoue, je l’ai fait exprès.

 

Zoot Woman voit le jour peu après les Rythmes Digitales. Price y reste fidèle à ses influences, à savoir la vague électronique des années 80, mais il apporte davantage de dimension à son nouveau bébé. Des sons plus variés, mélangés entre réel et synthétique, mais surtout un vrai groupe, et une voix, douce, aussi charmeuse que charmante, tenant presque l’angélisme : celle de Johnny Blake. Car même si Price reste le chef d’orchestre, il laisse à ses camarades tout l’espace requis pour s’exprimer. Lors des tournées, cela se traduit par la totale absence du gourou ; seuls montent sur scène Johnny et son frère Adam Blake, ainsi que la charmante et ténébreuse bassiste Jasmin O'Meara.

 

Avec son format électro pop, Zoot Woman trouve sa place parmi les artistes du même genre, que sont alors Daft Punk, Phoenix, Benjamin Diamond, Fred Falke et Alan Braxx, etc. En 2000, un premier album « Living in a Magazine » (titre hommage aux pionniers de Kraftwerk) voit sortir le tube « It’s automatic », relayé par les radios du monde. C’est l’exemple type de chanson que vous avez déjà entendue, mais dont il vous est impossible de citer l’interprète – à présent, vous n’aurez plus d’excuse. La confirmation vient trois ans plus tard, avec un disque éponyme, unanimement salué. Et puis, comme Stuart a d’autres tranches sur sa planche à pain, il met son projet en jachère pendant plusieurs années. Ce n’est qu’en 2009 que sort, assez discrètement, le troisième album intitulé « Things are what they used to be ». L’accueil est globalement mitigé, malgré des titres à potentiel comme « Memory », « We won’t break », « Just a friend of mine » ou celui qui j’affectionne plus particulièrement, le dansant « Lonely by your side ».

 

Puis à nouveau, Zoot Woman met ses fans à rude épreuve. Cinq longues années passent avant l’avènement du quatrième album. Ce qui nous mène en 2014, et ça tombe bien, car c’est précisément l’album dont je veux vous parler aujourd’hui – là aussi c’est fait exprès, quel taquin je suis.

 

Annoncé depuis presque deux ans, Star Climbing est en fait le résultat d’un travail étalé sur plusieurs années. N’allez pas croire que ce délai soit requis par l’affinage de l’oeuvre, simplement ces gars-là travaillent à mi-temps, ou alors ils font autre chose de leurs journées, mais quoi, ça, je l’ignore. Savoir ne pas bosser trop vite est aussi une façon d’entretenir le mystère. A ce titre, il ne leur manquerait plus guère qu’un joli casque dissimulant leurs traits, pour que Pharrell Williams frappe à leur porte. Bien que je doute qu’ils aient réellement besoin de l’aide d’un mec qui se balade avec des tétines de mammouth sur la tête.

 

Mais peu importe que la tâche ait été condensée ou éparpillée, puisqu’elle apparait clairement, dans les compositions comme dans dans le mixage et le remixage. Star Climbing se dresse en oeuvre rétro-futuriste, alternant le format pop (« Coming up for air ») et le pur stimulus électronique (« Don’t tear yourself apart », « The Stars Are Bright »). Le timbre de Johnny Blake n’a pas changé, et joue à merveille son rôle de paradoxe adoucissant. C’est sans doute lui qui nous manque le plus, lors des longues périodes entre deux albums. Tout n’est cependant pas parfait ; outre le manque d’envergure de certains titres, le principal défaut de ce disque est qu’il abuse de sons qu’on dirait issus de cérémonies interstellaires, lesquels, à la longue, peuvent gratter les oreilles. Manque, sans doute aussi, une réelle bouffée d’air frais, au cœur de cette discothèque intemporelle où l’on peut se sentir à l’étroit. Mais entre les balades et les antennes digitales, chacun pourra trouver son extrait addictif.

 

 

Zoot Woman

Star Climbing

Note :  

 

 

Ecoutez:

Don't Tear Yourself Apart

 

 

22/07/2014

La Roux - Trouble In Paradise

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La Roux, gros phénomène de l’année 2009, a pris le soin de ne pas hâter son retour. Au risque de perdre de sa célébrité, car dans ce milieu on passe vite à autre chose. A présent seule à la barre du projet, la chanteuse-compositrice Elly Jackson a privilégié la profondeur à la précipitation, avec pour but de composer un second album avec autant de gueule que le premier, plutôt que de sortir une galette bâclée en surfant sur sa notoriété. Ça, c’est pour ce qu’elle en dit, et mon avis est substantiellement différent.

Tout d’abord, constatons que La Roux n’a pas vraiment tourné casaque. Parmi ces nouveaux titres, on reconnait très bien quelques structures du premier album. Je prends comme exemple Tropical Chancer, qui musicalement s’apparente à une version reggae bon marché d’In For The Kill – et je pourrais en chercher d’autres.

Concernant ce qui a réellement évolué, passer d’une patte exclusivement électro à un style davantage pop, avec de vrais instruments dedans, nécessite une certaine maîtrise. Celle de la demoiselle montre ses limites. Prenez, par exemple, la plage d’ouverture Uptight Downtown, principale manifestation de dynamique que l’on trouve sur Trouble in Paradise (et passons les légers relents de Let's Dance de David Bowie). Si les gens ont aimé le Get Lucky des Daft Punk, alors ils apprécieront forcément cette ariette funky, répétitive et entrainante. Mais hélas pour elle, Elly Jackson ne porte pas de chouette casque sur la tête – car oui, les chouettes casques c’est très important pour le grand public, même s’il ne s’agit que de musique. Alors quoi ?

Plus objectivement, ce nouvel opus est plus ensoleillé, mais manque de niaque. Guillerettes et enjouées, les mélodies sont bien sympa, mais pas vraiment efficaces. Et parallèlement, la voix d’Elly est beaucoup moins affirmée. Ajoutons qu’entre influence et calquage, la frontière est parfois infime. Qui fut bercé par le son des années 80 aura l’impression d’avoir déjà tout entendu, car la miss emprunte beaucoup à cette décennie, dans le sens « tout et n’importe quoi » (*). Et pour le reste, elle plagie vaguement son premier disque. Le réchauffé est à la mode ces dernières années, mais la moindre touche d’originalité serait appréciable, et ici, elle se fait attendre. Mais bien sûr, si tu es né(e) après 1994, ce que je raconte n’a aucun sens pour toi ; d’ailleurs il est très bien cet album.

 

La Roux

Trouble In Paradise

Note : 

 

Ecoutez :

Uptight Downtown

 

(*) Si vous en voulez du bon disque influencé 80’s, mais avec de vraies tranches d’originalité à l’intérieur, je vous conseille vivement Darkdancer des Rythmes Digitales, sorti en 1999.

18/12/2013

Pet Shop Boys - Electric

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Parmi les groupes qui ont fait les beaux jours de l’electro pop des années 80. peu ont pu s’adapter aux changements imposés par les décennies suivantes. Si des formations comme OMD, Human League ou Pet Shop Boys existent toujours, elles se sont trop peu renouvelées depuis, en tout cas pas assez que pour marquer les esprits, et ainsi parvenir à extraire leur image de la décennie aux boucles d’oreille losangiques.


Les Pet Shop Boys disposent pourtant d’un fameux palmarès. Premier single… pardon, « 45tours » intitulé West End Girls, et premier gros carton international. C’était en 1985. D’autres numéros 1 suivront, It’s a sin, Always on my mind, Heart jusqu’à Go West en 1993, tube dont l’accent kitsch dépareille déjà, à l’époque où la techno et le grunge prennent les rennes du marché. A titre de comparaison, aucune chanson de Depeche Mode n’a jamais atteint le top des charts anglais. Mais en 2013, ceux sont eux qui remplissent des stades. Quant aux Pet Shop Boys, ils sont passés dans l’ombre, parce qu’ils n’ont pu, ou voulu, se renouveler, prendre des risques, ou qui sait, décevoir leurs premiers fans. Sorti cette année, leur dernier album n’est toutefois pas dénué d’intérêt. On y trouve des sons différents, certes pas innovateurs, mais qui témoignent d’une légère modernisation de leur patte.


Ces instants qui tiltent doivent se mériter. On passe d’abord par Axis, plage d’ouverture dont la fraicheur tient plus de la trance des années nonante que du dubstep actuel – on imagine mal Neil Tennant quitter son costume trois pièces pour un look à la Skrillex, cela dit. Suivent Bolshy, aussi lassante que du Kraftwerk contrefait, période « Pocket Calculator », et Love is a Bourgeois Construct, air léger, typiquement tamponné « PSB », dodelinant, mais vite agaçant.


La suite, bigrement plus intéressante, ne laisse plus rien transparaître de cette légendaire allégresse.  Basses et percus abandonnent leur usuelle gentillesse, sans pour autant exploser. Fluorescent intrigue comme du Visage et marque comme du Hot Chip. Le rythmé Inside a Dream, armé de sa sauce club, dégourdit comme du Simian et s’invite volontiers en tête. Quant au punchy Shouting in the evening, il se libère de l’éternelle emprise du groupe. C’est peut-être bien la première fois qu’on ne reconnait plus les Pet Shop Boys sur une de leurs chansons. Jusque la fin de l’album, seul Thursday brise la mouvance, ramenant cette impression de « déjà entendu » qui nous hante à chaque album du duo londonien -  ce titre étant, comme un pied de nez, produit avec Example, un de leurs descendants sur la scène anglaise.


A l’écoute d’Electric, on peut, légitimement ou pas, percevoir un message de Tennant et Lowe, nous disant que oui, ils sont capables de suivre le rythme, et de moderniser leurs compositions. Mais qu’ils n’en ont, peut-être, pas envie, préférant toujours le léger au profond, le festif à la conscience. Qu’ils s’en foutent pas mal de passer pour des ringards auprès du grand public, pour ceux qui savent encore qui ils sont, tandis que Depeche Mode rameute de nouvelles générations, et que New Order fait déjà partie de l’histoire de la musique. Ou bien s’agit-il simplement d’un album de musique électronique, venant d’un groupe qui, soit-dit en passant, s’apprête à fêter ses trente ans d’existence, sans que cela n’y transparaisse fatalement.

 

Pet Shop Boys

Electric

Note :



Ecoutez:

Fluorescent

Inside a dream


16/11/2013

CHVRCHES - The Bones of What You Believe

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Vous pouvez toujours essayer de prononcer le « v », sinon faites comme tout le monde, dites « Churches ». La synthpop d’outre-manche n’avait plus connu telle sensation depuis La Roux, qui à force de repousser son retour, pourrait bien se faire piquer son trône par ce trio écossais qui ne paie pourtant pas de mine. Au micro, un petit bout de femme qui semble à peine sortir du lycée et derrière elle, deux types assez transparents, affairés sur des pads, claviers et autres machines électroniques. Mais parlons surtout du son, qui arrive comme un coup de poing en forme de caresse parfumée. En témoigne The Bones of What You Believe, un premier album très emballant, duquel émergent des tubes les uns après les autres.

 

La griffe CHVRCHES, c’est l’association de mélodies cent pour cent synthétiques, acerbes et cristallines, avec une voix d’ange, pleine et légèrement pinçante, qui les gonfle en émotion. S’y trouve aussi, pour couronner l’ensemble, une grosse dose de simplicité, sans doute involontairement apportée par les trois acolytes qui savent rester des personnes avant de devenir des personnages. Certes, ce n’est que de la pop, avec ses couplets, ses refrains et ses ponts, mais elle est terriblement opérante. Ici, le talent de composition tient dans l’enthousiasme et la profondeur apportée à un ensemble de sons binaires. Avec, en plus, un soupçon suffisant de post-modernité. Et ça fonctionne, pour chacun des douze titres, dont certains comme Gun ou We Sink sont tout simplement imparables. A se procurer d’urgence.

 


CHVRCHES

The Bones of What You Believe

Note :



Ecoutez:

Gun

We Sink

The Mother We Share

Recover


15/04/2013

Hurts - Exile

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L’heure du mea culpa a sonné. En 2010, sur ce même blog, j’avais tourné en bourrique le premier album de Hurts, que j’estimais niaiseux et totalement hors de son époque. Trois ans plus tard, j’avoue qu’Happiness est un des disques qui a le plus tourné sur ma platine, alors et depuis. Que s’est-il donc passé ? Après m’en être moqué, j’ai doucement craqué pour cette britpop mélo et cérémoniale. M’imaginant, d’ici quelques années car j’ai encore bien le temps, ouvrir mon bal de mariage sur « Stay », quoi d’autre ? Si le volant de ma voiture avait des oreilles, je lui aurais cassées, en chantant à tue-tête « Wonderful life » et « Sunday ». Aujourd’hui, Hurts est certainement doute mon groupe à potentiel populaire préféré. Preuve s’il en est, qu’il faut écouter un album plusieurs fois, avant d’en faire des écrits qui resteront.

 

Plus que l’album de la confirmation, Exile affirme cette griffe dramatico-tranchante, ainsi qu’un sens du tube très affûté. A se demander comment le duo n’a pas déjà conquis toutes les ondes… car leur son n’a réellement rien d’inaccessible. Comme son prédécesseur, Exile distribue les singles « coup de poing », de ceux dont les violons, accords de piano et battements tantôt lourds, tantôt synthétiques, nous animent dès les premières mesures. Des hymnes electropop bien vivants et chargés d’émotion, qui ont le parfum du populaire, sans pour autant l’être. Ce nouvel opus dissipe toutefois la légère odeur « kitsch » qui collait au précédent, et évolue vers plus de force et d’apparat. Ainsi, il rattrape son époque, de laquelle Happiness s’éloignait sensiblement. Cette puissance se traduit dans la voix de Theo Hutchcraft, qui soulève véritablement chaque titre. A la fois pinçante et puissante, elle peut par moments sonner aux oreilles comme celle de Matthew Bellamy, bien qu’elle soit moins envolée.

 

Pour son bémol, cet album déclenche d’autres rappels. Ainsi, les titres « Miracle » et « Blind » font irrémédiablement penser à du Coldplay, tandis que le blues électrique de « Cupid » grime cette chanson en dernier single de Depeche Mode. Des allusions, et d’autres, qui constituent des sentiers tracés à éviter, si Hurts veut un jour atteindre la quintessence de la pop. Ce deuxième album les aide à s’en rapprocher, puisqu’il réussit parfaitement son effet.

 


Hurts

Exile

Note:



Ecoutez:

Exile

Miracle